‹ Misères et grandeurs littérairesChapitre 10 sur 13 · Théodore Muret · texte numérisé non relu

Théodore Muret

ne s'est pas demandé une seule ibis si les passions de la tribune n'avaient pas un écho qui les augmentait, dans ces pièces de circonstance que les spectateurs interrompaient ou commentaient.

N'était-ce rien que cel épisode de la première représentation des Victimes cloîtrées ?

Au moment où le père Laurent, le traître du drame, fait entraîner Dorval, le héros persécuté, dans un cachot, un spectateur se leva du parterre et s'écria comme un frénétique : « Exterminez ce coquin-là ! » On se retourna de son côté ; on vit un homme dont l'œil était hagard et le visage décomposé. Quand il eut repris ses sens: « Pardon, dit-il, messieurs : c'est que j'ai été moine. Je me suis vu, comme Dorval, plongé dans un cachot, et, dans le père Laurent, J'ai cru reconnaître mon supérieur. »

On juge de la sensation produite par ce cri du cœur ; on ne douta pas de la vérité de l'assertion, et l'ancien moine reçut les compliments les plus chaleureux sur son affranchissement. Si c'était un compère, la réclame était heureuse. Je la recommande à certains dramaturges de nos jours. N'était-ce rien que cette irascibilité passée de la politique danslesmœurs?On avait joué Z?e?znT///

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de Chénier, avec Taliiia dans le rôle principal. C'était après une scission entre les acteurs de la Comédie-Française, dont une partie avait été s'établir rue Richelieu, dans la salle actuelle, tandis que l'autre moitié était restée fidèle à la salle du faubourg Saint-Germain.

Palissot accusa les comédiens de la faction opposée à Talma d'avoir suscité une cabale à la première représentation.

« M. Palissot, dirent les comédiens dans une riposte, est wi imposteur; s'il croit, en sa qualité dhomme de lettres, avoir le droit de nous outrager, de nous avilir, de se jouer de notre réputation et de notre état, il se trompe étrangement!... »

La riposte était vive ; Chénier ramassa le gant jeté à son ami et répondit avec l'éloquence d'un auteur indigné.

« Oui, c'est vous qui avez troublé la représentation de Henri VIII, de concert avec des aristocrates et des courtisanes; oui, les acteurs, les actrices de votre théâtre, les laquais et les amants de ces demoiselles, leurs créanciers même, vos ouvreuses de loges, vos garçons de théâtre s'étaient rendus soigneusement à cette représentation, et ce n'était point par esprit

de curiosité... C'est vous qui êtes des imposteurs ! »

Jusque-là, nous retrouvons, à travers les injures, la physionomie dune première représentation actuelle.

Mais voici qui dépasse toute la violence permise de nos jours ; voici ce qui motiverait, à coup sûr, un procès intenté par le comité de l'Association des artistes dramatiques : c'est toujours Chénier qui parle :

« Avant de supposer qu'on veuille ou qu'on puisse vous déshonorer, songez que vous avez parmi vous des courtisanes dévergondées, des hommes perdus de dettes, quelques-uns flétris par des banqueroutes particulières ; songez-y, vous dis -je, et ne provoquez plus la franchise austère d'un écrivain quin a jamais attaqué personne et qui vous accablera toujours sous le poids de la raison et d'une conduite irréprochable. »

L'animosité était poussée loin. Mais, dans ce temps de fièvre et de colère universelles, l'injure était la plus inoffensive des armes. Les théâtres participaient au tumulte des clubs ; on faisait des motions dans les entr'actes ; les loges étaient de véritables tribunes, et le parterre avait les tempêtes de la rue.

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Olympe de Gouges faisait jouer au Théâtre- Français une pièce de circonstance, le Général Dumouriez à Bruxelles.

Bien que l'œuvre fût d'un sentiment patriotique au-dessus du soupçon, le public siffla impitoyablement la pièce, comme si elle eût été d'une royaliste, d'une aristocrate. Cependant, après la chute du rideau, au milieu des rires et des huées, on demandait l'auteur. Une dame se leva alors dans une loge, calme, intrépide, et, après une belle révérence :

<( Citoyens, vous demandez l'auteur; le voici ; c'est moi, Olympe de Gouges. Si vous n'avez pas trouvé la pièce bonne, c'est que les acteurs l'ont horriblement jouée. »

Pourquoi ne rit-on pas de cette protestation naïve à force de vanité? Pourquoi le parterre fut-il assez cruel pour traiter de vieille folle cette pauvre Olympe de Gouges et pour lui demander ironiquement la restitution de l'argent, comme après un vol ?

Un jour, l'héroïne de cette anecdote se promenait à la campagne avec son fils ; elle ne trouvait plus de voiture pour revenir. Un monsieur^ lui offrit deux places dans la sienne, et la conversa lion qui s'établit tomba sur Olympe de Gouges :

« Je la connais beaucoup, dit le monsieur ; ses ouvrages ne sont pas d'elle, on les lui fait.

» — En êtes-vous bien sûr ?

» — Certainement. Je lui en ai fait un. Vous voyez devant vous un de ses fortunés adorateurs. »

La voyageuse dit à son compagnon, en descendant de voiture : « Monsieur, je suis cette Olympe de Gouges que vous n'avez jamais connue et que vous n'êtes pas fait pour connaître. On trouve communément des hommes de votre espèce ; mais apprenez qu'il faut des siècles pour produire des femmes de ma trempe. »

Non contente de cette apostrophe, l'irascible auteur fit publier le lendemain, dans les journaux, une provocation adressée à l'insolent qui l'avait calomniée. Ce ne fut pas le seul défi d'Olympe : ne proposa-t-elle pas à Robespierre de se jeter avec lui au fond de la Seine, pour jj délivrer son pays de ce ténébreux et profond politique? Robespierre n'accepta pas ce duel aquatique.

Elle eut pourtant, cette pauvre femme, une m prétention sublime, quand elle réclama la tribune pour les femmes, au nom du droit que celles-ci avaient de monter à l'échafaud. Il n'y

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a pas de folie, d'erreur, qui n'eût, dans ce tempsla, à un moment donné, une illumination d'héroïsme? Olympe monta à l'échafaud; on ne rit plus d'elle.

Pourquoi M. Thiers a-t-il dédaigné ces anecdotes qui sont l'éclair de la vie. Il semble pour lui que le soldat et l'orateur soient les deux seules expressions sociales , à une époque qui débute par le Mariage de Figaro, qui fait par Talina toute une révolution dans l'art dramatique, qui aboutit enfin, avec ses fièvres, ses élans, ses doutes, ses spasmes lyriques, au mouvement romantique, à madame de Staël, à Chateaubriand, à Lamartine, à Victor Hugo, à madame Sand, à Balzac. Ne pas tenir compte de ce qui s'écrivait, de ce qui s'essayait au théâtre, pendant que la tragédie de la Révolution absorbait l'Europe, et, derrière les épopées de l'Empire, c'est supprimer la conscience de tous les adhérents, ou de tous les opposants d'une génération, en dehors des militaires et des hommes spécialement politiques.

M. Muret a essayé de combler cette lacune, et je me plais à constater qu'il a mis un zèle, un soin, une délicatesse extrêmes à remplir sa tâche. On sent bien qu'il n'est pas avec certains vainqueurs aux heures violentes; mais il explique les excès

qu'il désapprouve, sans se borner, par esprit de parti, à les condamner^ à les flétrir. On sent, à mesure qu'il descend dans les coulisses, que le critique s'élève, s'affermit, et, sïl s'alarme de l'action formidable de Beaumarchais, au début, il aura moins de terreurs quand il touchera à Robert Macaire, qui lui répugne davantage.

J'avais souligné, pour répondre, le jugement de l'historien sur l'auteur du Mariage de Figaro : <( 11 était, dit-il, plus propre à démolir qu'à créer, à faire place nette qu'à construire. »

Sans aucun doute; mais que faut-il en conclure ? Que le génie humain est forcément borné ; que chaque homme a sa tâche ; qu'il n'est pas donné au même esprit de s'appliquer à l'analyse, à ]a recherche des vices, des faiblesses organiques, et de trouver, en même temps, la solution radicale, toujours promise et toujours ajournée.

Il faut des démolisseurs d'idées, comme il faut des démolisseurs de maisons, pour faire la place nette et pour permettre de grandes avenues. Mais reprocher à ceux qui démolissent de ne pas bâtir,, c'est commettre une injustice envers les facultés de certains hommes; c'est vouloir trop de l'humanité.

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Beaumarchais a démoli quand il le fallait, et il a démoli ce qu'il fallait démolir. Pouvait-il, devant un cataclysme pareil, offrir la moindre petite solution ? Nous ne sommes pas encore à pied sec sur l'autre rive ; c'est à peine si la mer s'est retirée : bien téméraire serait celui qui, aujourd'hui même, aurait la prétention de poser des assises dans le sable en disant : « Ceci ne périra pas et n'aura plus besoin d'être soutenu, augmenté ou rebâti 1 »

Mais nous n'aurons plus d'autre occasion de chicaner M. Théodore Muret. Il trouve, pour critiquer les louangeurs de l'Empire, qui avaient fait du théâtre une antichambre, de belles et sévères paroles, et nous partageons son enthousiasme attendri, quand il s'arrête devant Ducis.

C'est une intéressante physionomie que celle de ce vieux tragique, dont nous nous sommes moqués, parce qu'il avait affadi Shakspeare, et qu'il faudrait, au contraire, honorer comme le précurseur du romantisme, comme l'initiateur du grand poète. Et puis, dans Ducis, il y a autre chose à admirer que son théâtre; il y a sa vie, son caractère. C'est une consolation, c'est une loire pour les lettres, au milieu d'un prosterne ment général, de trouver un seul homme debout,

un écrivain, un faiseur de vers. Napoléon veut le séduire, le prendre par la bonhomie ; il refuse les avances du premier consul ; il rejette avec dédain les faveurs de l'empereur. Pauvre, n'ayant, pour ne pas mourir de faim, qu'un revenu chétif, il ne veut ni d'une place au Sénat, ni d'un ruban pour sa boutonnière. « Il vaut mieux porter des haillons que des chaînes, disait-il a un ami étonné de ses refus, » et, quand, enfin, l'excellent homme, qui ne se pose pas en héros, apprend que, de tous côtés, on le traite d'imbécile, de maladroit, il écrit cette lettre admirable:

« Paris, 7 novembre 1806.

« Vous avez bien raison, il m'est bien fort indifférent que les hommes du jour me fassent passer pour un imbécile. C'est me rendre mon rôle très facile à jouer, si j'étais homme à en jouer un. Je ne ferais aucun frais, ni pour soutenir ni pour détruire, cette belle réputation. Je trouve cela trop commode pour y rien changer.

» Que voulez-vous, mon ami ! Il n'y a point de fruit qui n'ait un ver, point de fleur qui n'ait sa chenille, point de plaisir qui n'ait sa douleur : notre bonheur n'est qu'un malheur plus ou moins consolé.

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» Ma fierté naturelle est assez satisfaite de quelques non bien fermes que j'ai prononcés dans ma vie. Mais j'entends qu'on se plaint, qu'on gémit, qu'on m'accuse. On me voudrait autre que je ne suis. Qu'on s'en prenne au potier qui a façonné ainsi mon argile !

» Soyez assuré, mon ami, que je n'ai nul souci pour l'avenir. Je ne dois rien à personne. J'ai du bois pour la moitié de mon hiver, un quartaut de vin dans ma cave, et dans mon tiroir de quoi aller pendant deux mois.

» Mon petit dîner, qui est mon seul repas, est assuré pour quelque temps, comme vous le voyez, et je le prendrai, autant que je le pourrai, chez moi et à la même heure.

» Mon revenu, toutchétif qu'il est, suffit à peu près aux dépenses d'un homme pour qui les besoins de convention n'existent pas. Ne concevez donc aucune inquiétude et dites-vous qu'il me faut bien peu de chose et pour bien peu de temps.

» Mais le chapitre des accidents, des maladies? A cela je réponds que celui qui nourrit les oiseaux saura bien aussi venir à mon aide. »

Ce n'est pas assez pour ce véritable homme de lettres de refuser les places, les pensions. L'Institut veut lui donner un de ses prix décennaux ;

Ducis se récrie, proteste: « Ma moisson est faite en succès et en argent, dit-il avec un sourire. Je n'aurais jamais pu comprendre quMl y eût moyen de faire appartenir mon Hamlet aux prix décennaux; ce serait vouloir que le passé devînt le présent, pour me ramener malgré moi sous les récompenses d'aujourd'hui, auxquelles il est impossible que j'aie le moindre droit...

» Si je me trouve placé entre la nécessité d'accepter ou de me perdre, mon choix est fait : je me perdrai. »

De pareilles lettres sont des titres de noblesse pour la littérature, et je ne puis m'empècher de me rappeler que Victor Hugo, reçu à l'Académie française, commençait son discours de réception par un exorde magnifique, dans lequel il vantait cette constance, cette vertu de Ducis, restant debout, fier, simple et impassible, au milieu d'une génération agenouillée.

Quand M. Muret n'aurait fait que remettre en mémoire cet exemple, il faudrait encore le remercier. Mais Ducis n'est qu'un épisode. Rouget de l'Isle, dont il a été question dans ces temps-ci, et auquel on a disputé la paternité de la Marseillaise, n'a peut-être pas la même unité d'afîec-

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tioii, le même héroïsme de sentiments. Il débute par l'hymne révolutionnaire et, en 1814, il chante le retour de Louis XVIII :

Dieu conserve le roi, l'espoir de la patrie, Le fils aîné dès lys, le rempart de la foi !

Ces chansonniers ont beau tomber par accident dans le sublime, il y a en eux une nature accommodante qui leur fait varier les refrains et qui les expose aux ivresses de la platitude. En 1817, le père de la Marseillaise compose un chant héroïque sur Henri lY. Il est juste de reconnaître que cette œuvre monarchique fut complèteuient désintéressée et que la Restauration, ingrate envers le poète, lui gardant rancune de son heure de génie, le laissa pauvre et médiocre. Ce fut seulement en 1830 que Louis-Philippe, à la veille de monter sur le trône, le 6 août, essaya de conjurer les Euménides révolutionnaires, en faisant à Rouget de Tlsle une pension de 1.500 francs, qui fut suivie, au mois de décembre, de la décoration de la Légion d'honneur. M. Muret cite des fragajents d'un opéra de Rouget de l'Isle sur Macbeth qui ne sont pas sans mérite. Le dialogue a de la vigueur et est dramatiquement coupé.

L'histoire du théâtre sous la Restauration est l'histoire des efforts de l'esprit libéral pour élargir le domaine de la muse.

Enfin, 1830 arrive, et alors, la satire, la colère, les représailles débordent. La muse de juillet fut impitoyable ; elle poursuivit Charles X jusque dans l'exil, jusqu'au bord du tombeau. Ni la majesté de l'âge, ni l'orgueil de la victoire, ni la pitié des vaincus, rien ne désarma les vainqueurs, m et l'on peut avoir une idée des exagérations du triomphe par ce couplet. On parle de Charles X.

Dans les bois, tout le temps qu'il passe,

Est perdu pour votre bonheur.

Ce prince, il aime trop la chasse :

Je n'aime pas un roi chasseur,

Cet exercice endurcit trop le cœur.

Verser le sang- avec indifférence,

Vous voyez où cela conduit.

C'est par le gibier qu'on commence,

C'est par le peuple qu'on finit.

Quand les auteurs des 27, 28 et 29 juillet faisaient chanter ces vers médiocres, n'exagéraient-ils pas un peu l'amertume qui devait rester au cœur, le lendemain d'une si belle 'victoire?

Mais, Dieu merci, à côté de ces satiriques qui cherchent des adversaires disparus, la muse

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d'Auguste Barbier se lève^ frémissante de sa belle indignation contre certains vainqueurs. Le sentiment des Ïambes, voilà le sentiment delà véritable justice, de la perpétuelle opposition nécessaire. Désormais le théâtre osera transporter sur les planches le désappointement qui se fait jour dans les livres, dans les paroles, dans les journaux : on luttera par Fallusion, par le sarcasme, par la caricature, par toutes les formes de l'ironie.

Rappelons-le: un pouvoir ne se sauve jamais par la rigueur. Il est perdu quand il se défend. C'est le seul médecin auquel la chirurgie soit interdite, et qui ait l'obligation de ne guérir et de ne garder sa clientèle que par l'hygiène.

Louis-Philippe tombé et les opposants de la veille devenus les vainqueurs du lendemain, sans avoir à s'excuser ou à se purifier d'une victoire bien sanglante, se montrèrent plus généreux que les combattants de juillet. Ils respectèrent les vaincus. Lorsque les allusions politiques reparurent dans les pièces, elles furent dirigées contre le pouvoir, contre la République proclamée, et non contre la royauté désarmée et en exil. C'est là un progrès dont il faut se féliciter. Pour ma part, j'estimerai toujours

ceux qui ne permettent pas qu'on insulte des vaincus et qui aiment mieux se laisser insulter eux-mêmes, quand ils sont les plus forts. On a reproché au premier gouvernement de la République son respect de la liberté, porté jusqu'aux droits de la licence. Qu'eût-il gagné à la compression? Qu'eût-il fait gagner aux mœurs publiques?

Dans ces charges, qui s'attaquaient aux individus avec une violence souvent blâmable, mais dont le goût des spectateurs devait faire justice, le peuple, intervenant, gardait une dignité relative fort remarquable. Est-ce que Proudhon a été amoindri, pour avoir subi les caricatures dont M. Glairville se rendit coupable? Est-ce que l'histoire ira recueillir sur les tréteaux des témoins, quand elle voudra honorer les hommes de bonne volonté qui ont ramassé le pouvoir et qui n'ont rien commis pour le garder ?

M. Théodore Muret, qui, avec une bonne grâce parfaite, se reconnaît coupable de quelques petits méfaits réactionnaires, patronnés par le comité de la rue de Poitiers, fait lui-même la morale de cette tolérance excessive. La liberté use tout et émousse tout.

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« A force d'être prodiguées, dit-il, les attaques contre la République finirent par tomber dans le commun. Le foyer et la famille furent par trop défendus contre le pillage, la barbarie, la jacquerie et la polygamie dans ces pièces^, dont la forme et le goût étaient loin de s'accorder toujours avec un si beau thème. »

Enfin, après une ère de liberté qu'on traita de licence et qui fut close par les deux plus nobles tentatives du théâtre, depuis le 24 février, la Charlotte Corday de M. Ponsard et le Toussaint- Louverture de M. de Lamartine, la censure, supprimée par trois révolutions, fut rétablie, pour la troisième fois, par la loi du 30 juillet 1850. On argua des excès du théâtre, de sa démoralisation.

On sait comment, depuis 1850, la censure a contribué à relever le niveau dramatique, et combien ce qui en reste aujourd'hui garantit les planches des ordures qu'on y trouverait sans cela.

C'est grâce à la censure que M.Busnachnenous a pas montré Nana toute nue ni V Assommoir tout cru, et que Pot -Bouille est devenu un drame vertueux.

Voilà qui console bien la morale et qui sert bien la littérature dramatique.

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