SPÉCULATION ET CONSCIENCE
Dans cette fièvre de spéculation, au milieu du brouhaha des affaires, la conscience a bien de la peine à élever une voix que, d’ailleurs, on a tout intérêt à ne pas entendre...
Elle parle de justice et de droits à respecter, de lois inflexibles qui doivent régler les transactions commerciales; elle condamne des spéculations avantageuses, mais louches, des industries qui font tomber les dollars dans la poche, mais en faisant, en même temps, de larges brèches à l'équité, aux droits du prochain.
Que tout cela est gênant pour des hommes qui veulent s'enrichir à tout prix! On préfère certaines maximes du monde, bien plus accommodantes, et l'on invoque toutes sortes de prétextes spécieux pour justifier une conduite qui ne suit pas toujours la ligne droite,
— Impossible de faire des affaires, si l’on s’en tient strictement aux lois de l'Eglise.
— Je ne veux pas voler, oh! non, mais je joue au plus fin et je profite de la chance quand lle se présente... Q al y a-t-il à cela?
— Les prètres n’entendent rien au commerce.
Qu'ils nous laissent donc tranquilles avec leurs sermons!
D'ailleurs, je fais comme les autres : c’est le seul moyen de réussir.
Et les hommes qui parlent de la sorte tiernent cependant à passer pour gens honnêtes; ils se disent chrétiens, ils connaissent leur religion, ils savent qu'ils auront à rendre compte un jour de leurs opérations à un juge qui ne se contentera ni d'excuses frivoles, ni de raisons mondaines.
Pourront-ils alors faire approuver leurs comptes? Justifieront-ils les moyens qu'ils emploient aujourd’hui pour amasser de l’argent?
Disons-le franchement : nombre de ces habiletés prétendues sont tout simplement des escroqueries. Le diable les conseille à des hommes peu scrupuleux et dont tout le programme commercial pourrait se résumer en ces quelques mots :
Soutirer à l'acheteur autant d'argent que possible, en profitant de son ignorance ou en abusant de sa simplicité pour le tromper habilement.
Faisons une promenade à travers le monde des affaires ct de la spéculation. Prêcons l'orsille aux conseils perfides que le diable donne à ceux qui veulent devenir riches, à tout prix, de n'importe quelle manière.
COMMERÇANTS, INDUSTRIELS ET SPÉCULATEURS EN VisiTE CHEZ LE DIADLE
Le diable, À son bureau. — Quelle foule ce matin! mon bureau est encombré et ie vois encore dans la
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rue toute une longue procession de solliciteurs. Que me veulent donc ces gens-là?
Messieurs, qu'y a-t-il pour votre service?
Le foreman de la délégation. — Monsieur, je suis chargé de parler au nom de tous; du reste, notre demande est la même.
Nous sommes des catholiques, appartenant à des professions diverses : marchands, industriels, spéculateurs et habitants... Notre désir est le même aussi : nous voulons de l'argent, mais il y a dans la religion un commandement qui nous gêne beaucoup, c'est le septième : « Bien d'autrui ne prendras ni retiendras à ton escient. »
Vous le savez, Monsieur, être strictement honnète en affaires, c’est petit profit. D'autre part, agir malhonnêtement, en mettant la main dans la poche du prochain, serait s’exposer au pénitencier, et, de plus, donner franchement son âme au diable, ce qui nous répugne, je l’avoue.…
N'y aurait-il donc pas moyen d'éviter ce double écueil? de tourner cette difficulté?’ Ne pourrait-on pas faire de l'argent sans que la conscience criât trop fort et sans avoir rien à craindre de la loi et de la justice?
Le diable. — Mais certainement, Messieurs, certainement, la chose est possible.
Je saisis votre pensée.
Vous dés: savoir comment, en affaires, on doit s'y prendre pour jouer au plus fin et s'enrichir sans avoir l'air de dérober le bien: d'autrui?
Je vous l’enseignerai bien volontiers. Aujourd’hui,
bon nombre de catholiques pratiquent ces habileté et s'en trouvent bien... au moins pour le présen
Mais vous êtes de conditions trop différentes pou que je puisse vous instruire tous à la fois.
Ayez donc l'obiigeance de vous présenter l'u après l’autre. ,
(Tous sortent, à l'exception d’un seul.)