Celui qui calomnie son frère
G. Celui qui n’élève pas bien sa famille.
Ces péchés sont châtiés durant la vie ou après la mort. En tout cas, dit notre interlocuteur, celui qui les aura commis, ne sera pas à l’aise au jour d Allah, a.JJ\ c’est ainsi qu’il désigne le jour du jugement (1).
Si le faqîr a ses qualités et ses défauts, la bédouine, sa compagne, n’en saurait être dépourvue.
La faqîreh aime les ornements : colliers, bracelets, pendants d'oreilles. Quelques-unes portent le nezem , anneau au nez (2). Dans l'isolement et la pauvreté où elles vivent, les femmes des Fuqarâ n’ont pas souvent l'occasion de satisfaire leur vanité.
Leur habillement est très simple et ne diffère pas du vêtement des bédouines de Moab. A Teima, la femme porte sur la peau le maqta (çkjL*) rouge ou blanc, sorte de chemise de la longueur du corps. Sur le maqta, elle revêt le tawb de couleur bleu foncé, espèce de grande robe
traînante qui n’est pas relevée à la ceinture comme chez les bédouines. Elle n use pas du maUah LL^), grand manteau ou 'aba porté par les bédouins et les femmes d’el-'Ela. La tête est couverte du gadfah (<*i ai), sorte^de voile ou de grand mouchoir en coton bleu foncé qui garantit le sommet de la tête sans dissimuler les longues tresses de cheveux teints de henneh ou de hemûr (3).
(1) Ces principes ont pour résultat d’inculquer la moralité chez les Bédouins. Ils savent du rosie que l’immoralité est punie, parfois sévèrement. On raconte que chez Eben Rasîd, une tille qui manquait à son devoir et devenait enceinte était conduite, avec sa mère, devant le juge. Ce dernier les condamnait toutes les deux au feu : la tille, pour avoir commis la faute, la mère, pour n’avoir pas surveillé sa fille. On creusait une fosse; on la remplissait de bois et lorsque le feu était allumé, les deux condamnées étaient précipitées dans les flammes. Au dire de plusieurs bédouins, cet usage a aujourd'hui disparu.
(2) En général, dans cette région de l’Arabie, cet anneau est porté chez les tribus qui se rap¬
prochent de l’Égypte. A el-'Ela cet anneau s’appelle sanâf Lt à). 11 est mis au nez de la jeune tille au moment de son mariage. En même temps, on donne à la future les pendants d’oreille, iiurûs et le collier, tôq
(3) Le hemûr est une pierre rouge qui se délaie dans l’eau. On emploie cette couleur seule ou mélangée avec le henneh.
COUTUMES DE LA TBIBU AHABE DES FUQAKÂ
Ainsi étaient habillées les femmes du Cheikh Eben Rummân, à notre arrivée à sa medâfeh.
Chez les Fuqarâ, une fille pour être appréciée appartiendra d’abord à une bonne famille. Son éducation doit être parfaite. Suivant la règle, bédouine, au point de vue physique, on requiert d’elle : un visage aux traits réguliers, un front large et blanc, des yeux d’antilope couronnés par des sourcils noirs, des joues rouges comme la pomme mûre, des seins comme des grenades ou des œufs de pigeon, des dents blanches comme la grêle, des cheveux de la couleur de l’or.
On exige d’une femme mariée la générosité envers les hôtes, la fidélité à son mari, le dévouement à sa famille. On déteste la bédouine vicieuse : la niyûkah celle qui cherche des amants ; la natlànah (a3\LL>), celle
qui dérobe sous la tente. Ces femmes-là sont méprisées de leur vivant et, après leur mort, ensevelies sans honneur.
« Quant aux bavardes, aux négligentes, aux malpropres (1), elles sont supportées chez les Arabes ».
Le nom des défauts apparaît dans les paroles grossières et les imprécations usitées chez les Fuqarâ :
ya kalb , chien: éarclân, fuyard ; mal'ùn , maudit; mal'ûn wàlidayn, maudit de père et de mère; natlàn, voleur; qabbân eil-dayf, qui chasse les hôtes ; mufaggir fornicateur; ab'al-hiyànâl, menteur, trompeur ; niyûkah. , prostituée, etc.
§ 2. Les maladies.
La vie du nomade, en plein air et sous la tente, est très saine, mais elle se développe au milieu de trop grandes privations et a une pauvreté trop lourde pour compagne. Aussi, loin d’être exemple de maladies, n’est-elle souvent qu’un tissu ininterrompu de souffrances. La connaissance du nom de quelques-unes de ces maladies et des efforts des pauvres bédouins, dépourvus des moyens scientifiques, pour les écarter et les combattre, peut contribuer à une plus juste appréciation de la vie bédouine. Dans ce but, nous signalons quelques-unes des épreuves qui affligent les
(I) D'après Qoftan, les femmes doivent se débarrasser de leurs poux avant de recevoir leurs maris. Du reste les poux sont une preuve de bonne santé. Ils sortent de la peau des gens qui sont gras et vigoureux. Les chétifs, les maigres, les faibles ne sauraient avoir des poux !
LA VIL INDIVIDUELLE
Fuqarâ et nous indiquons sommairement les remèdes employés pour les combattre :
Rih fil baten (fifi\ fi maladie d’entrailles. Remède : samgah fik+fi, gomme.
’ U mm gitnûb fi), maladie d’entrailles et du coté. Remède : pointes
de feu.
at-tarf refroidissement suivi de fièvre et de vomissement.
Remède : pointes de feu.
al-farfàr (fis fi\), douleurs aux bras et aux jambes. Remède : on immole une brebis et avec la peau toute chaude et les entrailles fumantes on enveloppe les membres du patient.
az-zard fi fi\) douleur au cou. Remède : pointes de feu autour du cou. al-bagel (jys.'fi, syphilis. Remède : poivre et beurre mélangés ensemble et absorbés par le patient. Le malade ne se nourrit que de dattes et de pain sans levain, pendant une semaine. 11 s’abstient de viande, de leben et de tout commerce avec les femmes.
al-gadry (^ofi\) la petite vérole. Remède : bonne nourriture épicée ; ne pas s’exposer au grand air.
al- aqanqas fi-àJs genre de variole.
al-hobaygeh
al-hasbah (X^sr1') boutons qui couvrent toute la peau; quand ils éclatent, le patient est perdu.
al-qahhah fisfi^) toux violente. Remède : pointe de feu. al-burayqa maladie qui tord le nez et la bouche. Remède : pointes
de feu sur les gencives. Le patient demeure caché sous une étoffe rouge, sous la tente. Pendant quarante jours, on ne lui donne à manger que du pain.
al-aklch fiS^\) maladie du nez. Remède : inhalation de vapeur d’eau dans laquelle on a fait bouillir une plante aromatique. as-saqrah (syLkJt) maladie qui attaque les os et fait entier les jambes. Remède : la diète. On place, sur le membre malade, les cendres du fruit de la coloquinte (fi
al-habbeh fi.^) bouton. Remède : pointe de feu.
al-husr (j^s.fi rétention d’urine. Remède : la [liante resâd fi fi) (cresson?) est mise dans un vase plein de lait, qu’on fait bouillir. Le malade boit celte potion qui le guérit, généralement.
’umm zell (j.1» fi, maladie d’yeux. Remède : pointes de feu autour des yeux.
Pour combattre la constipation, les Fuqarâ se servent de la graine de coloquinte. Ils utilisent aussi la plante al-gazàleh (fi\fiù\). D’après nos
COUTUMES DE LA TRIBU ARABE DES FUQARÂ
arabes, al-gazâleh répond au lialablûb de Syrie ; c est la mercuriale, plante laxative. Ils connaissent aussi la plante sanà (LUo) le séné à feuilles purgatives, ainsi que al-kafnah (prononcé as-Safnah) (iü i5ü\) petite plaide qui produit un fruit rouge (1).
Il est intéressant de constater comment ces pauvres bédouins savent utiliser, quoique sur une échelle bien restreinte, la propriété des plantes du désert dont ils ont appris à connaître la vertu et le nom.
§ 3. Le choléra.
Le choléra est une épidémie fort connue des Fuqarâ. Peu d années s’écoulaient, avant la construction du chemin de fer, sans que le terrible fléau jetât l'épouvante dans les campements. En ce temps, les pèlerins de La Mecque traversaient lentement Médâin-Sâleh ; ils y faisaient môme une station. Comme ces pèlerins étaient rarement indemnes de tout germe épidémique, la maladie éclatait souvent parmi les Arabes. Les Fuqarâ, attirés par le désir de profiter du passage du hagg, se hâtaient de faire leurs transactions, et, aussitôt que la caravane avait disparu, ils regagnaient le désert. Mais souvent, ils emportaient les microbes avec eux. Si quelqu’un d’entre eux tombait, frappé du mal terrible, on lui donnait à boire de l’eau et du lait, et on le laissait mourir tranquillement séparé des autres. Si l’arabe, atteint du fléau, était éloigné du campement, on l’empêchait d’y venir; il mourait dans la brousse.
Aujourd’hui, le hagg passe rapidement en chemin de fer. Les inconvénients sont moindres pour les Fuqarâ; mais ceux-ci redoutent toujours le fléau et pour s’en préserver, observent leurs coutumes anciennes : ils font un sacrifice solennel, un fédû (2). Une victime est amenée devant les tentes et conduite tout autour des habitations. Ensuite, elle est immolée :
« c’est le rachat du mal ». C’est le fédû. Le sang, recueilli dans le Sàg , est jeté sur les chameaux et les colonnes de la tente, comme préservatif contre l'épidémie. Les hommes ne sont pas marqués avec le sang.
A Teima, on ne fait point de sacrifice pour conjurer le mal, et on ne connaît aucun remède pour l’écarter. L’année dernière, le choléra dura un mois et emporia une centaine d’hommes. « C’est Allah qui l’avait envoyé ».
(1) Ce fruit, après avoir été rôti, est broyé et mélangé avec un peu d’alun. On obtient ainsi une poudre qui est employée contre le mal d’yeux.
(2) Sur le fédû, v. Coutumes..., p. 361.
LA VIE INDIVIDUELLE
A el- Lia, on a 1 habitude de taire un fédû pour l’arabe qui est frappé du choléra. Lne victime est amenée auprès du malade autour duquel elle est promenée. Elle est ensuite immolée devant lui : le sang est caché en terre et la viande est distribuée aux pauvres.
§ 4. La nourriture.
Les Fuqarâ étant une tribu nomade se nourrissent du lait, leben, halîb , de leui s troupeaux de chamelles surtout : les brebis et les chèvres sont en petite quantité (1). Le pain est connu. Aujourd’hui, la farine arrive directement de Damas à Medâin-Sâleh par le chemin de fer du Hedjaz. Les Nomades trouvent excellent le pain de froment et dès que leurs ressources le leur permettent ils se procurent cette alimentation de luxe. Toutefois, ils ne sont pas en état d en jouir tous les jours, quoique ce soit plus souvent que dans le passé. Avant la construction du chemin de fer, le blé était apporte a dos de chameau, d el-Wedj, port sur la mer Rouge, ou bien de Ivérak où se réunissent les Arabes pendant l’été pour faire leurs provisions de froment et d’orge. A leima, les Fuqarâ trouvaient également quelques sacs d’orge et de blé. A Khaybar, la culture du blé n’est pas inconnue mais elle n'est guère plus développée qu’à el-'Ela (2). Le pain n’est pas encore la base ordinaire de l’alimentation chez ces nomades : ce sont les dattes. A notre arrivée à leima, le cheikh Eben Rummân n’a eu que des dattes à nous présenter. Les Fuqarâ possèdent une grande palmeraie à Khaybar; elle est entretenue et cultivée par les 'abîd, domestiques (esclaves) noirs. En compensation de leurs peines, les 'abîd gardent pour eux un tiers de la récolte. Les deux autres tiers sont pour le propriétaire (3). Au moment de la récolte, les Fuqarâ dressent leurs tentes auprès de Khaybar. Les dattes fraîches sont empilées et serrées dans des
(1) Les habitants de Teima louent aux Bédouins leurs chameaux pour les travaux d’irrigation. Ils entretiennent quelques troupeaux de chèvres et de brebis au désert, sous la responsabilité d’un berger bédouin.
(2) Cf. JS, Mission, .., II, p. 40.
(3) La situation de ces 'abîd à Khaybar n’est pas trop dure. Ils sont obligés de travailler la terre, car le bédouin, si pauvre soit-il, ne s’abaisse pas à cette occupation. Mais ils reçoivent de leurs maîtres la maisonnette dans laquelle ils logent, ils ont le tiers des dattes; ils peuvent cultiver un jardin pour eux;' cependant les oignons, parait il , sont pour la cuisine du maître. L’orge et le blé qu’ils sèment leur reviennent, mais la paille est réservée aux chameaux du propriétaire. Le tabac cultivé appartient au nomade. Au moment de la récolte, à Khaybar, les pauvres se présentent en grand nombre. Les familles aisées leur abandonnent un ou deux palmiers dans le jardin : c’est pour le sebil, nous dit-on.
COUTUMES DE LA TRIBU ARABE DES FUQARÂ
peaux de chèvre ou dans des nattes bien cousues ensemble ; elles sont ainsi conservées l’année entière. ATeima et à el-'Ela, les Fuqarà percevaient un droit sur la récolte de dattes de ces deux oasis. Ce privilège des Nomades tend à disparaître aujourd’hui (1).
A côté des dattes, le sameh présente une nourriture substantielle. Plante grasse qui croît naturellement, en très grande abondance au désert, elle produit une gousse remplie de petits grains (2). Ces grains sont moulus et la farine obtenue fournit un pain fortifiant. Nous avons parlé ailleurs de la nourriture fournie par les sauterelles bien apprêtées (3). La viande est très rare, chez les Fuqarà. A l’occasion d’une grande fêle seulement, ou dans une circonstance extraordinaire, le bédouin lue un mouton ou un chameau. Le riz accompagne toujours le mouton, mais il est souvent servi seul, avec du beurre (4). Le riz est apporté d’el-Wcdj.
Les produits des jardins conviennent fort bien à ces estomacs habitués aux dures privations du désert. Dans les jardins deTeima, on connaît la figue, et-tin, le raisin, el-'anah . l’orange, el-bartuqân, le citron, elleimûn, le cédrat, el-'utrang, la grenade, er-rummân , la pastèque, el-battîh , la tomate, al-banadôrcih , l’aubergine, el-badingân, la courge, el-gara el-/cihah, les haricots, el-liibiyâ, l’oignon, el-basal , le radis, el-figel. La pomme de terre, el-batàtah, commence à être cultivée.
Le café, le sucre et le thé étaient apportés d’el-Wedj ou de Damas (S) à travers le désert. Maintenant les boutiques de Médâin-Saleh sont pourvues de tous ces articles. Le chemin de fer les transporte presque gratuitement, afin de permettre aux marchands de les livrer, à Médâin-Sâleh, au même prix qu’à Damas. Cette facilité a été établie surtout en faveur des employés de la ligne et du personnel militaire. Les indigènes profilent un peu de cette libéralité.
Les Fuqarà se procurent ces articles de consommation avec l’argent que leur donne la vente de leurs troupeaux de chameaux ou de moutons. Ils savent aussi tirer profit de la laine et du beurre.
(1) Mullaq, le cheikh des Fuqarà, recevait jusqu’à ces derniers temps, un mégidy de chaque famille.
(2) A notre retour de Médâin-Sâleh, nous avons vu loule la plaine, entre Tebouk et Medawwàrah, couverte de sameh.
(3) JS. Mission. . . 11, p. 140 et ci-après.
(4) Les instruments de cuisine sont des plus simples, sous la tente : une marmite qecler b. •Xs)
un plat, sahen ; les vases nécessaires à préparer le café, dalâl (J'bLô). Le plat dans
lequel Mutlaq présente la nourriture aux arabes s'appelle husdn ,à cause de sa capacité.
(5) Un certain Abou Ilalâweh de Damas avait un magasin à Teima.
LA VIE INDIVIDUELLE
Mais les nomades ne sont pas les hommes les plus privilégiés sous le rapport de la nourriture. Souvent le bédouin souffre de la faim dans la steppe déserte. Pressé par la nécessité, il demande à la végétation qui l'entoure un soulagement mesquin pour son appétit inassouvi. Les herbes ou plantes naturelles mangées par les Fuqarâ sont les suivantes (1).
1° 'Amta (t 5k*x), cf. ^k4, (Hafner).
2° Yahaq (j^.), cf. (Freytag).
3° Hammâd (od^.), cf. (Dozy).
4° Hamtnasîs cf. (Dozy, Hafner). Nos Fuqarâ pronon¬
cent et non jp et redoublent le min.
5° Sa dan (O\vx».*o), (Hafner).
6° Hawdân (Hafner).
7° Halwah , , cf. (Freytag).
8 ° Lihiyat et-teis à^J), (Hafner).
9° Karrat (ô^)> (Hafner).
10° Tayta (IkJ»).
11 0 Hwwâ (Hafner).
12° Tartût (ôj^'», (Dozy).
13° 'Awayherreh 14° Hemayyah 15° 'Eter (y*c).
16° Sehîr cf. (Freytag).
17° Felayg (g-Ji).
18° Kemâ (Ui), (Dozy).
19° Hawber {y>^).
20° Semaymah (ÜU-^i>)(2).
21° Rayhânah (doW.^), (Freytag).
22° Bckayriyeh (i^-go).
23° Samgah (iU^-o) (3), (Freytag).
24° Bellah (SjS) (4).
25° Hablah (üio.).
26° Qirrsa anneh {Jj^o JA) (5), (Freytag).
(1) Il ne nous a pas été permis de les identifier sur place faute de temps. Lorsque le nom se trouve dans Freytag et dans Hafner nous l’indiquons. La correspondance des noms relevés clicz les Fuqarâ avec des noms connus de par ailleurs est une garantie pour les noms nouveaux.
(2) Plante petite et verte.
(3) Gomme.
(4) Fruit du taleh.
(5) Plante épineuse.