DANS LA CITE DES SYBARITES
baris, cultivé de la même manière, en auroit pu nourrir 5,458,243. Malheureusement les récits de Diodore et de Strabon* nous obligent d'en . trouver presqu’une fois autant. Trois cens mille hommes se mirent en campagne contre ceux de Crotone. C’étoit tout au plus la moitié des Sybarites en état de porter les armes. Ceux-ci étoient au nombre de 600,000 ; toutes les personnes libres de 2,400,000, et tous les habitans de 9,600,000: comptant la proportion des esclaves aux maîtres comme trois à ut. |
L'on sentira assez combien toutes les suppositions ont été faites faverables aux Sybarites. J'ai supposé tout leur territoire cultivé, villes, déserts, rivières, tout a été supprimé, Je n’ai point fait attention au luxe et à la mollesse des Sybarites. Je ne leur ai pas donné plus d'esclaves qu’à ces Romains dont les consuls eux-mêmes béchotent la terre. Je leur ai supposé la même simplicité, la même patience, la même assiduité au travail qu'à ces pâtres qui s’exerçaient à conquérir l'univers.
Que sera-ce encore si le fondement de cette supposition est ruineux, si les Romains eux-mêmes ne pouvotent pas nourrir ime famille du cré de deux jugeraf On eragère avec tant de plaisir. Les Romains sontils pauvres’—deux jugera entretiennent une famille. Sont-ils riches?— leurs bains couvrent des provinces: Mais venons 4 quelque chose de plus précis. Du tems de ta simplicité Grecque et Romaine, un chænir par Jour, ou quatre medii à peu près par mois, nowrTrissoient une personne. L'étoit l'étroit nécessaire. On le donnoit aux esclaves f Or quel étoit le produit d'un jugerum? (Cicéron nous l’spprend de la campagne de Leontium; dix medimni, les bonnes années,—huit, année commune.f Mais cette campagne, distinguée par sa fertilité ne doit point servir de modèle pour toutes les autres. 61 nous teurs accordons, aux unes portent les autres, cinq medimni, ce sera beaucoup. [1 en faut encore
* Diodor. |. xii. c. 9. Strab. 1. vi. p. 404. + V. Hortensius de Re Frument. apud Ciceron. Olivet. Tom. iv. p. 605. { Cicero in Verr. Actio II. 1. iii, c. 47. In jugere Leontini agri, medimnum fere tritici,
perpetua et æquabili satione, ager efficit cum octavo, bene ut agatur: ut omnes Dii adjuvent cum decimo. me
§ Cicero, in Verr. Actio IT. 1. iii. e. 18.
Quod caput est rei frumentariæ, campus Leontinus, cujus antea species erat, ut cum obsi- Æpm vidisses, annonæ caritatem non vererere.
VOL. III. M déduire
82 SUR LE NOMBRE DES HABITANS, &c.
déduire un medimnus d’ensemencement, reste à quätre medimni à. vingtquatre. modii. . Deux .jugera ne suffisent, done qu’à l'entretien d’une seule personne; et le territoire de Sybaris, en supposant-les deux tiers cultivés, pouvoit en nourrir cinq cens vingt mille, pas la seiziéme. partie de ceux que Diodore, Strabon, et M. Wallace y ont placés. Je ne déciderai pas s’il les nourrissoit en effet.
Votre raisonnement seroit juste, me dira-t-on, si les Sybarites ne.’ se nourrissoient que du produit de leurs terres. Mais ils faisoient venir du grain de chez l'étranger. Cette ressource.est commode. Elle garantit les Sybarites de la disette, et leurs panégyristes des objections. Il faut cependant prendre garde de ne pas l'employer. trop souvent, de peur de faire entrer du bled dans tous. les pays sans en faire sortir d'aucun. Les importations de cette espèce. ne- se peuvent faire que chez des peuples riches et commerçans.. Les exportations annoncént à coup sûr une contrée moins peuplée qu’elle ne pourroit l’être;.et si. la fertilité du terroir, ou l'art des habitans n’y suppléent en partie, .un pays assez dégarni d’habitans. , Cependant, selon les admirateurs des anciens, les environs de Sybaris, la Grèce, l'Italie, la Sicile, l'Afrique regorgeoient alors de monde.
Mais que les Sybarites ayent fait venir du grain, leur commerce, n’a pas sûrement surpassé celui d'Athènes, le. siège de l'empire:et deg. arts. Celui-ci n’alloit qu’à 1,600,000 medimni tout au: plus, peut-être à la | moitié seulement.* 200,000 personnes ont pu subsister de.ce commerce, et l'on pourroit, trouver dans la cité de Sybaris 720,000 âmes; la dour | zième partie du nombre requis.
Puisque deux auteurs estimés ont pu convenir, d'un fait impossible, que la population de l'antiquité nous devient suspecte! Il est si peu de faits appuyés sur des, autorités aussi bonnes... En.tout, hormis la religion. il vaut mieux ne pas croire assez, que de croire trop.
sO A
° Wallace, p- 91.