V. de Bello Helvet. p
in Thesauro.
Joan. Vitoduran. p. 26.
Tschudi, tom. i.
darmerie qu'une valeur. malheureuse et une armure pesante arrêtoient dans un lieu où l’un et l’autre leur étoient inutiles. Longtems après l'on s’appercevoit dans toutes les provinces voisines que l'élite de la noblesse avoit péri dans cette fatale journée.t L’infanterie, beaucoup moins engagée. dans le défilé, vit en tremblant la défaite des chevaliers qui passoient pour invincibles, et dont les escadrons effrayés se renversoient sur elle. Elle s'arrêta, voulut se retirer, et dans l'instant cette retraite devint une fuite honteuse. Sa perte fut assez peu considérable, mais les historiens de la nation ont conservé la mémoire de cinquante
* Les habitans de l’Eugadine employérent un semblable artifice dans la guerre de Suabe. Bilibandus Pirckheimer le décrit assez joliment,
+ Un historien contemporain assure que longtems après, la gendarmerie noble (militia) étoit rare dans les provinces voisines. On vit périr dans cette journée le Comte Rodolphe de Habsbourg, trois barons de Bonstetten, deux seigneurs de Halevil, deux Gesler, et beaucoup d'autre noblesse de l'Argau, de la Turgovie, et de l'Alsace.
brayes
braves Zuriquois dont on trouva les rangs couchés morts sur la place. 1816. Léopold lui-même fut entraîné par la foule qui le portoit du côté de Zug.
On le vit rentrer dans sa ville de Winterthur. La frayeur, la honte, et Joan. Vitodu- Vindignation étoient encore peintes sur son front. Dès que la victoire “” ” + se fut déclarée en faveur des Suisses, ils s’assemblèrent sur le champ de
bataille, s'embrassèrent en versant des larmes d’allegresse, et remercièrent
Dieu de la grace qu’il venoit de leur faire et qui ne leur avoit coûté que
” quatorze de leurs compagnons.
Au milieu de la joie commune les citoyens d’'Underwald songeoient au Techudi, tom. i. danger de leur patrie. Ils ne perdirent pas un moment pour marcher à ® ”*7* son secours. Bientôt ils apprirent qu’elle étoit livrée à toute la fureur des détachemens Autrichiens. Animés par cette nouvelle, ils précipitèrent leur marche, traversèrent le lac, joignirent les Lucernois, les repoussèrent jasques dans leurs bateaux, et s’avancèrent dans la partie supérieure du pays pour s'unir avec ceux de leurs compatriotes qui faisoient tête au Comte de Strasberg. ‘Les deux bannières que ce général apperçut parmi les troupes ennemies le remplirent d’un juste effroi. Il comprit que l’une de ces bannières avoit combattu a Morgarten: il trembla pour son maître et pour lui-même; et se retira avec la perte de 300 hommes et celle de tout son butm. Le même jour suffit à ces trois victoires.
La Suisse étoit sauvée par les mains de la victoire. Il ne s’agissoit plus Tschudi, tom. 1. que de la rendre utile et que d'assurer à jamais la liberté pour laquelle ke Rep. Boire l'on avoit combattu. Les sentimens de la nation et la situation des af- * “ faires demandoient également que les trois cantons formassent une union étroite et indissoluble. Lorsqu'un traité est dicté par l’amitié et la bonne foi il est facile d’en rédiger les conditions. L’acte solemnel de cette alliance fut confirmé par une assemblée générale des Suisses un peu plus de trois semaines après la bataille. Je dors donner une idée juste d'une 9 pécembre, pièce qui a toujours fait la base de la Confédération Helvétique.
Tous les hommes d’Uri, de Schwitz, et d'Underwald se promettent une amitié à Pépreuve du tems et des malheurs. Ils unissent à jamais, pour le bonheur général, leurs forces et leurs conseils. L'on peut découvrir ici la première ébauche de la société civile, et ce contrat social, que tant d'écrivains, mieux instruits des droits de l’homme que de son histoire, ont vainement cherché dans les grands états. Ils jurent de se soutenir mutuellement envers et contre tous. Ils s'engagent à sacrifier leurs vies pour la défense commune, à ne jamais permettre qu’un Suisse soit mal-
RQ traité
Siraler, de Rep.
Helv. L i.
Guilliman. de Reb. Helveticis, 1. iii, c. 16.
traité ou opprimé, à le secourir ou Ale venger. Ils consentent à sou-
mettre à des arbitres impartiaux tous les différens qui pourroient un jour troubler cette harmonie; et ils établissent le troisième canton juge naturel de tout ce qui pourroit diviser des deux autres. Convaincus que l'amitié ne peut subsister parmi l’injustice et les crimes, ils décernent la peine de mort contre les homicides volontaires, et celle d’un exil perpétuel contre les voleurs. , Ils s’assujettissent à tous les devoirs qu'on avoit droit d'exiger d'eux avant la révolution, mais ils ne reconnoissent plus ceux que la tyrannie a anéanti et qu’une paix équitable peut seule restituer à la maison d’Autriche.* Ces devoirs onéreux, et qui blessoient l'indépendance d'un état libre, leur étoient cependant odieux. IIs ne veulent point en contracter de nouveaux, et ils défendent à chacun d’engager son hommage, sa parole ou ses biens, sans le consentement de tous les autres confédérés. Ils finissent par dénoncer à tous les contrevenans, la honte du parjure, un exil perpétuel, et la confiscation de leurs biens.
La première démarche de la nouvelle république fut d’instruire l’Empereur Louis de Bavière de tout ce quis €toit passé parmi eux. Ce prince, par goût et par politique, étoit l'ami des Suisses. Il leur avoit déjà écrit pour les plaindre, pour les consoler, et pour leur faire espérer un avenir plus favorable. Trop foible lui-même pour les secourir d'une manière efficace, il les fit du moins relever, par l'autorité supérieure de l’archevéque de Mayence, de toutes les censures ecclésiastiques qu'ils avoient encourues. |
Il apprit avec joie que son ennemi le plus redoutable avoit perdu sa gloire et l'élite de ses troupes dans la journée de Morgarten. Il se‘hâte de confirmer tous les privilèges des trois cantons, d’ approuver leur alliance, et de confisquer en leur faveur tout ce que la maison d'Autriche possédoit encore au milieu d'eux. Les Suisses reçurent sans difficulté de sa main un préfet impérial qui jura de respecter leurs droits et de les défendre contre tous leurs ennemis. Cette magistrature, l'ombre d’une autorité révérée, disparut insensiblement, et les empereurs suivans accordèrent aux Suisses le privilège de choisir des magistrats qui fussent en même tems les ministres du peuple et de l'empire.
Je viens de tracer d’une plume foible mais impartiale l’histoire d’une révolution obscure qui a changé le sort de quelques paysans des Alpes. :
* L'on peut trouver dans le dictionnaire de Leu, les exemples de plusieurs servitudes dont Jes cantons se rachetèrent longtems après la révolution,
Elle
Elle mérite néanmoins l'attention du philosophe qui cherche l’homme 15: dans la chaumière plutôt que dans les palais. Il sait que le nom sacré
de liberté a presque toujours désigné les prérogatives injustes d’un petit nombre de citoyens, et que les nations séduites ou entraînées par leurs
chefs ont mille fois combattu avec fureur pour des intérêts qui leur étoi-
ent étrangers. ‘Il parcourt d’un œil attentif le tableau de l'Europe dans
les siècles barbares de l'anarchie féodale. Qu'il est triste, ce tableau,
pour un ami des hommes! Des barons. et des évéques qui disputent à
leur roi la dépouille sanglante des communes; ces communes malheu-
reuses qui s’arment quelquefois de leurs fers, mais dont la fureur incer-
taine et aveugle déshonore par ses excès une liberté dont elles ne savent — point jouir;* quelques républiques populaires au fond de l’Italie, déchirées par une discorde toujours renaissante, et qui se livrent avec la même ardeur à leurs tribuns et leurs tyrans. Qu'il reconnoisse ici un spectacle plus rare et plus digne de la nature humaine; un peuple vertueux, qui a défendu les droits les plus saints par les moyens les plus légitimes; qui a eu dela fermeté dans le péril et de la modération après la victoire.