‹ Miss Fanfare; pièce en trois actesChapitre 6 sur 45 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

soit, mais adorable!... Elle ne voulait pas, cette enfant, être délaissée, comme elle se souvenait d'avoir vu sa mère : c'était son droit, je pense, et un peu son devoir... Elle a cherché comment te retenir; elle n'a rien trouvé de mieux que ce qui t'avait tant de fois pris... Entre, nous est-ce uniquement sa faute? Champdieu, tout à l'heure, en revoyant tes mêmes meubles à la même place qu'autrefois, ne devinera peut-être pas, au premier coup d'oeil, qu'il y a ici... quoi de neuf? Une honnête femme!... C'est très fâcheux, vas-tu dire : je crois que tu as raison. Mais, l'an passé, aurais-tu parlé de même? Tu t'aperçois aujourd'hui que tout ne va pas comme il faudrait, et bien vite tu prétends que ta femme a changé. Allons, c'est enfantin! Ta femme?... Mais elle est ce qu'elle a toujours été, ce qu'elle a toujours été pour te plaire, et pour ne plaire qu'à toi! Seulement, ces temps derniers... tu te sentais devenir père, tu as eu le temps de réfléchir : c'est loi qui as changé !... Et tu l'accuses, elle ! Tiens! si tu veux, n'accusons personne : je ne tiens pas à te sermonner, moi. Mais, que diable I mon cher, ne te plains pas de ta femme : en vérité, tu serais trop injuste !

GEORGES, impatienté.

Injuste! ingrat!

Au reste... je ne voulais pas y croire, mais c'était fatal...; c'était même prévu !

GEORGES

Prévu ! par qui, si ce n'était par toi ?

GASUON.

Par d'autres apparemment... Tiens, par des gens qui vous ont vus vendredi aux Variétés.

GEORGIS.

Aux Variétés? (cherchant.) Berthe?

GASTON

Puisque tu Tas nommée, mon Dieu! oui... Berthe, tout simplement.

GEORGES

Cette pauvre Berthe I Elle s'occupe de moi ?

GASTON

Elle s'occupe de toi... comme, en temps de révolution, on reparle naturellement des révolutions précédentes : Elle va quitter Yilliers qui l'avait, presque seul, depuis trois ans, depuis ton mariage.

Trois ansdeVilliers!... pauvre fille!... Ah! j'ai été plus amoureux d'elle que je ne voulais bien le dire... Mais, comment a-t-elle su?. .

GASTON

Elle vous a lorgnés longuement, ta femme et toi, puis elle s'est retournée vers moi, et m'a invité à diner dans trois mois, chez elle, — avec toi 1

GEORGES

Et qu'as-tu répondu?

GASTON

J'ai haussé les épaules ! Je lui ai dit qu'elle était folle. . . 11 parait que j'ai eu tort : je lui ferai des exôuses.

GEORGES

Tu la verras, bientôt ?

GASTON

Oui... Oh! tu sais, mon amitié peu exigeante lui sert d'intermède entre deux amours. Elle doit passer

Page 1