‹ Miss Fanfare; pièce en trois actesChapitre 20 sur 45 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GASTON

Oh!

Oui, car ce n'est pas seulement faillir à la loi du mariage, c'est dégrader et corrompre le mariage même.

GASTON

Peste ! voilà de gros mots, cette fois.

ROBERT

Non, de grands mots. Des mots dont nous avons peur d'ordinaire, mais qu'il faut oser reprendre à l'oc- <5asion, morbleu ! dût-on être ridicule.

• GASTON

Hél comme vous vous emportez I Ridicule I... Vous êtes original, voilà tout.

ROBERT. I

Et voulez-vous savoir toute ma pensée ? Le jeu que joue madame de Trye, n'est pas seulement coupable, il est imprudent!... Dieu sait comment tout cela peut tourner !

GASTON

Ah ! ça, c*est une autre affaire !

ROBERT, s^animant.

Oui, le premier acte est gai; mais attendons la fin !... Le mariage joyeux I Cela sonne bien à l'oreille. Deux caprices se sont rencontrés par hasard, et parés du nom d'amour. On a signé pour la vie un contrat d'amusement mutuel. Plus d'obligations maussades, plus de chaînes ; un lien de fleurs !... Le mariage n'est plus la promesse austère et désintéressée de s'aimer toujours : c'est l'engagement égoïste de se plaire tant qu'on pourra. Monsieur n'a point la peine de se déshabituer du vice aimable, et madame s'y habitue, —

jusqu'au jour où ce vernis d'amour s'écaille et tombe. Dessous, il n'y a rien. — Et pour que ce jour arrive, que faut-il ? un petit accident : un teint gâté par cette maternité qu'on n'a ni désirée, ni prévue... — car pour un tel couple elle est une gêne et non une joie; — ... moins que cela peut-être: une ride apparue mal à propos, un rien, — qui découvre brusquement à ces deux êtres la satiété venue même avant la fin de la jeunesse. Et ce grain de sable suffit à faire dérailler ce train de plaisir 1... Le mari se met en quête d'une aventure nouvelle ou retourne à quelque ancienne maîtresse dont sa femme ne lui a fait oublier que le nom ; et la femme fait profiter un consolateur empressé de cette éducation galante qu'elle tient de son mari! Voilà, mon cher, l'itinéraire de nos amis. Maintenant, à quel point en sont-ils ? Vous le savez sans doute mieux que moi.

Un silence.

GASTON

Je ne voulais pas vous le dire : ils sont près de dérailler.

ROBERT

Elle n'aime plus son mari ?

GASTON

Si !... mais lui ne l'aime plus, ou croit ne plus l'aimer. Elle le sent s'échapper, et, pour le retenir, elle est femme à tout faire. Héussira-t-elle ? Aussi las du mariage qu'il était fatigué naguère de la vie de garçon, désespérant du repos, inquiet, mécontent, il est comme ces malades qui se tournent d'un côté sur l'autre.

ROBERT

Et si j'ai compris l'ordre que vous donniez tout à l'heure, vous l'aidez de vos propres mains à se retourner sur la gauche ?

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