RÉFORMES, RÉFORMES
L'éducation des.enfants est l’œuvre combinée des parents et des maîtres. Tout en déléguant son autorité, le père garde toujours le droit et le devoir ina- 3 liénable de seconder l’action des hommes qu'il charge d'élever ses fils. Donc, pères de famille : î
1° Choisissez un collège qui ait votre confiance, mais, une fois le choix fait, ne cédez point aux caprices de votre fils qui voudrait aller ailleurs. Rien de plus funeste aux études et à la formation du caractère que ces changements fantaisistes qui brisent sans cesse l’œuvre de l'éducation, à pei.s commencée,
2° Soyez bien persuadés que vos garçons, avec des qualités sérieuses, ont aussi des tendances m uvaises : un esprit d'indépendance qu'il faudra plier à la règle; une mollesse naturelle, une apathie au travail qui devront être’stimulées. Les maîtres auront à reprendre souvent et à corriger quelquefois... Secondez-les de toutes vos forces. Le moyen de former un jeune homme, quand l’indulgence coupable du père ou de la mère est toujours prête à écouter les plaintes du garçon et à taxer les maîtres de sévérité outrée…..
3° Si vos enfants sont externes, voyez à ce que le soir ils gardent la chambre et s'occupent de leur devoir. Empêchez-les de sortir, d'aller au théâtre, de courir les rues jusqu'à des dix heures, onze heures de la nuit... Avec parcille conduite ces jeunes gens peuvent-ils s'appliquer à leurs études et profiter le lendemain des leçons du maître?
4° Ne laissez pas vos fils gaspiller le temps et Souvent aussi exposer leur âme, en lisant des romans qu'ils se procurent n'importe où. Soyez, sur ce point, d’une grande sévérité. Ces lectures, vous le savez, sont la ruine des études sérieuses, en même temps qu'elles exposent à la corruption des mœurs.
5° Suivez de près les travaux et la conduite de VOS garçons. Si les notes sont mauvaises, réprimandez fortement et punissez. Si l’année a été perdue, supprimez les vacances. Votre garçon n'a le droit de se reposer que s’il a travaillé durant l’année.
6° Mais surtout exigez de vos garçons qu'ils finissent leur cours classique, y compris les deux années
de philosophie... La philosophie, mais c'est le complément de l'éducation secondaire! Les autres classes ne sont qu'une préparation à ces études philosophiques qui donnent aux jeunes gens la formation définitive.
Combien regrettable st donc la conduite des parents qui, cédant à l’impatience de leurs fils, les laissent sacrifier ce qu'il y a de plus important pour l'éducation d'un homme. Plus tard, à trente ans, le jeune homme regrettera amèrement cette lacune dans ses études; mais il lui sera bien difficile, sinon impossible, de la combler par des études personnelles. En ces matières, rien ne remplace l’enseignement méthodique et les exercices du collège.
Faire un cours classique et supprimer la philosophie, c’est construire un édifice et négliger d'y mettre le toit; c’est gréer un navire et oublier d'y placer un gouvernail.
Enfin, si vous êtes riche, faites bien comprendre à vos garçons que, plus tard, ils auront à compter sur leur travail et leur énergie pour se faire une situation dans la vie. Stimulez leur ardeur, forcez-les de se préparer à quelque carrière professionnelle…
Il faut un but aux éludes, sans cela le jeune homme s’endormira dans la nonchalance et croupira dans l’oisiveté. Les paresseux de collège, les fruits secs, sont trop souvent des fils de famille qui, malheureusement Pour eux, savent qu'au sortir du collège ils auront de l'argent en abondance et rien À faire dans le monde. Pareille pe:spective tue toute énergie chez un jeune homme et l'expose, comme
c' ien, aux dangers les plus ir-ésistibles. Si quelc .n a besoin d’une main ferme pour le conduire e l’une éducation sévère pour lui faire suivre unc vie honorable, c'est bien, à coup sûr, le fils de parents riches; ou bien la richesse sera la malédi tion de sa vie.
Pères de famille, j'aurais encore quelques réformes secondaires à vous signaler. Ainsi, moins d'argent de poche à vos garçons pour leurs menus plaisirs : c’est les accoutumer au gaspillage.
Moins de douceurs et de friandises : c’est encourager la gourmandise et la sensualité.
Moins de caresses, de laisser-aller : tout cela ne fait qu'amollir le caracière. Ce n’est pas ainsi qu'on forme des hommes.
En résumé, pères de famille, montrez-vous vraiment pères et vraiment hommes, vis-à-vis de vos garçons. Ces jeunes gens, à trente ans, ne se plaindront pas du collège et ne l’accuseront point d’avoir fait d'eux des fruits secs.