‹ Miscellaneous works of Edward Gibbon, EsqChapitre 99 sur 165 · xi. c · texte numérisé non relu

xi. c

parmi le peuple qui leur donnoit l’espérance de pouvoir réussir. Suëtone nous lé fournit, ce principe. Et en effet je ne connois qu’un motif de religion capable de réchauffer tout un peuple, et de le faire persister dans le mépris des plus grands dangers. 2. Cette conduite sévère des Romains est aussi singulière. Leur politique et peut-être aussi leur orgueil les engageoit à traiter les vaincus avec bonté quelque opiniâtre qu’eût été leur résistance: “ parcere subjectis et debellare superbos.” Parmi tous les autres peuples de l’Italie je ne connois guères que ceux de Capoue qu'ils ayent traité avec une pareille rigueur. (1) Or les Capouens étoient encore pour eux non seulement un objet de haine mais de crainte. (2) Ainsi il est presque nécessaire de supposer quelque chose de pareil au sujet des Véliternes. Mais on ne conçoit guères comment ce petit peuple pouvoit leur inspirer de l’effroi qu'à l’aide de leur propre fanatisme, et de la superstition des Romains, qui craignoient cette prédiction, et qui cherchoient à en empêcher l’accomplissement. ; . Cependant elle s’est accomplie. Velitræ a donné au monde un maitre dans la personne d’Auguste dont la famille étoit de cette ville. (3) Quelle conséquence faut-il en tirer ? - Nous pouvons y puiser une leçon non moins utile que les précédentes.* Bien des peuples ont eu leurs prédictions d’un roi qui devoit gouverner le monde. Le hasard eu quelquefois l’envie qu'on a eu de les accomplir en a fait

réussir, sans qu'une puissance surnaturelle s'en soit mêlé (car personne

je crois ne la fera intervenir dans celle d’Auguste.) ‘Apprenons par-là 4 peser long tems les prophéties avant que d'en conclure quelque chose, et souvenons que.plusieurs toutes humaines ont pu réussir quoique très peu vraisemblablés dans le tems qu'on les a faites. |

' * Bien des prédictions ont fait espérer à bien des peuples de donner un roi à la terre. Parmi un nombre infini d’événemens possibles, il y en a qui n’arriveront pas moins pour avoir'été prédits, surtout lorsque les hommes, après s’être laissés subjuguer par les préjugés, règlent leurs actions par ces mêmes préjugés et deviennent les ministres d’un destin dont ils avoient été les auteurs. Souvenons-nous surtout, c’est ici qu’on ne peut trop souvent inculquer cette leçon de la réponse de Diagoras au superstitieux de son tems: il lui montroit les monumens de la reconnoissance de ceux que Neptune avoit conservé des tempêtes: Que te faut-il encore, impie, lui disoit-il, pour te convaincre de la providence des Dieux? Rien, répliqua-t-il, si ce n’est de me faire voir les portraits des ceux qui ont invoqué Neptune, et qui soft péris en l'invoquaat. |

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