CHAPITRE IV
LA PAPAUTÉ RÉVOLUTIONNAIRE
Renoorelle Tis-à-vis de Tempire Carlovingten sa conduite vis-à-vis de l'empire Grec. — Réponses de Tépiscopat. — Caractère de la révolstion féodale. — Combals judiciaires, sources de nos guerres européennes. — La légalité et la légitimité monarchiques devant la papauté.
La papauté comprit qu'elle était prise au piège qu'elle a^ait elle-même suscité, et elle n'hésita pas devant la RévolotioD.
L'Empire fut condamné par elle comme forme magistrale d'un droit commun, aux termes duquel le pape restait soumis à la loi publique.
La déclaration de guerre civile fut faite, d'une manière Toilée d'abord, en 816 et en France, par le pape Etienne IV qui dit à Louis le Débonnaire ces paroles :
«Je te donne la couronne parce que tu me garantis là > libre jouissance de mes droits. x>
Ainsi le Justiza des cortès d'Aragon dira plus tard au roi^ le jour de son couronnement :
« Nous qui valons plus que toi, nous voulons bien nous » soumettre à ton gouvernement, si tu maintiens nos privilè- » ges, et sinon, non. »
Dans la pensée du pape, ainsi que le prouve la suite de THistoire, le premier de ces droits est de se débarrasser de la juridiction impériale de Louis, comme Grégoire II a foulé aux pieds celle de Léon risaurien.
Quand il parle ainsi , Etienne IV a déjà fait œuvre révolu-
tionnaire, en se laissant élire et consacrer, sans attendre la confirmation impériale.
Un an après, le pape Pascal P' en fait autant.
L'empereur envoie à Rome deux officiers impériaux : ils sont égorgés dans le Latran.
Sept aas après, le pape Eugène II est élu et se passe à son tour de la sanction de l'empereur.
Plus énergique que son père, Lothaire, associé à l'empire, en relève le droit et impose à la ville de Rome ce serment :
« Je jure de me refuser à reconnaître tout pape dont Té- » lection ne sera pas conforme aux canons, et dont la consé- » cration n'aura pas été précédée, de la part de Télu, du ser- » m ent à l'empereur, tel qu'Eugène II vient de l'écrire. »
Trois ans après l'avènement d'Eugène H, Grégoire IV est élu et subit le droit de T Empire; mais la vengeance va éclater bientôt dans la révolution armée.
Tout est mis en branle par Grégoire contre la loi publique, représentée par Louis le Débonnaire : l'armée cléricale, moines, prêtres, abbés, évoques en tète, la Révolution en armes, les propres fils de l'empereur en avant, et au milieu de ces ptirricides, dans leur propre camp, le pape lui-même, Grégoire IV, en personne.
Abandonné par ses soldats, vaincu sans combat, insulté par ses enfants, Louis, j'allais dire le roi Lear, est traîné dans l'église de Saint-Médard, où les évêques lui arrachent les insignes de sa dignité, et l'affublent de la robe de bure des pénitents.
Ârrêtons-uous sur cet acte, et résumons les précédents.
Ainsi, en droit religieux, de 715 à 731, dans Grégoire D, de 731 à 741 dans Grégoire UI, de 816 à 844 dans Etienne IV, dans Pascal P', dans Eugène II, dans Grégoire IV, la papauté, à la face des peuples chrétiens, sur les plus hauts sommets hiérarchiques de la Chrétienté, brisait les tables de Tancien et du nouveau Testament, et foulait publiquement
aux pieds les quatrième, cinquième, septième et huitième commaudements de Dieu.
Ainsi, loin de réaliser, en quoi que ce fût, le principe et la fin de la Théocratie, elle ruinait T Autorité sociale et religieuse, dans l'Ëglise, dans TÉtat, dans la Famille, cette même Autorité que son mauvais génie territorial, son mauvais ange ethnique, le Satan des sept collines, le démon romain et césarien de la domination lui avait fait confondre avec le Pouvoir politique.
Et cela s'accomplissait, faute de science, et, par suite, de sagesse théocratique.
Les vertus, la foi même des papes les poussaient à être les initiateurs des crimes publics et de l'athéisme social; car, encore une fois, ils défendaient une fonction sacrée, mais érigée sur un plan sacrilège, d'où l'esprit de race chassait Tesprit religieux, d'oi!i Tunité matérielle et sectaire d'une église excluait l'universalité intellectuelle de TÊglise, d'où la dictature cléricale bannissait jusqu'à la notion morale du Souverain Pontificat.
Successeurs des anciens consuls, les élus pontificaux de la municipalité de Rome étaient régis par ses instincts locaux, par le mirage de ses souvenirs, par le vertige passé de ses passions asservissantes qui leur criaient : c Orbem regere mémento. »
Aussi les triomphes de la papauté ne traînaient plus seulement devant la populace romaine les princes de la terre mincus, asservis, enchaînés, comme du temps des Césars, mais les principes mêmes de la Religion chrétienne et de l'État Social du Christ.
La nuit tomba d'où devait venir le jour, le chaos d'où devait sortir la création, et la Révolution s'élança de cette cime des hiérarchies, vers laquelle, pendant le sacre de Charlemagne, les peuples nouveau-nés regardaient, attendant le Royaume de Dieu.
La Féodalité se rua d'en haut, démembrant l'Empire, dé* chirant le droit public, proclamant la prévarication univer* selle des pouvoirs : bris de la loi supérieure à tous, usurpation de la propriété des ofBces dii gouvernement, des hommes et des territoires, mulliplicité et hérédité des tyrannies, liberté illimitée des grands, asservissement des hommes libres, meurtre, vol, brigandage à l'état permanent.
Du même coup, les invasions recommencèrent : Normands au nord , Hongrois à Test, Sarrasins au sud ; car, dans le mal comme dans le bien, les lois secrètes des sociétés se tiennent et s'enchaînent de telle sorte que le premier anneau attire tout jusqu'au dernier.
Une partie de l'épiscopat de France pressentait ce que j e viens d'exprimer dans le chapitre précédent, quand, pour arrêter Grégoire IV dans sa guerre à Louis le Débonnaire, des évéques menacèrent le pape de le frapper d'excommunication, quand, défendant Lotbaire contre Nicolas I", des évèques encore, Gonthier, Adventius, Teutgaud, fulminaient sur le pape l'anathème, quand Gonthier faisait éclater à Rome môme, sur le tombeau de saint Pierre, sa protestation terminée par une malédiction de la dictature cléricale do Nicolas, quand Hincmar, au nom de tous les évèques des Gaules, addressait à Adrien U ses épltres véhémentes, où il le sommait de ne se point mêler du gouvernement du royaume.
Ainsi la papauté, en soulevant cette terrible indignation des évèques, avait suscité la Révolution féodale dans l'église latine comme dans l'empire d'Occident.
Cette révolution aboutit au matérialisme gouvernemental et à la multiplicité des dominations personnelles, les plus épouvantables dont THistoire fasse mention.
Le démembrement de Tempire indien après le schisme d'Irshou n'engendra pas lui-même une telle anarchie.
La signiBcation réelle de la féodalité fut l'usurpation par chaque officier public de la propriété et du gouvernement des territoires et des hommes compris dans la circonscription de son office, absolument comme si, aujourd'hui, les membres administratifs de chacun des États européens se constituaient souverains, sans Gouvernement général, indépendants les uns des autres, depuis les ministres jusqu'aux gouverneurs^ aux préfets et aux maires, et comme si les membres de la hiérarchie militaire se déclaraient dans nos nations les propriétaires, soit des provinces, soit des départements, et les gouvernaient, chacun pour son compte, en transmettant comme un héritage cette propriété et cette charge à leurs enfants.
C'était le mal antisocial auquel TËtat a pour but de porter remède; c'était la généralisation jusqu'au dernier des comtes, barons, viguiers et centeniers, de l'œuvre subversive que, vis-à-vis de TEmpire et en Italie, la papauté poursuivait pour son compte.
Mais de même que les pontifes, d'ailleurs non héréditaires, mais élus, avaient à compter dans leurs domaines, non seulement avec Tempereur au-dessus d'eux, mais avec les municipes italiens au-dessous, l'aristocratie usurpatrice, les officiers publics de l'Empire avaient k se mesurer avec les municipalités ou communes, ou avec les hommes libres.
Les municipalités, dans les domaines de la papauté, restèrent les mattresses locales des papes, qui ne purent jamais les régler qu'en appelant à eux le bras séculier des empereurs germains et plus tard des autres dynastes.
Les hommes libres, au contraire, furent facilement asservis
par Taristocratie usurpatrice, partout où ils n'avaient pas
comme en Italie, en Espagne et en Angleterre d'institutions
suffisamment fortes : municipes, communeros, communes,
pour se garautir, sauf toutefois ceux qui eurent assez d'énergie vitale pour entrer dans le commun brigandage et se tailler, Tépée au poing, leur place dans l'aristocratie nouvelle.
La purification morale de ce matérialisme et de cette anarchie ne pouvait s'opérer que dans la guerre étrangère, et celle-ci, à travers l'universelle rupture de l'État impérial, fit irruption partout avec les invasions.
Contre les Normands, les Sarrasins, les Hongrois, la France, l'Espagne, l'Allemagne se hérissèrent de châteaux, et subirent le régime qui, dix mille ans auparavant, avait divisé les Celtes autochtones en hommes de guerre et en hommes de travail.
Les traces juridiques de ce régime antérieur se trouvent partout, depuis l'Irlande jusqu'à Ceylan, où Ram l'y porta, depuis les souvenirs du droit irlandais, renfermé dans la loi de Bréhon, jusque dans le code de Manou.
Les différences étaient cependant grandes, car, chez les Celtes primitifs, l'homme de travail resta libre, et il n'y eut d'asservis que les prisonniers de l'homme de guerre.
Au pied du château du seigneur, gardien militaire des gorges et des vallées contre l'étranger, d'abord, mais brigands locaux ensuite, s'étendirent les vassaux et les vavassaux liés avec le suzerain par une réciprocité d'obligations, dont le service militaire formait le fond.
Après le service militaire, la fiance ou assistance de justice, tant dans le conseil et le jugement devant le suzerain, que dans l'exécution.
Ensuite, la troisième obligation connue sous le nom d'aides, réglant d'une manière peu précise, et conséquemment très arbitraire, les questions d'impôt, sous la forme de dons soi-disant volontaires.
Je n'entre dans ces détails que pour arriver à l'institution de la justice féodale qui, partout abolie dans les nations actuelles de l'Europe, subsiste encore entièrement aunlessus
d'elles, dans le Gouvernement général de la Chrétienté présente.
Le principe de la justice féodale, le jugement par les pairs, remonte encore, lui aussi, par les coutumes germaniques, à l'organisation néo-celtique du législateur Scandinave Frighe ou Friduir, contemporain de Jésus-Christ, et connu sous le nom d'Odin.
Par cette filière, cette justice remonte aussi aux anciennes habitudes des Celtes primitifs.
L'appel, soit en défaut de droit, soit en revision de jugement, était fait par le vassal devant le suzerain de son seigneur; mais — et voici le point qui mérite attention — les seigneurs eux-mêmes, dans leurs contestations entre eux, se réservaient le droit d'appel, soit à la guerre privée, soit au combat judiciaire en champ clos.
Une sorte de droit public déterminait les lois qui réglaient ces deux ordres d'appels en juridiction supérieure, et dont nos guerres et nos duels sont la barbare continuation.
Dans les souvenirs poétiques des peuples celto-scandinaves, depuis les '^a^a^ jusqu'aux rapsodies rassemblées et dénaturées sous le nom d'Ossian, on retrouve encore l'ancienne filiation de ces coutumesanté et antichrétiennes.
Nous reviendrons, à la fin de ce livre, sur le caractère féodal et barbare des guerres modernes, sur la nature antisociale du Gouvernement général de l'Europe contemporaine, et sur la nécessité de dénouer les procès, soit interdynastiques, soit internationaux, d'une manière conforme aux principes du droit romain, du Christianisme, ainsi qu'aux intérêts publics de la Civilisation européenne.
Ainsi, moins d'un siècle après le couronnement de Charlemagne, après le sacre fictif et mensonger de ce magistrat européen, se constituèrent en Italie, en France, en Aile-
magne des myriades de juridictions indépendantes, tandis qu'avec le gouvernement de l'empire la juridiction publique démembrée allait se battre, en Allemagne et en Italie, contre la révolte perpétuelle de la papauté.
Le temps desdynastes, Theure des rois réels et des despotes dompteurs n'était pas venue, et» sous des fantômes de royautés, la République universelle des hommes libres, tous seigneurs, avec l'esclavage agricole et domestique à sa base, triomphait dans ses instincts de liberté illimitée, bridait toutes les institutions générales, soit civiles, soit politiques, ne reconnaissait aucun pouvoir législatif supérieur à chaque suzerain, affirmait tous les droits de THomme libre de ce temps, et infirmait naturellement tous ses devoirs brisés.
Nous verrons au dixième siècle les dynastes occupés à empêcher ces républicains féodaux de détrousser les voyageurs, de faire de la fausse monnaie, et ainsi de suite.
Les évêques et les abbés, de leur côté, devinrent les suzerains de leurs diocèses et de leurs monastères, prirent les titres de ducs et de comtes, et ceignirent la cotte de mailles sous la robe.
En 406S encore, pendant les fêles de Noël, nous verrons Tabbé mitre de Fulde et Tévêque d'Hildesheim; l'épée au poing, se disputer, en pleine église, la préséance, et s'administrer de tels coups, que Tautel en sera couvert de sang, et que l'empereur en manquera être massacré.
Le matérialisme de la domination profita tellement à la féodalité cléricale, qu'elle arriva à posséder en Allemagne le tiers, en Angleterre le quart, en France le cinquième du territoire total de ces pays.
Chaque évèque et chaque abbé féodal suivit l'exemple des dictateurs romains de l'église latine, arrondit ses domaines le plus possible, et les défendit à coups d'épée, quand les excommunications et les anathèmes ne suffisaient pas.
A la base de cet édifice, effrayante cathédrale humaine.
mouument d'iniquité, dont le pape, toujours frappant l'empereur, occupait le sommet, étaient les tenanciers libres, roturiers, manants, vilains, puis, au-dessous, les mainmortables.
Ce sont eux qui, reprenant avec passion Tétude du droit romain, aideront en Occident les dynastes à abattre Taristocratie, et leur fourniront le formidable appui des Communes.
Au-dessous des mainmortables encore, s'étendent, lamentables, les esclaves de cette république à liberté illimitée, les pauvres serfs.
Ce sont ces classes qui exerçaient alors toute la vie économique, se liguaient par les banses depuis Nantes jusqu'à Novgorod, bâtissaient les cathédrales et les châteaux, forgeaient les armes et les armures, pratiquaient le commerce, l'industrie, l'agriculture, et portaient Jusqu'à l'écrasement des âmes et des corps, le poids de cette république de cape et d'épée, de cet athéisme et de ce matérialisme sociaux.
Parmi ces classes, parqué dans ses quartiers spéciaux, habillé d'une manière injurieuse, périodiquement pressé comme une éponge, volé et massacré, Israël faisait la banque comme autrefois à Babylone, et, du Danube au Guadalquivir, regardait s'agiter ces dominations effrénées de prêtres et de soldats, avec cette humilité du dehors qui n'empêche pas les réflexions du dedans.
Reconstituée secrètement par ses rabbins, l'association israélite mesurait sous cette oppression la grandeur de son avenir par celle de son passé.
Les débris des connaissances n'avaient pour refuge que le recueillement des monastères; et, en dehors d'Israël et de l'église d'Orient, le seul point de l'Europe où la vie intellectuelle ne fût point éteinte, où les sciences n'étaient pas menacées de l'excommunication, de l'anathème et des bûchers, était Cordoue sous ses khalifes.
Du haut du saint Siège, les foudres dites spirituelles ton-
oaieDt contre celte Espagne,contre les chiffres arabes, contre les mathématiques, l'algèbre, la chimie de Geber, la mécanique, œuvres de Satan, en un mol contre tous les rayons solidaires de l'élernelle Vérité.
L'esprit des ténèbres régnait.
Les guerres féodales partout multipliées s'étendaietit de donjons en donjons» épargnant les seigneurs bardés de for, décimant les manants sans armures, écrasant d'exactions les tenanciers libres, les mainmortables et les serfs.
Avec la loi publique, la morale publique avait disparu, et les auteurs qui vivaient en ce temps en racontent l'universelle iniquité.
Impuissant à empêcher le déchaînement général des crimes, le clergé instituait la trêve de Dieu qui défendait le
meurtre et le vol du jeudi soir au lundi suivant; mais
du lundi au jeudi, la République féodale rattrapait si bien le temps perdu, quand toutefois elle respectait cette trêve, qu'en moins d'un siècle, on compte quarante famines ou pestes, et que souvent les populations affamées mangent de la chair humaine.
C'est parmi les moines surtout que le sentiment des maux publics et de leurs causes se fit vaguement jour tout d'abord ; ils sentirent dans les couvents que le premier mal était rignorance.
Le moine Gerbert fut l'expression la plus marquante d'un certain réveil intellectuel, et c'est parmi les Musulmans d'Espagne qu'il alla puiser les quelques éléments d'études scientifiques qui lui donnèrent sur son temps une sorte de magique ascendant.
Précurseur d'Hildebrand, avant de devenir pape sous le nom de Sylvestre II, il continua néanmoins Tœuvre subversive et anti-impériale des Grégoire II et des Grégoire IV, en préparant, sous Jean XVI et sous Grégoire V, la conspiration qui porta à la dynastie carlovingienne le coup de grâce.
Si, et ce n'est pas douteux, il fil œuvre d'habile politique, ainsi que de bon Français, en couronnant dans Hugues Capet la révolution féodale, pour l'anéantir, il est impossible d'accorder à cet acte le moindre caractère théocralique ni religieux, au point de vue du Gouvernement général de la Chrétienté.
C'est sur le mot d'ordre du futur Sylvestre II, agissant pour Grégoire V, que le i*' juillet 987, les évoques et seigneurs du duché de France placent sur le trône le plus grand propriétaire féodal du pays.
C'était élire le plus grand usurpateur, le premier révolutionnaire, au point de vue du Gouvernement général et du Droit public qui, légalement, resteront impériaux jusqu'au dix-septième siècle.
Hugues Capet est sacré par Âdalbéron, archevêque de Reims.
Déjà, en 922, chef des rebelles/ Robert, duc de France, avait été sacré roi à Reims, aux dépens de la dynastie légitime représentée par Charles UI.
Après Robert, le duc de Bourgogne, Raoul, avait également été sacré et venait d'emprisonner Charles HI au château de Péronne, où ce descendant de Pépin mourut.
Hugues le Grand, père de Hugues Capet, continuateur et chef de ces rébellions féodales, avait été arrêté dans sa guerre a^ntre le souverain légal, Louis lY, par le concile d'Ingelheim , et frappé d'une excommunication dont le pape Etienne VU avait approuvé les motifs.
Le concile d'Ingelheim et le pape Etienne YH continuèrent, au dixième siècle, la politique que le saint Siège avait adoptée au huitième; et leur excommunication, en frappant le père de Hugues Capet, tombait sur un révolutionnaire, et défendait le Gouvernement général et le Droit public, un peu tard il est vrai.
Mais Hugues Capet était-il moins révolutionnaire que son père?
Comment accorder le sacre de 987 avec le sacre de 752 ?
Sur qui retombe rexcommunicalion fulminée d'avance en 75& par Etienne II, en France môme, « contre quiconque dans l'avenir élirait un roi des Francs qui ne descendrait pas directement de Pépin > ?
La postérité de Pépin n'était pas éteinte, son sang n'était nullement tari : le frère de Lothaire, Charles, grand-duc d'Occident, père de trois mâles, vivait et protestait les armes à la main contre l'usurpateur; mais il fut livré par l'évèque de Laon, et la mort lui ferma la bouche dans les cachots de la Tour d'Orléans.
La vérité est que le futur Sylvestre II, agissant pour Grégoire Y, ou plutôt par ce dernier, frappait de mort la dynastie carlovingienne, comme Zacharie et Etienne H avaient, moins de trois siècles auparavant, condamné la dynastie mérovingienne.
Ne voulant pas de Droit public, et encore moins de Gouvernement général qui en garantit l'exécution, les meilleurs papes, ceux qui défendaient le mieux la papauté, étaient voués au sacrilège public, en frappant ainsi dans ses sources toute légitimité monarchique.
L'hypocrisie gouvernementale, l'espèce de mysticité qui accompagne les fausses doctrines de la légitimité^ sont un des plus grands dangers qui puissent émasculer le principe monarchique et compromettre aux yeux du vulgaire ce qu'il appelle la Religion.
Au fond de ces doctrines creuses, à la confection desquelles se sont ingéniés les de Bonald et les de Maistre, il y a ce que nous venons de dire : la papauté fonctionnant vis-à-vis des gouvernements monarchiques ou autres, avec la morale et la politique d'une loge de carbonari, ceci sans préjudice aucun pour le rôle religieux des papes comme évoques.
Ces sacrilèges publics n'étaient certainement pas le carac-
tère tbéocratîque ni religieux de la fonction sacrée que les papes croyaient avoir revêtue.
Voyez les plus grands d'entre eux, les plus vrais, les plus éclairés, les plus forts, Grégoire II, Grégoire IV, Etienne II, Sylvestre II : ils cherchent, saisissent, exercent un pouvoir sur les couronnes, un gouvernement sur les gouvernements ; mais ce pouvoir, ce gouvernement, sont tellement peu théocratiques, que plus ils s'exercent en Occident, plus aussi l'Autorité, celte force immédiate de la Vérité, s'en montre absente, plus l'esprit révolutionnaire s'y montre présent.
Le sacre de Hugues Capet ne peut pas plus faire autorité que le sacre de Pépin, si Ton se place au point de vue du Gouvernement général et du Droit public européens, qui, du temps de Pépin, étaient impérialement représentés à Byzance, royalement en France par la dynastie mérovingienne.
Du temps de Hugues, le droit public est représenté impérialement parConstanlin VIIl d'Orient, et par le chef du saint empire romain et de la nation germanique Olton III, et royalement en France par le grand-duc Charles que nous venons de voir livrer à la prison et à la mort par Tévôque de Laon, puis par Hugues Capet lui-môme.
Voilà, au point de vue de la légalité,. la situation usurpatrice de cette nouvelle dynastie.
Examinons maintenant la question nébuleuse de la légitimité ?
Sont-ce les mérovingiens, les carlovingiens ou les capétiens qui sont légitimes?
Il est évident que le sacre de Hugues Capet n'est pas plus légitime que légal, puisque l'excommunication fulminée d'avance par Etienne II tombe à la fois sur l'archevêque de Reims, Adalbéron, sur les évêques et abbés du duché de France assemblés pour soutenir une usurpation aussi illégale bu'illégitime, et enfin rebondit et éclate sur la tiare de Grégoire V et de Sylvestre II lui-même, et tonne contre la papauté.
La vérité la voici : toujours forcée par son plan local et sa fonction césarienne d'exercer un pouvoir révolutionnaire qui était juste le contraire de VAutorité théocratique, la papauté, sans plus de souci réel de la légitimité que de la légalité, cherchait ses instruments royaux, là où elle pouvait se faire des créatures dociles ; et, sentant mieux que personne que le seul principe réel des monarchies est Ténergie du monarque, c*était avant tout cette énergie dont elle voulait se saisir, quand il lui importait de frapper soit Tempire d'Orient, soit le saint empire romain de Germanie, soit les Lombards, soit ses propres évoques tournant à l'oligarchie républicaine.