‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 108 sur 201 · SPÉCULATION ET CONSCIENCE · texte numérisé non relu

SPÉCULATION ET CONSCIENCE

Commerçants, industriel, spéculaisurs, etc., en visite chez lé diable. — Premier client : Le marchand de nouveautés et le diable. -- Les industries du marchand. — La clientèle des femmes coquettes. — La banqueroute, — Deuxième client : Le marchand épicier et le diable. — Les petites recettes à l'usage de l'épicier. — La vente des boissons fo:es. — Du dimanche. — Assurance et feu. — Troisième client : L'habitant et l'ouvrier en visite chez le diable, — Les trucs de l'habitant. — Epilogue : Au diable la morale du diable!

Faire de l'argent, en faire vite, en faire beaucoup, est, de nos jours, la grande préoccupation de hombre de commerçants, d’industriels, de brasseurs d’affaires.

Autrefois les petits boutiquiers et les marchands, satisfaits de modestes bénéfices, vivaient bonnement selon leurs moyens, au jour le jour, sans ambition mais aussi sans gêne; leur vie était douce et leur conscience tranquille.

Aujourd’hui, ce n’est plus cela.

Une fièvre de spéculation s’est emparée des têtes

et les tient sans sse en ébullition : on s’agite, on se pousse de l’avaui. C’est à qui distancera ses rivaux, à qui éclipsera ses voisins par l'étalage d'un luxe plus tapageur et plus fastueux. Une maison commode et simple ne suffit plus, il faut une riche résidence et des meubles de prix. On rougirait de porter des habits communs, il faut s’habiller de drap fin et donner à la femme et aux enfants des robes de soie et de coûteuses toilettes. L’ambition et les dépenses extravagantes n'ont plus de limites, parce que la soif du plaisir, la recherche d’une vie matérielle, voluptueuse et sensuelle, sont devenues, elles aussi, insatiables. C’est là, semble-t-il, le mobile unique de notre activité, le but même de l’existen:e.

La vieille appréciation païenne reprend k dessus dans nos sociétés modernes... Honneur aux riches! Ils vivent bien, ils s’habillent bien; à eux l'estime, la considération, le respect. Maudits soient les pauvres! Ce sont des naufragés de la vie, des gueux, des gens de rien.

Le commerce est devenu un vrai champ de bataille où des milliers de concurrents s’élancent à la fois, se heurtent et se bousculent.

Malheur à ceux qui tombent (ils sont nombreux!) les autres leur passent sur le corps en poussant un cri sauvage.

Un rival à terre!

Une chance de plus pour moi pour m'enrichir!

Et avec une arceur nouvelle, ils font la chasse au:: dollars.

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