V.ses dissert
sur la Cyropédie dans les Mémoires de l’Académie des Belles Lettres, tom. iv.
et xi
Cyropeed. L iti,
Cyruped. L i.
avec lhistoire et le caractère du fondateur.
Un historien qui offenseroit à chaque instant la géographie et la chronologie, mériteroit peu de confiance. C’est un reproche qu’on a souvent fait à Xénophon, et que le grand Freret n’a pas dédaigné d'examiner. Il a prouvé, de la manière la plus victorieuse, que la géographie de la Cyropédie ne diffère de celle qu’on suit communément que parceque son auteur avoit des connoissances plus approfondies, et plus particulières,
* Encore un trait: il me seroit facile de les multiplier. L'expédition Arménienne de Cyrus paroft avoir l'air d’un roman; mais un romancier n’auroit jamais remarqué que les articles de la paix que ce prince fit signer aux Arméniens et aux Chaldéens subsistoient, encore, et qu’il étoit du devoir du satrape d'Arménie de les faire observer. C'est une attention que Xénophon a souvent, de constater les traits historiques qu’il rapporte par les vestiges qui s’en étoient conservés. On voit ailleurs que les chansons par lesquelles les barbares célébroient les exploits de Cyrus ne lui avoient pas échappé. Sans doute qu'il les avoit souvent entendu dans sa marche avec l'armée Persanne.
sur
sur l’état de I’Asie. Il n’en est pas de même de sa chronologie, que M: Freret sacrifie avec justice peut-être, mais avec un peu trop de rigueur. Xénophon n'a point marqué les époques des conquêtes de Cyrus; mais dans la chaleur de sa narration, il semble les avoir rapproché un peu trop les unes des autres. La critique doit respecter les bornes des différens genres; et ne pas exiger d'un ouvrage de goût, cette précision sévèré qu’elle s'attend à trouver dans une dissertation chronologique. Hérodote ne seroit pas moins coupable que Xénophon. La révolution de la Médie, le dessein de Crésus d’en tirer vengeance, les ambassades, la guerre, et la prise de Sardes, se succèdent avec une telle rapidité que l'historien semble à peine accorder trois 4 quatre ans à tous ces événemens, qui en ont rempli une quinzaine. Un censeur un peu indulgent pardonneroit a l'auteur de la Cyropédie, d’avoir conservé aussi longtems qu’il l’a pu un air de jeunesse au conquérant de l’Asie.. A cet age les vertus sont plus aimables, et les sacrifices qu'on leur fait sont d’un plus grand prix.
Je n’ai garde cependant de penser, que Xénophon se soit contenté du rôle d’un historien. Aux yeux d’un philosophe, les faits composent la partie la moins intéressante de l’histoire. C'est la connoissance de l’homme, la morale, et la politique qu'il y trouve, qui la relèvent dans son esprit. Tachons de suivre cette idée, et de voir jusqu’à quel point elle conduiroit un écrivain, qui ne voit dans les faits particuliers que la preuve de ses principes généraux.
1. Tout homme de génie qui écrit l'histoire, y répand, peut-être sans s’en appercevoir, le caractère de son esprit. A travers leur variété infinie de passion et de situation, ses personnages semblent n'avoir qu’une façon de penser et de sentir ; et cette façon est celle de l’auteur. Le génie de Socrate étoit passé dans l'âme de Xénophon: il règne
encore dans la Cyropédie, et l’on pourroit croire que le fondateur de
l'empire Persan avoit étudié dans l'académie d'Athènes. II y a appris cette méthode ingénieuse, qui perce jusqu'aux premiers principes; et qui transporte les idées philosophiques dans tous les arts. Ses raisonnemens consistent dans cette suite artificieuse de questions, par laquelle le plus sage des hommes conduisoit ses élèves aux conclusions quil vouloit leur inspirer. On y sent tous les agrémens de sa logique, sa simplicité, son élégance, et sa modestie toujours victorieuse. On y reconnoît, jusqu’à ses défauts, sa marche foible, timide et trafnante ; peu faite pour les grands mouvemens de l’âme, incapable d'une élo-
| quence
Etudiez Herodot.
quence vigoureuse; et plus propre à réfuter des sophistes, qu’à animer des soldats. L’ésprit de cette école n’étoit que trop conforme au carac tère de Xénophon, qui avoit des talens sublimes, dépourvus des passions fortes qui semblent être leur aliment naturel Sa composition est grande et régulière, son coloris est doux et agréable, son dessein est pur, mais son expression est foible. Il décrit les passions plus qu'il ne . les peint, et il les peint plus qu'il ne les sent. Si Fenelon avoit eu a traiter l’éspisode de la guerre d'Arménie, il auroit effacé l'esprit que Xénophon y a mis pour substituer le sentiment.“ Dans un moment Ses ™ important et terrible, Cyrus ne se seroit pas amusé à écouter les s0phismes du jeune Tigrane, afin de se ménager le plaisir de les réfuter. De l’école de Socrate, Xénophon étoit passé à l’armée. On ne recon- Y. Entre autres noît que trop le soldat, et le soldat Grec à toutes les plaisanteries gros- €yroped. L ii . . . cae, ° p. 119.136. sitres, que la licence des camps, et la franchise militaire enfantoient tous les jours ; mais qui nous paroissent froides, dégoûtantes, et indignes d’un ouvrage philosophique sur Vhistoire. L’écrivain ne pouvoit les rendre au lecteur accompagnées de toutes les circonstances du moment et du caractère, qui leur avoient donné une sorte de chaleur et d’intérét. 2. Lorsqu'il s’agit d’une histoire, dont les variations permettent quelque liberté à la critique, et même à la conjecture; l'historien philosophe choisira parmi les faits contestés, ceux qui s'accordent le mieux avec ses principes, et ses vues. Le désir de les émployer leur donnera même un degré d’évidence qu'ils n'ont pas; et la logique du cœur ne l’emportera que trop souvent sur celle de l'esprit. Lorsque la chronologie proscrivoit un trait de morale, Plutarque méprisoit la chronologie; et Voltaire est peu difficile sur ses autorités, quand il s'agit de peindre les artifices des prêtres, les bizarreries de la superstition, et les contradictions de l'esprit humain. Il y avoit plusieurs relations de la vie de Cyrus; celle qui se prêtoit davantage aux vues de Xénophon lui parut sans doute la plus vraisemblable.
3. Les histoires les plus particulières laissent beaucoup à désirer au . lecteur curieux, Lorsqu’elles décrivent les faits, il souhaiteroit de connoître les causes les plus cachées qui les ont produit. Il voudroit
# Fenelon auroit conservé un trait de cet épisode, Malheur au lecteur à qui il faille
, Findiquer!
| pénétier
pénétrer dans les conseils, et jusque dans la pensée de leurs auteurs, pour y voir les circonstances qui ont fait éclorre, les plus grands desseins, le but qu’ils se proposoient, les obstacles qu’ils ont rencontrés, et les arts par lequels ils les ont vaincu. Un esprit philosophique se plaît à suppléer tous ces termes intermédiaires ; et à tirer du vrai, le vraisemblable et le possible. S'il donne à ses réflexions la forme d’une histoire, 1l est obligé de prendre un ton plus ferme. Ses hypothèses deviennent des faits, qui semblent découler des faits généraux et avérés. Je tâcherai d’éclaircir cette idée, én suivant la marche naturelle Cyroped. 1. tv. de l'esprit de Xénophon, lorsqu'il décrit l'institution de la cavalerie © rh Persanne. II savoit que le pays des Perses étoit rude et plein de mon- 1. p. 20, tagnes, que les chevaux y étoient trés rares, et que les troupes de cette nation, dans le tems qu’elle entreprit ses conquêtes, n'ont pu consister. qu'en infanterie. Il] voyoit cependant que, déjà sous le-règne Herodot. L 1. de Cyrus, leur cavalerie étoit nombreuse et bien disciplinée, que -les * *” premiers de la nation ne paroissoient jamais qu'à cheval, et que cet art faisoit un objet des plus. importans de l'éducation de leur jeunesse, Sans doute (se disoit-il) leur fondateur, grand capitaine et prince habile, fut l’auteur de cette institution, si nécessaire pour donner à ses troupes, à tous égards la supériorité sur les autres peuples de l'Asie: Tl aura choisi (continua-t-il) un moment favorable à ses desseins. Le lendemain (par exemple) d’une victoire, qui leur avoit livré un camp. ennemi rempli d’excellens chevaux, quand les fantassins Persans s'impatientoient de voir la cavalerie des alliés, qui rentroit chargée du butin, qu’elle avoit fait à la poursuite des ennemis, si dans cet instant, Cyrus — avoit assemblé les chefs de l’armée, s’il leur avoit mis devant les. yeux leurs besoins, la facilité d’y satisfaire, et les avantages qui en résulteroient; voilà l'époque de la cavalerie Persanne. Xénophon a. deviné les circonstances d’un fait, tel qu'il a dû arriver ; les conjectures. d’un philosophe, qui connoissoit l’histoire, les. hommes, et la guerre, sont d’un poids peu inférieur au témoignage d’un écrivain partial, ou malinstruit.
Je reconnois.en même tems, qu’un homme d'esprit poussera trop loin. les conséquences de ses conjectures; et que les. vues de ses personnages. s’étendront aussi loin que les siennes. -Cÿrus sentit qu’il ne pouvoit multiplier ses forces, qu’en changeant la nature de ses armes. Ii forma Cyropeed. Le
une ”
une infanterie, dont les armes pesantes n’étoient redoutables que de prés. II disciplina bientét cette phalange, par les loix d’une nouvelle tactique, qui réunissoit la légèreté des mouvemens avec la solidité des masses. Je crains que Xénophon, rempli de son objet, ne leur ait prêté tous les raffinemens de la phalange Spartiate, auxquels ces barbares ne parvinrent jamais.
4 L’historien d’un grand homme est presque toujours son ami. Le sculpteur se prosterne devant son ouvrage. Ce raffinement d’amourpropre est aussi connu qu'il paroît singulier. Lorsque l'historien philosophe se propose un système de politique, ou de morale, les exceptions particulières, qu’une vérité odieuse lui montre, Paccablent de leur poids importun ; il les affoiblit, 11 les dissimule, il les fait enfin disparoître, pour ne voir que le genre de faits qui convient à son but. On est. en droit de supposer cette foiblesse au philosophe. Ce philosophe est homme et écrivain. Mais en s’écartant de la vérité, il la respecte toujours; il ne. s'en éloigne qu'à regret; il ne se permet que des erreurs douces, insensibles et nécessaires. Le fondateur de l'empire Persan offroit le plus beau modèle des vertus guerrières et politiques: Herodot, 1. i. En rassemblant les traits, dont Hérodote et les autres historiens ont eave, © composé son portrait, nous y découvrirons un grand homme, qui n'a Der Sal dû son élévation prodigieuse qu'à lui-même, à son activité, à soi Nicol p.238. éloquence, à sa connoissance profonde de l'art de la guerre; un prince in rs Val.» dont la prudence affermit son nouvel empire; et dont la modération lui mérita le titre glorieux de Père de ses sujets. Frappé de ce caractère sublime, Xénophon s'est attaché à développer le plan qu’il a suivi, et à trouver dans toute son histoire, l’art de vaincre et de régner. Cette idée systématique l'a bientôt égaré : elle a fait disparoître des succès de Cyrus le hasard, l'erreur, la foiblesse et les revers. Un juste équilibre s'établit entre chaque événement et sa cause; et cette cause se retrouve toujours dans les yues exactes et réfléchies de ce héros. Voilà ce qu'on — a osé nommer un système vraisemblable. Un homme parfaitement sage et parfaitement heureux seroit un monstre cent fois plus chimérique que ceux d’Ovide. Mais il n’est pas nécessaire d’embrasser cette idée dans toute sa rigueur. Xénophon. admiroit avec raison un corps Jumineux; lesprit dans lequel il le considéroit ne lui permettoit pas
d'en obseryer les tâches, | | | On
. On a cru-que-Xénophon a -voulu:rassembler dans le -caractère de Cyrus, .les vertus d’un sage, aussi bien que-les talens d’un’ conquérant et d’un législateur. Hélas! s’il l’eut fait, Xénophon ne seroit que-trop bien convaincu de n'avoir composé qu’un roman. La plûpart des modernes ont adopté cette idée, sur la foi d’un orateur, dont les éloquens ouvrages se ressentent quelquefois d'un travail précipité. (Cicéron a dit Cicer. Epist. ad que, sous le nom du règne de Cyrus, -Xénophon a voulu décrire celui Sn de la justice. Chacun a répété ; sous le nom du règne de Cyrus, Xénophon a voulu décrire celui de la justice, : Cet -écho s’est petpétué- de siècle en siècle ;* et le bon Rollin lui-méme, ‘cet ennemi- juré des vertus payennes, ne parle qu'avec enthousiasme -de cette vertu parfaite, qui~ ne s'est jamais démentie un seul instant. -Il paroît prêt-à s'écrier, Sancte Cyre, ora pro nobis.. J’ose cependant m'opposer à ‘sa canonisation sur l'idée qu'une lecture attentive de la Cyropédie m'a donné de son caractère moral. |. . 0
On peut me citer des propos très honnêtes, et des actions vertueuses , de ce prince. Je le sens ;: je l'avoue; je comprends même, comment --. l'on est ébloui d'un air de modération et de bonté, qui règne dans toute ea conduite. Mais c’est dans -le principe de sa: conduite qu'il faut chercher le caractère de -sa vertu. ‘Cyrus n’ayoit- point l’Âme de Henzi IV. dont.on n’a jamais lu l’histoire sans -attendrissemeñt ; de ce prince qui pleuroit le triste sort de ses sujets rebelles, et qui aimoit son peuple, comme les autres-rois ont aimé la gloire; jamais le sentiment n’a ému le caractère froid du Persan. - Jamais un trait n’est parti de son cœur La raison conduisoit toutes ses démarches: mais- cette raison n’avoit rien de commun avec celle de Marc-Auréle ; qui. consultoit la volonté des dieux, la nature de-l’homme, -et l’ordre. de l'univers, et qui préféroit la vertu: la raison de: Cyrus n’étoit que la connoissance de ses : intérêts. Il étoit juste, - ‘humain, et bienfaisant; parcéque la justice, - Yhumanité et la:bienfaisance nous attirent cette estime générale, dont il avoit besoin. Voila la source de toutes ses vertus spécieuses. C'est déjà une vérité importante, que -le ‘conquérant et son historien ont --
savane . Il a très bien vu que Xénophon, “ vafrem quendam, et eymapérer expressit potius, : quam vere prudentem ac salutarem priacipem.” |
* Je dois excepter Erasme, qui lisoit les anciens dans un autre esprit que la plûpart des Eom, ea | | “VOL. 1: H enseigné
enseigné aux princes;, que la vertu n’est qu’une politique bien entendue; mais cette politique chancelante doit se démentir dans quelques occasions, et se contenter presque toujours d’un extérieur imposant. Pour examiner celle de Cyrus, Je vais le considérer sous ses trois relations différentes, 1" de vainqueur de l'Asie; a™™ dallié des Mèdes, et 3" de général des Persans. Sa conduite envers ses ennemis, ses amis, et ses sujets, ne peut que nous ‘éclairer sur som véritable caractère.
1, La.guerre a ses droits comme la paix, qui ne sont pas moins sacrés pour avoir été méconnus ou violés par la plûpart des conquérans.
Cyroped. 1. i Lorsque le jeune Cyrus prit le commandement, de l’armée, son. père
PRE Jui communiqua dans une instruction générale, tout le fruit de ses réflexions, et de son expérience. C'est un chef-d'œuvre de raison por litique; et je ne-connois rien de plus propre à former un général et un bomme d'état. Mais on peut lui reprocher d’avoir étendu trop loin les droits de la guerre; ou plutôt de ne leur avoir point donné de
L i.p.8s—96. bornes. “ Les devoirs (dit-il) n'existent qu’envers nos amis. L'injustice, le mensonge, la calomnie, sont des arts qu'on ne doit paint rougir d'employer contre les ennemis. La chasse est l'image de la guerre; tout moyen est permis qui nous y fait réussir” Je n’ai pas besoin de faire sentir toutes les exceptions, que la philogephie mettroit 4 cette doctrine générale.
Si nous examinons la conduite de Cyrus, il nous tiendra lieu dun commentaire aux leçons de son père. Dès sa première jeunesse, je le vois dévoré d’une ambition, qui ne peut s’assouvir que par la conquête de l'Orient. II nous instruit assez clairement de ses vues, dans ce dis cours d'inanguration, qu’il tient devant l'élite de la Jeunesse Persanne,
Li.p.61,6 Il s'étonne de la stupidité de leurs ayeux, qui ont cultivé la vertu sans y trouver leur avantage; “ De quel prix seroit-elle, cette inutile vertu; si elle n’offroit pas des récompenses qui distinguent la bravoure de la Mcheté? La vertu, l'éloquence, la science militaire, sont autant de moyens. Nous-mêmes et notre patrie nous allons y trouver la gloire, les richesses, et les honneurs.” Ces idées se concilient assez mal avec
. celle d'une guerre défensive, que Cyrus alloit entreprendre ; : cepen-
Lir.p 290. dant il ne les perd jamais de vue. Après la première victoire sur les Assyriens, i sollicite une augmentation de troupes pour exécuter son
* desvem
dessein de réduire l'Asie sous ses loix, et sous celles des Persans. Ilne connoft de paix que la victoire, et ne conçoit jemais que la guerre puisse finir que par la sournission de tous ses ennemis, qui doivent se Cyreped. L vil, croire heureux, si le maître légitime de tout ce qu’ils possèdent daigne encore leur en laisser quelque portion. Assis enfin sur les trônes de Sardes et dé Babylone, ses vœux ne sont point comblés. II lève une
armée nombreuse, et soumet tout l'Orient, depuis la Syrie et l'Ethiopie, hs P 6#
jusqu’à l'océan. Mille nations entendirent pour la première fois le
nom de leur vainqueur, et ses conquêtes furent à peine arrêtées par
les obstacles que la nature y opposoit. Telle fut la justice et la modé-
ration de Cyrus envers ses ennemis. Montagne l’a très bien apprécié. Essais de Mon- “ Et certes la guerre (dit-il) a beaucoup de privilèges raisonnables au “”? rie préjadice de la raison ;—mais je m'étonne de l'étendue que Xénophon leur donne, et par les propos et par l'exemple de son parfait empereur; auteur de merveilleux poids en telles choses ; comme grand capitaine, et philosophe des premiers disciples de Socrate; et ne consens pas à la mesure de sa dispense en tout et par-tout.” La morale relâchée de Kénophon auroit moins étonné Montagne, sl eut réfléchi que ce philosophe étoit du nombre de ces aventuriers mercénaires qui vendent leur sang au plus offrant; et qui ne s’informent jamais de la justice du parti qu'ils embrassent. Ce n'est pas d'un colonel Suisse qu’on doive espérer un traité sur le droit des gens.”
- Je reconnois cependant avec plaisir, que la politique, et peut-être le caractète de Cyrus, n’avoit rien de la férocité d’un conquérant Tartare. Il exerçoit une elémence qui feroit honneur aux siècles les plus éclairés : il épargnoiït le sang des vaincus, et ne portoit point le flambeau dans les villes prisés d’assaut. Trop sage pour ruiner ce qu ilregardoit comme son bien; il n’ajouta jamais au courage des ennemis l’aiguillon puissant du désespoir. Je n'ai pas le loisir de m’arréter sui cette partie intéressante de son histoire. I] me suffit d'indiquer son traité avec le Crepes. Lv. roi d’Assyrie, par lequel il exceptoit les cultivateurs des horreurs de ” la guerre; sa bonté éclairée envers les Egyptiens à la journée de Thym-
# Cyrus envoye demander de l'argent ay Roi des Indiens, prince neutre et indépéndant.. Cyroped. L iii. S'il l’accorde, (disoit-il à ses amis,) nous lui en devrons de la reconnoissance. S'il le refuse, pe 205nous serons en droit de ne consulter que notre avantage, dans notre conduite à son égard, Ce droit : me paroit asses plaisant! .
H 2 brée,
Cyroped. I. vis brée; et; sa conduite après la prise de Sasdes. - Au lieu de permettre à. p.496, ke.. ses.s0idats de s'enrichir par la destruction de cette capitale, il se contente | * d'exiger des.citoyens une forte contribution ; qu'il versa ensuite parmi ‘les compagnons de.sa victoire. Les-uns le regardèrent comme un dieu.
sauveur; les autres comme un bienfaiteur généreux, qui ne laissoit
jamais la valeur et la fidélité sans récompense. On peut dire que la ‘for- * mation d'un grand empire n’a jamais coûté si peu à l'humanité. - |
-2.° Pour juger de-la conduite de Cyrus envers Cyaxare et les Mèdes,
ils est nécessaire de connoître ses relations avec eux.. Dans le système
de Xénophon, les Persans ne dépendoient point des Médes; avec lesquels ils: étotent unis par les liens d’une étroite alliance. Cyaxare leur demande
Lips ke un corps de troupes, pour se défendre contre les desseins ambitieux de l'Assyrien, leur.ennemicommun. Le grand conséil de la nation lui accorda trente:mille-hommes, dont Cyrus fut nommé général. : Ces troupes n’étoient point auxiliaries, ils étoient mercénaires, et ce mot seul- nous
i. ip. 1o0.4e. instruit de toutes les obligations de cette espèce de servitude imparfüite. paliet Pacis, Cyrus devint le soldat de Cyaxage, qui pertoit le-fardeau de la guerre, et qui devoit en recueillir tout l'avantage: - ‘Pendant quelque tems le nou- - veau général se distingua par son obéissance et sa fidélité,” Mais on peut Cyroped LH découvrir le germe de l’indépendance, jusque dans son’ empressement "affecté, son:refus de prendre. une robe Mède, et: l’ostentation ‘avet laquelle il étala aux yeux des ambassadeurs Indiens, le contraste du roi et du guerrier. : Sa valeur, son humeur populaire, et sa conduite artificieuse, lui donnèrent bientôt: un parti. dans la cour d’Ecbatane ; le roi,
d'Arménie lui devoit le tréne.etla vie ; et son armée, formée par'ses soins, €toit dévouée à sa fortune. Enhardi par ées avantages, il commence à Lit, p. 212, ° prendre un ton ‘plus libre. C’est à la tête de ses mille capitaines, qu'il ‘ va.proposer au roi de porter la guerre dans le pays des ennemis: On ne refuse rien 4 une pareille députation.: Les alliés se mettent ex marehe,
- ils livrent une bataille, et la gagnent. Cyrus veut profiter de sa victoire. ~ . Prêt à suivre l'ennemi à la tête des Persans, il demande au roi la permis- +. sion d’y ajouter les volontaires Médes. L'armée ‘entière part avec lui ;
et Cyaxare demeure seul, avec un petit nombre de ses gardes. Tl envoye
, un ordre pour rappeller les Mèdes, dont il se croyoit au moins le maître.
Mais Cyrus avoit pris un si grand ascendant sur ces troupes, qui le traitoient déjà de roi, qu’ils résolurent unanimement : de ne.point abandon-. ner
ner ses drapeaux. Il répondit ausbitôt à Cyaxer ; à qui il n’ävoit en: core donné aucune nouvelle de sa ‘situation. : Son ton est célüi d’un Crop, i iv. homme qui sent ses forces et qui méprise son maître. Après avoir ex: ee agéré.des services, ainsi récompensés, il finit sa lettre par une menace
assez mal déguisée: “.Ne révoquez point (lui dit-il) ce que vous avez
accordé ;. un semblable procédé changera‘en ennemis vos amis. N’en-
seignez point à vos sujets, par vos plaintes déplacées, à vous mépriser.
Quant à nous, lorsque nous aurons mis fin à une entreprise utile pour le
bien commun, nous tâcherons de nous rendre auprès de votre personne.”
Sur le champ, il fait partir un ministre fidèle pour lever quarante mille —
autres Persans, que Cyaxare ne demandoit point, et pour les conduire en Médie. Enfin Cyrus ramena’ son armée victorieuse d’une expédition L- * p.389. dans laquelle il pénétra jusqu’aux portesde Babylone. L’oncle et le ne-
veu se virent, et Féclaircissement ne se passa point saris difficulté. Cy-
axare sentoit son humiliation, et la comparoit tristement avec l'éclat naissant d’un allié qui ne le seroit pas long-tems. La vérité perce à travers
l'art de l'écrivain ; et chaque lecteur plaint le triste sort de ce monarque, qu’on a voulu’ rendre méprisable. {1 se rend cependant aux sophismes
éloquens que Cyrus daigne encore employer; et aux assurances qu’il lui Lr.p 401. donne. qu 1} ne faisoit des conquêtes. que pour son avantage. Flatté par
ses assurances, et par le respect que Cyrus permit aux Mèdes de lui ren- 1. vip. 448. dre, il consentit sans peine à tous ses projets. Le roi des Mèdes, avec
la troisième partie de l’armée, se chargea de la garde du pays; pendant
que le général Persan marchoit contre l'ennemi à la tête du reste. Cy:
rus ne doit jamais oublier qu'il est le soldat de Cyaxare, ou du moins de la cause commune. Depuis ce moment, je ne vois plus qu'un prince indépendant, qui fonde un empire pour lui-même. Il soumet les deux monarchies de Lydie et d’Assyrie. Par-tout il agit en maître. Les gou- L vi. p. 503, verneurs, les garnisons, les trésors, il s'empare de tout, et régit tout par 1. vi. pe 580,. - sa volonté suprême. Pendant qu'il se fait couronner roi de Babylone, {vis pe 590. sa politesse attentive prépare à Cyaxare un-pälais, propre à le recevoir, lorsqu'il voudra faire visite à son neveu, dans ses nouveaux états. Ce
neveu lui permet même d'achever ses jours sur le trône d’Ecbatane. It L vii. p. 634. se contente d’épouser sa fille unique, et de recueillir son héritage après sa mort. Tel est lé Cyrus de Xénophon. Mais j'ai dela peine à croire, que Cyrus ait gardé jusqu’à ce point les dehors de la modération. Hé
. rodate-
Herodot. L i.
Ctosiss apud Phot. p. 108.
Herod. 1. iii.
c. 9% et 97.
Strab. Geog.