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— Alors, soyez tranquille, je saurai conserver votre alTection, reprit le vieillard. Puis, voyant s'avancer vers lui M. de Favrolle, que M. de Morville voulait lui présenter, il s'écria :
— Mon cauchemar du voyage de Calais!
— Cher et bon oncle, enfin vous nous êtes rendu!
— Monsieur Théodore de Favrolle, le mari de ma fllle, mon cher oncle, dit M. de Morville.
— Je suis maintenant de la famille, monsieur, reprit le futur époux d'Alphonsine en s'inclinant devant M. de la Botardière. J'ai aussi droit à vos gronderies; je ne demande qu'à expier le malencontreux voyage de Calais pendant lequel j'ai eu, monsieur, bien malgré moi, le malheur de vous déplaire.
— Bon, bon, monsieur le sournois! répondit le vieillard, je vous pardonne à une condition : c'est qu'aux noces de ma nièce, on servira des poulets à la Botardière^ comme disaient ces mauvais garnements vos complices! Hein, vous les rappelez-vous, miss Mary, ces insolents drôles? ajouta le vieillard en se retournant vers l'inslitu - Irice qu'il cherchait du regard et qu'il vit s'avancer vers lui, tenant le capitaine Douglas par la main.
Encore un! s'écria M. de la Botardière. Ah çà! aujourd'hui tout le monde s'est donc donné rendez-vous chez moi?
— Oui, monsieur, et ce rendez-vous a eu pour résultat le bonheur de tout le monde, répondit miss Mary. Permettez-moi de vous présenter M. Henry Douglas, mon fiancé, qui, par ordre de mon père, est venu me chercher en France.
Le capitaine Douglas s'inclina devant le vieillard, dont les traits s'attristèrent de nouveau, et il dit en soupirant au fiancé de miss Mary :
— Ah! monsieur, vous êles heureux, vous épousez une digue personne!
3Iiss Mary fil à Alphonsinc un signe qu'elle comprit. Aussi, prenant les mains du vieillard, elle lui dit :
— Mon bon oncle! nous parlerons souvent de miss Mary.
— Je Tespèrc bien, répondit le vieillard en embrassant sa nièce; car, après tout, miss Mary a été, je crois, un peu notre institutrice à tous!
— Ahî mon cher oncle! vos paroles sont plus vraies que vous ne le croyez peut-être! reprit madame de Morville d'une voix émue en adressant à miss Mary un regard qui semblait à la fois lui demander pardon et lui exprimer sa reconnaissance. Le souvenir de miss Mary nous sera cher à tous!
Quelques instants après de touchants adieux, M. et madame de Morville, leurs enfants, M. de Favrolle et M. de la Bolardière étaient réunis sur le perron du château; tous, le cœur gonflé, suivaient d'un regard attristé une voilure de poslc sur le siège de laquelle était monté le digne William. Au tournant de l'avenue qui se prolongeait devant l'entrée principale, miss Mary, se penchant à la portière de la voilure, agita une dernière fois son mouchoir en signe d'adieu...
Puis, les hôtes inattendus de M. de la Rolardière rentrèrent avec lui au château.
Un mois plus] tard, à Dublin, au moment où, après la bénédiction nuptiale, prononcée dans le temple, la famille elles amisde Henry Douglas et de miss MaryLawsonse pressaient pour signer l'acte de mariage, deux femmes se présentèrent à leur tour.
La plus âgée écrivit sur le registre :
Louise de Mor ville.
La plus jeune :
Alphonsine de Favrolle.
Le capitaine Douglas, debout près du pasteur, montra du doigt ces deux mots à sa jeune femme, assiégée de félicitations; miss Mary poussa un cri de joie,reçuldansses bras sa charmante élève, et vit près d'elle madame de Morville.
— Est-ce que vous ne nous attendiez pas? lui dit à dcmi^voix Alphonsine; de tous ceux qui vous aiment, n'est-ce pas moi qui vous aime le mieux? Vous qui m'avez appris à être heureuse, mon seul charme n'est-il pas de vous ressembler?