‹ Mission archéologique en Arabie (volume 2)Chapitre 144 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA VIE INDIVIDUELLE

§ 1. Qualités physiques et morales.

Le faqîr aime la beauté aulanl que le nomade du nord. Il a le port majestueux, la démarche solennelle; il se drape avec aisance dans son 'aba de laine. Avec soin, il arrange ses tresses de cheveux et sa barbe courte. Pour accroître la beauté du visage, il se met du kohel sur les yeux et veille à la blancheur de ses dents (1), blancheur comparée à celle de la grêle ou de la plante quhwân. Notre guide Mohammed a été décoré par l’administration du chemin de fer du Iledjaz ; il est fier de porler sa médaille sur sa poitrine et de la montrer aux gens de sa tribu et surtout aux étrangers.

Le faqîr est jaloux de son honneur, saraf (2); il tient à le conserver intact, surtout auprès des étrangers. Un jour que nous n’avions pu nous entendre avec un chef pour organiser une expédition, nous fîmes observer à notre interlocuteur que les arabes de sa tribu étaient avides et orgueilleux. « Non, répondit-il simplement; car tous nos Arabes savent que vous êtes chrétiens; de plus, il sont au courant de ce qui s’est passé à el- 'Ela; de la façon dont le moudir vous a chassés ; ils ont entendu les imprécations

(1) Les Fuqarâ se plaignent de souffrir du mal de dents. « Nos dents se gâtent, disaient-ils, car nous mangeons beaucoup de dattes douces ».

(2) C’est bien souvent pour accroître son honneur, qu’il fait une bonne action : husna (v. Coutumes... p. 17, ss.) comme nourrir les pauvres, donner un vêtement, délivrer un prisonnier, etc. Lorsque Mutlaq eut entre les mains les dix napoléons qu’il nous avait demandés pour son plaisir , il affecta de les distribuer aux Arabes, devant nous.

Pour les Fuqarâ, les grands saints, les grands Seiifs, sont les descendants de Hasan et de Ilusein.

COUTUMES DE LA TRIBU ARABE DES FUQAR.Â

prononcées contre vous par le cheikh Farhân qui vous déteste ; ils ont vu qu’à leima Eben Rasîd vous a expulsés, ils savent que tout le monde est contre vous . et cependant, parce que vous êtes nos hôtes et que nous vous avons donné notre parole, nous avons décidé de vous aidera terminer votre travail et de vous procurer la satisfaction de partir contents ». Ces paroles étaient sincères ; elles ne furent pas démenties.

Le faqîr estime, avant tout, la valeur guerrière et la générosité. Au désert, le bédouin doit être en état de défendre son campement, sa tente, sa iamille, tous les jours et à chaque instant; car une razzia peut apparaître d’un moment à l’autre. De même, tous les soirs, la tente doit être ouverte aux voyageurs et aux hôtes : c’est la tradition du désert.

L’hospitalité est sacrée; jamais, nous affirme-t-on, elle n’a été violée chez les Fuqarâ ; elle est l'ornement du campement et la gloire de la tente (1).

Certains défauts grossiers sont sévèrement jugés chez les Fuqarâ, on nous en signale quelques-uns :

Hassan grossier. Cotte épithète est donnée à celui qui dans une

assemblée, à table, prend un morceau de viande trop gros, qu’il ne peut avaler. L étiquette bédouine condamne celte gloutonnerie. On rapporte que dans un repas, un arabe prit un morceau attaché à un fil. Le fil s accrocha à une dent et empêcha le morceau de descendre dans le gosier. L arabe suffoqué craignit pour son honneur. Il se fendit la houche, diton, pour permettre à ses commensaux de constater la présence du fil qui retenait la viande ; il ne ne méritait donc pas d’être appelé hassan.

Natùl escroc. Celui qui vole sous la tente est méprisé. Car, si la

razzia au grand soleil est permise, il est honteux de s’approprier, par ruse ou adresse, un objet déposé sous une tente. Le natùl des Fuqarâ répond au hàyef des arabes du nord.

Sarûd fuyard. Il est déshonoré celui qui fuit le jour de la

bataille : autant le courage est exalté, autant la lâcheté est blâmée.

Qabbân ad-çlayf 0Uü), celui qui chasse les hôtes.

Akkâl al-amânah (aôLôM JW), celui qui gaspille un dépôt.

Hli ma fakk hawiyah (ao^L X à U^Jl), celui qui n’a pas délivré son frère. Deux bédouins marchent ensemble sur le même chemin, ils sont frères ; ils se doivent une mutuelle assistance (2). S'il arrive une rencontre

(1) Chez les Beni-Marrah l’hospitalité comporte un usage qui n'existe pas chez les Fuqarâ. Apres le repas, le maître de la tente invite son hôte à prendre le repos de la nuit avec sa femme ou sa fille. Si le fait n’est pas exact, il est du moins présenté comme tel par le narrateur.

(2) Celte solidarité existe entre les membres de la même tribu, entre les arabes qui ont mangé ensemble, entre les amis, entre les béni- Amin.

LA VIE INDIVIDUELLE

fâcheuse, 1 un ne saurait prendre la fuite et laisser son compagnon dans l’embarras, sans encourir un blâme.

A côté de ces defauts plus ou moins graves, le faqîr désapprouve d’autres actions qu il qualifie de hatiyeh péché. Se rend coupable de hatiyeh :

Page 1