IX
Ce n’étoit pes assez d'imposer aux monnoies des noms différens des poids et différens les uns des autres: on a inventé des monnoies de compte qui n’existoient que dans l’imagination de ceux qui s’en sont servis et l’on a employé ces combinaisons arbitraires presqu'à Pexclu-' sion des espèces réelles,
Rien de plus simple que la manière de compter des Grecs. - Leurs mines de cent drachmes, et leurs talens de soixante mines la forment presque toute entière. Ils avoient, il est vrai, leur calcul de myriades qui n’étoient point des multiples du talent; c’étoient des sommes de dix mille drachmes. Ainsi mille myriades étoient équivalentes à dix millions de drachmes.
Les anciens nous parlent d’un talent d’or en usage dans les siècles héroïques, mais qui ne paroît avoir aucun rapport avec les autres talens. Il ne valoit que trois pièces d’or, et au lieu de peser au moins treize livres, poids du moindre des talens, il ne pesoit guéres plus d’une demie-once. Je serois tenté de croire que ce talent n’étoit que le talent de cuivre exprimé en or. I] valoit trois aurei ou six drachmes d’or, soixante drachmes d’argent suivant la proportion reconnue des anciens, et six mille drachmes de cuivre, comme l’argent a été assez générales ment à ce dernier métal en raison de cent a-un.
Trouvons-nous des vestiges de ce talent dans les écrits d’Homère. Tous les antiquaires s’effenseront de ce doute; ils les ont déjà vus. “Je crois les avoir vus aussi bien qu’eux, mais j’ai vu aussi le vrai talent d’or. De petits esprits critiqueront Homère d’avoir employé le même mot pour rendre deux idées aussi différentes, mais je les renvoye aux commentateurs qui ont déjà fait sentir la beauté de cette harangue de Néstor que ses soldats pouvoient prendre de quatre manières Oppostes.
I. Quand Achille propose des récompenses aux vainqueurs dans ses 3K 2 jeux,
jeux, il'étale up ‘chaudron luisant, comme un prix supérieur à. deux: talens d’or, et. ne met un demi-talent d'or. qu'après un bœuf gras: un bœuf qui vaut plus de mille livres sterling !. … I est clair. qu’ Achille parle du petit talent dont la moitié est environ une guinée. Ici le rai. sonnement seroit déplacé, il seroit ridicule.
II. Mais quand les ambassadeurs d! Agamemnon cherchent à appaiser Je courroux du fils de Pelée, qu’ils lui offrent des esclaves, de beaux che. vaux, &c, ils y ajoutent dix talens d’or. ÆEustathius aura pieinè à me faire croire que.ce beau présent du rot-des rois epnsistait. en. vingt-deux: livres. sterling. . -Achille-se plaignoit qu’on lui-avoit enlévé’les dépouilles de vingt-trois. villes qu'avoit soumi-son bras, Ces villes étaient riches, car on voit que le luxe régnoit déjà en Asie. Avec quel mépris, avec quelle indignation n’eût il pas rejetté .ce dédommagement ! Il est vrai qu'il le-rejette, mais c’est en faisant céder son avarice 4 sa colère. Si le présent étoit. de vingt-un mille sept cens |Sinquante | ‘livres sterling la victoire.en effet-devoit lui coûter. -
. ‘Les .sesterces des .Romains embarrassent toujours à un commerçant. Effrayés de’ ce calcul où les quantités les plus éloignées ne sont distin. guées que par la suppression d’un mot,: ou par la légère différence d'une terminaison, il n’y.voit que des. paroles vuides de sens. ‘- Je sais’ que
cette manière de compter est un peu composée, mais je: crois qu’ on’ ne
doit pas imputer la plipart de ses épines à ceux qui s’en: sont servis mais à ceux qui l'ont expliqué. Quelques principes simples le met-
tront à la portée de tout le monde. De tant de secours que le ; juge-
ment emprunte de la mémoire, il peut et il doit lui en rendre quelques yns. On se souvient toujours bien de ce: qu’on a connu. nettement. .
I. Les Grecs, sans être. algébristes, employoient un langage peu ‘is. férent de celui. de l'algèbre. Au lieu de deux talens et demi;. ils di-
. soient. trois talens moins un demi, Asvrepoy Hyura aires: au lieu de six ta-
lens et demi, sept talens moins un demi, et ainsi de suite. Les Romains adoptèrent. cette coutume de bonne-heure, mais: la. bornèrent à un seul.cas. Leur trois moins un demi s’exprimoit par ferlius semis ou semis.tertius, dont on fit bientôt par abbréviation sestertius. Ce sestertius se disoit de tout. . Libra sestertia signifioit. deux livres et demie, pes sestertius deux pieds et demi. ee
- dI.. Dans le commencement de la république Romaine nous avons-vu
ee De que
que le denier valoit dix as. Le quart du denier étoit donc dé deux as et demi ou deux livres et demie de: cuivre, voilà pourquoi‘on l’appelloit: sestertius, ou sestertius mummus, ou’ simplement nammus. II valut dans la suite quatre as, mais le nom subsista comme à l'ordinaire, plus longtems que ‘la raison du nom. L’abus fut moins grand, comme c’étoit: l'as qu'on avoit diminué et non le sesterce. “On-exprimoit un nombre: de ces sesterces par le pluriel sestertii, ou bien par sestertitiin en ‘sous-: entendant corpora où capita. op
III. Outre la livre pondérale des Romains, ils avoient une livre de compte qu'ils appelloient ponds. © Pour n'avoir pas fait cette:distinetion Budéé s’est imaginé que la livre Romaine contenoit cent deniers. : Le pondo les contenoit en effet, .et son égalité avec la mine nous fait croire: que les Romains l’avoient-composé pour rendre avec facilité les mon: noies étrangères. Quand -Plutarque :parle du cartel établi daus la seconde: guerre Punique, il fixe la rançon des prisonniers à deux .cens: cinquante drachmes ou deniers. Tite Live lui avoit appris-qu’elle était deux pondo et demi d’argent. Ces deux pondo et demi faisotent en. ‘argent la libra sestertia, ou: par. excellence le sestertium. : Comme: il contenoit deux cens cinquante deniers, il étoit équivalent à mille sestertii, ou deux mille cinq cens livres de cuivre. Les Romains comptoient indifféremment par livres sesterces de cuivre et livres . sesterces d’argent. Celle-ci valoit mille de celle-là. Le genre masculin “stagne la pr emicres nous reconnoissons la seconde au Reuire. . | OS RE ter Re fe
‘ IV. Les mots sont relatifs aux c idées, et les idées aux x besoins. On 2 connu des: sauvages qui ne pouvoient compter que jusqu’à vingt: : Leur ‘langue ne leur fourhissoit point d’expressions pour les nombres ‘plus * grands, mais c’étoit parceque. celui-là suffiroit pour la chasse, la pèche, et leur manière de faire la guerre. La première clèsse des Romains:ne | pobsédoit que cent mille:as:. aussi les idées et les expressions de ce peuple se barnoient à ce nombre: Lorsque devenu plusricheïlparvint | 2.connoitre et à posséder des sommes bien au delà, il ne savoit les.exprimer qu’en multipliant-des cens:mille par'un autre nombre, auquel tl donnoit une. terminaison adverbiale ; decies ceniena mise sestertitim
” signifioit uh million de: sesterces. Jr et CR crues
a Il
Ilne me reste que d'expliquer quelques marques et quelques abbré. viations-trop arbitraires pour se lier facilément avec ces principes. : I, LLS. II. HS H-S. sont les marques auxquelles nous reconnoissons le sesteriins. Le sestertium est distingué dans les bons manuscrits par une ligne transversale, HS. Quand vous trouvez un nombre quel: conque avec cette ligne, sousentendez cent mille: DC. HS. font sez. centies centena millia sestertiim. Quand les nombres sont distingués dans plusieurs divisions, celle à la main droite signifie des nombres. simples, la suivarite des milliers, ét la troisième autant de cent milles, : II, Notre langue, qui veut la clarté, condamne les suppressions de mots que les Romains, qui cherchoient la brièveté, admettoiént sans scrupule. Ici il y en avoit deux. On omettoit le mot sestertis, parcequ’ils ne comptoient presque que dé cette manière. Ils supprimoient centena milla, dont les nombres excédens n'étoient que les multiplica. tious. Cherchons un exemple un peu compliqué: LXIL LXXV. ECCC. est équivalent à bis cf sexagies centena milla, septuaginia et guérique. millia, quadringenti sesiériüm, ou à six millions deux cens soixante-quinze mille quatre eens sesterces.
Le prodigue dissipe ses richesses, l’avare les enfouit, l’économe vit sans excéder le revenu de ses biens. C’est ce revenu que je veux exa« miner. . Cèlui qui met son argent au six pour cent, est une fois plus riche que celui qui n’en tire que le trois. Cependant le fonds de tous les deux est le même, Voyons donc quel pouvoit être le revenu et ln dépense d’un Romain, car je me bornerai à ce peuple, qui possédoit une telle somme, Ce n’est pas que nous puissions jamais apprécier au juste leur capital. Nous voyons parmi nous qu'il n’y a rien de plus vague que ces évaluations. En gros celles de la république me paroissent plus forts que la vérité, celles du tems des empereurs, plus foibles. Tout chef de parti doit être riche: mais souvent l'opinion de sa richesse lui suffit. Quelques largesses et des promesses immenses éblouissent ses partisans, et parmi les hommes corrompus l’espoir agit
| plus
plus puissamment que la reconnoissance. Mais sous les meilleurs princes les richesses étoient un motif de soupçon, sous les tyrans un arrêt de mort. On s’en cachoit alors comme d’un crime.
L'intérêt se payoit, parmi les Romains, tous les mois. ‘Un pour cent. par mois, ou douze pour cent par année étoient l'intérêt qu'ils appel loient centesima. Cet un par mois se divisoit en fractions. Au lieu de dire six pour éent, on disoit un demi pour cent, wsuræ semisses, &c. Les tribuns Duillius et Menenius détèrminèrent l'intérêt légitime à douze pour cent; c’étoit à l’an 398: mais on le réduisit bientôt à In moitié, et l’an 413 on l’abolit entièrement. Depuis ce tems l'usure demeuroit condamnée et pratiquée à Rome ; et comme les mœurs suppléent quelquefbis aux loix l'intérêt de six pour cent passoit pour hen:. néte et modique, pendant qu’on prodiguoit le nom odieux d’usuriers, à, ceux qui; ne se contentant pas de ce profit, bravoient Finfamie pour le. gain. Cette défense du prét sur usure ne s’étendoit point toutefois aux provinces. Cicéron et Pine m’apprennent que dans la Bithynie et la. Cilicie l'intérêt au douze pout cent étoit permis par les arrêtsides pros: consuls et des empereurs. : Cependant cette usure, tonte forte qu’elle étoit, n’assouvissoit pas l’avarice Romaine. Brutus avoit prêté deux: : millions cinq cens mille sesterces à la ville de Salamine en Cypre à. quarante-huit pour cent; et cette malheureuse cité se trouvant dans: l’impuissance de les payer, Scaptius, son fidèle émissaire, environna l'hôtel de ville Gun corps de cavalerie, et le tint assiégé jusqu’à faire. périr de faim cinq de leurs sénateurs. Ce Stoicien: Brutus, qui assassina son bienfaiteur, le meïtleur des maîtres, pour avoir osé gouverner une. république qui ne pouvoit plus se gouverner elle-même, exergoit # sur les: peuples le despotisme le plus dur et le plus injuste.
Ea grandeur de l'usure à Rome ne peut surprendre que ceux quine. connoissent ni les hommes, ni les Romains... L’argent ¢toit. englouti dans un petit nombre de mains. Ce peuple méprisoit le commerce, les revenus étaient affermis par des compagnies qui avoient un commun intérêt. Les dépouilles des provinces ehrichissoient quelques familles. consulaires. Les esclaves des tyrans, monstres plus méprisables que les maltôtiers, et plus destructeurs que les conquérans, ne pouvoient souffrir des rivaux. Ainsi il y avoit peu de préteurs à Rome. De-là, ceux qui avaient le monopole de ce commerce, étoient les maîtres de
le
La
Je faire aussi lucratif qu'ils voulaient. Les loix. mémes les engageoient a-se dédommager, par le plus gros gain, du danger et de |’infarnie qu’elles y attachoient. Le danger étoit grand,’ surtout. dans -les: premiers tems,. où leurs créanciers, c’est à dire le peuple, par un seul décret pouvoit rayer à jamais et l'intérêt et le principal.
L’intérét de l’argent et le prix des terres gardent toujours un certain équilibré. Si l'intérêt est bas, il est plus avantageux d’acheter des fonds ;. céux-ci haussent de valeur. : Si l'intérêt. est fort, il est plus
commode d’avoir des rentes; on réalise peu et les terres-se donnent à vil prix.. L'intérêt commun à Rome étoit de six pour cent;* un passage de Pline.me fait voir que le prix d’achat pour les terres -étoit au revenu comme cent à six. Ce bienfaiteur éelairé autant que géné. jeux, voulant donner-cinq cens mille sesterces à la ville de: Como, aima : Mieux charger une. se ses terres d’une rente perpétuelle de trente mille sesterces. - | :: Cependant sur ces’ six pour cent, j’aimerois assez diminuer un ~‘sixitme ;, leg palais, les’ meubles, les esclaves emportoient aux grands des sommes immenses qui. ne rendoient rien. |
: ‘Une carrière toute différente nous attend, et nous pourrions encore une fois simplifier nos idées. La connoissance des mesures a paur objet, aussi bien que la géométrie; Jes lignes droites. Mais dans la géométrie leurs propriétés abstraites nous intéressent. Ici la seule considération est celle de leur longueur. .
Cette longueur n’est point arbitraire comme Les poids. Les hommes sont assez généralement convenus de former. leur mesures longues sur
. quelque division naturelle du corps humain. . Quelques uns ont choisi le pied; d’autres ont préféré la coudée, et l'on ne doit. imputer. les Kgères différences des poids et des coudées respectives qu’à la manière dont on les a | prises ; ; tci on a cherché des hommes d'une taillé deme-
+ Quelquefois l'on en tiroit beaucoup plus; mais aussi comme il n’y avoit point à
: Rome de fonds publics; il n’étoït pas toujours possible de faire travailler tout soni argent. EH faat compenser l’un par l’autre,
surée,
surée, là on s'est attaché plutôt à la grandeur commune de l'espèce hu. maine. D'ailleurs la nature, en dispensant ses dons, n’a point accordé à tous les peuples la même taille. Le climat et les alimens agissent d’une manière lente maïs puissante. Que les peuples du nord surpgssent en grandeur ceux du midi, est une maxime mieux fondée que la plûpart des maximes générales. Les nations Celtiques ont toujours paru des géans aux peuples de la Grèce et de l'Italie, et nous, les descendans de ces Celtes, citans avec admiration les Suèdes et les Norvégiens.
En recherchant les mesures des aneiqns je distinguerai avec soin les preuves dont la certitude n’est point égale. J’éviterai de confondre Jes. démonstrations. et les.;conjéctures... Deux. monumess: prévieux, ‘échappés au naufrage des tems, serviront d’appui à-mes raisonnetene, Les inductions, les proportions.qui peuvent nous. aider à Pom les ‘autres mesures paroitront à lour places a |