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Anabasis, L iii.
Herod. 1. i. e,
Contes a Phot. 18
rodete et Ctesias (je ne parke point de leurs copistes) nous assurent que ce prince prit les armes contre son souverain, et que la victoire
' fransféra l'empire des Mèdes aux Persans. Il n'est guères possible
que ces deux historiens se trompent. Le témoignage de Ctesias est celui des archives qu’il avoit consultées, et loraqu’ Hérodote voy=
agea en Asie, la tradition de ce grand événement étoit gravée dans
tous les esprits, disons mieux, dans tous les cœurs L’orgueil des vainqueurs, et la douleur des vaincus, né retraçoient que trop fidèlement la révolution, qui avoit mis les uns dans les fers, et les autres aut le trône. Si l'empire ne s’étoit formé que par l’union volontaire des deux nations, leur sort seroit-il dévenu aussi différent? Les Persans, maîtres de l’état, étoient libres et exempts de tout tribut: la Médie était confondue dans la foule des provinces. Les écrivains postérieurs, Strabon et Xénophon lui-même, ont retrouvé des vestiges de cette guerre, des endroits qu’elle avoit rendu célèbres, Il sembleroit que cette flamme civile embrasa tous les pays des bords du Tigre jusqu’au fond de la Perside. L'existence de cette guerre ne me peroft point douteuse. IL en résulteroit que Xénophon a respecté son héros plus que le vérité, et qu'il a effacè un trait d’injustice et de violence, qui auroit déparé la douce politique de Cyrus. L'écrivain n’a pas voulu permettre à l'homme db sortir un instant de son caractère général. Mais en recongoissant ce silence affecté, ne perdons point de vue nos principes. Essayons jusqu'à quel point une hypothèse naturelle pourroit adoucir sa faute, et rapprocher deux historiens dont on ne voit l'éloignement qu'avec une > sorte de regret.
Cyrus n’abusa point de son victoire. Hérodote fait l'éloge de sa clémence, à l'égard d’Astyage. Ctesias y ajoute un mélange assez singulier, mais très naturel, de rigueur et de bonté. Dès qu'il se vit maître d’Agbatane, il met à la torture la famille entière d’Astyage, pour leur arracher l'aveu de sa retraite. La générosité de ce prince malheureux rendit inutile la constance de ses amis. 1 sortit de son asyle pour terminer leurs tourmens. Dès cet instant Cyrus s’assura de sa personne;
. . mais le traita toujours avec le respect d’un fils; il épousa même sa fille
et se donna par là quelque titre légitime au trône des Mèdes. Je suppose donc qu'il lui laissa le vain titre de Roi, et que se réservant l’autorité souveraine, sous le nom dé son général, ou de son premier ministre,
il éblouit sans peine un peuple attaché à la race de Déjocé, et qui ne V. Bob. Orient. p. 878.
- Sappercevoit point qu'il eut changé de maître. La politique de Tamer- Hist. Gea.
lan ne seroit pas indigne de Cyrus. Ce prince Tartare étoit maître ab- part. v. c. ete
solu de l'empire de Zagatai: bientôt il le fut de l’Asie. Un ordre de sa Bec par Bcherif.
bouche anéantissoit la maison de Jenghiz Khan. II la respecta, il se con- 249. Emir ot-
tenta des titres modestes de général et d’allié des princes, et par un mé- Eve.
nagement adroit pour les préjugés de sa nation, il conserva toujours aux
descendans de leur législateur, les noms sacrés de Khan et de Sultan.
Astyage survécut à la prise de Sardes. Il périt alors d’une façon, qui Pines. fos,
laissoit soupçonner que l'usurpateur étoit l'assassin. I] ne pouvoit mieux
se justifier de oe reproche, qu’en plaçant un Cyaxare, fils du défunt, sur
le trône prétendu d’Agbatane. Tl n'est pas. étonnant qu’Hérodote et
Ctesias ayent ignoré l'existence de. ce fantôme, que disparoissott à me-
sure que l'autorité de Cyrus s’affermissoit ; et qu’ils ayeut fixé l’époque
du règne de ce conquérant par la défaite d’Astyage. Il l’est encore
moins, que Xénophon ait profité de la conduite politique de sen héros,
et qu'en suivant son exemple il ait tâché de faire évanouir teutes les
traces d'une guerré aussi odieuse. Je ne sais st l'on doit attribuer au
dessein, ou au hasard, cette erreur chronologique, sur la mort d’Astyage,
qu'assurément il a avancé de plusieurs années: le consentement unanime
de l'antiquité me persuade que c’est à Astyage et non à Cyaxare, que
Cyrus a arraché le sceptre; et l'autorité de Ctesias me prouve que c’est
la fille d’Astyage qu’il a épousé.. Ce déplacement répand quelque. con-
fusion sur la Cyropédie, qui présente d'ailleurs un tableau très vraisem-
blable de l'élévation du prince Persan, jusqu’à l'instant qu’elle jette un
voile favorable sur le dénouement de ses intrigues. |
3. Les douze tribus des Persans, qui montoient à peine au nombre de Cyroped, L 1.
120, 600 hommes, n’occupotent qu’une portion stérile de la province, à pS
laquelle ils ont donné le nom de Perside.* Lorsqu’on voit une peuplade
aussi peu nombreuse subjuguer l’Asie en moins de trente ans; nous sou-
haiterions de connoître les causes, qui leur acquirent une supériorité
® On distinguoit dans la Perside, 1. La côte maritime, qui étoit aride, sablonneuse, et V.Strabon.Gee. brûlée par les chaleurs excessives. 2. La partie tempérée: c’étoit la plus belle plaine du ian’ Pode i Ar monde. 3. La partie septentrionale, froide, stérile ét remplie de montagnes: c'étoit la pa- rot. À à is trie des Persans, J'ai négligé le roman dé la naissance et de l'éducation de Cyrus; qu'Hé- no a ee LR
rodote a écrit avéc autant d’ agrémens que de mépris pour la vraisemblance. aussi
weet hh Cy- aussi décidée sur les autres. nations. C'étoient un gouvernement libre, et passion, une éducation perfectionnée; les deux moyens les plus propres à élever lame, et à former de grands hommes. Xénophon a peut-être trop consulté
la législation Spartiate lorsqu'il a composé son tableau vraiment philoso-
Cyroped. Li c. phique de celle des Persans; mais la conformité de ses idées avec les obser- * -vations d’Hérodote, me persuade qu'il a travaillé sur un fond très historique;
et que la république Persanne se distinguoit par des loix et des vertus in-
connues aux vils troupeaux d'esclaves, qui couvroient le reste de l'Asie.
La formation d’un semblable état doit avoir été accompagnée de circon-
stances singulières, mais nous ignorons jusqu'au nom de ce génie sublime, paie bi tag quien fut l’auteur. Le jeune Cyrus apprit dans cette école à mépriser la “Lin mortet à ne craindre que les loix. Dans toutes ses guerres, il sembloit n'être que le compagnon de cette jeunesse, dont il étoit le premier dans un
jour c decombat. . La raison, 1’éloquence, la plaisanterie, des récompenses ; ;
voilà les seuls moyens qu'il employoit pour s'assurer l’obéissance d'une armée.nombreuse.. Ennemi du faste et des plaisirs, il soutenoit par Ses leçons et par son exemple, les institutions rigoureuses de sa patrie. Une
. Pareille discipline maîtrisa la fortune. Cyrus se vit: enfin‘assis sur des
- débris sanglans dé tous les trônes de.1’Asie.
La victoire ne l'éblouit point; ‘mais il découvrit dès lors lé plan réflé-
. chi d'un gouvernement despotique, qu'il avoit formé depuis longtems.
L. vii. p581— Il débuta par. la ruse ordinaire aux ambitieux; en faisant sentir aux 8% grands. fous les inconvéniens d'une démocratie; qui lés laissoit dans la Le vi. p. 570 foule des citoyens... .Dès qu’il les vit intéressés dans ses. projets, et con- Le vil p. 593, vaincus qu'il valoit mieux étre les esclaves d’un maître, que de la multitude, il changea tout.d’un coup de conduite. A son ancienne simplicité,
il substitua la parure des Mèdes, qu'il avoit méprisée, et tout le luxe Ba-
bylonien. - Ses manières populaires et affables avoient fait place à l’or-
gueil des rois de l'Orient. La jalousie marche à côté du despotisme. Ce
guerrier, qui n’avoit jamais connu. la crainte, commençoit à se défier des compagnons de ses victoires. I] ne paroissoit plus en public, qu’envi-
Lvi p.544 ronné d’une garde de dix mille hommes. Il ne confioit plus sa personne L vii. p. 541. qu'aux eunuques de son palais. Il espéroit que, méprisés de tous les | hommes, ils se dévoueroient au maître qui les protégeoit. Cyrus sentoit
| eependant qu'il devoit chercher ailleurs, un appui solide de son emptre.
L si B- 646, I] rassembla l'élite des Persans, et des alliés; qu'il -formoit continuelle- 13 ment
ment aux fatigues de la guerre et de la chassé: toujours exercés sous ses yeux, ils jouissoient des richesses de l'Orient, sans en ètre corrompus. Aux portes de son palais ils se faisoient une habitude de la bravoure, de Cyreped. | 1. la tempé€rance, mais surtout de l’obéissance, la première des vertus aux yeux de Cyrus. S'ils négligeoient ce service, le roi leur faisoit enlever 1, vai. p, set. leurs biens ; et leur montra que ses seuls courtisans avoient droit à sa fafeur, ou même à sa justice. Les Persans apprirent pour la prémière fois L. vid. p. 596. à Fadorer. Jaloux des hommages de ses sujets, il l’étoit encore de leur amour mutuel. Pendant que ses bienfaits lui assuroient l'attachement 1. vii.p.ses. de ses guerriers, il favorisoit parmi eux une division, qui les rendoit ps wii. p. see. moins redoutables.” Voila les principes que Cyrus établit dans son gouvernement, et que chacun de ses satrapes imitoit dans sa province. Tout Le vi. p. 641. s'y rapportoit au prince, rien au peuple.
Ne dissimulons cependant point, que Cyrus respecta toujours la Ii- L si n ese. berté Persanne dans sa source sacrée. Le citoyen Persan jouissoit, au seini. de sa patrie, de l'indépendance et de la pauvreté, s’il osoit les préférer aux grandeurs serviles de la cour. Je pense que la Perside se dépeuploit tous les jours.
‘Quel fut le genre de mort de ce héros? Je ne répéterai point son ex- Berodot. Lion. pédition Scythique, et la victoire de Tomyris. Je ne parlerai pas non plus de cette mort douce, tranquille, et digne de Socrate dont la faveur Gr des dieux couronna son bonheur. Hérodote et Xénophon sont entre les sn mains de tout le monde; mais on a fait peu d'attention au récit vraisemblable et conciliant de Ctesias. Cyrus avoit pris les armes contre les 52%. Ce send Derbices, nation barbare, qui erroit dans ces vastes plaines à lorient de la *™ mer Caspienne. Au plus fort de là mêlée, le cheval de Cyrus, effrayé d’une — odeur d’éléphant, qu'il ne connoissoit pas, se renverse avec son maître. Un Indien le blesse avec un javelot. Les Persans l'emportent au camp ; mais, découragés par la blessure de leur général, ils sont repoussés avec une perte très considérable. A la nouvelle de cette défaite, Amotges, ami et auxiliaire de Cyrus, accourut à la tête d’une armée de Saques : il se livra une bataille sanglante, mais décisive en faveur des Persans. Cyrus ne survécut à sa blessure que trois jours. Il mourut au milieu de ses amis, après avoir distribué ses états à ses fils, qu’il exhortoit à s'aimer toujours. C'est là, à mon avis, la mort de Cyrus. (Chacun des autres histeriens n’a
VOL. ‘III. I | . voulu
Cyropæd. L Iv.
.p- 312. 1. v. pe
voulu voir que la portion qui convenoit à ses vues philosophiques Hérodote voulait prouver l'existence d’une puissance toujours jalouse du bonheur des hommes. Xénophon vouloit soutenir jusqu’au dernier moment la fortune de son héros; l'ouvrage et la récompense de sa prudence,
Il a fallu se livrer à une discussion un peu longue, pour apprécier le
vrai caractère de Cyrus et de la Cyropédie; qu’on a envisagé d’une ma-
nière assez confuse. Elle nous a aidé à déméler la destruction de la dynastie des Mèdes, dont Hérodote nous a conservé l’histoire. Nous y decouvrirons aussi ces rois de Suse, les tristes successeurs de l'empire
, d'Arbaçe, que nous avans perdu de vue depuis longtems Ils vont
briller un instant, pour se perdre à jamais dans la nuit de l’oub}i. Xénophon, d’accord avec nos écrivains sacrés, nous représente le petit royaume de Suse comme étant soumis aux loix des Babyloniens. Le prince tributaire qui le gouvernoit se nommoit Abradate. Héritier des vertus d’Arbace, sans. l'être de sa fortune, il souffroit impatiemment Yorgueil d’un maître. Ce maître osa même jetter un œil téméraire sur Ig Princesse Panthée, son épouse et son amante, dont la vertu le rassuroit autant que sa beauté lui inspiroit d’inquiétudes. Dans le tems qu’Abrar date étoit parti du camp des Assyriens; pour entamer une négociation avec les Bactriens, la bataille se donne; les Assyriens y sont défaits, et leur camp, rempli de leurs trésors, de leurs femmes, et de leurs enfans, tombe au pouvoir des vainqueurs. Lorsque ceux-ci firent le partage du butin, on réserva Panthée pour Cyrus lui-même. La plus belle femme de l'Asie devoit couronner le premier de ses guerriers.. Araspe lui sgnonça, avec un goût vif, tes plaisirs qu’il alloit goûter entre ses bras. Il lui ât une description touchante de sa captive, de sa beauté, de sa dignité mo-
. deste, et de son désespoir. Cyrus fut insensible aux attraits de la vo-