LB CLUB L° LES AFFECTIONS DE FAMILLE
La journée est finie. M. X..., un négociant, revient chez lui pour le repas du soir. Sombre et silencieux, il se met à table, sans dire un mot à sa femme, sans adresser un sourire à ses petits enfants. Il dîne à la hâte, puis, après un bout de toilette, il laisse la maison et court au club.
Là, les amis lui font vite oublier sa mauvaise humeur, quelques verres de whisky l’aident à chasser les brouillards qui assombrissaient son âme. Voilà notre homme tout ragaillardi : le front s'éclaircit, le cœur se dilate, la langue se délie; il est heureux...
Il écoute avec intérêt les nouvelles diverses de la ville, discute les affaires municipales, et se lance dans une charge à fond contre la politique générale du pays.
Et puis, quelles belles parties de cartes, quels: beaux coups de billard et de dé l’on fait au club! Ft les joyeuses histoires qu’on y conte, et les traits d’esprit qu'on y lance, et les libations qu'on y absorbe! Comme tout cela fait passer gaiement la soirée! Aussi, n'est-ce que sur le coup de minuit, une heure du matin, qu'on se décide enfin à reprendre le chemin du logis.
Voilà une soirée de club.
Le lendemain et les jours suivants, reprise du même programme avec le même entrain et Je même succès...
Peu à peu, l’homme se laisse entièresicnt magnétiser par le club. Demeurer à la maison avec la femme ot les enfants, lui semble désormais une Corvée au-dessus de ses forces. Pour être heureux, il lui faut le club et sa gaieté bruyante. Tous les jours, même le dimanche, il y passe ses soirées entières et ces habitudes nouvelles vont modifier profondément les relations de l'hommie marié avec sa femme, du père de famille avec ses enfants.