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DE LA FRÉQUENTATION EN TERRE FRANÇAISE

Elle est tout à fait inconnue en France, cette coutume qui, dans les Pays anglo-français, permet à un jeune homme de visiter assidûment une jeune fille à la maison, de rester avec elle en tête à tête au salon durant des heures entières, de se promener Sur les rues en sa Compagnie, de s'afficher publiquement comme son chevalier servant, son ami intime, son confident.. Et tout cela, sans que les jeunes gens se considèrent le moins du monde comme fiancés l’un à l'autre.

Les choses se passent tout autrement en France.

Dans certaines provinces, en Bretagne, par exemple, la préparation au mariage se fait avec une simplicité toute patriarcale.

Le dimanche, après les vépres, la jeunesse danse des rondes bretonnes, sur la place de l’église ou dans un champ du voisinage. Les vieux parents, assi en cercle, fument tranquillement la Pipe et devisent ensemble de l'agilité des danseurs, de la bonne grâce et des qualités diverses des danseuses. Alors un père de famille dira à Son garçon de vingt et quelques années : « Ecoute, mon £arçon, te voilà d'âge à te marier... As-tu remarqué la petite une telle? C'est une fille sérieuse: elle est avenante et modeste, elle fera une bonne ménagère : si tu Ja Prenais pour femme?... Qu'en penses-tu? »

Nés dans le même village, ces jeunes gens se sont connus dès l'enfance, ils furent élevés ensemble; ensemble aussi ils firent leur première communion.

De plus, en Bretagne (c'était du moins la règle, il y a quelque trente ans), les jeunes filles étaient également bonnes, sinon également belles: or, bonté dure plus longtemps que beauté, disent les Bretons. Le jeune homme n'avait donc pas besoin de longues réflexions : il disait oui, et l’on se mariait.

Pourtant, j’en conviens, la conclusion de la grande affaire n'est pas partout en France aussi simple qu'en Bretagne. Quand les jeunes gens sont étrangers l'un à l’autre, avant le mariage, il faut, je l'avoue, s'assurer de la sympathie, des humeurs et des goûts, Mais un jeune homme ne demandera jamais d'être admis dans l'intimité d’une famille, s’il n’est point en état de se marier, et si déjà son choix ne l'incline vers l’une des jeunes filles de la maison. Cette situation est bien comprise de part et d'autre, dès le commencement. Quand la demande est agréée, il viendra, de temps à autre, passer une soirée dans la famille, mais jamais, au grand jamais, il ne songera à causer privémen avec l'une des jeunes filles de la maison, dans un appartement isolé, Jamais il n'osera se montrer sur la rue Ou faire une promenade seul avec sa prétendue. Une fille qui se permettrait Pareille inconvenance serait montrée du doigt ct difficilement trouverait-elle ensuite à se marier.

Après quelques mois de cette assiduité réservée, tout le monde s'attend à ce que le jeune homme présente sa demande directe. S’il ne le fait pas, le

père le mettra en mesure de s’expliquer. L'’honneur de la famille y est intéressé, il ne veut pas que ses filles soient le sujet des conversations de la ville. Si le jeune homme hésite encore dans son choix. eh bien! qu'il suspende ses visites pour le présent, quitte à les reprendre plus tard... quand il sera décidé.

Ainsi les mariages se préparent et se concluent en France; ces traditions se conservent fidèlement dans les familles chrétiennes.

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