‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 67 sur 201 · FILLES A MARIER · texte numérisé non relu

FILLES A MARIER

Du couvent dans le monde. — Le monde et la jeune fille. — Trahison maternelle. — Ruine de l'œuvre du couvent. — Comment une mère ruine l'œuvre du couvent. — Programme mondain. — Une histoire. — Le roman moderne et la jeune fille. — La mère devenue maîtresse de pension. — Toilette et vanité. — Bals et théâtres. —— Ruine de l'œuvre du couvent.

La jeune fille a ses dix-huit ans. Elle a terminé au couvent une éducation à la fois solide et brillante. En attendant sa destinée encore mystérieuse, la jeune demoiselle vient reprendre sa place au foyer domestiqué.

On n'a, du reste, que des éloges à faire de sa personne et de ses qualités.

Pieuse et réservée, douce de manières, avenante et modeste tcut ensemble, instruite sans prétention, elle sait aussi chanter avec art, saluer avec grâce et toucher du piano de manière à avoir du succès, au moins auprès des amis de la maison.

Du jour où la jeune pensionnaire reprend sa place

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au logis, une grande affaire domine toutes le: autres affaires.

Ii faut marier la fille.

Elle-même, pour dire le vrai, y songe bien quelque peu, mis la mère n'a plus désormais d'autre souci... Pensées et combinaisons, tout se concentre sur le problème important : trouver de par la ville un jeune homme riche, beau et bon, qui plaise à la fille, ne déplaise pas à la mère, et se laisse persuader de faire promptement la demande solennelle :

— Voulez-vous dire oui, Mademoiselle?

Pour résoudre cette grave question, la mère va présenu:r sa jeune fille à la société et lui faire faire ses débuts dans le monde. Tâche délicate que celle-là, Madirie! opération difficile!

Piloter une jeune fille de dix-huit ans, à travers les brisants de la jeunesse, vers un mariage heureux... la préparer aux obligations de ce nouvel état. Vous aurez soin d'y mettre toute votre prudence et toute votre sagesse, mais ce sera Pour vous, Ja mère, Je digne couronnement d'une longue mission de dé. Youememt et de sacrifices, le dernier service, comme aussi le plus grand, que vous rendrez à votre fille.

Comment une femme chrétienne s’acquittera-t-elle dignement d’une pareille mission ?

Nous allons le dire.

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quelautre entre ville à la ‘Sua-

LU COUVENT DANS LE MOï:a

La transition du couvent dans le monde est brusque et par là même dangereuse, C'est le passage d'une vie calme et réglée à une existence indépendante et pleine de surprises. Au couvent, la prière, le travail, les récréations avec les compagnes se partageaient les heures du jour. Dans le rm onde, la jeune fille sera libre, libre de son temps, libre aussi de ses actions; et le plaisir, les amusements de toutes sortes chercheront, si leurs appels sont entendus, à se faire attribuer la plus large part de la journée.

À la mère de prévenir ce danger.

À la mère d'apprendre À sa fille, dès la sortie du couvent, à bien équilibrer sa vie, maintenant qu'elle en est maîtresse souveraine.

A la mère d'initier la jeune fille aux travaux domestiques, aux soins du ménage, à la tenue d'une maison; de lui enseigner à partager les heures du jour entre des occupations sérieuses et des amuscments honnêtes, entre les devoirs de l« société et les exercices de piété qui entretiennent la santé de l'âme.

À la mère enfin de faire connaître à sa filie le monde tel qu'il est, et non pas tel qu'il se montre à distance, avec son visage fardé, ses éclats de rire bruyants, mais souvent faux et trompeurs.

en

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