LE PRISONNIER
Lorsque les Arabes, dépouillés de leurs troupeaux, ne sont pas assez forts pour repousser leurs assaillants, ils prennent tous les moyens pour s’assurer de quelques prisonniers delà tribu ennemie. Ceux-ci sont ligotés et conduits sous la tente. En général, ils ne sont pas maltraités; ils reçoivent, pour leur nourriture, du pain et de l’eau en quantité suffisante, mais ils demeurent enchaînés jusqu’à ce que leur tribu rende le bétail volé. Notre interlocuteur, Qoftan, fut ainsi retenu prisonnier, rabît, deux mois durant à Daba', chez les Beni-Saher. Le soir, ses liens étaient resserrés pour qu’il ne lui fût pas possible de prendre la fuite, pendant la nuit. Fanâtel des Beni-Saher passa de longs mois enchaîné sous la tente des 'Atâwneh à Tebouk. Sa captivité se serait certainement prolongée longtemps encore sans la compassion d’une bédouine qui le délivra de ses fers et favorisa sa fuite. Nous l’aidâmes à regagner son foyer.
immédiatement un groupe d'arabes perdus dans la plaine. Et il n’est pas inouï que des bédouins de la même tribu se combattent comme des ennemis. En général, des arabes qui se rencontrent ainsi au désert, commencent à se faire des signes, au moyen desquels ils peuvent deviner leur origine. Il est nécessaire d’échanger le salut : se soustraire à cet usage, ce serait s'exposer à être traité en ennemi.
(1) Cf. Dozy, v.
COUTUMES DE LA TRIBU ARABE DES FUQARÀ
Lorsque le râbît appartient au clan qui a volé le bétail, il insiste auprès des siens qui ne tardent pas à restituer.
Parfois ce n’est pas sa parenté qui détient les chameaux volés; bien plus, elle est impuissante à imposer la restitution. Alors., pour recouvrer son prisonnier, la famille emploie tour à tour la ruse et la force, essayant de le délivrer par surprise ou à main armée. Si elle ne réussit pas, elle tend des embûches à celui qui relient l’infortuné, attaque sa tente, vole son bétail et l'oblige finalement à mettre en liberté son captif.
Il arrive parlois que la famille du prisonnier n'a aucun souci de son infortune et l’abandonne complètement à son malheureux sort. Pour la rappeler à son devoir, le maître de la tente sous laquelle est attaché le rabît coupe à ce dernier une tresse de cheveux et l’envoie à sa parenté en disant: « Voici les cheveux de votre enfant! Renvoyez le bétail ». Souvent cette démonstration sutlit. Devant le danger où se trouve un parent d’être misa mort, on comprend la nécessité de restituer le troupeau volé.
Si, après ce premier avertissement, le maître de la tente ne voit pas arriver ses chameaux ou ses moutons, il coupe l’extrémité de l’oreille de son prisonnier et l’envoie à sa famille en disant : « Voyez, c’est la chair de votre enfant! » La menace de mort est manifeste; elle contraint les détenteurs à la restitution.
Dans le cas d’un refus absolu de la part de l’ennemi de rendre ce qui a été volé, le prisonnier peut être mis à mort. Les Arabes regardent celte solution comme légitime. Elle est rarement usitée. Dans la plupart des cas, on se contente de couper les cheveux au rabît. Après quoi, on le laisse en liberté.
Les lemmes ne sont pas faites prisonnières. Ou bien si elles sont emmenées dans une razzia, elles ne sont point enchaînées sous la tente ni gardées de force. On fait exception pour les esclaves, mamlûkàl (C car elles sont considérées comme du bétail et peuvent être utilisées.
Si un chameau est perdu en dehors de la razzia, le premier bédouin qui fail connaiti e au propriétaire I endroit où il se trouve, a droit à recevoir un cadeau : c’est le droit de nouvelle , haqq al-mubàsarah (1).
(1) Coutumes . , p. 194.