EXCURSION DANS LE HARRAH DE TE B O UK
guère songer à y voir une tombe, encore moins une tour pour surveiller la contrée. Si nous étions dans le pays de Moab ou en Palestine, on songerait tout de suite à un ouély, petit sanctuaire élevé au-dessus ou à côté de la tombe d’un santon. Mais ici il n’y a point d’ouélys; ils sont proscrits dans cette région et encore beaucoup plus, à mesure qu’on va au sud. Cependant comme les ouélys sont très célèbres à Ma an, l’oasis la plus voisine, et que les 'Atâwneh commencent déjà à les connaître, il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’il eût existé autrefois aux abords de Tebouk un sanctuaire de cette nature dont on ne ferait plus cas aujourdhui, car il semble bien avéré qu’actuellement personne ne voit là un ouély. Les gens qui nous accompagnent considèrent ce qasr comme une sorte de point de repère dans le genre des rugm. Il en est de même du ya?r Rua f ah (%j ) , situé sur la frontière des 'Atâwneh, plus célèbre encore que celui-ci et bâti, nous dit-on, sur un type analogue. Malheureusement nous n’avons pas pu visiter ce dernier, aux abords et sur les murs duquel on trouve, paraît-il, des graflîtes qui fourniraient peut-être quelques renseignements. A qasr fanirah , nous avons copié et estampé sur une pierre placée dans le mur extérieur, immédiatement au-dessus du linteau delà fenêtre, un graffite tamoudéen reproduit plus loin (n°607). Il doit être antérieur à la construction. Nous n’avons relevé dans le voisinage aucun autre texte.
Nous partons à cinq heures cinquante-trois minutes et traversons rapidement la petite plaine qui se développe au sud-ouest. A six heures vingt, nous atteignons le lit de louâdy el-Baqqàr large de quatre à cinq
cents mètres et rempli à cet endroit de nombreux arbustes parmi lesquels domine surtout le gada. Nous campons cinq minutes plus loin, dans la vallé,e, au pied d une montagne d’où se sont détachés d’énormes blocs de grès, bien propres à recevoir des inscriptions. Demain matin nous les explorerons un à un et nous y découvrirons simplement quelques marques de tribus.
Ce soir nos hommes sont tout à la joie, car en cours de route on a pu acheter un agneau et ils se promettent de faire fête. La pauvre bête est vite dépecée; rien n’est perdu. On jette telles quelles dans un grand feu les entrailles fumantes et au bout de quelques instants, Arabes et soldats les retirent de la braise et se les disputent.
Lundi 3 avril. Nous assistons des la première heure à la toilette du Teimâny qui nous accompagne pour soigner les bêtes. Il fait lever un chameau accroupi qui lui fournit aussitôt l’eau nécessaire pour se laver la
figure et les mains. Les ablutions terminées, l’Arabe s’essuie avec la queue de l’animal.
A six heures trente-neuf, nous quittons le campement et, coupant en diagonale l’ouâdy el-Baqqàr, nous nous engageons dans une seconde vallée moins importante, appelée ouâdy Temayiem </*+>)■ Quelques sayals avec des touffes de rimf marquent le trajet suivi par les eaux lors des grandes pluies. Nous rattrapons un grand chemin entre deux rangées de collines qui ne tardent pas à s’écarter et l’ouâdy se change en une petite plaine de deux à trois kilomètres de large, recouverte de cailloux noirs. Nous sommes bien dans le Ilarrah, quoiqu’il n’apparaisse pas encore dans toute sa désolation et sous un aspect aussi imposant qu’aux abords d’el-'Ela ou de Médâin-Sâleh.
Pendant plusieurs heures, nous cheminons à travers une succession de petits espaces, plats, remplis de pierres noires et sillonnés par un ou plusieurs lits de torrent. Les collines qui enserrent ces différentes parties d’une même plaine un peu accidentée deviennent rapidement de vraies chaînes de montagnes dont les roches suroxydées prennent, sur les flancs, un ton rouge ou gris de fer, tandis que les sommets, absolument unis, sont recouverts d’une couche noirâtre. Les petites pierres qui jonchent le sol sont en majeure partie du basalte, mais les montagnes sont toujours formées de roches de grès.
A sept heures quarante-neuf, la petite plaine de l’ouâdy Temayiem redevenue très étranglée est suivie d’une trouée, à droite et à gauche, communiquant avec de nouvelles plaines, tout à fait dans le genre de la précédente, mais plus larges que celle-ci, couvertes en outre de plusieurs sommets et traversées par des ouâdys qui viennent se fondre avec l’ouàdy Temayiem ou vont rejoindre l’ouâdy el-Baqqâr. Toute cette région nous est désignée sous le nom de Temayiemât (o^l et les sommets qui la dominent, vers le sud-ouest, sont appelés RAs Temayiem
A sept heures cinquante-trois minutes, nous laissons sur la gauche un sentier qui se détache du grand chemin et va vers le sud-sud-est. Vingt minutes plus loin, les sommets qui ferment l'horizon, à l’est, portent le nom de gebel Medruh Perdu cinq minutes.
A huit heures quarante-huit minutes, la route franchit un petit col et débouche après quelques centaines de mètres dans une plaine très réduite et irrégulière barrée au sud-ouest par une ligne ininterrompue de hautes collines dont le sommet aplati est noir comme du charbon. Le sol est toujours couvert de pierres de la même couleur. A droite, à l’entrée de la