‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 75 sur 201 · RUINE DE L'ŒUVRE DU COUVENT · texte numérisé non relu

RUINE DE L'ŒUVRE DU COUVENT

Madame, vous paraissiez avoir pris à tâche de ruiner promptement l'œuvre de six années de couvent; vous avez, je crois, réussi au gré de vos espérances.

Que reste-t-il encore de la pensionnaire qui revenait à la maison, il y a un an à peine?

Le couvent vous l'avait rendue habituée au travail et à la règle; et voici qu'elle passe ses journées dans le désœuvrement le plus complet. Le caprice est la seule règle de sa vie.

Le couvent vous l'avait rendue modeste et simple dans ses goûts : aujourd’hui, elle ne songe plus qu'à la vanité, à la toilette, aux amusements du monde, à ses frivolités.

Le couvent vous l'avait rendue chrétienne : au. jourd’hui, votre jeune fille vaut-elle beaucoup mieux qu'une aimable païenne? Où sont ses vertus? Où, ses bonnes œuvres? Les quelques pratiques exté-

rieures de piété qu'elle garde encore par habitude, ne manquent-elles point d'âme et, par conséquent, de mérites devant Dieu?

Elle vit comme si toute l'existence se résumait dans ces quelques mots :

S'amuser. s’admirer et se faire admirer.

Dans quelques années, peut-être, cette fille, mariée et malheureuse, vous reprochera à vous, sa mère, l'indulgence coupable qui fut la cause première de tous ses malheurs.

Dans quelques années, Madame, vous entendrez certainement la voix du souverain Juge vous adresser cette question redoutable : « Mère chrétienne, qu'avez-vous fait de votre fille? »

Que répondrez-vous, Madame?

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