REMARQUES
Lausanne, 1 Avril, 175%.
Et te, maxime Cæsar, Qui nunc extremis Aste jam victor in oris - Fmbellem avertis Romans arcibus Indum.
| Vine. Georg. lib. ii, 0. 61.
Las savans sont fort partagés sur les peuples qu’il faut ici entendre par Indiens. Les uns veulent que ce soient les Æthiopiens, les autres prétendent qu’ils ne peuvent être que les habitans de FHindostan. Le pera Catrou prend ce dernier parti; il eroit y trouver un appui à son système que Virgile revit et ‘eorrigea ses Bucoliques Ia pénuitième année avant sa mort. En effet l'ambassade du roi Porus, de laquelle, suivant lui, il s’agit ici, tomba sur l’an de Rome 734, dix ans après la première publication des Georgiques. Pour moi je ne saurois adopter son idée. Tout me paroît naturel si vous l’entendez des Æthiopiens, tout révolte si vous l’entendez des Indiens orientaux. Je n’aurois point de dispute avec le Rev. Père pour lui faire avouer que les anciens donnoient souvent aux Æthiopiens le nom d’Indiens, il l'avoue lui-même formellement. Tom. II. du Virgile de Catrou, p. 248, 487. Mais comme quelque autre pourroit en douter et que je ne veux pas ici traiter la matière ex professo, je le renverrai à la belle dissertation de M. Freret sur la géographie de Xenophon, Mémoir. de P Acad. des Belles Lettres, tom. tv. p. 588, edit. Paris, où il prouve, à n’en laisser aucun doute, la vérité que j’avance. Si l’on demandoit pourquoi on les confondoit, je dirois que leur origine commune, leur couleur basanée, et l’or qui se trouve dans les deux pays suffisoient bien pour induire en erreur d’aussi petits géographes que les anciens. II ne s’agit plus que d’examiner si les paroles de Virgile conviennent mieux aux Indiens occidentaux ou à ceux de lorient. Virgile lui-même sera son meilleur interprète. I] faut trouver 1®** un peuple distingué assez par sa mollesse, pour que Virgile fût obligé de leur donner une épithète qui est
bien
bien loin de renfermer un compliment à son maître ; et voilà justement ce que je trouve au sujet des Æthiopiens. Strabon nous dit d'eux ‘qu'ils n’étoient propres ni à la guerre ni 4 aucun emploi de la vie. rar wposrropuer ude vaparnsuac mer pos Tekemer ovre xpos ado” Buy. Strab. Geog. |. xvii. p. 668. Edit. Casaub. Il'appuye extrémement sur cette inaptitude a la guerte, et il semble même que c’est pour la démontrer ‘qu’il fait le récit d’une guerre dont je parlerai dans un moment. ÆEn effet toute cette guerre nous les représente comme ies plus foibles des hommes ; is surprénnent à la vérité trois cohortes Romaines, mais dès que le préfet de l'Egypte marche contr’eux avec dix mille hommes, trente mille Æthiopiens, la moitié à peine armée, fuyent en confission, et te laissent pénétrer saris obstacle au cœur dé leur pays: voilà bien l'imbellem Indum. “Mais je doute qu’on puisse parler de la sorte des vrais Indiens. Quoiqu’ils ne se soient jamais distingués par leurs conquêtes, ils ne l’ont jamais été par leur faiblesse. Alexandte les subjugua, mais its fui ayoient opposé auparavant une résistance infiniment supérieure À celle qu’il avoit éprouvée des autres peuples de l’Ase, Voyex Q. Curt. L ir. c. 4, #. 16, qui donne à des nations Indiennes le titre de fèrocissime. IY. fout encore trouver un peuple voisin de l’erhpire Romain qui pouvoit ÿ faire des incursions, et qui pouvoit être empéchés d'attaquer les forteresses des Romains: avertis Romanis ab orcibus, L'on sent, à la simple vué de la carte, combien un tel voisinage cenvenoit aux Æthiepiens. Ils ‘étoient limitrophes de l'Égypte devenu province Romaine depuis la mort de Cléopatre, Voyez Suet. in Caesar. August. c. 18. ‘Vell. Patere. li it. c. 39,5. 2 Les Indiéns au contraire étoient séparés des Romains par des pays immenves, par tout l'empire des Parthes. J’annerois autant que Boileau, eut loué Louis XIV. d'avoir garanti la France des invasions des Siamois, après qu’il ent recu une ambassadè de te dernier peuple. IIT. It faudreit qué ee peuple en question eût eu quelque démélé avee les Romaine, mais que la réputation et les victoires d’Augnste les eûf obligés de se tenir em repos”. Tout ‘cela paroît être exactement vrai des Æthiopiens. Candace, leur reine, fit ane invasion en Ægypte quelques années après pendant que tes troupes Romaines étaient engagées dans arte expédition en Arabie. Plin. Hist. 44 ° # Jam victor »....... avertis.
Nat.
Nat. L vi; c.:29. Strab: Geog. L. xvti. 564. Prideaux Histoire des Jaifé sous Pan avant Christ . L’on donne même à comprendre que tes Æthiopiens avoient voulu remuer pendant peut-être qu’Auguste étoit en Ægypte, puisque le prétexte qu'ils alléguoient (saveir certains torts qu'ils avoient reçus des anciens monarques du pays, Acyorruy 3s cs alnavre vxo roy Movapyow) subsistoit déjà; mais effrayés apparemment du bruit de ses expoloits ils renvoyèrent leur entreprise À des tems plus favorables: Il n’y a rien de pareil dans le cas d& Indiens. Jamais ils n’ont eu de démélé avec les Romains. Ils envoyèrent à la vérité une ambassade à ce prince, mais ce fut uniquement pour demander sa protection et rendre hommage à ses vertus, (Strab. Geog. L av. 495. Flori Histor. Roman. l. iv. c. 12.) circonstance qui me confirme dans l’idée qu’il n’est point question ici des Indiens orientaux, ni de leur ambassade. Virgile, habile adulateur, auroit-il jamais exposé des lecteurs à confondre un événement aussi unique, aussi flatteur pour son héros, que celui d’un peuple libre qui vient de l'extrémité de la terre rendre hommage à ses vertus, à le confondre, dis-jé, avec ces avantages qu’on obtenoit si souvent sur les barbares limitrophes de l’empire?
Une autre raison, qui ne‘me permet pas d’adopter le systéme du Père Catrou, c’est le phrase Asie extremis in-oris. Quelque tour que le Rev. Pére tache de lui donner, on ne peut pas se dispenser d’avouer, que la seconde ligne de celles que j’ai rapportées n’indique l'endroit où César étoit lorsqu'il s’occupoit à ce qui est décrit dans la troisième. Or César reçut l'ambassade des Indiens à Samos. VY. Dion. Hist. Roman. tl. lo. p.626. Quelque licence que Jes anciens se soient donnés daus l’application du mot d’ Asie aussi bien que ceux d’Inde, de Syrie, de Scythie, &c. on ne me persuadera jamais qu'ils ayent appelé les frontières les plus reculées de I’ Asie une île qui en forme Pentrée. Au lieu que l'Egypte, où César étoit, séparoit en effet I’ Asie des pays lointains et inconnus de l’Afrique, suivant un système fort reçu du tems de Virgile, qui dounoit l'Egypte à l'Asie, F. Noë&t. Orb. Ant. Cellar. tom. it. 1, tv. p. 3. et Sallust. in Jugurth. c. 18.
Voilà les raisons qui m'engagent à rejetter le système du Père Catrou, et à croire que notre poéte ne vouloit parler dans cet endroit que des Æthiopiens. Il ne reste qu’à examiner deux de ses objections contre mon opinion, lesquelles me paroissent assez foibles. I™** Les
Æthiopiens,
‘Ethiopians, dit-il, étoient-ils assez- considérables dans Ia bataille d’Actium pour ne Ia représenter que par la? ton. 8. p. 249; peut-être que non. : En tout cas c'est à ceux qui le croyent à le soutenir. Cette objection ne me regarde pas, moi qui ne parle point des Æthiopiens auxiliaires d'Antoine, mais comme voulant faire la guerre en leur propre nom. IT, Virgile devoit avoir fini son second livre avant la bataille . d’Actium: seit, quoique Donat n'ait beaucoup de poids dans mon esprit. Mais il ne publia les Georgiques que année après, et je crois bien qu’il les retouchoit jusqu’au jour de leur publication.
- | A Lausanne, 13 Mai, 1757,
Nam qua Pelizi gens fortanata Canopi Accolit effuso stagnentem flumme Nilum, . Et circum pictis vehitur soa rnva phuselis; . Quaque Pharetratæ vicinia Persidis urget, Et visidem Ægyptum nigra facundat aren’, Et diversa ruens septem discurrit in ora Usque coloratis amnis devexus ab Indis.
Omnis in hac certam resp jacit arte salutem, Vine. Georg. iv. 0, 287.
Cz passage a bien coûté des veilles aux savans. C'est proprement la quatrième ligne qui en fait toute la difficulté. Le voisinage du Nil et de la Perse choque les premiers principes de la géographie et paroît inconcevable, sur tout se trouvant dans Virgile qui réunissoit les eonnoissances du savant aux talens du bel-esprit. On s’est pris diverse. ment pour s’en tirer. Les uns ont cru Je texte corrompu; les autres ont voulu l'expliquer. Encore ceux-ci ont-ils suivi des routes différentes; on a rapproché la Perse du Nil; on a reculé le Nil jusqu’à la Perse. Voyons quel sentiment il nous convient le mieux d’embrasser.
VOL, HI. 3D Je
Je ne fais qu’indiquer la correction de M, de Segrais qui transposoit réciproquement les vers Qudque Pharetrale, &c. Et viridem, &c. de manière que les quatre premières lignes se rapportoient au Nil et à l'Egypte, et les quatre dernières à l’Indus, fleuve limitrophe de la (1)V. Recueil Perse. (1) M. Huet a si bien réfuté cette émendation (2) qu’à moins de Dissertations ’ de Philologie, d'avoir perdu |’esprit on ne sauroit l'admettre: aussi quoique M. de ADS Tidet Segrais fat très bel-esprit (3) il n’avoit ni la pénétration ni l’érudition es Di
M. de Segrais et nécessaire pour faire un bon critique. (4) de M. Huet.
sont au vol L’opinion qui trouve des Perses sur les bords du Nil est celle du (2) Ibid, p. 54. Père Catrou. Il la propose avec sa confiance ordinaire, et il faut con- Louis XIV, venir que son système est joli. Il fait venir un passage de Salluste tom. iii. p. 319
(3) Hueth Com. Pour nous apprendre que les Perses passèrent en Afrique après la mort
-ment p-264. de leur général Hercule, qu’ils y prirent le nom de Nomades ou Numides, et qu'ils s'étendirent dans la plus grande partie de l’Afrique intérieure. ‘ Voici donc un grand empire établi en Afrique par les Persans qui bordent l’Egypte, et qui la serrent du côté occidental, mais sur
(5) Virgilede | tout la Haute Egypte.”(5) Il essaye ensuite de répondre a quelques
P. 481. objections qu’on pouvoit lui faire, mais il n’a point prévenu les miennes. 11 faut convenir avec lui que, quoique Salluste ne nous donne cette
(6) Salus. in tradition que d’un air peu assuré, (fides ejus rei penes auctoris erit,) (6)
17. + il nous la donne pourtant, et ce qui étoit bon pour l'historien létoit sûrement pour le poëte; comme on ne peut lui disputer que Virgile ne se soit plu à désigner les colonies du nom des pays dont elle venoient : mais je dis, I™* que la tradition en question (quand même elle conviendroit au sens de Virgile) n'étoit pas de nature à pouvoir en être employée, et IT" qu’elle n’y convient pas.
Jet Il y a de certains traits d’histoire ancienne, vrais ou faux, qui vent bien dans un poëme ; ils délassent le lecteur et ils donnent bonne idée du savoir du poëte, mais dès qu’on les y fait entrer (surtout quand ce n’est qu’en allusion) on les suppose déjà connus de tout le monde, et ils doivent l’être en effet. Mais cette colonie des Persans ne peut point avoir place dans cette classe. Salluste, qui le premier l’avoit tiré des livres Puniques du roi Hiempsal, avoue, que c’étoit ab ed famd que plerosque oblinet diversum. En effet un Hercule, général des Mèdes, des Perses, et des Arméniens, mort en Espagne, est si totalement opposé aux notions communes, qu'il faudroit qu’un lecteur fût averti
d’avance
d'avance de ce qu'on vouloit lui dire, pour pouvoir y comprendre quelque chose. II eut pu donner lieu à une épisode, à une description, mais pour une allusion aussi courte, autant sans préparation, non seulement Virgile, mais même le pédant Properee l'auroit sûrement exclu. - Les traits les plus fabuleux, mais dans la bouche de tout le monde, les Gorgones, les Jardins des Hespérides, avec tous leurs prodiges, pouvoient être reçus plutôt que cette tradition, vraie peut-être, mais heurtant de front toutes les idées du vulgaire. De plus elle étoit nouvelle, autre circonstance fâcheuse. Virgile doit avoir écrit les lignes en question au plus tard d'abord après la mort de Cornelius Gallus, (1) l'an @) env. de Rome 726.(2) Salluste avoit écrit la Guerre Jugurthine dans sa 3) Seeton, ia retraite, (3) environ l'an 711 ou 712. Or Salluste étoit le premier. qui Crevier. Histoire fit connoître à ses compatriotes l'opinion des Numides sur leur propre tom.i'p 72." origine, en traduisant les morceaux de la langue Punique qui en trai- pet et (v. toient. Quinze ans, qui s'étoient écoulés depuis la publication de cet ? 354) ouvrage, bien loin de l'avoir mis entre les mains de tout le monde, ne
devoient (vu la rareté des livres et les troubles des tems) l'avoir fait
connoître qu'à un petit nombre de curieux, de gens particulièrement
adonnés à l'étude des antiquités de leur patrie. Peut-être que Virgile
ne l’avoit pas encore vu, mais à coup sûr de mille de ses lecteurs (et un
poëte n’écrit pas seulement pour les savans) à peine s’en trouvoit un
qui l'eut eu entre les mains. Virgile seroit-il allé rechercher dans un
tel écrivain, des idées aussi singulières que leur auteur étoit nouveau :
Et où les est-il allé chercher? Dans le Latium peut-être ou tout au
plus dans l'enceinte de l'Italie. Un certain nombre de personnes con-
noit toujours -bien l'histoire de sa patrie. Point du tout: à toutes les
autres circonstances propres à embarrasser ses lecteurs, il auroit joint l'éloignement des lieux, il seroit allé en Perse pour en faire venir une (4) Herodot, 1. colonie en Afrique afin de pouvoir dire qu'ils habitoient près des bords Gh ut oe du Nil. Les exemples que le Pére Catrou apporte comme semblables pee Trou à celui-ci ne le sont point. Il n'y a jamais eu qu'une voix sur le pays c. 1. Ving . Virgile d'où sortoient les Toscans, ni sur les ancétres de ceux de Cumes, acid vill. ve Depuis qu’Hérodote avoit parlé de la premitre migration (4) il a été ONE V. Ciceron. suivi par une foule d’autres, (5) et Varron, (6) aussi bien que Caton, (7) deme hives 3. avoient si bien éclairci la fondation des principales villes de 1’Italie in Catone qu’il n’y restoit que peu ou point de difficultés, Aussi Velleius Pater- Reid. vii.
| 678. Vell. Pa.
(1) Vell. Patere. culus: du même siècle que Virgile (1) n’a point hésité d’aflirmer la DodwellAnoal. même chose que lui sur la fondation de Cumes. (2)
(2) Vell. bee. II. Mais en second lieu j je dis que cette tradition, vraie ou fabuleuse,
Me ancienne ou moderne, connue ou obscure, ne convient nullement au
sens de Virgile, Suivant le P. Catrou lui-même il falloit que le peuple
en question touchât les bords du Nil; or a suivre la narration de Sal.
luste nous trouverons que les Numides Persans n’étoient point dans ce
cas, et que leur pays étoit très éloigné de Nil et de l'Egypte. Il est
difficile de fixer au juste les bornes des divers peuples de P Afrique,
| c’est percequ’'ils n’en avoient point de bien déterminées, et qu'ils
(3) Omniase- changeoient (comme nous le dit Virgile hri-même) (3) leurs habita.
rius Afer agit, tiOS lorsqu’ils ne trouvoient plus de pâturage là où ils étoient. Ce-
remque Virgit,. pendant comme toute P Afrique étoit peuplée, leurs erreurs ne pou-
soe " voient pas s’étendre bien loin, et on a cru pouvoir leur assigner de
certaines limites qu’ils ne passoient guères. De cette mamière on a
|) Pin. Hise donné la rivière Tusca pour borne orientale de la Numidie. (4} Cette
Cellar. Nott. rivière, située plus à l’oecident que Carthage, étoit éloignée de plus de
tom, ii peas, la moitié de la largeur de l'Afrique du Nil, avec lequel ces peuples
pur n'avoigné aleurr commerce, de sorte que j'aimerois autant parler du
voisinage du Portugal et de la Pologne que de celui de ces deux
nations. Si l’on me répondoit que telles à la vérité pouvoient être les
bornes de la Numidie du tems de Salluste et de Pline, mais que dans
les anciens tems,, dont ik s’agit ici, elles s’étendoient bien plus loin, ma
réplique seroit facile; je lui dirois qu’il fonde son objection sur un fait
qu'il suppose mais dont il n'apporte. point de preuve; que Salluste
n’insinue nulle part rien de pareil; qu'au contraire il dit expressément
que tous les peuples vaincus reçurent ke nom des Numides leurs vain-
queurs. Je sais bien qu'après Juba, la Numidie se rétrécit, et qu’une
(3) Celle N No bonne partie de ce royaume prit le nom de Mauritanie ; (5) mais cela
toms ii pave mes arriva dans un tems bien postérieur non seulement à l'établissement des.
Pr 193: Perses en Afrique mais même au tems de Salluste : à la vérité le Père
Catrou,, pour accabler sea adversaires, nous cite un passage de SaHuste,
“ Africae, interior pars pleraque ab Numidis possessa est,” d’où il con-
clut que leur empire (puisqu'il renfermoit la plus grande partie de
l'Afrique intérieure) alloit jusqu'au Nil et la Haute Egypte. Mais je
lui nie son prineipe et ss conséquence. Daus deux éditions assez
bonnes
bonnes (1} que j’ai de Salluste, au lieu d’interior on a inferior, ce qui CA ed.
fait un.sens bien différent, sans qu’il soit fait mention de différente Bat. 169, cum
leçon. JZnterior, par rapport à l’ Afrique, ne sauroit signifier que la laut de Phir ippe, Paris, partie située fort avant dans les terres. Mais, sans nous arrêter au 1788.
sentiment de Soldus qui y donne uni sens, dont on ne pourroit trouver
d’exemple, Glareanus (2) en offre deux pour le mot éxférior. II peut aia ce
signifier la partie de l’Afrique la plus près de la mer et de l’embou- rene 0 chure des rivières, ou bien la partie occidentale de cette région. Sans m’arréter à examiner ces différentes explications, puisqu’elles me sont également favorables, je ne dirai qu’un mot sur la hardiesse du Père Catrou, qui ose ainsi falsifier un auteur entre les mams de tout le monde pour le plier à ses systèmes. Etoit-ce exeès d’inattention ? Etoit-ce manque de bonne foi? Je n’ai garde de déeider: mais le caractère de ecenfrère du Père Hardouin est bien loin de fournir un préjugé en sa faveur. Je lui nie aussi sa conséquence. Admettons son inierior, donnons-lui toute l'étendue possible, n’y mettons d’autres bornes que la longitude de Catabaltomus, borne de l'Afrique même
suivant Salluste, (3) il restera toujours une immense étendue de pays (3) Semi c.
avant que d'arriver en Egypte, les Garamantes, les Blemmyes, et les i - Cellar. abi
déserts de la Lybie. Sans compter que Vurgef de Virgite indique ce mene
qui est, non ce qui ¢toit, un poëte de nos jours diroit-il qui la Toscane
toucha à la Sicile parceque les Toscans d’autrefois possédoient toute
l'Italie jusqu’au détrort de Messme? (4) (a) T. Liv. Li Les Persans de l’autre côté du Nil ne sont pas plus réels. Sénèque ( oy @. Curt.
nous parle bien d’une nation vers les cataractes qui avoit été placée là Ae Tes, par les Persans, mais il ne nous dit point qu’elle étoit Persanne elle- Cape Lot
même. Au contraire, à en juger par les coutumes de la nation des Bien. Steph
Perses, e’étoit une de ces nations sujettes à son empire, mais difKrente (1) Y, [2 Dis
d’elle-même, qu’elle transportoit hors de son pays par diverses raisons Fier tom. iv.
de politique, comme ekle avoit fait à Pégard des Branchides, (5) des Acad. des
Belles Lettres, Egyptiens, (6) des Hyrcamtens, (7) des Eretriens, (8) des Barcæens, (9) P pisses &e. Hn’est pas même naturel de croire que les Persans s’éloignassent Hist. des Em.
pereurs, tom.
volontiers de leurs pays; eux qui y jouissoient de si grands privilèges vi. p. 254.
(9) Herodot. 1.
see et qui mépuisoient ou estimoient les autres peuples à Proportion iv. p 129. (10) V. passim, wus étoient éloignés ou, voisins de la Perse. (11) ps seared ro præ-
Ÿ En voici assez, et peut-être trop, sur le système du Jésuite. LH nous (he D reste ip. 6%.
reste à examiner celui de M. Huet, nom cher aux savans, et qui conservera à jamais sa place dans les fastes de la littérature a côté de ceux de ses amis les Sirmonds, les Petaus, et les Bochards. Ii a fait une dissertation sur cette question, mais je crains qu’elle ne soit de ces pro-. ductions qui peuvent nuire à une réputation naissante, sans pouvoir ajouter à une réputation établie. Il y verse l’érudition à pleines mains, . mais ce n’est pas ce que j’y trouve à rédire. Son sujet la comportoit, il la demandoit même. Mais j’y aurois voulu plus de choix dans ses citations, plus de netteté dans ses idées, plus de méthode dans son plan ; j’y cherchois l’esprit philosophique qui rassemble, je n’y.ai trouvé que l'esprit compilateur qui ramasse.
Le fonds de son système revient À ceci. Les anciens, petits géographes, croyoient que la mer Indienne et° Persanne n’étoit qu’un grand lac derrière lequel étoit une grande étendue de terre qui joignoit l’Inde à l’Æthiopie, pays que les anciens confondoient souvent ; que le Nil, dont la source étoit en Asie, traversoit ces terres par un grand détour pour arriver en Æthiopie; et qu’ainsi, comme il traversoit l'Inde et que l’Inde -touche à la Perse, on pouvoit l’appeller voisin de la Perse, Quarante à cinquante citations viennent prouver tout ceci. . Il me seroit ennuyeux de les- éplucher toutes les unes après les autres quand même j’aurois tous les auteurs allégués. Trois remarques générales que je ferai en retrancheront la plus grande partie; quatre ou cing qui vont plus au fait que les autres me resteront, lesquelles j’examinerai à part.
I=. Une bonne partie des autorités de M. Huet tombent d’ellesmêmes comme trop vagues ou trop obscures. Je ne fais point de difficulté d’avouer que je n’entends point Vibius Sequester, quand il dit que le Gange est la seule rivière qui coule vers le levant avec le midi, non plus que Solin (malgré l’explication de M. Huet) lorsqu’il veut que le Nil et l’Euphrate soient situés “ ad modum ejusdem perpendicul ;” ni Héliodore, qui prétend que le Nil asa source là où le climat de l’orient finit et celui du midi commence. Lorsque l’Egyptien Nonnus me dit que la mer Arabique retentit des coups des combats de Bac- . chus je le regarde comme la ridicule amplification d’un poéte oriental, et je ne pense pas à l’appliquer à la géographie. Quand l’agréable Ovide rassemble à la cour de Cepheus tant de différentes nations, je
ny
n’y fais pas attention, puisqu’outre que les poétes, aussi bien que les romanciers, ont coutume de faire trouver à la cour de leurs rois les gens des pays les plus éloignés, il n’est pas plus favorable (à i’examiner à la rigueur) à M. Huet qu’à moi. Il n’est pas plus naturel de trouver des Nabothwans et des habitans de la Palestine à la cour du roi des Indes, qu’il ne l’est de faire venir des Bactriens et des Indiens en Æthiopie. Je fais le même jugement des passages d’Æschyle et de Stace. L’Æthiopie étoit en effet orientale pour des Grecs et des Romains qui ne faisoient attention qu’aux points cardinaux.
Ie. I} y en a beaucoup qui rapprochent à la vérité l’Inde et 1’ Ethiopie; mais quand on considère Ix chose de plus près on voit que © ce n’est uniquement qu'une méprise et une confusion de nom. On connoissoit bien l”’ Ethiopie mais on l’appelloit l’Inde; l'on ne se mé. prenoit point sur la situation de l’Inde mais on lui donnoit le nom d’/Ethiopie. Ainsi on pouvoit dire que le Nil avoit sa source dans ‘Inde, non dans l’Inde Asiatique mais dans I’ Africaine, et l’on pouvoit assurer qu'un tel faisoit un voyage aux Indes lorsqu’en effet il n’alloit, qu’en Æthiopie. Parmi d’autres causes voici la principale raison de -cette réciprocité de nom. Les Æthiopiens (déjà nommés ainsi) ha- -bitoient sur les bords de l’Indus, d’où ils allèrent dans le pays au dessus de |’ Ægypte conservant leur ancien nom, en même tems qu’ils donnèrent celui d’Inde à leur nouvelle patrie. (1) Une telle explica- (1) V, La Dis
tion débrouille bien la difficulté, mais fait tomber les armes 4 M. Huet. Preset, ME Une erreur de nom ne lui suffisoit point, il lui en falloit un de fait qui dém des Belles établit l’existence de son continent imaginaire, qui s’étendoit depuis le v. p.368, Mur- -pays des Garamantes jusqu’à celui des Seres, et auquel les anciens don- Chronic, p.835. noient indifféremment le nom d’ Inde et celui d’ Ethiopie. M. Huet sent Beriptoresque,
combien cette différence lui est essentielle, puisqu’après avoir avoué tout gue Wp
ce que je viens de dire(2) sur les Æthiopiens dans le Levant et les In- {°% Price
diens dans le midi il se contredit quelques pages aprés, (3) et s’échauffe, Dasertations,
beaucoup contre les critiques qui veulent que l’Æthiopie se soit Gri? is, appellée autrefois l’Inde. Après cette explication on voit à quoi servent ses citations d’ Hérodote, d’Agalarchide, d’ Hygin, de Sénèque, de St. Chrysostome, de Nonnus, de Théophylacte, d’ Euménius, de Sidonius Apollinaris, et de Procope.
I] [oe Dans quelques autres. autorités, plus pressantes peut-être, M. Huet
(1) Joseph. 1. i.
contr. Appion.
Huet n’observe point une précaution très nécessaire à prendre. II cite indifféremment tous ceux qui paroissent contenir quelque chose de favorable à sa cause, sans faire attention au tems où ils ot vécu, comme si c’étoit rendre vraisemblable l'erreur de Virgile en déterrant quelque chose de pareil dans un écrivain qui a vécu six cens ans avant ou après lui. Les connoissances géographiques encore plus qu’aucunes autres sont dans un flux et reflux continuel. Les voyages, les conquêtes, le commerce, les étendent : les transmigrations, le partage des états, la barbarie, les rétrécissent.. Les occidentaux ont eu 14-dessus leur aurore, leur midi, et leur couchant. Du tems des premiers Grecs on se bornoit à la Grèce et à l’ Asie mineure. L’occident n’étoit pas connu, (1) l’orient ne l'étoit que par des fables. Les voyages de leurs sages et les conquêtes de leurs héros leur ouvrirent celui-ci. Ils connurent et devinrent esclaves des Romains presqu’en même tems. Pendant quelques siècles ces deux peuples connoissoient la terre beaucoup moins que nous,
mais beaucoup plus que leurs ancêtres. Pendant cette période les Stra-
bons et les Plines écrivirent ; c’étoit le grand jour des connoissances. Les Arabes vinrent, subjuguèrent tout, et o*curcirent tout. L’orient se referma aux occidentaux et la nuit fut longue. M. Huet, voulant expliquer les opinions et les connoissances du siècle d’Auguste, (et Virgile étoit plutôt au-dessus qu’au-dessous de son siècle,) n’auroit dû citer que des auteurs de la seconde période. Il me dispensera donc d’examiner les témoignages de Pindare, d’Aischyle, de Cedrenus, de Benjamin de Tudèle, d’Aben Ezra, de Vincent, de Beauvais, de Marc Paule, et de Cocceius Sabellicus. . |
Exécutons à présent notre promesse et examinons un peu plus particulièrement quelques autorités qui méritent d’être tirées de la foule.
[et Polybe nous dit, à ce que M. Huet assure, que I’ Asie et l’Afrique se toucnoient par l’Æthiopie, d'où il conclut pour lexistence de son continent derrière la mer Indienne. Mais quoique ce passage paroisse plausible au premier abord il se réduit presqu’a rien. 1. Polybe ne nous le dit point de la manière que M. Huet suppose. [fl ne le donne point comme sa propre opinion, ni comme celle des gens de lettres de son tems; il raconte seulement, à propos de l'ignorance de ses contem-
porains sur la géographie, qu’on ignoroit presque tout ce qui étoit au
septentrion de Narbonne, et qu'on ne savoit pas bien si l'Asie. et l'Afrique
l’ Afrique étoient contigues, ou si elles étoient séparées par la mer, tout
comme Varron a traité de fabuleux toute l’histoire Grecque avant les —
Olympiades, (1) sans que ni l’un ni l’autre ayent voulu traiter de faux tout ce qu’on rapportoit et qui étoit antérieur à leurs époques ou audela de leurs bornes. 2. Polybe, quand méme il diroit tout ce qu’on lui fait dire, n’affirme rien du tout de l’origine du Nil, article non moins essentiel que la jonction des deux continens. 3. Depuis le tems de Polybe à celui de Virgile on avoit acquis de nouvelles lumières sur cette matière. Eudoxe, fuyant Ptolémée Lathyrus, avoit fait le tour de PAfrique. (2) Des Indiens avoient été jettés par les tempêtes sur les côtes d'Allemagne. (3) Le Roi des Suèves les donna au proconsul
Metellus Celer. (4) Strabon, à la vérité, (5) révoque en doute le {
voyage d’Eudoxus, mais lorsque Virgile écrivit il passoit pour sûre. ment vrai, et Strabon lui-même, quoiqu'il rejette cette e preuve, regardoit bien l’ Afrique comme une péninsule, (6)
Ile=t Alexandre s’imagina, sur quelques ressemblances qu’il trouva de l’Inde au Nil, que c'étoit une seule et même rivière. J’en conviens, et j'avoue même que, comme “ regis ad exemplum totus componitur orbis,” ce pouvoit bien étre l'opinion favorite de la cour pendant C quelque tems ; mais par la même raison comme il découvrit son erreur bientôt après, (7) elle devoit avoir perdu tout son crédit, d’autant plus que l'intervalle n’étoit pas assez grand pour qu’elle eût pu prendre
(1) Censorin. de Die Natali. ¢.
(2) Plin. Hist.
Natur. |. ii.¢. 67.
Cornel. Nepot.
epot.
(4) Si?’ on veut savoir qui étoit ce Metellus, V.
Life of Cicero
ami de Met aussi bien
epos.
Sueton. in to.
lio. c. 55. Voss. | de Filstor, Latin,
racine dans les esprits. Après une telle expérience on devoit même or Scrub, Lil
être devenu plus réservé à admettre les relations et les conjectures qui joignoient les deux continens, et qui trouvoient le Nil dans quelque rivière des Indes.
HIT" Josephe (dit-on) place la source du Nil, qu'il appelle Geon, à l’orient. Cela est vrai dans un certain sens. Mais en même tems il est facile de voir qu’il parloit de ce qu’étoit ce fleuve du tems qu’il arrosoit le Paradis terrestre, et non de ce qu’il étoit de son tems, étant apparemment dans l’idée de ceux qui croyent que la chute d’Adam et ensuite le déluge avoient apporté un grand changement à la terre primitive. Je ne demande d’autres preuves de ce que j’avance que les paroles mêmes de Josephe. Il dit que le jardin d’Eden étoit arrosé par un fleuve qui environnoit toute la terre, et qui se partageoit dans quatre branehes, le Ganges, l’Euphrate, le Tigris, et le Nil. ‘ Apteras AWOL. IM. SE de
OF Adee, L xv.
(i) a Arrian. Ext. Alexand,
vi. p. 236.
Os Bros 0 xywes UFO svos werape TAGAy ev KORAW THY YyY Wepropeortes, o ais Telapa papy
(1) Joseph. An. xiteras(1) Il faut être soi-méme de la plus crasse ignorance pour ignorer .
faadlicf Que tout ceci n’est point vrai de l’état présent des choses, et imaginer | que Josephe l’a été pour supposer qu’il l’ait cru tel.
[y= La fable de Memnon, fils de Tithone et d’Aurore, est toute fondée sur la supposition que l’Æthiopie étoit en orient. Voilà (je m’imagine) pourquoi. Il étoit supposé fils de l'Aurore, c'est à dire
(2)Virg Ændd. qu'il étoit né en orient; (2) mais d’un autre côté on le. sipposoit D Seb. Lavi Athiopien où au:moins Haut Ægyptien; on trouvait de ses mosumens Fi) On peat flans la Thébaide, (3) comment arranger tout cela sans le -systéme de voir cœtte ms. M. Huet? très facilement. IL y avoit ici deux traditions différentes
tière assez deve.
leppée dans ia qu’il ne faut point songer à concilier ensemble, d'autant plus que, Y Abbe Basie, suivant toutes les apparences, il étoit question de deux honimes très Genpak, différens. (4) Il y-avoit un roi Ægyptien nommé Memnon, ou plutôt Ru ee Amenophis, autrement dit Ismandas ou Osymandas.(5) Les savans (6) M ae. se sont donné bien des peines pour fixer l’époque de son règne. (6) Il Persnzius, ÿ avait encofe le fils de Tithone, son père alle en ‘Perse fort à l’orient €) Did, eut de Troye. Le roi d’Assyrie lui donna le gouvernement de Suse, et Teh eno. dors du siège de Troye il envoya Memnon avec une armée au secours OM Mytao- de son -parent Priam. (7) HU y. vint, mais fat tué d’abard par Paie de LE Athille. (8) pen Veet. Je viens à. présent à la preuve qu’on tire de quelques kgnes de | Enéain et que j'avoue être très'plausible, Le poëte y fait connoître la sopree du Nil; voici ce qu'il en dit :. | |
— Tua flumina prodam Qua Deas udarum regnator, Nile, tuaram Te mihi nosse dedit ; mundj nam surgit ab axe, : Ausus in ardentem ripas attollere Cancrum :
In Borean is rectus aquis, mediumqde Bodten, “Cursus in occasum flexu torquetur et ortum.
“Nine ‘Arabum.poputis, Lybics nunc’ weqaus srenisz, - -- Féque Rent priés, thadtit tienen hi qiléqad:Seres | (9) Lacan. | | Aithiopansdue feris wlignogaryite caiapos: (9) Paarl. Lx, v. . | :
DD paroit que le poëte dit:expreiséinent: queda Nil commence au-delà ‘au'pays des Seres. Or tout le miende:sait que:tes Setes étoient les:Chi-
‘nois
nois septentriqnaux. (1). La conséquence est facile à tirer. Il fant Sante avouer de bonne foi que Lucain a fait ici une bévue; à la vérité je crois tom. ii. 545. que M. Huet se trompe sur le genre de la béwue, quoique ce soit de ce genre que dépend la force ou la faiblesse de son argument. Je crois que Lucain se trompe non sur la souree du Nil, mais sur la situation des Sereg, (ce qui ne me fait rien,) qu'il place ceux-ci en Afrique et non celle-là en Asie. Ma thèse est aisée à prouver par le reste de ce même passage. 1. Le Nil (suivant Lucain) s'élève sous le tropique de Cancer. La seule inspection de la carte peut faire voir que cela est très vrai de lÆthiopie, mais qu’il ne sauroit point l’être d’une région audela du pays des Seres. 2. Lucain dit que, quoiqu'il se courbe quelquefois un peu à droite et à gauche, cependant sa course est toujours con. stamment au Nord, J Borean is rectus aquis. . Je ne suis poînt obligé de rendre raison de cette méprise de Lucain dès qu’elle n’affecte plus mon sentiment ; cependant je crois qu’il ne seroit pas difficile si non de le justifier au moins de l’exenser. On pourroit dire que comme les anciens appelloient les Seres primi homunam, (2) Lucain vouloit seule. (3) Plin. Hist ment faire connoitre par là que le Nil venoit des: extrémités du monde ark sans avoir en vue la situation particulière des Seres Asiatiques. Ou bien on pourroit conjecturer, non sins vraisemblance, que comme les Indiens donnèrent leur nom à F Æthiopie pour se rappeller toujours le souvenir de leur pays, de même ils s'étaient fait un Hydaspe et des Seres. Cette pratique, fondée sur la nature, étoit fort commune aux anciens. (3) (8) Virgil.
: Je crois avoir assez fait voir que ce vaste amas d’érudition que M. "3%.
Huet nous présente ne n’éclaircit point la question. Mais j’aurois pu m’épargner cette peine ; j’avois une voie plus courte, c’étoit de prouver que le système du savant Prélat, quand même il seroit vrai, ne lève point les difficultés Accerdons-lui pour un moment que le Nil coule dans les- Indes, par où y passe-t:il ? .ce-n'est sûrement pas en deca de l'Endus, puisque les anciens depuis Alexandre connoissoient toute la mer jusqu’à d’embouchure de ce fleuve. : Par la même raison ce ne pouvoit pas être nen plus en-deca du Ganges, Il faut que les anciens ayent cru que la jonction des deux continens se faisoit à la Chine ou © aux extrémités des Indes... Mais depuis les frontières de la Perte jusqu’à tette contrée it y a encore. plus loin que depuis cette même Perse
S22 jusqu’à
jusqu’à l’Egypte: et cette distance devient encore bien plus grande si,
avec M. Huet, vous entendez par la Perse, la Persis proprement (1) Recueil de dite.(1) Valoit-il la peine de faire faire tant de courses au Nil pour le P- 61. ‘laisser en plus piteux état qu’auparavant ?
Mais n’y a-t-il donc aucun moyen d’expliquer ce passage? ou 1 faut-il se eondammer pour jamais à l’ignorance? J’en ai un, que je proposerai, non avec la présomption du Père Catrou, mais avec la timidité d'un critique qui sait quels obstacles les ténèbres de l’antiquité, le défaut des monumens, et surtout sa propre insuffisance, ne peuvent qu’apporter dans la recherche de la vérité.
Le mot urget signifie bien presse, avoisine, mais il veut dire aussi scommode, comme les significations figurées urgeri fame et tant d’autres
montrent suffisamment. Je pose aussi en fait que le gudgue indique une
région distinguée de celle où étoit située Canope mais comprise dans PEgypte, dont le P. Catrou a bien fait voir qu’il est uniquement ques- Five ves to tion dans ce passage.(2) Si donc on peut trouver une contrée de Egypte qui étoit particulièrement sujette aux incursions des Perses nous pouvons espérer d’avoir saisi le sens de Virgile. La partie orientale de l'Egypte, le long de la branche Bubastique da Nil, où étoit situé Pelusium, la clef du pays, étoit toujours la plus exposée aux incursions de tous les peuples qui étoient puissans en orient. Comme les déserts de 1’ Arabie n’étoient proprement à personne, vu le genre de vie peu stable de leurs habitans, ils étoient un excellent canal pour toutes les nations guerriéres de harceler l’Egypte. Les Assyriens, les Syriens, les Juifs, les’ Iduméens, les Chaldéens, les Perses en profitèrent tour à tour. Les rois:pasteurs, dès qu'ils étoient maîtres de l'Egypte, sentirent cet inconvénient de sa situation, et laissant des garnisons dans les lieux convenables, ils firent fortifier surtout la partie orientale, prévoyant qu’il prendroit en envie aux -Assyriens de l’atta- (3) Joseph. con quer de ce cété-la: (3) “ Spepay, sy rag emi rydeiarares xaraansur Tomes, anse as p. 1088. eh naire woos Ty AyaroAny yrpadicaro, *poopro pers abupuey wore pusiXoy syuorrey cosy y amibopuar.rys aurys Baciasias Epoèor.” Quelques siècles après Sesostris fit tirer un canal et bâtir un mur pour défendre l’Egypte.des Arabes et des Sy- (4) Diod Seu riens.(4) En um mot cettte partie a toujours :été tellement envisagée
‘+P$ comme l'endroit foible que c’étoit la désigner - suffisamment de dire, Quique pharetratæ vicinia Persidis urget. Restent seulement à prouver
ver dex choses: Que les écrivains du siècle d’ Auguste appelloient les Parthes, alors maîtres de l’orient, du nom de Perses, et que ces mémes Perses faisoient quelquefois des incursions jusqu’au Nil et en Egypte.
I. Le premier point saute aux yeux a quiconque a quelque lecture des auteurs de ce beau siècle. Tous les passages d’ Horace, (1) où il (1) Hort O4. parle des Perses comme d’un ennemi formidable à l’empire qu’il les Gé. ve rine 5. compte avec les Bretons, &c. ne peuvent s’entendre que des Parthes, v.33. dont l’empire avoit pris la place de celui des Perses éteint depuis Alexandre. Les véritables Persens du tems d’ Auguste, bien loin d'être conquérans, étoient esclaves. Rétrécis dans leurs anciennes limites ils
avoient bien conservé une espèce de roi, mais ce roi n’étoit au fonds
qu’un satrape tributaire et sujet du grand roi des Parthes. (2) Cette QE Skrab. L xv. méprise étoit facile à faire ; les mœurs, le gouvernement, la religion des” deux peuples avotent beaucoup de rapport, et un empereur Romain, qui avoit eu des avantages sur les vainqueurs de.Crassus, étoit charmé, qu’on les appellât Perses, pour pouvoir lui-même être comparé à Alexandre que plusieurs empereurs admiroient et copioient particulière. ment. (3) Ce n’est donc faire aucune violence aux paroles de Virgile, (3) Les César
de les entendre des Parthes. L’épithète pheretrate nous y conduit'na- duis a par M de turellement. Personne n'ignore l’habileté des Parthes à se servir de l’arc. pis 196. Rem.
IL Mais faisoient-ils quelquefois des incursions jasqu’en Egypte? Jul. ae. 7. Idem, Souvent:après la mort de Crassus, vingt-cinq ans avant Virgile, ils pas- “4° *'* sèrent l’Euphrate, ravagèrent toute la Syrie, (4) mirent le siège devant (4) V.lexv. Antioche, et n’épargnérent pas vraisemblablement les-frontières de tes de Cicéron l’Egypte qui étoient sans défence, et qui:se. remettoit à peine de ses Yasin.L alle. guerres civiles.(5) Une douzaine d’années après, le:roi Orodes envoya son (5) V V. Pridesas | fils Pacore * en deça de ]’Euphrate aveo.une grande armée, lui ordon- . nant de porter la guerre en Syrie et jusqu'aux portes d’Alexandrie. (6) (6) Appian in Pacore exécuta ses ordres, conquit la Syrie, et ne:s’en tint pas la, car p.156 dustin. apres avoir Pré la Palestine, (7) ** Emanabat latius malum,| ” dit Flo- cn geste
a ‘ Lx aire. "es.
4, * * Jam pis Monees, et , Pécori Taahus a” Non auspicatos contudit impetus Nostros, et adjecisse predam
Torqubus exiguis renidet.
; Honar. Od. |. sit. 04.6. «9, rus.
(1) Bhor, 1. iv.
rus. (1) L'Egypte devoit assez se ressentir de ces maux pour que la désignation du poëte ne renfermat point d’obscarité.
Voict mon idée sur oe passage, peut-être estelle aussi défectueuse qu’aucune de celles que j'ai examinés. Mais dans ces sortes de recherches ce n'est qu’en tout tentant, qu'on. parvient à quelque chose d’un peu assuré. |
Lausanne; 10 Novembre, 1757.
Le philosophe ouure des yeux, . Il censidère la terre et ses habitans.
H-croit vois un palais bafi par les mains des fées. “Partout il ne rout que
des prodiges, Les hisioines en-sont pleines, * # s + #. *, Tantdt c'est un dogme obscur/prousd par: un miracle” puérile ; tantôt c'est'le ciel qui ordonne
. le massacre derméavans, où qui prôné.avec éclat les vertus d’un tyran.
ah Ce ahd ad: Fam.
iat ah
irgil. L x.
Ve 175.
(3) Suet, 1. ii.
. Le philosophe dépouilie‘tes prodiges de ce qu'ils peuvent avoir d'im-
posant pour kes-consadérer en eux-mêmes. Aussitôt les fantômes s'évanouissent. TH n'apperçait, plus que de tristes vestiges de la politique des grande, dé be. cnédulité thes petits, de F'adulation des historiens, et de Lirapastare sits prûtres. |
examen de deux événemens miraculeux tirés d’un historien aussi
| exact. que pau élégant, .seavirs de:preuve à ces réflexions. ‘Nous ver-
rons que de pareilles secherches produiront l'incrédulité, mais-ane in-
. crédadité:sage et éclanée, :dont plus d'un saint et plus d’un père de
l'église auroit sonvent eu hesem.
I. Un jour qu’on.agitait.en sénat l'affaire de la conjsration de Catilina, Octavius, père d’Auguste, y arriva un peu tard. Nigidius Figulus, ami de Cicéron, (1) et nemme tui politique et savant, (2) lui demanda la raison de son délai. ‘@vtave alégua sa femme qui venoit dans ce
‘moment d’accoucher. Sur ‘quoi Nigidius, ayant rêvé un moment, lui
répondit: Votre femme vient de mettre au jour le maître de la terre. (3) On
On sait de quelle façon Auguste remplit sa destinée. Voila un édifice pompeux, faisons-le disparoître. Nous y réuisirons précisément à l’aide de ces circonstances de tems et de lieu qui sembloient on assurer la durée.
Lorsqu’Octave vint en sénat le jour de la naissance de son fils, on y traitoit de l’affaire de Catilina. Or Auguste naquit le vingt-trois de Septembre sous le consulat de M. Tullius Cicero et de C. Antonius, A. U. C. Varron, 691. (C’est une vérité si connue que je pourrois me dispenser de la prouver. (1) Cicéron prononça sa première Catikinaire (1) Satta. i en sénat, le 8 Novembre de la même année, (2) Il -y dit que c’étoit le (; @) Middleton's vingtième jour depuis que le sénat eût armé les mains des consuls par le °° GET TA fameux décret, “ Darent operam consules, ne quid Respublica capiat Pire ed detrementi.” (5) On leur conféra danc ce -pouvoir le 20 Octobre. Sr" Mais nous apprenons de Salluste, écrivain contemporain, que ce décret (5) Cicero in se passa immédiatement après la première indication que Cicéron fit de la cogjuration au sénat. ‘ Rem ad senatum refert jam antea volgi rumoribus exagitatam. Itaque quod plerumque in atroci negotio solet senatus decrevit, &c.” (4) Comment dont le sénat pouvait-il délibérer (9 Silus. de la conjuration de Catilina le 29 Septembre.de.Pan 691; puisqu'il Beu..s.29. Vignora lui-même jusqu'au 20 Octebre de la môme année? II. Q. Lutatius Catulus, (magne spes altera Rome), (5) que.Sulla QD Ga pro appelloit le meilleur citoyen de la République, et qui .justifia ‘ce titre «. 20. en repouseant les desseins séditieux. de. Lepidus, (6)-après avoir. dédié (6) Salus. . le temple de Jupiter Capitolin.eut deux sanges remanquables.. Il crut à. Dion Becvoir dans le premier ce Dieu qui remettoit dans le sein d’un,jeune. gar- Man ré oon “ signum reipublice,”’ * «et. dans le second, veulant ter. ce ‘même ?. MT ale. gasçpu des bras de Jupiter, il.reçut ordre.de-l’y laisser parceque la-di- °* vinité l’élevoit pour être un jour le protecteur de la république. (7) Le (7) suston. 1. ii. lendemain il vit Auguste alors enfant, et qui ne lui étoit pas connu. Il * ** le reconnut pour être celui qu’il avoit vu en songe. Suivant d’autres relations, il avoit, vu ne tnoupe d’enfaps.qui demandoit.à.Jypiter un de leur ‘bande pour la:geuvermes. I leur isdiqua le jeune Auguste. ‘Cette fable, eneore plus éblouissante queis Prentice,’ me soutsendre pas mieux Pépreuve de Pexamen.
"+ Je ne lerteadule pas) parvequton Ac sait parbitnee ae -Cext, ‘Torventias et: Casaubon sont d’un avis différent là-dessus,
Lorsque
a” : REMARQUES SUR QUELQUES PRODIGES.
Lorsque Suétone nous dit que Catulus eut ses songes * post dedica. tum Capitolrum,” la bonne critique veut qu’on l’entende d’abord après cette consécration, le soir même qui la suivit, ou du moins les premiers jours après, pendant que la mémoire de cet événement étoit encore fraiche. Sans cela rien de plus vague et de moins détérminé que cette désignation du'tems. Or Catulus consacra le Capitole A. U. C. Varr.
(1) Ciceroin 684,(1)* sept ans avant la naissance d’Auguste. Mais prenons ces
HT Un paroles dans le sens le plus favorable, et supposons que Suétone n’a
sii ‘songé parler qu’à désigner le Catulus dont il vouloit parler pour être celui qui dédia le Capitole; en ce cas méme nous ne manquerons pas ‘de moyens pour réfuter cette fable. Catulus étoit déjà fort vieux (8) Sallust, Bell Pannée dela naissance d’ Auguste, “ extrema etate,” dit Salluste. (2) H étoit mort quand Cicéron défendit Sextius: car cet orateur, faisant le tableau d’un vrai citoyen, après avoir parlé de quelques autres, ij dit, “ Neve eorum aliquem qui vivunt nominem qualis nuper fuit Q.
(3) | Cicero ‘pro Catulus.”(3) Or Cieéron prononca cette harangue A. U. C. Varron,
or Fabs be, Coe 698. (4) D’un autre côté quand Catulus rencontra Auguste avoit
G) Sect le. déjà pris la prætexta. (5) Anciennement les jeunes gens ne la portoient Oh v. Pi. que depuis l’age de-quatorze ans.(6) Cependant je veux bien supposer
it ! i. p69, mb que l’on avance cette prise à proportion de celle de la robe virile; an-
Macrob. Satum. ciennement on la prenoit à l’age de dix-sept ans.(7) Auguste la prit Ge Midteto's à celui de seize(8) ou bien de quatorze ans.(9) Ainsi il prit la
tom, ET prætexta étant agé de onze ou de treize ans, savoir en 702, ou en
@) sure. La. 704 On vient de voir que Catulus étoit mort plus de six ans
G)v AR in tocum auparavant. -
oprmiudaium- Pyisqu’on détruit si facilement des événemens miraculeux supposés être arrivés dans un tems éclairé, rapportés par un historien très exact
XQ s
+ J'ai rencontré depuis un endroit de Suétone qui pourroit faire croire que le Capitole n’étoit pas encore achevé du tems de la préture de César A.U.C. 691. Le voici: “Primo præturæ die, Q. Catulum de refectione Capitolii ad disquisitionem populi (10) Sueton. in vocavit, rogatione promulgaté qué curationem eam in alium transferebat.” (10) Que le Fol, Comar-c-15. 1 ctenr pèse l'évidence qui résulte de ce passage avec celle qui nait du témoignage combiné de Cicéron et de Tite Live. Son choix ne sera pas difficile, mais quel qu'il soit il m'intéresse peu. Je fais voir dans un moment que Catulas n’étoit plus Les ee songe : a dû avoir lieu. oo | ur.
| et
ee a
ét voisin de ce tems-là,* qu’en doit-on conclure de mille de feurs pareils nés au milieu de l’ignorance, enveloppés dans l’éloignement des tems, et adoptés par des légendaires : ?
J’avouerois franchement que je ne saurois venir à bout avec la même facilité d’une prophétie qui avoit cours parmi les Véliternes, concitoyens .d’Auguste. Je souhaite que quelqu’autre puisse être plus heureux que moi. Le mur de leur ville avoit été touché de la foudre. Ils consultent les augures. On leur répond qu’il est annoncé par 1a, qu’ils doivent un jour donner un maître au monde. En conséquent de cette espérance ils soutinrent la guerre contre les Romains avec opi- niâtreté, jusqu’à en être presque exterminés. . Ils virent Xia fin que la prédiction avoit regardé Auguste. (1) Je n’aurois point fait attention (1)Sucwe.l.i à cette prophétie, et je l’aurois rangé sur le champ parmi mille autres fables que la flatterie inventa pour relever la naissance et les vertus d’ Auguste, si un passage singulier de Tite Live-n’avoit pas frappé ma mémoire. Le voici: les Romains, aprés avoir subjugué les diverses cités de Latium, en agirent envers eux avec assez de douceur. Ils accordèrent méme-la bourgeoisie de leur ville à plusieurs d’entr’elles ; mais ils distinguérent ceux de Velitræ par une sévérité toute particulière. Ils divisèrent les terres des sénateurs à une colonie qu’ils y envoyèrent. Ils bannirent tous les citoyens de Velitræ de l’autre côté du Tibre, leor ordonnant d’y rester sous peine d’une grande amende, ou de la | prison, pour quiconque contreviendroit à leurs ordres.t (2) Ce passage (2) Tit, Liv. en lui-méme est singulier, et le devient bien davantage en le combinant avec celui de Suétone. 1. Cette obstination des Veliternes est tout à fait surprenante. Pourquoi cette petite ville de Latium s’est-elle distinguée à vouloir lutter contre les Romains plutôt que plusieurs autres de ses voisines plus puissantes qu’elle? L’étourderie d’une populace effrénée auroit bien pu produire une seule, rebellion, mais pour rendre raison de si fréquentes réçidives, on a besoin d’un principe répandu
* C. Suetonius étoit contemporain de Tacite, puisque Pline le jenne étoit ami de tous les deux. Or Tacite avoit vu des vieillards qui avoient assisté au jugement de Pison et qui per conséquent avoient vécu avec bien des personnes du siècle mème d’Auguste. PF. Tacit, Annal, iti. c. 16. |
+ Tite Live ajouta qu'on les traita avec cette sévérité, * quod toties rebellassent,” jusqu’ massacrer une colonie Romaine qu’on avoit envoyée chez eux,
VOL. Il. | 3F parmi
(1) Tit. Liv.