‹ Miss Fanfare; pièce en trois actesChapitre 26 sur 45 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ODETTE

Vous disiez tout à Fheure...

BERTHE

Oh! si Ton ne se voit pas, on se regarde !... Ne vous ai-je pas aperçue, ces jours-ci encore... où donc? aux Variétés!

ODETTE

Âhl sans doute... au théâtre!

BERTHE

Et môme tout à l'heure, si je ne me trompe, au Bois.

Le Bois est un terrain neutre, comme le théâtre.

BERTHE

Tandis qu'ici, vous croyez que nous sommes... sur un terrain commun?

ODETTE, A part.

Impertinente I

GASTOK.

Neutre, Madame, neutre I (a part.) Mais brûlant!

BERTHE

Quoi qu'il en soit, je remercie le hasard, ou M. Morère...

GASTOK.

Le hasard, Madame, le hasard !

ODETTE, résolue.

Non, Madame, ne remerciez personne. Vous sentez bien que cette entrevue que je n'ai pas fuie, — Dieu sait, d'ailleurs, si je l'avais cherchée ! — cette entrevue, comment dirai-je ? n'est qu'un armistice. Nous ne portons pas les mêmes couleurs: je suis dans l'armée ré-

gulière; vous..., vous êtes dans Fautre. Nous sommes, comme on dit aujourd'hui, deux principes en guerre : bataille alors!... Chez nous, la vieille tactique c^estla dignité et le mépris de Fennemi ; j*aurais dû, suivant nos règles, sortir d'ici, -quand vous y êtes entrée : c'était si simple. (Gracieuse ) Mais- je suis de la nouvelle école. Ces retraites hautaines, ces refus indignés de se regarder dans les yeux sont des lâchetés ou des sottises qui nous ont perdues : si nous vous connaissions mieux, nous vous craindrions moins. Vous voyez, je suis étrangement franche. Je sais qui vous êtes, vous savez qui je suis; vous restez, je reste. Voulez-vous que nous causions un peu dans la tranchée pendant la suspension d'armes?

BERTUE.

Alors, cette connaissance que nous faisons, c'est une reconnaissance que vous faites ?

ODETTE

Ces messieurs vous disent tous les secrets de notre campi il faut bien que nous cherchions à pénétrer ceux du vôtre.

BERTHE

Hé ! que pourraient-ils vous dire ? Vous ne nous avez rien laissé à vous apprendre : vous avez tout perfectionné ; c'est nous qui sommes en retard. Vous nous avez pris jusqu'à notre uniforme : voyez, nous portons

le même, (comparant avec affectation les denx toilettes) — sinou

que vous êtes peut-être... plus gradée que moi ! Nous vos ennemies?... mais pourquoi donc? Si vous n'êtes des nôtres, vous faites campagne avec nous ; nous tombons au sort, vous êtes des volontaires ; vous êtes nos alliées contre le mariage, et c'est par vous que nous avons des intelligences dans la place. Vous avez des maris, mais vous n'êtes pas des femmes !... Vous avez

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