‹ Mission archéologique en Arabie (volume 2)Chapitre 5 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l’oasis ü’eL-'eLA ET LES RUINES DE IIEREIBE1I.

On vient de lire le récit succinct de nos deux expéditions dans le Hedjaz et tout particulièrement du côté d’el- Ela. Nous voudrions essayer de donner maintenant une idée plus complète des endroits parcourus et une description détaillée des monuments archéologiques qui existent encore dans ces régions. Nous commencerons par parler d’el-'Ela, puisque c’était l’un des points principaux que nous avions en vue et celui que nous avons pu le mieux étudier, quoique pas toujours aussi à fond que nous l’eussions désiré.

El-'Ela, ou plus exactement el-'Ula ( JÜt ou bSiH), si on voulait s’en tenir à l’écriture de préférence à la prononciation, est le nom actuel d’une des rares localités et de la principale oasis situées le long du chemin de fer du Hedjaz. Cette oasis se trouve à 975 kilomètre au sud de Damas et à 328 kil. au nord de Médine. Elle est placée au fond d’une vallée, allant du nord-ouest au sud-est, large en moyenne de quinze cents à deux mille mètres et fermée de chaque côté par de hautes montagnes de grès le plus souvent abruptes. A l’ouest, ces montagnes sont recouvertes d’une couche noire donnant aux sommets qui s’y détachent l’aspect de volcans éteints. C’est le Harrah. La vallée fait partie de ce que les anciens géographes et historiens arabes appelaient ouâdy el-Qura ( epi)!), une des contrées les plus riches et les plus peuplées de l’Arabie du nord, ainsi que l’indique son nom d’ouady el-Qura ou « vallée des villages ». On se gardera néanmoins d’exagérer la fertilité et l’importance de ces anciens villages, bien que quelques-uns aient pu être de petites villes. N’oublions pas que nous sommes toujours au désert, où le moindre point d’eau, ombragé de quelques tamaris et de quelques palmiers, produit l’impression d’un pays de cocagne et où la moindre construction en pierres sèches ou en terre est aussitôt appelée un château (jJaè'j. A un moment donné cependant, l’oasis d’el-'Ela a du avoir une réelle importance. Pour le constater nous avons de nombreuses inscriptions et des débris de monuments non moins précieux que les documents écrits. Quel était alors le nom de la localité? nous aurons à y revenir plus tard; voyons d’abord ce qu’il en reste.

Nous avons à passer successivement en revue, à propos d’el-'Ela, trois choses : les ruines de Hereibeh, le village proprement dit avec ses jardins et la vallée au sud du village, que nous avons étudiée sur un parcours de cinq kilomètres. Nous commencerons par cette dernière et nous irons en remontant du sud au nord. Pour la description qui va suivre, on voudra bien se reporter au schéma topographique qui est donné à la planche VIII.

§ 1. — La vallée au sud d’el-’Ela.

Le village actuel d’el-'Ela et la principale oasis se trouvent à un des endroits les plus resserrés de la vallée. Aussi, quand il s’est agi de construire la gare du chemin de fer, comme à cette époque on voulait faire une gare très importante (1), on a etc oblig'é d’aller chercher un emplacement plus bas. On s’est transporté alors à trois kilomètres au sud de la localité, en un point où la montagne s’enfonçant beaucoup à l’est, il devenait facile de développer des constructions de chaque côté de la voie ferrée. Le choix de cet emplacement n’était pas indiqué seulement par la nature du terrain, mais aussi par le voisinage d’une seconde oasis de création récente (2).

Il y a à peine une vingtaine d’années, un des principaux du village, d accord avec le cheikh des Leida qui le prit sous sa protection, vint planter ici quelques palmiers auprès d’une source dont les eaux étaient complètement négligées. La plantation prospéra et se développa peu à peu. Bientôt d’autres gens d’el-'Ela s’adjoignirent au premier; le cheikh des Leida fit défricher pour son compte un immense terrain et une petite oasis ne tarda pas à surgir comme par enchantement. On a bâti quelques maisons au milieu des jardins; d’autres encore plus nombreuses viennent

(1) PriniUi veinent on voulait faire à el-'EIa un dépôt de machines avec un atelier comme à

Maàn, mais ensuite on a changé d'avis et l’on s’est contenté de construire à cet endroit une maisonnette à double étage, pour le chef de gare et les principaux employés, un château d’eau et un qaluah. C est Médàin-Sâleh qui est devenu la grande gare; mais une fois les constructions de Médâin-Sâleh achevées, les officiers et les principaux employés campés à el-'EIa ne voulaient plus abandonner cette dernière localité où ils pouvaient trouver encore, disaient-ils, quelques ressources pour leur subsistance tandis qu’il n’y avait absolument rien à Médàin-Sâleh en plein désert. ’ ■’ 1

(2) Plusieurs personnes, même musulmanes, dignes de foi, nous ont certifié que les gens d’el- 'Ela avaient protesté aussi contre l’établissement de la gare à côté de leur village Det qu’ils avaient rédigé à ce propos un masbata ou une sorte de pétition. Sachant que les constructions amèneraient nécessairement des étrangers, ils ne voulaient pas, disaient-ils, que leur localité fut souillée par la présence des infidèles, en conséquence ils priaient qui de droit, de vouloir bien veiller à ce que la station fût éloignée du village autant que possible. Rarement les ingénieurs des chemins de fer se voient adresser de semblables pétitions par les habitants des localités que traversent les lignes en construction!

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d’être construites non loin de la station, de sorte qu’il commence à y avoir là un petit village. La sécurité relative, apportée dans le pays par la création du chemin de fer, et la présence à la gare d’un certain nombre d’employés et de soldats ne peuvent manquer de contribuer encore au développement de la nouvelle fondation. C’est là qu’est installé le bureau du télégraphe; tout à côté, des marchands de Damas ont ouvert un café et un petit bazar qui sont le grand lieu de rendez-vous.

Ce nouvel ensemble de maisons et de jardins porte le nom d'el-Mensyeh (LJUsJ!). Les plantations ne se font pas encore suite partout; on les a réparties un peu au petit bonheur suivant la distribution des eaux. À une centaine de mètres de la gare, à l'ouest, un petit filet d’eau amené naguère par un canal souterrain sert à arroser quelques lopins de terre ensemencés tous les printemps avec de l’orge ou du blé en attendant que les palmiers qu’on y a plantés aient grandi. Les principaux jardins se trouvent quelques minutes plus bas (pl. IX, 1 et 2). Ils sont réellement beaux et promettent beaucoup si rien ne vient arrêter l’essor des jeunes palmiers dont quelques-uns commencent à porter des fruits. Une source abondante coule au milieu de ces plantations auxquelles fait suite un grand espace inculte qu’on entoure déjà de murs pour le défricher prochainement. Ces murs sont généralement en terre. En quelques endroits, surtout à côté des portes et des maisons, on a mélangé aux briques séchées au soleil d’anciennes pierres d’appareil apportées de Hereibeh ou d’ailleurs. Nous avons relevé sur trois de ces pierres, voisines les unes des autres, non loin de la voie ferrée et près du kilomètre 981, trois inscriptions : une nabatéenne (n° 380), une minéenne (n° 7) et une lihyanite (n° 324). Ces textes étaient auprès d’une maison en construction appartenant à un certain Ibrahim Rizeq.

Au delà des terrains incultes dont nous venons de parler, les plantations et les champs d’orge reprennent sur une quinzaine d’hectares. Le jardin principal appartient à Farhan, cheikh des Leida. Au dire de 1 esclave nègre qui surveille ces cultures, il y a à 1 intérieur du jardin une ou deux inscriptions, mais il refuse obstinément de nous les montrer et même de nous laisser entrer, car son maître, dit-il, lui couperait la tête.

L’eau qui sort de terre à l’ouest de ces derniers jardins est réputée la meilleure de toute l’oasis. Cette réputation est justifiée. Lors de notre dernier voyage, nous sommes venus chercher à cette source notre provision d’eau et celle-ci n’a jamais produit sur notre estomac le même effet désastreux que celle du puits de la gare ou des sources voisines.

L’oasis actuelle d’el-Mensyeh date seulement, avons-nous dit, de quelques

années ; mais il y a cependant à cet endroit des traces incontestables d’une occupalion antérieure, probablement fort ancienne. A priori, il paraîtrait difficile de croire que les Arabes eussent apporté du hirbet Hereibeh, à six ou sept kilomètres au nord, tous les matériaux anciens entrés dans la construction de plusieurs maisons récentes. Dans les jardins du sud, il y en a en particulier quelques-unes, assez grandes et toutes en pierres remployées, qu’on eût vraisemblablement faites plus petites, ou construites en partie avec des briques sèches, s’il eût fallu apporter les pierres d’aussi loin que Hereibeh. Nous avons eu la solution du problème en visitant un de ces qaser situé un peu en dehors des jardins et abandonné parce que, parait-il, ses habitants seraient tous morts du choléra, il y a deux ou trois ans. Cette maison, dont les quatre murs sont en pierres de petites dimensions, se trouve placée sur les ruines d’un édifice beaucoup plus considérable, où l’on a puisé à même, pour élever la nouvelle construction, et qui a dû être exploité aussi comme carrière pour d’autres bâtisses analogues à celle-ci. A cinq ou six cents mètres plus loin nous avons trouvé d’autres ruines qui prouvent que jadis il y a eu à ce point de la vallée, sinon un village proprement dit, du moins de fortes tours de garde destinées à protéger les plantations contre la rapacité des bédouins.

L’existence de ces plantations est encore attestée par le fait que toutes les sources actuelles (1) ne sont autre chose que des débouchés d’anciens canaux qu’on a simplement nettoyés. Pour faciliter l’arrosage, on a amené autrefois, au moyen de canaux souterrains, l’eau de sources situées plus haut dans la vallée. La pente des canaux était ménagée de manière à être moins rapide que celle de la vallée. De cette façon, au bout de quelques kilomètres, le canal reparaissait à fleur de terre et l’eau coulait à même à la surface. On n’avait plus qu’à la diriger au pied des arbres ou à la distribuer à travers les champs ensemencés sans se donner la peine de la puiser.

A quelques centaines de mètres au nord-ouest d’el-Mensyeh et plus loin dans la môme direction, le sol est jonché de buttes nombreuses dans lesquelles il est facile de reconnaître des restes de maisons bâties avec de la terre. Partout des poteries nombreuses et grossières apparaissent à la surface. Parmi ces tessons, nous remarquons beaucoup de fragments de petits vases en os ou en ivoire, quelques-uns en pierre, pouvant mesurer tout au plus trois centimètres de diamètre à l’intérieur et dont les parois

(1) Voici les noms de ces sources : ’am Mansourah (ïp*a^), ’aïn Yasîreh 'am

el-Hazm[(çjsJ 1), ’uin el-liamîdyeh 'ain el-Berdkah (Ï5^J!).

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ont deux à trois millimètres d’épaisseur. Aucun fragment n’est assez bien conservé pour permettre d établir la hauteur du vase ou de la fiole. Tous sont d’un travail très soigné; l’intérieur et l’extérieur ont été polis avec une grande application. Nous nous demandons si on n’aurait point là des débris de petits récipients destinés à contenir les onguents et les parfums les plus précieux qu’on apportait du fond de l’Arabie et qui étaient si célèbres dans 1 antiquité. En tout cas, un fait nous parait prouvé par les ruines et les débris signalés, si minimes soient-ils : Il y a eu autrefois à cet endroit une installation assez considérable et cette installation, à en juger par la poterie, le seul témoignage qu’on puisse invoquer dans la circonstance, remonte a une très haute antiquité. Nous la croyons au moins contemporaine de celle que nous avons signalée à Médâin-Sâleh (I, p. 302); la plupart des poteries oflrent même un caractère plus archaïque que celles d’el-Heger.

D après ce que nous venons de dire, il a donc existé aux temps anciens, au sud de la gare actuelle d el- Ela, une oasis correspondant à peu près au 3lensyeh de nos jours. Au nord-ouest des jardins, vraisemblablement en dehors, mais tout à coté, se trouvait un village qui n’a jamais eu peut-être 1 importance d el- Ela ni à plus forte raison de Hereibeh, mais qui valait cependant d’être mentionné.

Parcourons maintenant les bords de la vallée à la recherche des inscriptions gravées sur le flanc de la montagne ou sur les blocs qui s’en sont détachés.

Au sud-ouest du Mensyeh, à peu près à la hauteur des dernières cultures, la montagne forme une sorte de promontoire au pied duquel d'énormes rochers éboulés sont couverts de graffites et d’inscriptions arabes; il y a aussi un certain nombre de graffites tamoudéens et quelques rares lettres nabatéennes.

En remontant le long de la vallée, à une cinquantaine de mètres au nord de ce premier groupe, on trouve plusieurs dessins mais très peu d inscriptions. Cinq minutes plus loin, nous copions le graffite nabatéen n° 381.

En face du centre de l’oasis, sur la paroi de la montagne ou sur quelques gros blocs détachés, nous remarquons de nouvelles inscriptions arabes dont quelques-unes en caractères coufiques, mais très effacées. Il y avait aussi dans les environs plusieurs graffites minéens gravés avec beaucoup de soin; malheureusement, par suite de la mauvaise qualité du grès à cet endroit, ils sont aujourd’hui fort détériorés et à peu près illisibles; c’est à peine si nous parvenons à en copier deux, les nos 36 et 37.

MISSION EN ARABIE, — II

A cinq minutes de là, en tirant toujours vers le nord, on lit sur un grand rocher isolé les deux mots dNiSb dis, tracés en hébreu carré; c’est la profession de foi d’un israélite fidèle. Un second graffite hébreu de deux lignes (n° 1, pl. CXXI) se trouve à une cinquantaine de mètres plus au nord, sur la paroi de la montagne.

Nous marchons encore sept minutes et nous passons devant un ensemble de grossières représentations accompagnées de graffites arabes et de quelques noms minéens, lihyanites ou tamoudéens. Parmi ces figures à peine esquissées, on remarque un chameau portant sur son dos quelque chose de monumental (pl. IX, 3) qui rappelle la dollah employée chez les

Fig. 1. — Édifice et parcs gravés au trait sur la paroi de la montagne.

Béni Sa'alân pour transporter les femmes (1) ou bien certains palanquins destinés au môme usage dans les pèlerinages de Jérusalem à Néby Mousa (2).

Un peu plus loin, au milieu d’autres images, toujours dans le même style, deux dessins au trait (fîg. 1) figurent vraisemblablement, l’un un édifice placé dans une enceinte, l’autre une sorte de parc divisé en plusieurs compartiments (3).

A la hauteur de la station, la ligne des montagnes, jusqu’ici assez régulière, forme subitement un crochet vers l’ouest. A l’extrémité sepentrionale de la pointe qui s’avance dans la vallée (4), nous relevons sur d’énormes blocs éboulés ou sur la paroi môme de la montagne quelques graffites lihyanites et autres. Dans un angle, à douze mètres de haut environ, deux

(1) RB., 1903, p. 249 SS.

(2) Abel, Une croisière à la mer Morte, p. 173.

(3) Voir p. 125 des dessins analogues copiés sur la roule de Teima. Cf. aussi vol. I, p. 121.

(4) La montagne qu'on aperçoit un peu dans le lointain, pl. XVI, 1, correspond à l’éperon que présente sur ce point le bord de la vallée.

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parois de roc bien unies, facilement accessibles pour des gens un peu lestes, offraient une surface toute préparée pour recevoir des écritures. Les amateurs de tout genre en ont largement profité ainsi qu’en témoigne la vue partielle donnée dans la planche X, 1. On est frappé de trouver là au milieu des wâsems plusieurs croix très bien dessinées. Celle qu’on voit dans la photographie et qui est reproduite encore ailleurs avec les graffites (pl. CXXIX) est tracée au trait avec de nombreux coups de pointe à l’intérieur des lignes (1); elle mesure environ 0m,40 de haut et autant de large. En face, il y en a une autre plus petite, mais tout à fait dans le même style. Ces croix ne sont peut-être pas de simples wâsems ordinaires, mais bien une attestation de foi au christianisme. En tout cas l’interprétation religieuse ne saurait être douteuse pour un autre petit dessin (fig. 2) dans lequel on n’hésitera guère à reconnaître un bétvle.

Le grand graffite lihyanite n° 138, qui fait mention d’un roi de Dedan, est à deux minutes à l’ouest de l’ensemble de graffites et de dessins dont il vient d’être question. En avançant vers le sud, dans renfoncement que décrit ici la montagne, on découvre, soit sur la paroi de celle-ci, soit sur des rochers qui ont roulé des sommets environnants, un certain nombre de petils textes lihyanites ou tamoudéens mêlés parfois à de naïves représentations d’hommes et d animaux. Le bord de la montagne se prête ensuite assez mal aux inscriptions, car il n’y a plus de belles surfaces de roc invitant le passant à écrire son nom. Au sud de l’ouâdy qui débouche en face du kilomètre 978, nous ne relevons plus que deux ou trois noms sur un monticule de grès isolé dans la plaine. Dans notre visite à ce monticule nous passons auprès d’une tombe récente. C’est la tombe d’un soldat qui s’étant un peu trop écarté de ses compagnons, campés à quelques centaines de mètres à l’est, a reçu une balle de bédouin et est tombé raide mort; on l’a enterré là même où il avait succombé.

Revenons maintenant en arrière pour explorer l’autre côté de la vallée, le bord oriental.

Fig. 2. — Bétyle tracé au irait sur la paroi de la montagne.

(1) Ces coups de pointe ne semblent pas postérieurs ; ils ont dû être faits dans le but de mieux détacher le dessin et non point par des fanatiques qui auraient xoulu profaner la croix. Ce doit être un simple wâsem, mais peut-être le wâsem d une tribu qui aurait jadis professé le christianisme. Les tribus chrétiennes de Mâdabà ont pour wâsem commun une croix à côté de laquelle elles ajoutent une ou plusieurs barres pour distinguer les clans.

La grosse colline que contourne la voie ferrée au sud du kilomètre 980 mérite d’être visitée, car elle est de tout autre nature que les montagnes environnantes. Tandis que celles-ci sont formées exclusivement de grès jaunâtres ou roses, la colline en question est en granit et parait avoir surgi de terre à la suite d'un soulèvement intérieur. Au sommet, et même un peu partout à la surface, on a du granit rose de mauvaise qualité qui se désagrège facilement; la couche inférieure est plus consistante et de couleur noire ou grisâtre. Nous n avons récolté dans les environs aucun graffite.

Le petit monticule, au bord de la voie, entre les kilomètres 979 et

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Fig. 3. — Spécimen d’inscriptions couüques.

980, est de même formation que la colline précédente. Il en est de même de la colline qui se dresse en face, à l’est, et au sommet de laquelle les officiers ont établi leur résidence. Une faible éminence s’allongeant dans la vallée, du nord au sud, à quatre cents mètres environ à l'ouest de la voie, est formée uniquement par des sables. Il y a au sommet quelques troncs de tamaris ébranchés. Naguère ces arbres devaient être plus nombreux, mais ils auront été coupés et brûlés par les soldats qui avaient dressé tout d’abord leurs tentes sur cette saillie de terrain.

Les premières inscriptions relevées sur le bord oriental de la vallée se trouvent à peu près en face du kilomètre 979, sur de gros blocs éboulés. Il y a plusieurs inscriptions coufiques bien dessinées mais dont la teneur est sans importance. Nous en copions quelques-unes comme spécimen (%. 3).

Nous lisons la première, a : <3*-! ^ ^ JJb « En Allah

se confie Yaqîib fils de Ishaq el-fiaggy (le pèlerin) ». La seconde, h, parait devoir être lue : wJb (3^“' (j-: « Abu 'A Ig

el-Hasan fils de Ishaq se confie en Allah ». A côté, un certain Mahmoud fils de... atteste qu’il n’y a de Dieu que Dieu. C’est la formule à peu près inévitable qui accompagne les signatures de ces pieux pèlerins. Leurs

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inscriptions ne nous fournissent d’ordinaire aucun autre renseignement.

Une minute plus loin, sur la paroi de la montagne, un troupeau de chameaux défile sur deux lignes, poussé par un homme monté; à gauche se trouve une inscription arabe ainsi conçue : (jJÎ -AscJ

... JJ! ^! J aJj ^ JJ! "b!! J' 'il aj! « Ahmed ibn

Hasan : J’atteste qu’il n’y a de Dieu que Dieu, qu’il n’a point de f Ils et ]’ atteste qxæ Mohammed est le prophète d’Allah... ».

En dessous est tracé le dessin ci-contre (fîg. 4), un peu compliqué et trop grand pour être un simple wàsem. Il mesure 0m,30 sur chaque côté; on dirait une sorte de scarabée pouvant être regardé soit horizontalement soit verticalement. Il est bien douteux cependant qu’on ait voulu représenter cet insecte. Mieux vaut y voir un dessin fantaisiste quelconque ou toute autre représentation dont le sens nous échappe. On notera la disposition en forme de svastika des traits qui constitueraient les pattes de l’animal dans l’hypothèse d’une représentation animale.

En continuant quelques minutes dans la direction du nord nous commençons à trouver des graffites lihyanites. Le plus important (n° 177) est gravé sur la face est d’un gros rocher, au bord de la vallée. Il y en a aussi plusieurs autres sur la face ouest du même bloc et en particulier un de cinq lignes, mais tellement détérioré qu’il est impossible de rien en tirer.

Quatre cenls mètres plus loin, la montagne décrit un petit coude à gauche et forme un enfoncement en avant duquel se trouve une source appelée el-Fardh (sî^t).

Au pied même de la montagne, à quatre mètres de profondeur, il y a une nappe d’eau stagnante qui paraît sortir d’un ancien canal creusé dans le roc, sous la montagne, et destiné sans doute à dégager la source. D’ici, dans la direction d’el-Mensyeh, les gens d’el- Ela ont creusé dans le sable, tous les quinze ou vingt mètres, une série de puits afin de nettoyer, parait-il, un ancien canal qui conduisait les eaux d’cl- Farâh vers le sud, là où l’on a établi la nouvelle oasis.

Auprès de la source poussent quelques palmiers nains attestant qu’il y a eu là autrefois un jardin ; à moins que ce ne soient les restes d’un essai infructueux de plantation récente.

A une centaine de mètres, à l’ouest, un énorme rocher isolé porte quelques inscriptions arabes, mais rien d’ancien. Au pied, est installé

Fig. 4. — Dessin au trait accompagnant une iuscription arabe.

un cimetière de date récente où reposent de nombreux soldats, morts à el- Ela pendant la construction du chemin de fer.

Immédiatement au nord du kilomètre 978, au bord de la voie, de gros blocs éboulés sont couverts de dessins et d’inscriptions. Il y a quelques graffites minéens et lihyanites, quatre ou cinq lignes d'hébreu carré et surtout des inscriptions nabatéennes. Tandis que partout ailleurs, dans la vallée, les graffites nabatéens sont excessivement rares, ici ils abondent. On serait porté à croire, à cause de cela, que ce point marque l’endroit où s’arrêtaient d’ordinaire les caravanes nabatéennes.

Tout près des rochers à inscriptions, la ligne du chemin de fer a éventré un mur assez ordinaire, en terre, qui y , — venait s’appuyer contre la montagne et était destiné à fer- ' lOJ 1 mer Passase entre celle-ci et les jardins, et à protéger ainsi l'oasis contre une invasion venant du sud. La partie nord-est des jardins était défendue par un mur semblable dont on voit les débris un peu au sud du kilomètre 975. A côté de ce kilomètre, quelques blocs énormes, à moitié débités pour en faire des pierres d’appareil, portaient de nombreuses inscriptions minéennes et lihyanites. Nous copions celles qui subsistent encore (min. nos 53-62; lih. nos 136-139).

A cinq minutes environ au sud de ces blocs, au-dessus d’un autre grand rocher isolé, nous remarquons certaines représentations humaines fort curieuses dont nous donnons un spécimen dans la figure 5. On y voit un homme ou plutôt une femme, vraisemblablement nue, les bras levés,

Fia

portant sur ses mains quelque chose qu’on prendrait de prime abord pour un petit personnage accroupi. La partie supérieure surtout, dans laquelle on croit pouvoir reconnaître une tête, favoriserait cette interprétation. Les grandes anses, de chaque côté, seraient formées par les bras appuyés sur les jambes.

D ici au mur signalé un peu au nord du kilomètre 978 , le bord de la montagne n’olfre rien qui soit digne d’être noté. L’enfoncement à l est de la voie est couvert de sable et n’a jamais été cultivé, car le terrain est trop surélevé pour pouvoir être arrosé facilement. Sur la lisière des

cultures (pl. X, 2) sont plantés de nombreux tamaris qui poussent sans qu’il soit nécessaire d’en prendre soin. Le voisinage de l’eau suffit à les entretenir. Leur épaisse ramure arrête un peu les sables charriés par le vent et leur bois est très précieux pour la construction des maisons.

Entre la station du chemin de fer et la véritable oasis d’el- Ela s’étend, comme une plaine, le fond de la vallée inculte et sablonneux. Il y pousse

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à peine quelques touffes d’herbes autour desquelles les sables viennent s’accumuler, formant une suite ininterrompue de petites buttes, semblables à d’énormes taupinières, couvertes d’un maigre bouquet de verdure. Mais c’est tout l’ensemble du tableau qui est admirable quand du monticule qui avoisine la gare on regarde vers le nord-ouest (pl. XI). Au premier plan, la couleur fauve des sables avec de petites taches d’un vert somhre; puis, en arrière, tout un tapis de verdure d’où émergent quelques cimes de palmiers particulièrement élancés. De chaque côté, des montagnes roses se dressent à pic sur d’énormes glacis, gigantesques châteaux forts destinés à protéger ce nid de cultures. Au pied des sommets de gauche sont accumulées, en face des jardins, des dunes de sable d’un rouge flamboyant; tandis qu’au-dessus, à un second plan, émergent des cônes tronqués ou de grandes surfaces plates recouvertes d’une couche noirâtre. Le fond du paysage est encore plus curieux. Derrière la verdure, sur la montagne déchiquetée, d’énormes aiguilles de grès dressent leurs pointes vers le ciel. Pour les gens d’el- Ela, ce sont les géants de Tamoud, infidèles à la voix du prophète Sâleh et changés en rochers en punition de leurs crimes. Allah les laisse ainsi debout à la face de son peuple pour rendre témoignage à la vérité. La chaîne du Harrali qui s’infléchit légèrement vers le nord-est et sert d’écran au tableau atteste mieux encore le passage de la malédiction divine. Il faut être aveugle pour ne pas voir des traces du feu du ciel dans ces sommets calcinés!

§ 2. — L’oasis et le village d’el-1 Ela.

L’oasis d’el- 'Ela peut mesurer trois kilomètres de long sur une largeur moyenne de cinq à six cents mètres. Comme toutes les oasis en plein désert, elle devait être jadis protégée tout autour par un mur en terre ou en briques séchées au soleil qui lui formait un rempart contre la rapacité des bédouins. Quelques constructions appuyées cà et là le long de ce mur en facilitaient la défense en même temps qu’elles servaient de tours de garde. C’est vers l’angle sud-ouest de l’oasis que la vieille enceinte est le mieux conservée (pl. XII, 1). Elle existe encore à peu près sur toute la longueur à l’ouest et en très? grande partie aussi à l’est. Mais au sud-est et au nord surtout, on a développé les plantations et les cultures en dehors des anciennes limites et, grâce à une sécurité relative qui tend à grandir chaque jour, on n’a pas senti le besoin d entourer d une lorte clôture l’ensemble des nouveaux jardins.

Dans la planche X, 3, on remarquera, à droite, l’extrémité du mur qui reliait naguère 1 oasis à la montagne, et qui fermait complètement la vallee de ce côté. On voit qu’actuellement il vient se perdre au milieu de nouvelles plantations restées sans défense. Les deux maisonnettes n’appartiennent pas aux gens d’el-'Ela; elles ont été construites par des ingénieurs du chemin de fer qui en avaient fait leur demeure passagère.

La planche XIII nous montre l’extrémité nord de l’oasis vue de Ilereibeh. A gauche, au pied de la montagne et ail bord de la voie ferrée, sont les rochers à inscriptions situés aux abords du kilomètre 975 (p. 38). A peu près à la même hauteur, à droite, on distingue à travers les sables blancs un mur qui va de l’oasis au pied de la montagne. Il fut construit il y a une vingtaine d’années par les gens d’el-'Ela, lors de leur révolte contre Eben-Rasid, afin de se mettre à l’abri des incursions venant du nord. Il se poursuivait sur tout le front septentrional des jardins et venait rejoindre la montagne à l’est, un peu au sud du kilom. 975, où nous signalions tout à l’heure ses débris (p. 38). De nos jours les cultures s’étendent bien plus au nord quoique les terrains nouvellement défrichés soient encore mal plantés.

Dans 1 oasis d el-’Ela on cultive principalement le palmier qui est la grande ressource du pays. On distingue ici deux principales espèces de dattes, les dattes douces, helweh et les dattes suaves, barnyeh (D ,î Les premières méritent bien leur nom. Elles sont excessivement sucrées ce qui les fait fort apprécier des Arabes. Sous l’influence de la chaleur elles deviennent très molles et forment presque une sorte de confiture. Les autres sont un peu plus petites et plus consistantes. Leur goût aussi est excellent quoiqu’elles contiennent beaucoup moins de sucre que les précédentes. On conserve les unes et les autres dans des peaux de chèvre qu on bourre à les faire éclater. 11 est facile de distinguer au simple contact une outre remplie de dattes helweh d’une outre remplie de barnyeh. Le doigt s enfonce dans les premières comme dans du beurre. Les autres espèces de dattes connues à el-’Ela sont : el-baydah (LaJl) el-nasbeh

frt e,'binÛah <*** ejybeh (LU),! é/— 1

A côté des dattiers, on cultive aussi des citronniers dont les fruits sont gros et très juteux. On remarque encore quelques figuiers et quelques pechers. Aux extrémités de l’oasis, là où les arbres sont plus rares ou encore petits, on sème un peu de céréales, du blé et de l’orge.

Au Mensyeh, nous avons vu plusieurs hectares ainsi ensemencés Cette année la récolte est assez bonne et ne le céderait guère à celle des pla-

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teaux de Moab. On moissonne vers le milieu du mois d’avril. Comme les gens se nourrissent ordinairement de dattes, ils sont très friands de pain et même de simples épis grillés. Aussi, au lieu de nous crier « bakchich », comme partout ailleurs, les enfants que nous rencontrons dans les champs nous demandent tous des « kibrit » (allumettes) afin d’allumer un feu et de faire griller des épis d’orge et de blé qu’ils mangent ensuite avec délices.

A l’ombre des palmiers on fait encore un peu de jardinage. On cultive les légumes communs à tout l’orient, tomates, aubergines, poivrons, petits oignons surtout. Il parait qu’à la saison on sème beaucoup de pastèques et quelques melons.

Une des principales sources d’el-'Ela est 'Aïn Tadel (Jjoj qui sourd près du village au nord-est. U y en a encore plusieurs autres sur différents points de l’oasis. Comme au Mensyeh, on amène l’eau par d’anciens canaux dont deux au moins ont leur point de départ au nord de Ilereibeh dans l’ouâdy. Elle est ensuite distribuée à travers les jardins dans des rigoles. Pour faciliter l’arrosage, beaucoup de plantations sont en contrebas et nombre de chemins ressemblent à de véritables chaussées. Ailleurs, au contraire, c’est le chemin qui est creusé dans la terre, et alors quelques troncs de palmiers creux jetés en travers du sentier conduisent l’eau d’un bord à l’autre (pl. XII, 2).

U existe aussi dans l’oasis de nombreux puits. L’un de ceux que nous visitons, à peu près en face du village non loin de la voie ferrée, mesure une douzaine de mètres de profondeur; il peut avoir trois à quatre mètres de diamètre et est construit en pierres de petit appareil, analogues à celles qu’on trouve dans les ruines de Ilereibeh. La méthode employée pour puiser l’eau est simple mais assez ingénieuse (pl. XIV, 1). On construit au bord du puits deux piles maçonnées avec de la pierre et de la boue et réunies dans le haut par une forte poutre. Deux autres poutres, fixées dans la maçonnerie à mi-hauteur, servent de support à un plancher de trois à quatre mètres carrés de surface avançant sur le puits. Au-dessus de ce plancher, juste au hord, il y a une pièce de bois fortement reliée dans le haut à la poutre centrale par quatre solives et soutenue aux extrémités par deux grosses branches appuyées contre les piles. Entre les solives sont placées deux roues en bois jouant le rôle de poulies. Deux outres attachées par les extrémités et ouvertes au milieu sont suspendues à ces poulies. La corde glisse sur un morceau de bois rond et mobile placé à l’extrémité du plancher. Quand l’outre est arrivée à la hauteur de celui-ci, on continue à tirer sur la corde et l’outre se vide

d’elle-même sut’ la petite plate-forme faite de branches de palmier et de terre battue. L’eau se ramasse alors dans une rigole qui la distribue à travers le jardin. Pour actionner le mécanisme on se sert de l’attelage commun à tout l’orient, du bœuf et de l’âne. On attache à leur cou l’extrémité de la corde à laquelle pendent les outres et les pauvres bêtes vont et viennent sur une distance égale à la profondeur du puits (pl. XIV, 2).

Le village d’el-'Fda (pl. XV, 1) est situé en dehors de l’oasis mais à la lisière des jardins, à peu près à une égale distance des deux extrémités, tout près de la montagne, sur la rive droite de l’ouâdy. Cet emplacement n’est point un effet du hasard; il était indiqué par la nature même des lieux. Au premier coup d’œil on aura remarqué l’énorme rocher qui émerge au milieu des maisons et dont le point culminant offre une petite plate-forme. Un endroit aussi favorable pour un lieu de refuge ne pouvait être négligé. Le rocher a servi de base à un château fort, sans doute un de ces nombreux châteaux de l’ouâdy el-Qura dont quelques-uns ont joué un rôle important â travers l’histoire des Arabes. Dans la suite, peut-être même dès la première heure, des habitations sont venues se grouper à l’ombre de la citadelle, ainsi qu’au moyen âge on voyait les villages surgir autour de la demeure seigneuriale.

Des ruines de ce château, sans doute bien des fois détruit et rebâti, il ne reste que fort peu de chose. Sur le flanc du rocher, quelques pans de mur qui ne paraissent pas remonter à une très haute antiquité; au sommet, les débris d’une enceinte refaite au siècle dernier en pierres sèches et d’une très humble apparence, c’est tout ce que nous relevons (pl. XIV, 3 et pl. XV, 2).

La petite colline rocheuse encadrée de maisons se développe du nordouest au sud-est sur une longueur approximative de 75 mètres. La partie septentrionale est beaucoup moins élevée que l’extrémité sud et moins apte aussi à recevoir une construction. Les deux points sont séparés par une petite dépression formant comme un fossé naturel. La citadelle était campée tout entière sur le point le plus méridional, haut d’une trentaine de mètres et à peu près à pic de tout côté. C’est peut-être ce qui lui a valu son nom de Umm-Naser J, mère de l’aigle) (1).

(1) Selon Euting (Muller, Epùjr. Denkm., pl. X) le nom de celle citadelle serait Umm Nasir. Nous avons toujours écrit Umm-Naser. — D'après le dire des habitants d’el-'Ela, il y aurait un puits au sommet de cette colline. C'est probablement une simple citerne destinée à fournir la provision d’eau en cas de siège. 11 est difficile en effet de supposer qu’on ait creusé toute la colline pour atteindre la nappe d’eau ou pour se créer un chemin souterrain jusqu’à la source voisine comme dans les anciennes forteresses du pajs de Cana'an, à Jérusalem, à Amman, à Gézer ou à Gabaou, par exemple; cf, 11. Vincent, Jérusalem, I, p. 14G ss.

L’OASIS D’EL-'ELA ET LES RUINES DE IIEREIREH

Les maisons d’el-'Ela sont bâties en pierres apportées du hirbet llereibeh et maçonnées avec de la boue; il y en a aussi en briques séchées au soleil. Elles n’ont généralement dans le bas d’autre ouverture que la porte d’entrée, afin de pouvoir se mettre plus facilement à l’abri d’un coup de main surtout pendant la nuit. Le plus grand nombre possèdent un étage et ont alors de petites fenêtres dans le haut. Beaucoup de ces chambres supérieures sont bâties en travers de la rue et reposent sur des troncs de palmiers utilisés en guise de poutres. Sur un côté du i’ez-de-chaussée, à l’intérieur, un escalier, souvent en pierres de taille prises à d’anciens édifices, conduit à la chambre haute ou sur la terrasse. Nous sommes persuadés que si on pouvait pénétrer dans les maisons, on trouverait sur les marches de ces escaliers nombre d’inscriptions inédites et peut-être même quelques fragments de sculptures intéressantes. Nous le concluons de ce que nous avons constaté dans les quelques rares habitations dont nous avons pu franchir le seuil.

Toutes les constructions sont couvertes par des terrasses, formées avec des troncs de palmiers ou de tamaris supportant des branchages sur lesquels on étend une forte couche de terre qu’on bat ensuite à coups redoublés. Dans les terrasses faites avec soin, au lieu des branchages on n’utilise que les tiges des palmes nettoyées de leurs feuilles et disposées les unes à côté des autres comme des roseaux, ce qui donne un plafond très régulier à l’intérieur de la demeure et beaucoup plus solide. Vu du rocher de la citadelle, cet ensemble de terrasses produit un curieux effet (pl. XVI, 1). Ces petits carrés avec un léger rebord rappellent les semis et les jardinets aux abords des sources de Palestine.

Le haut de quelques maisons un peu plus cossues, ou bien de certains murs dominant les jardins, est omé d’une balustrade un peu primitive mais qui flatte assez la vue au milieu de ce décor de végétation luxuriante (pl. XVI, 2). Cette balustrade est faite avec des briques sèches appuyées deux à deux et formant une suite de triangles. Le plus souvent, il y a deux rangées de triangles, superposés et séparés par une ligne de briques posées à plat. Au sommet de la balustrade, il y a également une rangée de briques à plat et par-dessus de petites excroissances en terre modelées à la main une à une.

Du côté du désert, c’est-à-dire à l’ouest, le village est protégé par une enceinte continue (pl. XVII, 1) formée par les maisons extérieures que relie entre elles un mur de la même hauteur que les habitations. De ce mode de fortification qui consiste à utiliser les édifices déjà existants proviennent les grandes irrégularités que l’on constate dans le tracé du

rempart. Au sud, il y a une véritable porte à laquelle vient aboutir la rue principale (pl. XVII, 2); il devait en exister une seconde en face du poste des soldats, à l’ouest, mais celle-ci est ruinée. Plusieurs poternes offrent aussi une issue aux ruelles transversales.

Sans doute, on avait moins à craindre une attaque de l’ennemi du côté des jardins déjà protégés eux-mêmes par un mur; aussi dans cette région le système de défense est-il un peu plus négligé.

Les rues d’el- Ela (pl. XVIII) sont naturellement étroites, tortueuses et sales. On y rencontre surtout une quantité incroyable de mouches, attirées par les détritus des dattes qu’on jette n’importe où. Nulle part en Orient nous n avons rencontré ces insectes en une telle abondance. Pendant que nous déjeunions chez le moudir, un de ses fils, armé d’un éventail en feuilles de palmier, était sans cesse occupé à chasser les mouches des plats.

Le village est divisé en deux quartiers principaux à peu près d’égale importance : le quartier de Seqeiq et celui de ïlilf (^jJ& et a, U s als^!); on dit egalement ~\i ou . *. — ild. 'Jj ou Le quar¬

tier de Seqeiq, dans lequel est située la colline de Umm-Naser, est sous le gouvernement du cheikh 'Ali abu’l-Gayt (c^l yj Jb). Le quartier de Hilf dépend du cheikh Ahmed ben Mousa qui est le

chef du clan (a^iuo) appelé Fanacl (A;i). Ce clan comprendrait une dizaine de familles Il est difficile d’évaluer la population totale d’el- Ela;

peut-être ne serait-on pas très loin de la vérité en l estimant à douze cenls personnes environ.

Huber s est montré peu flatteur pour el-'Ela et ses habitants. « El-'Alâ « est décidément une des plus sales localités rencontrées dans mes « courses en Orient, excepté que les rues ne sont pas pleines d’ordures « comme celles de Teîmâ.

« Les habitants sont sûrement un mélange de nègres et de juifs. La « majorité de la population, quoique nègre, est blanche. Quoique avec « un teint clair plus prononcé, c’est le faciès nègre qui prédomine chez « la femme; chez l’homme, c’est le type juif qui frappe (1). »

Sur place, nous avons lait à peu près les mêmes remarques que notre compatriote. Les gens d’el-'Ela n’ont sûrement rien de commun avec les bédouins qui les entourent et ils doivent appartenir à une tout autre race.

A les en croire, il y aurait cependant quelquefois des mélanges de sang. Ils nous affirment en effet, qu’ils prennent des femmes chez les bédouins,

(1) Huber, Journal..., p. 405,

L’OASIS D’EL-'ELA ET LES RUINES DE HERE1BEH

mais ne leur donnent point leurs filles, car celles-ci ne veulent pas aller habiter sous la tente. De tels mariages mixtes ne doivent pas être fréquents ; nous pensons même qu’ils sont très rares, s’ils se produisent réellement, étant donné le mépris que les nomades professent pour ces fellahs.

Est-ce une suite de la race ou un résultat de l’asservissement dans lequel ils ont vécu pendant longtemps, on ne saurait le dire, mais en tout cas les Alawys ont généralement une figure qui n’est rien moins qu’intelligente. Regard faux et parfois cruel, visage insensible, orgueil religieux plein de mépris pour ce qui est étranger, telle est la caractéristique du grand nombre. Nous avons eu l’occasion de citer différents traits qui peuvent aider à les dépeindre. En voici encore un pris à l’avenant.

Nous étions à la gare attendant le départ du train ; un certain nombre de curieux nous entouraient. Un jeune marchand de Médine, venu pour acheter des dattes, était occupé à mettre en ordre les outres bourrées qu’on lui apportait du village. Quelques-unes étaient lourdes et difficiles à remuer. Le jeune homme prie un des assistants de lui donner un coup de main : « Qu’ Allah te vienne en aide », répond sentencieusement le Alawy, et il continue à fumer sa cigarette. Personne ne se dérange pour tirer le marchand d’embarras. « Tu vois bien qu’ils sont occupés, lui disons-nous; laisse-les fumer la cigarette, attends qu’ils aient fini. » Il sourit et nos hommes lui prêtent le concours demandé; mais les gens d’el-'Ela restent impassibles.

Lorsque Huber et Euting visitaient el-'Ela, l’oasis était sous la dépendance du gouvernement de Hâil détenu à ce moment par Mohammed eben-Rasid. Celui-ci avait dans le village, à poste fixe, un intendant chargé de maintenir son autorité et de percevoir les impôts. En

retour de cet impôt, Mohammed accordait aux habitants aide et protection contre les tribus voisines qui auparavant leur faisaient subir toutes sortes d’avanies (1).

Il y a quinze à vingt ans, les habitants d’el-'Ela, mécontents du représentant d’Eben-Rasid, 'Ali, qui, parait-il, les opprimait outre mesure, résolurent de se défaire de lui. Leur chef principal, Sa'id ibn 'Abd édita im, invita 'Ali à une partie de plaisir dans son jardin. L’intendant s’y rendit ne soupçonnant aucun piège; mais pendant le repas, Sa'id lui envoya une balle à bout portant et son esclave nègre, Raïm, l’acheva d un coup de sabre.

(1) Cf. Huber, Journal..., p. 406.

Le cheikh partit aussitôt pour Médine afin d implorer le secours du gouvernement ottoman et de mettre l’oasis sous sa protection. Le pacha de Médine 1 accueillit favorablement et profita des circonstances pour occuper le village au nom du sultan de Constantinople. Depuis lors il y a à el-'Ela un moudir avec sept ou huit soldats et un sous-officier ou dabet.

On pouvait craindre tout d’abord des représailles du côté de Haïl, et cheikh Sa id s appliqua à fortifier 1 oasis. C’est lui qui fit construire à ce moment les murs enterre signalés plus haut (p. 38 et 40), qui fermaient la vallée au nord et au sud des jardins. Mais la puissance des Ehen-Rasid

venait de subir un rude coup, par suite de la mort de Mohammed. Son vaste empire désertique craquait de toutes parts et l’on dut renoncer à reprendre possession d’el- 'Ela.

Le gouvernement de Stamboul, plus fort que celui de Hâil, prêta aux gens d’el-'Ela un concours efficace. Ils purent sortir plus facilement de leur village et cheikh Sa’id commença à planter la petite oasis du Mens yeh. En retour de ces bienfaits, les habitants payent au sultan la dime de toutes leurs récoltes. Il est à présumer qu’avec le chemin de fer la sécurité augmentera encore et les cultures prendront plus de développement. U parait qu’il est déjà question de remplacer le moudir par un qaïmaqam pour lequel on bâtirait un sérail tout à côté de la gare (1).

En dehors des inscriptions, à peu près toutes à l’état fragmentaire, estampées le long des rues sur les murs des maisons, nous n’avons trouvé à el- Ela même que de rares fragments archéologiques qui doivent tous provenir des ruines de Hereibeh. Les gens, n’étant pas à même de transporter de grosses pierres, ont dû briser sur place les pièces les plus importantes et les débiter en moellons.

Nous avons photographié dans une rue un dessin plat, légèrement en relief et tout à fait grossier, qui semble représenter une panthère (fig. 6). Le procédé de travail est assez curieux, nous le retrouverons plus loin en visitant Hereibeh; malheureusement, la pièce en question est en fort

(1) Nous ignorons si le sérail a été construit depuis notre passage, mais on nous apprend que l’an dernier, en 1911, on a établi lin qaïmaqam à el-'Ela.

Fig. 6. — Ec-'Ela. Grossier relief représentant une bêle fauve.

L’OASIS D’EL-'ELA ET LES RUINES DE HEREIBEH

mauvais état. Nous en avons entrevu une seconde, tout à fait identique et très bien conservée, à l’intérieur d’une maison, auprès de la citadelle, sur une marche d’escalier; il a été impossible de la dessiner ou de la photographier, par suite des exigences du propriétaire.

Une représentation qui reparaît assez souvent, c’est celle du serpent. La figure 7 en donne quelques spécimens. Les dessins dans le genre des nos 1 et 3 sont les plus fréquents; leur relief n’est guère plus accusé que celui d’une inscription minéenne ordinaire. Nul doute qu’il ne faille

Fig. — El-'El.v. Serpents et autre symbole graves sur d’anciennes pierres d’appareil.

voir dans ces représentations ophiques répétées un symbole religieux. On se rappelle les serpents qui accostent une tête dans les frontons de plusieurs tombes à Médâin-Sàleh (1); sur la route de Teima nous avons trouvé aussi un serpent dessiné au milieu d’inscriptions tamoudéennes (pl. CXLIX). Ce culte du serpent parait attesté encore par le nom propre de 313111173, « le bon serpent », rencontré plusieurs fois dans les inscriptions minéennes et lihyanites.

L’objet indéterminé reproduit dans la même figure 7, n° 2, est incomplet, la pierre étant cassée. Peut-être quelques-uns y verront-ils un symbole de la foudre ou de l’eau.

D’autres 'symboles religieux, parmi lesquels figure encore le serpent, se trouvent groupés sur une pierre qui semble avoir porté une inscription minéenne monumentale (pl. XVII, 3). Le bloc est encastré dans un mur à côté de la mosquée du village. Au début , on lit facilement les deux lettres 03; il doit falloir restituer D3N, suivant la formule D3N o"7 ou dti D3R « Wadd est un père » qui figure sur nombre d’amulettes provenant de l’Arabie du sud et que nous avons retrouvée aussi ailleurs, à

(1) Cf. vol. I, p. 398 ss..; voir aussi plus loin, p. 88 et pl. XLIV.

el- Ela (min. n° 25). Après le □ il y a une barre de séparation, puis vient un groupe de quatre signes qui ne sont plus des lettres mais des symboles religieux. Le premier signe, fourchu dans le haut, ressemble à un n sabéen, avec cette légère différence cependant que, dans un n ordinaire, étant donné la hauteur du signe, les deux branches du sommet seraient un peu plus développées. On retrouve ce signe , mais avec la

fourche bien plus accentuée,

dans maintes inscriptions ou monuments de l’Arabie du Sud.

M. Weber (1) y a vu l’image simplifiée des dragons jumeaux qui figurent sur un grand nombre de kudurru babyloniens et assyriens. Peut-être pourrait-on y reconnaître tout b aussi bien, et même mieux, le symbole du dieu Hadad, la fourche généralement plantée sur le dos d’un taureau, ou sur un autel et représentée aussi isolément, dans les mêmes kudurru (2).

Le second signe n’est autre chose que le monogramme de innj;; il est facile d’y retrouver, combinées ensemble, les quaire lettres de ce mot. Vient ensuite un serpent, dont le dessin est un peu raide, mais qui est très reconnaissable cependant, surtout à la tête. Nous n’avons point trouvé le dernier signe dans les reproductions de symboles minéens que nous avons sous la main. Il paraît difficile de l’identifier avec celui qui accompagne les trois autres dans une inscription de Glaser (3). On pourrait songer à le rapprocher d'un signe, à la vérité un peu différent, mais d’une forme assez analogue, dans lequel M. de

(1) Otto Weber, Gotlersymbole auf südarab. Denkmülern (Extrait du Uilprecht anniversary volume), p. 7 s. Voir surtout la fig. 5, p. 0, où l'on retrouve trois des symboles que nous avons ici. Ils ont une forme un peu différente et ne sont pas dans le même ordre.

(2) Cf. Uinke, A new boundary slone..., vol. IV de i’Expédition en Babylonie de l’Univers, de Pennsylvanie, tig. 8, n° 10, p. 20; lig. 12, n» 15, p. 30; fig. 14, n» 10, p. 34; lig. 47, n° 16 p. 120 etc.

(3) Otto Weber, op. laud., p. 6, tig. 5. — Voir aussi la fig. 6 el la lig. 9.

L’OASIS D’EL-'ELA ET LES RUINES DE HEREIBEH

Morgan a proposé de voir une charrue et qui figure lui aussi sur un kudurru (1).

Ces quatre symboles sont suivis d’une barre de séparation et l’on pourrait croire que l’inscription continuait. La lettie dont il ne reste plus qu un fragment ne peut être qu un -j dune forme insolite, quoique non inconnue, coupé au milieu par une seule barre transversale au lieu de deux (2).

Il faut très probablement voir une petite table d’offrande dans une pierre (fig. 8) voisine de deux fragments d'inscriptions (min. n° 9 et lih. n 39) et encastrée comme elles dans le mur d’une maison, sur la rue. Les petites dimensions de la face extérieure de la pierre et sa position dans le mur feraient croire assez volontiers qu’on a là le dessus d’un petit autel votif ou d’une stèle; peut-être est-ce

aussi, simplement, une dalle un peu épaisse placée Fig. a- el-'ela. symbole peint de charnu sur ^es p°rtes des maisons

r' modernes.

A signaler encore un fragment de sculpture bâti dans un mur, près du poste des soldats, à gauche en sortant du village. Il représente une procession d’autruches (pl. XIX, 1) défilant les unes derrière les autres dans un bandeau dont l’encadrement du haut et du bas rappelle le dessin des balustrades modernes dont il a été question plus haut (p. 43, pl. XVI, 2).

Nous avons vu chez les officiers, auprès de la gare, un tronçon de colonne sur lequel étaient sculptés tout autour, en un léger relief, une série de bouquetins marchant à la tile; le dessin devait se répéter de distance en distance sur la hauteur de la colonne. On trouvera dans les planches (pl. XIX, 2) une photographie de l’estampage de ce fragment, pris plus tard à Damas (3).

Bien que cela n appartienne plus à 1 archéologie proprement dite, notons en passant un symbole qui figure sur la plupart des portes des maisons modernes (fig. 9). Il est généralement peint en noir, quelquefois en rouge. On pourrait y reconnaître l’image d’une balance. Peut-être est-ce une allusion au Coran 55, 7, 8, 9, qui recommande de ne point fausser la balance.

(1) Délégation en Perse, vol. I, p. 175, fig. 381, n. 18.

(2) A cause de cette forme insolite du f et par suite des remarques faites par Weber ( op .

laud., p. 8, 9) sur le ■q pris quelquefois comme symbole, il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'on eût ici le début d'un autre groupe de signes symboliques.

(3) Quelques-uns de ces fragments et d'autres, de moindre importance, ont été esquissés par Euting et figurent dans Müller (Epigr. Denkmâl., pl. XII),

MISSION EN ARABIE. — II. 4

§ 3. — Hereibeh et ses monuments.

Nous arrivons au point le plus intéressant de toute la région, Hereibeh. Ce nom désigne non seulement les débris de constructions amoncelés le long de la voie ferrée, en face du kilomètre 973, mais encore toute la paroi de la montagne qui s’élève au sud-est de ces ruines et où 1 on rencontre les antiquités les mieux conservées (pl. XX). Nous commencerons par jeter un coup d’œil rapide sur cet ensemble et par en faire le tour en venant du sud ; nous nous arrêterons ensuite sur les objets et les monuments qui méritent une étude ou une attention spéciale.

Au nord du kilomètre 975 où nous nous sommes arrêtés dans notre description de la vallée, les jardins se poursuivent encore sur quelques centaines de mètres, mais les plantations sont beaucoup moins denses, ainsi qu’on peut s’en rendre compte en jetant un coup d’œil sur la planche XIII. A droite, s’ouvre un grand enfoncement, large de quatre cents mètres environ, qui n’est autre chose que l'estuaire de l’ouâdy el- Megder petit ouâdy sans importance et très accidenté par où, nous

dit-on, on peut pénétrer à l’intérieur de la montagne.

Devant soi, au nord-est, se dresse l’extrémité méridionale du petit massif de Hereibeh (pl. XIX, 3). Au pied de la montagne, les premiers rochers ont disparu sous un amas de pierraille où il est facile de reconnaître les déchets de pierres taillées. Au sommet de ces tas de décombres, un peu en retrait, se trouve toute une ligne d’anciennes carrières. Le rocher a été taillé sur une hauteur d’une vingtaine de mètres et l’on a dù extraire de ce point beaucoup de matériaux de construction. Au-dessus de la paroi taillée, la montagne se dresse à pic, haute de soixante-quinze à cent mètres, et se termine en une foule de mamelons, tous aussi nus les uns que les autres. Vers le centre, en avant d’un gros mamelon, sur une étroite esplanade et au bord de l’abime, on aperçoit les ruines d’un petit château accroché au flanc de la montagne comme un nid d’aigle (1).

Nous nous dirigeons vers l’embouchure de l’ouâdy el-Megder. Quelques énormes rochers détachés des sommets de Hereibeh encombrent les abords de la vallée et la pente septentrionale qui nous est désignée sous le nom de talaal el-Hammdcli (^l^t Les premiers blocs que nous visitons présentent un nombre relativement considérable de graffites minéens et lihyanites. Au-dessus de l’un d’eux est creusée une tombe, simple fosse, large de 0m,60 sur 2m,15 de longueur et 0m,65 de profondeur (pl. XXI, 1).

(1) Visible dans la photographie, pl. XIX, 3, vers le centre, sous le gros mamelon,

L’OASIS D’EL-'ELA ET LES RUINES DE HERE1BEH. 5i

Tout autour du trou est ménagée une feuillure dans laquelle s’engageaient les dalles destinées à fermer la tombe. C’est sur la face nord de ce bloc qu’est gravée l’inscription lihyanite n° 64 qui fait mention de Ba'al Samin.

En avançant vers l’est, on trouve encore un énorme rocher avec beaucoup d’inscriptions, mais ensuite les graffites se font beaucoup plus rares; il n’en existe pas non plus sur la paroi de la montagne, immédiatement au nord des rochers de tala'at el-Hammâdi, mais ils reparaissent au nord-ouest, à l’entrée des carrières. D’abord très clairsemés, ils deviennent ensuite nombreux au delà du château, à l’extrémité ouest des carrières.

Quelques inscriptions sont gravées à quinze et vingt mètres de haut ; il est absolument impossible de les atteindre; nous les déchiffrons de notre mieux à l’aide d’une jumelle. Vraisemblablement ces inscriptions furent tracées au moment où on travaillait aux carrières, à une époque où le bas de la montagne n’avait pas été dressé en une paroi verticale. Du reste un de ces textes (min. n° 31) semble faire allusion au travail de cette carrière. Parmi les graffites il doit y avoir aussi nombre de signatures d’ouvriers.

Une remarque importante à faire, c’est que la plupart, presque tous les textes gravés à cet endroit sont minéens, tandis que partout ailleurs sur les parois de Hereibeh, les inscriptions et graffites sont presque exclusivement lihvanites. Il paraîtrait donc assez juste d’attribuer aux Minéens les carrières situées sur ce point, d’autant plus que nous trouverons d’autres carrières plus loin sur la paroi qui fait face aux ruines de Hereibeh.

Quant au château campé au sommet de la montagne, nous n’avons pu le visiter et il nous parait tout à fait inaccessible. Peut-êlre y aboulissait-on autrefois par un chemin détourné, ignoré actuellement des Arabes. Nos guides parlent d’un escalier, situé dans le haut, et aujourd’hui détruit en très grande partie. L’existence de cet escalier ruiné nous a été certifiée aussi par des ouvriers du chemin de fer qui avaient voulu tenter l’escalade de ce repaire.

Autant qu’on peut en juger du bas, les constructions sont restreintes et d’un petit appareil ; elles rappellent en tout point celles du hirbet Hereibeh. Le château devait sa grande force à sa situation, bien plus qu’à l’épaisseur de ses murs. On serait curieux de savoir quel est celui qui a eu l’idée de se choisir un lieu de retraite en pareil endroit. Peut-être le saura-t-on le jour où on pourra atteindre ces pans de murs. Il est à présumer en effet qu’on y trouvera quelque inscription, étant donné la multitude de textes découverts dans le bas. En attendant, il est bon de rappeler qu’une inscription minéenne, gravée dans le voisinage, à quinze mètres de haut (n° 31), fait mention de « Waqah’il Nâbit roi de Ma'in »,

A quelques .pas, à l'ouest du groupe de graffites et d’inscriptions minéennes mentionnées ci-dessus, la montagne tourne vers le nord et c’est ici que commence la nécropole de llereibeh, qui se localise à peu près tout entière sur la face sud-ouest du massif (pl. XX et XXII). Les tombes ne se poursuivent pas tout le long de la paroi, mais sont généralement groupées sur différents points.

Le premier groupe (pl. XXI, 2) comprend 21 fours isolés, s’enfonçant dans la muraille de roc; quelques-uns s’ouvrent presque auras du sol; le plus grand nombre sont à une hauteur d’un mètre cinquante à trois mètres. On trouvera plus loin (p. 68 ss.) la description détaillée de ce genre de sépultures. Trois d’entre elles sont accompagnées d'un graffite minéen nous donnant le nom du propriétaire ou de celui qui fut déposé dans ce trou. Au-dessus d’une quatrième, un petit texte de deux lignes a été complètement martelé.

La tombe voisine de cette dernière est surtout digne de remarque. Elle porte une inscription minéenne de cinq lignes, très bien conservée (n° 32), flanquée de deux êtres fantastiques sculptés en haut relief, qui semblent veiller sur le mort et sur l’écriture qui en perpétue le souvenir (pl. XXIll, 1). La seconde tombe, au sud de la précédente, est gardée elle aussi par deux êtres semblables mais moins bien dessinés; elle n’a point d’inscription. Avec nos quatre morceaux d’échelle, nous formons une échelle double au sommet de laquelle nous attachons l’appareil photographique; et, du haut de cet échafaudage improvisé, que nos hommes retiennent au bord cl’un précipice (pl. XX11I, 2), nous prenons quelques vues détaillées des curieuses sculptures sur lesquelles nous aurons à revenir (p. 71 ss.).

A une minute au nord de ce groupe de tombes que nous appellerons le groupe A, on découvre à une hauteur de quinze à vingt mètres quelques graffites minéens. L’un d’entre eux (n° 193) est accompagné d'un petit relief difficile à identifier (pl. CXXYIII). Lesdeux branches latérales pourraient à la rigueur représenter un poisson, bien qu’on s’attendit à voir cet animal beaucoup mieux dessiné, étant donné que le tout a été tracé avec un certain soin. Quant au triangle du haut, d’aucuns songeront peut-être à le comparer aux triangles copiés par Renan dans les grottes de la Casmie, auprès de Tyr (1).

Le flanc de la montagne ne présente ensuite rien de bien remarquable jusqu’au second groupe de tombes, B (pl. XXII). Nous notons simple-

(1) Renan, Mission de Phénicie, p. 649 ss.

L’OASIS D’EL-'ELA ET LES RUINES DE HEREIBEH

ment eà et là quelques rares graffites lihyanites fort négligés. En avant de la grande paroi, il y a aussi des traces et des débris de plusieurs vieilles sépultures; des fosses isolées, creusées à la surface du sol; des fours coupés au milieu par un éboulement ou rongés par le temps; une chambre sépulcrale de trois mètres de côté environ, sans plafond, avec deux loculi au sud et deux autres à l'est (pi. XX, n° 4).

Puis, les tombes reparaissent nombreuses et se poursuivent presque sans interruption pendant une centaine de mètres et plus. Elles sont généralement en fort mauvais état (pl. XXIV, 1 et 2). Du reste leur extérieur n’a jamais rien eu de remarquable; il n’v en a pas une seule dont la façade ait été lant soit peu ornementée dans le genre des monuments funéraires de Médàin-Sâleh. Nous retrouvons là les trois types de tombes déjà signalés; de simples fours s’enfonçant dans la paroi de la montagne; en avant, des fosses à ciel ouvert dont quelques-unes sont très grandes et à deux étages; des chambres enfin, plus nombreuses ici qu’ailleurs, avec une large porte sur le devant, quelques loculi sur les parois intérieures ou des fosses dans le sol. Un certain nombre de ces salles ont été éventrées ainsi qu’on peut s’en rendre compte en jetant un simple coup d’œil sur la photographie (pl. XXIV). L’une d’elles a servi de retraite pendant quelque temps à une compagnie de carriers italiens qui y ont laissé dans le fond une inscription en belles majuscules débutant par un M, à l’inverse des □Sur d’autiœfois (pl. XX, n° 14).

Dans cette partie, la plus importante de la nécropole de IJereibeli, les inscriptions funéraires sont rares et assez insignifiantes. Elles appartiennent toutes à l’alphabet lihyanite. Le plus souvent, c’est un simple nom propre écrit à côté de l'ouverture de la tombe. Quelquefois on a été un peu moins parcimonieux en fait d’écriture, mais il n’y a pas à cet endroit de texte important.

Parmi les dernières tombes en allant au nord, il est intéressant de noter sur la paroi, à un étage supérieur, quatre marques de fours qui n’ont jamais été creusés (pl. XXIII, 3). Chaque encadrement est accompagné d’un nom propre grossièrement gravé à côté, et indiquant sans nul doute le nom de celui qui a acquis le droit de creuser là son tombeau. Ce simple nom est l’équivalent du petit texte gravé tout près à l’entrée d’une tombe : rrr nnDïn | ina | ruix Abnah a pris cette paroi (lih. n° 66; cf. n° 65).

Au delà de la nécropole B ou des tombes les plus septentrionales, la montagne présente une suite de petits retraits et de belles parois lisses très propres à recevoir des inscriptions (pl. XXIV, 3 et pl. XXV); aussi, on

ne s est point fait faute d’y en graver. Malheureusement, dans ces derniers temps, on a ouvert sur plusieurs points des carrières qui ont dû faire disparaître un certain nombre de textes anciens. On trouve un peu partout des graffites isolés, mais ils abondent au point I (pl. XXV) où ils sont enchevêtrés les uns dans les autres (pl. XX, n° 24).

A quelques pas de là, au nord, il y a tout un ensemble d’inscriptions lihyanites gravées les unes à côté des autres (nos 72-77). Les ouvriers qui travaillaient au chemin de fer ont essayé d'en enlever deux pour les vendre à quelque musée d’Europe ou d’Amérique, mais ils l’ont fait si maladroitement qu ils en ont détérioré deux autres et qu’ils ont laissé en place deux lignes et demie d’un des textes qu’ils emportaient.

On ne distingue aux abords de ces inscriptions aucune trace de tombeau ni d’autre monument quelconque.

Dans le petit enfoncement qui vient après, à une vingtaine de pas au nord, il y a encore une grande inscription lihyanite de dix lignes (n° 71), en grosses lettres fort négligées. Du reste le graveur, non seulement n a pas pris la précaution de redresser la paroi sur laquelle il écrivait, mais encore il a tracé son texte au petit bonheur au bord d une cassure. Ici non plus, il n’y a ni tombe ni débris de construction.

Toute la dernière partie nord-ouest de la grande paroi jusqu’à un petit col par où on peut grimper sur la montagne ne présente plus qu’un ou deux textes insignifiants; mais il y a à cet endroit des traces évidentes d une ancienne carrière. On a dû exploiter cette carrière quand on a construit la ville située en face. Ici, nous retrouvons encore au sommet de la montagne, des ruines inabordables qui rappellent celles du château signalé au sud. Chaque extrémité du massif avait donc sa citadelle, aussi imprenables l’une que l’autre.

Les deux dernières croupes de la montagne (pl. XXVI, 1), immédiatement à lest du hirbet Hereibeh, n’ont point la majesté du gros saillant dont nous venons de faire le tour; néanmoins il vaut la peine de les explorer.

Au pied de la première, à trois mètres du sol environ, nous relevons une inscription lihyanite de quatre lignes, en gros caractères (n° 78). Aucune trace de tombe. N’aurait-on pas gravé le texte avant de creuser celle-ci, sans prendre même la précaution d’en marquer l’emplacement comme ci-dessus (p. 53)? Il est impossible de croire en effet que cette inscription ait un rapport quelconque avec une sépulture qui se trouve un peu plus haut dans la montagne (pl. XX, n° 26 et n° 27).

A une vingtaine de pas plus loin, un grand rocher éboulé avec plusieurs

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autres présente sur sa face nord une double inscription lihyanite assez négligée (n03 79 et 80). A l’ouest de ce rocher et à une faible hauteur dans la montagne, s’ouvre une chambre sépulcrale étudiée ailleurs (p. 65 s.) dont l’entrée est un peu endommagée. A droite de la porte, à l’extérieur, il y a une inscription lihyanite de six lignes, bien gravée et bien conservée (n° 81). Voir pl. XX, n03 28 et 29.

Nous traversons un semblant d’ouâdy et aussitôt après nous passons devant un groupe de trois fours dont celui du milieu est surmonté d une petite niche. Il présente aussi, à l'intérieur, une autre particularité comme on peut le voir dans le plan donné plus loin (fig. 20 <2, p. 70). Sur la paroi, à côté, se lisent plusieurs inscriptions coufiques. Non loin de là, deux autres fours voisins l’un de l’autre ouvrent au sud (pl. XX, n°31); l’un d’eux est accompagné d’un petit texte fort négligé (lih. n° 318).

Signalons encore deux sépultures analogues aux deux précédentes, situées à quelques minutes plus au nord et plus haut dans les rochers (pl. XX, n° 32) et nous aurons achevé la visite des parois de la montagne de Hereibeh en indiquant les principaux monuments anciens qu’on y voit encore de nos jours. Cette montagne est limitée au nord par le grand ouâdy Ma tadel (Jja*»), large trouée de près d’un kilomètre à son embouchure, qui ne mérite guère le nom d’ouâdy que parce qu’elle est enfermée à cet endroit entre deux hauts sommets à peu près parallèles.

Nous arrivons maintenant au hirbet IJereibeli proprement dit. Sa situation générale est suffisamment indiquée dans le plan d’ensemble (pl. VIII). Vues d’au pied de la montagne, du sud-est, ces ruines forment un amas confus de pierres de petites dimensions accumulées sur une longueur de trois cents mètres environ et une largeur de deux cents (pl. XXVII). En arrière, la vallée se poursuit plate et sablonneuse, ponctuée d’une infinité de petites taches vertes, formées par des touffes d’herbes rabougries. Au nord-ouest, elle est fermée par un massif gréseux au centre duquel émerge un des premiers sommets noirâtres du Harrah. Au pied du massif, au sud, un grand rocher, à pic de tout côté, nous est désigné sous le nom de Maallak Hammâd ^cL). L’ouâdy s’échappe au nord, à travers un défilé de quelques centaines de mètres de large, que domine de chaque côté une haute paroi à pic. C’est le défilé d’el- Edeib par lequel nous sommes venus à el-'Ela.

Aux abords mêmes du hirbet, au nord et a 1 ouest, la végétation est relativement assez abondante (pl. XXVI, 2). Beaucoup de petits tamaris et d’autres arbustes annoncent le voisinage de l’eau et*prouvent qu il a pu y avoir là autrefois des jardins. Les gens du pays ont dégagé tout récem-

l'ig. 10. Hereibeh. Coupe de la grande cuve.

ment, au milieu des ruines et dans les environs, plusieurs anciens canaux très profonds qui portaient l’eau vers le sud. L’un d’entre eux vient déboucher à quelques centaines de mètres au sud-ouest de l’ancienne localité. C’est à cette source que nous allions chercher l’eau pour faire les estampages (1).

Au premier coup d’œil, les ruines du hirbet Hereibeh paraissent d’une importance secondaire. Les constructions sont tellement bouleversées et les matériaux si ordinaires, qu’on ne serait point étonné de ne pas trouver grand’chose en ce lieu. On pourrait croire tout simplement aux débris

d un village arabe. Les quelques restes de murs qu on voit çà et là sont en pierres de petit appareil, maçonnées avec de la boue; les assises mesurent de 0,n,10 à 0m,15 de haut. Il n’y a pas un monument qui, par son importance ou par la nature des matériaux, attire d’une façon particulière l’attention du voyageur.

Cependant on finit par découvrir vers le centre des ruines une immense cuve ronde creusée dans un énorme bloc de grès (pl. XXVIII, 1). Elle mesure 3 ,/0 diamètre et 2m,15 de profondeur; l’épaisseur de la paroi est de 0m,28. L’extérieur, dressé partout avec soin, est couvert de wâsems et de graffites arabes. A l’intérieur, en évidant le bloc, on a ménagé pour descendre au fond du bassin un petit escalier de quatre marches attenant à la paroi (fig. 10). La hauteur des marches varie entre 0m,50 et °“,55; leur retrait est de 0m,25 et la largeur de l’escalier de 0m,45. L’ensemble du monument présente l’aspect d’un très grand baptistère, de dimensions inconnues jusqu’à ce jour. Personne néanmoins ne songera à voir la un monument chrétien qui serait tout à fait déplacé en pareil lieu.

La légende locale ne pouvait négliger un objet tel que ce grand réservoir creusé dans un seul bloc et capable à première vue de frapper l’imagination. Aussi, pour les gens d'el-'Ela et pour tout brave pèlerin musulman qui passe en ces lieux, ledit réservoir est tout simplement 1 ecuelle qui servait à traire la chamelle du prophète Sâleh, Halâwiyet en-neby S ale h (2) ( JU b,bk)! On le comparera avec plus de vraisemblance aux bassins placés dans les cours des anciens temples et qui contenaient

(1) ü'est probablement ce que Iluber dans son itinéraire d'el-'Ela à Médâin-Sâleh appelle Râs

el- Ain [Journal..., p. 406). ' '

(2) Pour la légende relative à cette fameuse chamelle, voir vol. I, p. 105, n. 4.

L'OASÏS D’EL-'ELA et les ruines de hereibëii.

la provision d’eau pour les lavages et les purifications. Sa vue fait naître tout de suite dans l’esprit le souvenir de la fameuse mer d’airain du temple de Jérusalem (I Reg. 7, 23); elle rappelle également le vase d’Amathonte, les grandes amphores représentées dans les bas-reliefs assyriens, en avant des édifices sacrés. On ne peut songer en effet à un simple réservoir d’eau pour les besoins ordinaires d’une maison, car dans ce cas on eût bâti une citerne et l’on ne se fût point donné la peine de creuser un pareil bloc.

Si on admet les rapprochements que nous venons de faire et qui nous paraissent plus que vraisemblables, l’hypothèse d’un sanctuaire à cet endroit s’impose par le fait même. Nous avions suggéré cette hypothèse à la suite de notre rapide visite à IJereibeh en 1909 (1). Un examen plus approfondi des lieux n’a fait que nous confirmer dans la première idée. Il suffira au lecteur de jeter un coup d’œil sur le schéma ci-joint (fîg. 11) pour se convaincre qu’on n’avancepas une pure supposition dénuée de tout fondement.

A trente mètres au nord de la cuve, deux bases de statue, b et c, portant chacune une inscription lihyanite (nos 82, 83), paraissent en place; en tout cas elles n’ont point été remuées récemment et c’est nous-mêmes qui les avons dégagées en partie. Elles devaient être appuyées contre un mur dont plusieurs fragments sont visibles à droite et à gauche. Le long de ce mur, en allant vers l’ouest,

Fig. il. — Hereibeh. Schéma localisant les restes du sanctuaire.

(1) UB., 1909, p. 576 ss.

se trouve une troisième base, a, avec une inscription. Cette base est détériorée et a été déplacée, mais très peu sans doute, car en face gisent les fragments d’une statue à laquelle, selon toute apparence, elle a servi de support. Vraisemblablement, il y avait donc ici, adossées au mur, une rangée de statues placées sur des socles portant tous une dédicace en liliyanite. Derrière la rangée de statues, courait d’est en ouest un corridor, large de quatre mètres y compris l’épaisseur du mur méridional. En avant de ce mur, à une douzaine de mètres au sud, se trouvent les débris d’un second mur parallèle au précédent. Tout près de ce second mur est une quatrième base, d, qui n’est plus en place. Non loin de cette base, les débris d’un mur qui venait à angle droit sur le précédent feraient croire assez volontiers à une chambre. Aux abords mêmes de la grande cuve, surtout au nord-ouest, il n’y a aucune trace de construction, pas même des débris de matériaux, ce qui semble bien prouver que celle-ci devrait être placée au milieu d’une cour.

Encore h trente mètres, au sud de ce que nous jugeons être le centre de la cour, gisent deux statues fort remarquables quoique très mutilées. Elles sont trop lourdes pour avoir été déplacées et leurs socles doivent être tout à côté, enfouis sous les décombres qui abondent sur ce point. Dès lors on peut se demander s’il n’y aurait pas eu ici encore une rangée de statues comme du côté opposé. La distance de trente mètres, égale dans les deux sens, inviterait à le croire. Immédiatement au nord des deux statues A et B (fîg. 11), il y avait peut-être une série de petites chambres, mais il faudrait fouiller un peu pour s’en convaincre.

Une fouille sommaire suffirait pour mettre à jour, à peu près partout, des arasements de murs et retrouver tout le plan de l’ancien édifice. Nul doute qu on ne découvrît aussi en même temps des textes intéressants, fort importants même pour l’histoire de Lihyan si peu connue. Malheureusement nous n’avons pu donner un seul coup de pioche et il a fallu se contenter de relever ce qu’on voyait à la surface. Bien que les éléments apparents d’une reconstruction soient fort restreints, un œil tant soit peu exercé ne manquera pas cependant de reconnaître dans ces quelques débris des preuves non équivoques de l’existence d’un sanctuaire à cet endroit. On y verra une grande cour à ciel ouvert avec un bassin au milieu. Sur les côtés, une galerie avec une rangée de chambres, ou bien deux galeries peut-être, et le long d’une de ces galeries des statues appuyées contre le mur et placées sur une base portant une dédicace. De quel côté était le sanctuaire proprement dit? de quoi se composait-il? on voudrait

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bien le savoir et il est à souhaiter qu’une fouille ultérieure vienne nous renseigner là-dessus.

Nous avons déjà publié (1) une note sur les deux principales statues découvertes à Hereibeh (fig. 11 A et B). Personne à notre connaissance n’est revenu là-dessus et nous avons nous-mêmes peu de chose à ajouter à ce qui a été dit, aussi nous serons forcément obligés de nous répéter un peu.

Ces deux statues venaient d’être mises à jour lors de notre premier passage au printemps de l’an 1909. On les avait découvertes en prenant dans les ruines des pierres pour faire du balast. La première, A (pl. XXIX), mesure 2m,25 de long, mais toute la partie inférieure manque à partir des genoux. Le bras droit a disparu de même que la main gauche avec l’avant-bras récemment détachés. Il paraît qu’au moment de la découverte, la tête était à peu près intacte. Nous ne l’avons point vue dans cet état; déjà tout le bas de la figure avait été martelé par les gens d’el- 'Ela la première fois que nous sommes allés à Hereibeh et que nous avons pu photographier le monument. Depuis lors, les dégradations ont continué de plus belle. En 1910 la tête était séparée du tronc et aujourd’hui peut-être est-elle réduite en miettes (2).

Malgré les injures subies de la part du temps et des hommes surtout, la statue, telle qu’elle figure dans la photographie, est encore une pièce digne de remarque et même d’un haut intérêt. Aussi, on ne saurait trop regretter qu’on n’ait pas recueilli à temps pour le musée de Constantinople ces beaux spécimens d’un art à peu près inconnu jusqu’à ce jour (3).

Tout le bas du corps jusqu’aux genoux est drapé dans une sorte de pagne à l’égyptienne fermant sur le côté, un peu dans le genre du qunbâz actuel des Arabes. La petite tunique est retenue à la ceinture par un cordon qui fait un double tour et vient se nouer sur la hanche gauche. Au-dessus du cordon, le buste est absolument nu et on ne peut pas discerner le point de départ du vêtement.

(1) Acad, des Inscr. et Bell.-Let., C. R., 1909, p. 458. — RB., 1909, p. 578 ss.

(2) On comprendra l’acharnement des gens del-'EIa contre celte statue quand on saura qu’ils y voient un des anciens habitants métamorphosés en pierres pour ne pas avoir voulu écouter les enseignements du prophète Sâleh. Pour eux c’est une preuve de l’historicité de la légende et ils n’ont pas assez de malédictions à proférer contre ce Kâfïr qu’ils sont heureux de frapper au visage et de couvrir d’immondices.

(3) Nous avions écrit à S. E. Halil bey, directeur du Musée impérial ottoman, pour lui offrir d’envoyer les deux statues à Damas, pendant notre séjour à el-'Ela. Mais par suite d’une malchance inexplicable, la lettre n’est arrivée à son destinataire que deux ou (rois mois après avoir été envoyée. Lorsque Halil bey nous a répondu nous étions déjà de retour à Jérusalem.

Le bras gauche parait orné, à la hauteur du coude, d’une armille semblable aux anneaux de verre ou de métal que les dames du pays aiment tant à passer autour de leurs bras ou de leurs chevilles.

La poitrine est large, bien dessinée et polie avec soin. Les 'Alawy la montraient avec admiration pour prouver qu’on avait bien sous les yeux le corps d un homme ayant vécu et qui avait été changé en pierre tel quel. Le cou est bien proportionné. La tète surtout avait été de la part de l’artiste l’objet d’une attention spéciale (pl. XXVIII, 2 et 3) et c’est elle qui révèle le mieux les procédés de sculpture de cet art lihyanite. Les cils sont rendus par un petit bourrelet en arc de cercle et le haut delà joue est marqué par un procédé analogue, familier dans la sculpture assyrienne et qu’on retrouve également en Égypte. La figure est imberbe, d’un profil îond, répondant assez mal, autant qu’on peut en juger, au profil traditionnel du sémite. Les yeux, un peu grands, renferment quelqué chose de mélancolique et de rêveur, dû peut-être à la détérioration qu’ils ont subie. Les cheveux ne sont point détaillés; il est possible qu’on ait voulu îepiesenter une abondante chevelure recouverte d’un voile dans cette sorte d excroissance qui descend en arrière sur le cou. Le voile serait retenu par un bandeau dont les deux extrémités pendent sur l’occiput. Devant, sur le front, en dessous du bandeau, on voit une sorte de cordon que nous avions cru pouvoir comparer à Y'aqcîl de la coitTure bédouine. Réflexion faite et en constatant surtout que ledit cordon ne fait point le tour de la tète mais s’arrête aux oreilles, nous nous demandons maintenant si ce ne serait point là une façon naïve de rendre le bord du voile.

La seconde statue, B (pl. XXX et pl. XXXI, 1), gît à quelques pas de la première. Ce n’est plus qu’un tronc, sans tète, ni bras, ni jambes. Elle était d un travail au moins aussi soigné que la précédente et vraisemblablement c’est le même artiste qui a sculpté les deux. Elles avaient sensiblement les mêmes dimensions (1). Dans celle-ci, le torse est encore nu et d un galbe parfait. Nous retrouvons à la ceinture le cordon noué sur le côté; on peut même cette fois examiner de plus près le nœud d’où pendent deux bouts réunis que nos Arabes prenaient pour un poignard.

Comme précédemment, le bord du pagne n’accuse aucun relief au-dessus de la ceinture.

Nous avons réussi a dégager le bloc sur un côté et à le tourner pour

J1) statue : hauteur totale, 2m,2S. Hauteur détaillée avec les contours : la tête,

0 ,47; le cou, 0'", 12; du cou à la ceinture, 0m,82 ; de la ceinture au bas du vêtement, 0m,96; bout

e jambes, 0m,l3. Deuxième statue : partie supérieure jusju'à la ceinture, 0m,90; le bas 0m, 84.

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examiner la face postérieure (pl. XXXI, 2). On a achevé de sculpter tant bien que mal le haut du corps; mais dans le bas, le dessin est incomplet, sauf sur les côtés. Au milieu, la pierre est simplement dressée et présente un léger relief. C’est une preuve évidente que la statue devait être vue de face seulement et qu’elle était appuyée contre un mur ainsi que nous le disions plus haut à propos des statues placées sur les blocs a, b et c, dans la figure 11 (p. 58).

De ces dernières statues, il ne reste plus que deux fragments de l’une d’entre elles, étendus auprès de la base a. L’un de ces fragments, comprenant le buste, était jeté au fond d’un trou, les épaules en bas et engagées dans la terre, de telle sorte qu’on ne pouvait même pas se rendre compte si la tête existait. Le second fragment (pl. XXXI, 3) gisait à côté de la base; il représente seulement le haut des jambes. C’est assez néanmoins pour faire voir que cette statue était inférieure comme art aux deux précédentes et avait été traitée avec beaucoup moins de soin; elle était aussi moins grande. Seule la face antérieure a été sculptée, de sorte que c’est plutôt du haut relief que du ronde-bosse. On a là encore une preuve que le monument était appuyé contre un mur.

Comme précédemment, le personnage était vêtu d’une pièce d’étoffe retenue par une corde autour des reins et descendant jusqu’aux genoux. Cette tunique n’a point de plis et ressemble à une gaine. L’étroit bandeau en relief, jeté en travers sur le devant, doit être un bout de la ceinture. La manière dont le sculpteur a rendu les genoux et dessiné les muscles des jambes rappelle le procédé adopté par l’artiste qui a fait les deux grandes statues et il est facile de constater que ces monuments, malgré leurs grandes divergences, appartiennent tous à une même école et ont été exéculés d’après les mêmes principes.

Nous avons photographié dans le sérail de Damas, en même temps que quelques inscriptions rapportées d’el-'Ela, plusieurs fragments archéologiques qu’on nous dit provenir tous du Haurân (pl. XXXII, 1). Pour la tête et le buste qui sont en basalte, cela ne fait pas l’ombre d’un doute; mais l’autre moitié de statue, en grès, est tellement dans le style de la dernière que nous venons de voir à Hereibeh que nous nous demandons si elle ne proviendrait pas réellement d’el-'Ela et non point du Haurân. Il y a là plus qu’une simple supposition, car nous croyons avoir entrevu la pièce à el-'Ela même, chez les officiers qui nous faisaient voir deux inscriptions lihyanites envoyées ensuite à Damas.

Puisque l’occasion s’en présente, nous donnons ici en passant, et comme entre parenthèses, la double photographie de deux magnifiques vases en

granit gris qui se trouvaient à Damas chez un particulier au printemps de 1909, au moment où nous étions allés chercher dans cette ville des documents envoyés d’el-'Ela (pl. XXXII, 2). D'après le propriétaire, que nous sommes heureux de remercier ici de son exquise courtoisie, ces vases auraient été trouvés à Ammân (?). Le premier, dont le couvercle avait disparu, mesurait 0m,27 de haut et 0m,41 de diamètre; le second avait 0m,30 de diamètre et 0m,19 de haut, sans le couvercle. Il est facile de reconnaître dans les dessins sculptés en relief sur la panse de ces vases des scènes religieuses, des représentations d’un sacrifice qu’il serait hors de propos d’étudier ici (1).

Revenons à Hereibeh. Après avoir parlé des statues, ajoutons un mot sur les bases qui les portaient. Une de ces bases des mieux conservées est celle que nous avons appelée b dans la fig. 11. Elle a sur le devant une inscription lihyanite de huit lignes (n° 82). Le bloc (pl. XXXII, 3) mesure 0m,95 de long sur 0“,79 de large et 0m,65 de haut. Au-dessus se trouve un petit creux profond de 0m,065, long de 0m,G5 et large de 0m,55 qui lui donne un peu l’aspect d’un abreuvoir. La statue devait s’engager dans ce trou où elle se trouvait parfaitement calée par le seul fait de son poids. C’est dire qu’elle se terminait par un socle carré ou rectangulaire ainsi que le montre du reste le fragment de Damas.

La base voisine, c, ressemble beaucoup à la précédente et a à peu près les mêmes dimensions; il en est de même de cl. Nous en avons noté deux autres, sans inscription, roulées au bord de la voie et pouvant mesurer 0m,80 de long sur 0m,65 de large. Celle qui figure à côté de la troisième statue (pl. XXXI, 3) est un peu plus petite ; mais on peut voir, d’après la photographie, qu elle aussi possédait au-dessus un creux pour recevoir la statue.

En dehors des monuments archéologiques que nous venons de signaler dans ce que nous appellerions volontiers l’enceinte du grand sanctuaire de Hereibeh, nous n’avons relevé au milieu des ruines de la ville aucune autre pièce digne d’un haut intérêt. Un très beau fragment d’inscription comprenant quelques lettres seulement, mais très grandes et bien dessinées, a été découvert à quelques mètres au sud des statues. C’est apparemment un fragment de quelque inscription monumentale appartenant au temple (pl. CXXXVIII, n° 323) (2).

(1) L « American Journal of Archaeology », 1911, p. 62, signale comme acquis à Damas un vase en marbre gris, un peu plus petit que ceux-ci, décoré de deux bustes et d une série de figures avec inscriptions; il aurait été apporté de Bagdad.

(2) Ces lettres par leur forme et leur dimension rappelleraient un peu les deux d'un fragment signalé plus haut (pl. XVII, 3), ou bien encore l’inscript, minéenne n° 25 a.

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A deux ou Irois cents mètres du hirbet, à l’ouest, dans la vallée, quelques monticules de sable et de débris prouvent qu’il y a eu à cet endroit des constructions. C’étaient sans doute des maisons isolées ou des tours de garde placées au milieu des jardins, à l’époque où il y avait une oasis dans cette partie de l’ouâdy.

Encore plus à l’ouest, à quatre cents mètres environ de la voie ferrée et à trois cents tout au plus de la montagne, il y a les restes d’une grande construction carrée mesurant vingt mètres de côté en moyenne (pl. XXXIII, 1). Elle a été faite tout entière avec des pierres apportées de Hereibeh, ce qui peut nous donner une idée de l’aspect que présentaient les murs des édifices de la vieille cité. Ce grand quadrilatère qui ressemble à un khan était flanqué de quelques chambres, à l’ouest, sur la face intérieure; il y en avait aussi une à l’angle nord-est, sans doute pour servir de tour de garde. Au centre se trouvait un puits. Il semble que c’est cette ruine que Iluber appelle qala'at Houeikem ïxla) (1).

Elle a son histoire ou sa légende qu’un de nos hommes se proposait de nous raconter; sur un signe de ses compatriotes il a interrompu son récit. C’est un individu d’el-'Ela, parait-il, qui, s’étantfâché avec les siens, aurait acheté six esclaves nègres et serait venu construire ce qala'ah où il aurait résidé et autour duquel il se serait proposé de créer quelques jardins.

Les tombes. — La nécropole de Hereibeh, on a déjà pu le constater, a un tout autre aspect que celle de Médâin-Sâleh; aussi, n’aurait-on point d’inscriptions qu’on n’hésiterait pas à les rattacher à deux civilisations complètement différentes. Tandis qu’à Médâin-Sâleh la façade joue un très grand rôle et, presque toujours, était sculptée avec grand soin comme la partie principale du monument, à el- Ela il n’y a point de façade. Les tombes d’el-Heger comprennent en majorité une salle funéraire; ici, ces chambres sont plutôt rares. Les fours isolés, creusés dans le flanc de la montagne, sont inconnus à Médâin-Sâleh tandis qu’ils sont d’un emploi courant à Hereibeh et constituent même le mode de sépulture le plus commun.

Le lecteur qui a fait avec nous le tour de la montagne de Hereibeh a déjà une idée assez complète de la nécropole de cette localité; il nous reste seulement à lui faire connaître, à l’aide de plans, le détail de quelques tombes choisies comme spécimen. Nous avons noté ailleurs trois genres de tombes : les fosses à ciel ouvert, les chambres sépulcrales et les fours isolés. Disons un mot de chacun de ces types.

Les fosses à ciel ouvert sont un peu plus nombreuses que nous ne l’avions

(1) Hubek, Journal..., p. 406.

pensé tout d'abord. 11 y en a quelques-unes qui ont été creusées au sommet d’un bloc isolé comme celle dont nous avons donne la photographie , pl. XXI, 1, ou bien comme celle dont on a le plan sous les

yeux (fîg. 12). Cette dernière est située sur un rocher qui a roulé de la montagne, au sudouest du second groupe de tombes, B, non loin de la voie ferrée. Elle mesure lm,92 de long, 0m,53 de large et 0m,56 de profondeur. Il y a tout autour, sur le bord, une petite échancrure, large de 0m,10 et haute de 0m,06, pour recevoir l’extrémité des dalles qui recouvraient le défunt. Sur le flanc du rocher se lisent plusieurs inscriptions tamoudéennes (n05 207-210).

Nombre de sépultures idenliques à la précédente et de dimensions à peu près égales se rencontrent sur la petite plate-forme qui s’étend d’ordinaire en avant de la grande paroi, ou bien sur la dernière pente de la montagne, s’inclinant vers le lit de l’ouâdy. Elles sont creusées dans le roc, à la surface du sol, et devaient être couvertes de simples dalles sur lesquelles on accumulait peut-être un tas de pierres ou de terre. Il en est quelques-unes à deux étages, c’est-à-dire plus profondes que les autres et pouvant contenir deux défunts superposés. Dans ce cas, à 0in,50 du fond en moyenne, le trou s’élargit de manière à présenter sur les deux grandes faces intérieures un petit rebord ayant pour but de supporter les dalles qui formaient la séparation (fig. 13).

Au pied même de la paroi,

Sur un rebord de la roche, on Fig. 13. — Çereibeh. Type de fosse à deux étages.

Fig. 42. — Hereibeu. Fosse creusée au sommet d’un rocher.

trouve aussi parfois des fosses

d’une dimension peu commune, semblables à de grandes auges adossées à la montagne. Celle que nous donnons (fig. 14) mesure 4m,60 de long sur 0m,90 de large. Sa profondeur actuelle, en dessous de la petite entaille qui court le long de la montagne, est de lm,82; sur le devant, le rocher devait être jadis au moins aussi haut. Dans sa partie nord, cette excavation est coupée à angle droit par une sorte de four qui passe sous

L’OASIS D'EL-'ELA ET LES RUINES L)E HEREIEEH

la paroi du devant et vient s enfoncer dans la montagne (coupe C D). De ce côté, il y a au fond de la fosse supérieure une rainure longue de lm,95 et large de 0m,28, destinée à recevoir des dalles un peu inclinées venant buter en face. Cette rainure dépassant de beaucoup la largeur du four, il est manifeste qu’elle n’a pas été faite uniquement dans le but de servir à recouvrir ce dernier. Ati sud, il y a une seconde entaille semblable et à peu près d’égale longueur. Comme le fond de la fosse est couvert de débris, il pourrait bien se faire que de ce côté il y eût deux fosses superposées; celle du bas aurait été entièrement comblée.

Vers le milieu de cet immense sarcophage, on remarque trois petits trous superposés, creusés dans la paroi orientale; ils ont en moyenne 0m,10 de côté sur 0m,06 de profondeur.

Très probablement ils se rattachent à un système quelconque de séparation qui divisait l’auge en deux.

Passons aux salles funéraires. Dans l’ensemble elles n’offrent rien de très particulier, les différents modes de sépulture qui y étaient en usage sont sensiblement les mêmes que ceux qu’on trouve au dehors : des fours et des auges ou des sarcophages creusés dans le roc.

La première chambre dont nous donnons le plan (fig. 15) est tout à fait banale. Nous l’avons choisie cependant parce qu’elle possède, à l’entrée (I), une belle inscription lihyanite (n° 81). Elle est très irrégulière et les parois sont dressées avec fort peu de soin. Elle mesure dans sa plus grande largeur 3m,70 et sa profondeur moyenne est de 3m,35. Dans la paroi du fond ouvre un four, long de 2 m. et large de 1 m, 20 , creusé sans aucun souci de régularité. Le sol est envahi par des décombres qui

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Fig* 44. Çereibeh. Grande fosse creusée au pied de la paroi de la montagne (pl. XX, n° 9).

Fig. 15. — Hebeibeïi.

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Tombe lihyanite (pi. XX, n° 29).

cachent peut-être d autres tombes. La porte d entrée est de la hauteur

même du plafond; elle devait avoir à peu près 1 m. de large; le montant de gauche est complètement endommagé.

Plus curieuse, plus intéressante et bien mieux soignée est la seconde salle (fîg. 16) qui fait partie des tombes B (pl. XX, n° 11).

Elle a 5m,75 de large et 5 m. de profondeur. Dans la paroi du fond, vers l’angle sud-est, se trouve un four large de 0m,72, haut de 0in,89 et profond de 2 mètres environ. Il est fortement incliné, comme il est facile de s’en rendre compte d’après la coupe A B. A l’angle sud-ouest, à droite en entrant, est un second four dont l’ouverture mesure 0m,70 de large sur O"1, 87 de haut. A l’intérieur il atteint lra,38 de large; sa grande longueur est de 2m,20.

Quand ou pénètre dans la salle, on arrive sur une sorte de petit palier de lm,60 sur 0m,70, en moyenne. A droite et à gauche il y a une fosse. L’une et l’autre sont en partie comblées, mais par ailleurs bien conservées. Elles étaient accostées d’une rangée d’autres fosses dont on aperçoit les restes sur les côtés nord et sud de la chambre. Au premier abord, on serait tenté de croire que ces fosses étaient

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Fig. 16. — Hereibeh. Une chambre sépulcrale.

L’OASIS DEL-'ELA ET LES RUINES DE HEREIBEH

identiques aux deux premières et qu’il eu existait une série au nord et une autre au sud, séparées par un passage de lm,60. En examinant de plus près les débris qui encombrent la salle, on s’aperçoit que la disposition était tout autre et qu’il n y avait qu’une rangée de six grandes auges prenant toute la largeur de la chambre. Cet arrangement est certifié par la petite rainure du fond qui se poursuit d’un angle de la chambre à l’autre, sans interruption, et par une paroi d’auge qui existe presque sur toute la longueur ; elle va en tout cas au delà du milieu de la chambre et prouve bien qu’il n’y avait pas de passage à cet endroit.

La porte d’entrée avait lra,15 de large et 1™,60 de haut (1). Son sommet ouvre à la hauteur du plafond, tandis que dans le bas il y a une marche de 0m,75 pour atteindre le sol intérieur. Cette disposilion des portes des chambres sépulcrales est assez générale à Ijereibeh. Nous avons noté une ouverture dont le haut est sur le même plan que le plafond et dont le bas est à lm,50 au moins au-dessus du niveau de la salle. Vue de l’extérieur, celle-ci a tout à fait l’aspect d’une citerne.

Immédiatement à côté de la chambre que nous venons d’étudier, au nord, il y en avait une seconde plus avancée et qui a été presque entièrement détruite. Il ne reste plus que la paroi du fond dans laquelle ouvrent, à différentes hauteurs, quatre fours très irréguliers et de dimensions fort variées. Nous en avons fait le plan (fig. 17) pour donner une idée du peu de soin avec lequel la plupart de ces tombes ont été creusées. Au point a, la paroi a été éventrée et ce four communique avec la chambre précédente. Au point à, une ligne tracée sur le roc, à l’extérieur, parait marquer la largeur intérieure du four (pl. XX, n° 12).

D’autres chambres voisines paraissent inachevées tant elles sont irrégulières; néanmoins toutes ont dù servir. Nous prenons les grandes

Fig. 17. — Hereibeh. Restes d’une chambre sépulcrale.

(1) Actuellement elle mesure au centre lm,85 de haut, mais le seuil est très détérioré à cet endroit; dans les angles sa hauteur est seulement de lm,60.

mesures rie quelques-unes. La première a 5 m. X 5m,50 ; la seconde 5m,55 X 5m,30 ; la troisième 4m,50 X 5 m. Les modes de sépulture sont toujours les mêmes, fours dans les parois et auges dans le sol.

Nous arrivons maintenant aux fours qui constituent par eux-mêmes un tombeau et sont creusés n’importe où sur le flanc de la montagne, au lieu d’être situés dans une chambre funéraire (pl. XXXIII, 2). Il est assez rare de les trouver tout à fait isolés les uns des autres. Ils sont généralement par petits groupes de deux ou de trois. Il existe aussi des groupes beaucoup plus importants, comme par exemple le groupe A (pl. XXI, 2).

Dans ce dernier cas, les uns sont alignés tant bien que mal, à peu près à la même hauteur; les autres sont placés au petit bonheur. Parfois ils ne sont séparés les uns des autres que par une mince paroi (1); ils appartenaient alors, sans doute, aux membres d’une même famille. Ils mesurent en moyenne 2 mètres de long sur 0m,60 à 0m,75 de large et 0m,75 à 0m,90 de haut. Les dimensions sont assez variables à cause du peu de soin avec lequel ces tombes ont été exécutées. Naturellement depuis longtemps toutes les sépultures sont vides et on ne se rend même plus compte de la manière dont le mort était enseveli. Il est à supposer qu’on l’étendait tout simplement dans ce trou, enveloppé dans une grande étoffe ou dans une natte en feuilles de palmiers, peut-être même dans les deux, et qu’on fermait ensuite sur lui l’ouverture au moyen d’un mur étroit, maçonné avec de la boue (2). L’absence d’une rainure à l’extérieur fait penser en effet que l’entrée n’était point bouchée par une dalle mais bien par un petit mur.

(1) Dans la pl. XXX111, 2, la paroi qui sépare les deux derniers fours, à droite dans le haut, est par endroits très peu épaisse. A gauche du four situé en dessous est marquée l'ouverture d’un quatrième qui eût été fort rapproché de ses voisins et aussi peu aligné que ceux qui existent déjà.

(2) C’est ainsi qu’on ensevelissait les morts dans la péninsule sinaïtique, à Feirân, où nous trouvons de grands fours creusés non plus dans le rocher mais dans les jorfs ou dépôts d'alluvions laissés au pied de certaines montagnes le long des ouâdvs, BB., 1907, p. 402. Dans une tombe de Médâin-Sâleh, nous avons trouvé des fragments de bois qui devaient provenir d’un cercueil.

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Fig. 18. — ÇEKEiBEH. Deux sépultures à four irrégulières.

L’OASIS D’EL-’ELÀ ET LES RUINES DE HEREIBEH

D’une manière générale, la largeur et la hauteur de la porte correspondent exactement à la largeur et à la hauteur totale du four. Il y a cependant quelques exceptions quoique fort rares. Ainsi la tombe b (fig. 18) a lm, 10 de largeur à l’ouverture et 0m,86 à l’intérieur, tandis que la tombe a (1) mesure à l’intérieur lm,3i de large et à l’ouverture 0m,70 seulement. Cette dernière tombe présente encore une autre particularité. A l’intérieur, vers l’angle nord-ouest, dans la paroi septentrionale, se trouve uu petit enfoncement dans lequel on reconnaîtra une niche creusée à dessein. On pourrait en douter tout d’abord à cause de son irrégularité, mais cette irrégularité doit être mise sur le compte de la négligence avec laquelle toute la tombe a été creusée (2). Nous allons avoir, en effet, à signaler d’autres niches du même genre, tout à fait caractéristiques et qui nous éclaireront sur la nature de celle-ci.

Telle, par exemple, la niche située à l’intérieur de la tombe au-dessus de laquelle se trouve l’inscription lihyanite n” 70. Cette tombe (fig. 19), — ! mLDre.

large de 0m,72, haute de 0m,85 et profonde de 2m,28, possède sur le côté gauche, à 1 m. de la porte et à 0m,98 du fond, un petit réduit bien régu- 3. lier, large de 0m,30, profond de 0m,22 et haut de 0m,44, ouvrant à0m,06 au-dessus du niveau général.

° Fig. 19. — Hereibeh. Sépulture

Le môme phénomène se reproduit dans les tom- lihyanite avec une petite

niche à l’intérieur.

bes 1 et z (fig. 20), avec quelques divergences cependant, dignes d’être notées. Ainsi dans la tombe /, le bas de la niche est au niveau du reste de la sépulture et elle est plus élevée que précédemment. Dans la niche de la tombe <2, il y a un petit godet rond, très nettement dessiné, mesurant 0m,12 de diamètre : sa profondeur est sur un bord de deux centimètres et sur l’autre de quatre.

La première de ces tombes est située au nord des ruines de Hereibeh, à l’entrée de l’ouâdy Ma'tadel. C’est la plus septentrionale que nous ayons notée. A côté, au nord, est gravé un texte arabe, et au sud, on a marqué sur la paroi l’ouverture d’un four au-dessus de laquelle sont creusés trois trous comme pour servir d’appui à des poutres (pl. XX, n° 32).

(1) C’est (le chaque côléde la porte de cette tombe que se trouve l’inscription lihyanite n“ 233, coupée en deux. — On a pu voir plus haut (fig. 17) des fours d’une chambre ruinée, beaucoup plus larges à l’intérieur qu’à l’entrée.

(2) Il est possible aussi que la tombe n’ait pas été achevée.

La tombe n° S appartient à un groupe de trois sépultures signalées plus haut (p. 55). La plus méridionale des trois, large de 0m,61 et haute de 0m,75, mesure seulement 0ra,90 de profondeur. On pourrait la croire inachevée si la paroi du fond n’était parfaitement dressée. La sépulture centrale est celle qui nous occupe en ce moment. A 0m,40 au-dessus de l’ouverture, en avant, sur un rebord du rocher, sont creusées deux cupules larges en moyenne de 0m,17 et profondes de 0m,10. Une cupule à peu près identique se trouve en avant du troisième four. Selon toute

apparence, ces godets servaient à quelque pratique religieuse, à une libation quelconque qu’on faisait lors des funérailles et aussi sans doute à certaines époques déterminées. Peut-être pourraiton les rapprocher tout simplement des cupules creusées sur les pierres tombales de nombreuses sépultures musulmanes et dans lesquelles les parents du défunt viennent déposer de temps en temps quelques fleurs, notamment à l’époque de la fête du Dahyeh.

Quant aux niches creusées dans la paroi, à l’intérieur des tombes, elles doivent être des niches à offrandes. C’est du moins l’idée qui se présente tout naturellement à l’esprit, quand on songe à cette coutume si générale dans l’antiquité, et qui de nos jours n’a pas encore entièrement disparu en Orient, d’ensevelir avec le mort quelques provisions, et d’autres objets de première nécessité ou de luxe pour un vivant. Toutes les niches que nous avons notées sont creusées dans la paroi de gauche quand on regarde la tombe et généralement vers le centre ; elles étaient par conséquent à la droite du défunt et près de sa main, si on suppose celui-ci couché sur le dos, la tête dans le fond, ainsi que cela parait le plus naturel. Peutêtre pourrait-on en conclure que, d'une manière générale, on aurait cherché à placer les offrandes à la portée du mort, comme s’il avait dû en faire usage.

Fig. 20. — Hereibeii. Tombes avec petite niche latérale à l’intérieur.

L'OASIS D’EL-'ELA ËT LES RUINES DE HEREIBEH. 71

Parmi les sépultures à four, deux des plus remarquables sont sans contredit les nos 1 et 2 du groupe A. Les fours eux-mêmes ne présentent rien que d’assez ordinaire, mais ce sont les deux reliefs sculptés au-dessus de l'entrée qui rendent ces tombes particulièrement intéressantes.

La tombe la plus septentrionale, A 2 (pi. XX et pi. XXXIY), est la mieux soignée des deux; elle possède, avons-nous dit, une inscription miuéenne (n° 32) et offre en outre quelques autres détails intéressants. Le four (fig. 21) est large en moyenne de 0m,75 et haut de 0ra,93 ; sa longueur sur un côté est de 2m,05 et sur l’autre de 2m,25, le trou n’étant point d’équerre avec la paroi de la montagne. Il n’a point de niche et les parois intérieures n’ont pas été dressées avec une très grande application.

L’inscription, que nous n’avons pas à étudier ici, est nette mais tracée avec une certaine négligence.

Les lignes ne sont pas droites et les caractères n’ont point la régularité de ceux de maintes inscriptions minéennes de la belle époque, recueillies à el-'Ela.

C’est déjà un peu le négligé de la plus grande partie des textes lihyanites de Hereibeh. Ne serait-ce pas là un signe de décadence et une preuve que le monument doit appartenir à la dernière période de l’occupation minéenne?

Immédiatement au-dessus de l’inscription on remarque, dans la paroi, un petit trou carré de 0m,10 de côté environ et de deux à trois centimètres de profondeur. Un peu plus haut, il y en a un second, plus petit, ayant une forme semi-circulaire. La destination de ces entailles n’apparaît pas de prime abord. On serait néanmoins assez porté à croire qu’elles ont servi à fixer quelque ornementation ou bien un ex-voto, un anathème, au sens grec de ce mot àvàO^ga.

Il est difficile de déterminer la nature des deux êtres sculptés en relief dans une niche, à gauche et à droite du tombeau. Ce sont sans doute des êtres fantastiques, mais qui vraisemblablement n’ont pas été créés de toutes pièces par l’artiste qui les a dessinés. Les photographies qu’on a sous les yeux (pl. XXXII, 4 et pi. XXXIV) avec le dessin schématique mesuré et la coupe (fig. 22) donneront une idée assez complète du monument sans qu’il soit nécessaire d’entrer dans une description détaillée. La

Fig. 21. — Hereibeh. Plan de la tombe A 2.

régularité des niches laisse beaucoup à désirer, comme du reste celle de la tombe; il n’y a pas une ligne droite. Cette négligence générale ne fait que mieux ressortir le soin réel apporté aux sculptures.

La statue de gauche, celle qui est reproduite daus^’ la figure 22, mesure

0m,90 de haut et 0m,30 dans sa plus grande largeur, un peu en dessous de la tête. Le relief du corps est de 0m,10; seul le devant a été dessiné. La tète qui se détâche en un relief très accusé a été de la part de l’artiste l'objet d’une attention spéciale ; le procédé de représentation est cependant un peu enfantin. Les deux rangées de grosses dents bien détaillées (1), encadrant une bouche entr’ouverte d’où pend une langue fortement tirée, sont surtout curieuses. Le sculpteur a voulu sans doute

donner à son cerbère un aspect terrible, mais le dessin appartient à l’enfance de l’art. Les joues sont coupées à angle droit, de chaque côté du nez, et les yeux placés au fond de cette entaille dans la partie verticale.

Les dimensions de la seconde figure (pl. XXXII, 4) sont sensiblement les mêmes que celles de la première. Dans celle-ci la tête est plus ovale et l’ensemble plus élancé ; c’est sans doute pour cela qu’il y a sur le devant dix rangées de poils au lieu de neuf comme dans la précédente.

D’après Doughty (2), les Arabes donneraient à ces deux reliefs le nom de

Fig. 22. — Herf.ibf.it. Schéma de l’un des reliefs de la tombe A 2.

(1) Les dents plus longues de chaque côté de la bouclie doivent représenter les dents canines.

(2) Doughty, Documents épigr., p. 20.

L’OASIS D’EL-'ELA ËT LES RUINES DE HEREIBEH. 73

benat « filles », parce qu’ils y voient une certaine ressemblance avec une femme portant une guimpe. Nous n’avons point entendu cette dénomination qui pourrait ne pas être traditionnelle et avoir été créée simplement par les guides de l’explorateur anglais. C’est ainsi que nos hommes, de leur côté, appelaient ces images des nubaïy (sentinelles) ou bien des heiwdn, terme générique pour indiquer des animaux.

Que représentent au juste ces sculptures? Sans doute des êtres fabuleux placés à la porte du tombeau pour le défendre contre toute profanation. L idée n’est pas nouvelle, on la trouve en maints autres endroits (1), mais ce sont les figures rencontrées ici qui ne sont pas courantes. Elles feraient songer au premier abord aux divinités égyptiennes à tête de chatte ou de lionne. En y regardant d’un peu près, on constate tout de suite une divergence capitale. Dans les divinités d’Égypte, la tête seule est empruntée à un animal, le reste du corps est celui d’un homme; ici au contraire, il n y a rien d’humain; c’est une bête, des pieds à la tête, aussi gauche que soit sa pose. Les traits, surtout les oreilles et le sommet de la tête, rappelleraient assez bien un chat; tous nos hommes ont été frappés de cette ressemblance. On pourrait songer aussi à une tête de lion à cause des terribles mâchoires, et plus encore à cause des colliers de poil qui figureraient tant bien que mal une crinière de lion.

Nous serions assez portés à croire que le sculpteur s’est inspiré de quelque statue admirée au cours de ses pérégrinations, représentant un lion assis sur son derrière et debout sur les pattes de devant. Il aurait peut-être cherché à reproduire de mémoire la partie antérieure de cette statue, vue de face, et aurait abouti de la sorte à ces curieux magots. Entre autres fautes de perspective, il en a commis une très grave, celle de faire lever beaucoup la tète à ses animaux. Peut-être son modèle, placé au ras du sol ou de profil, avait-il une pose semblable, destinée à faire mieux ressortir les traits; mais pour des reliefs situés à quatre mètres du sol, cela ne va plus; le sommet de la tète disparait complètement et du pied de la paroi on n’aperçoit que le menton et les mâchoires. C’est une des raisons pour lesquelles les croquis de Doughty et d’Euting (2), exécutés d’en bas, ne donnent qu’une idée très imparfaite de ces reliefs. Même dans notre photographie prise du haut des échelles, presque à la hauteur des niches, c’est àpeine si on peut voir les yeux avec le front fuyant en arrière.

(1) Fréquemment, dans les tombes phrygiennes, deux lions veillent à l’entrée (Perrot et Chipiez, V, p. lit, fi g. 64; p. 132, fig. 84; p. 139, fig. 92).

(2) Cf. Doughty, Monuments épigraphiques, pl. XLIII, et Millier, Epigraphische Denkmâler , pl. VII.

La seconde tombe après la précédente, en allant au sud, A 1 (pl. XXXV), est sur le même type que celle dont nous venons de parler, mais elle est encore moins soignée. Le trou mesure 0m,72 de large sur 0m,88 de haut et une profondeur approximative de 2m,20. Évidemment, on a voulu représenter au-dessus deux figures identiques à celles de A 2. Les reliefs placés dans une même niche sont tout à fait grossiers et doivent être l’œuvre d’une main inexpérimentée. On n’a point la ressource de dire que le sculpteur n’a fait qu’une ébauche qu’il se proposait d’achever plus tard, le travail est achevé mais très mal fait.

Nous devons rapprocher de ces sculptures une gargouille à tète de lion

(pl. XXXVI, 1) photographiée à Médâin-Sâleh mais provenant de Ilereibeh (1). Elle est intéressante, en particulier, à cause de la double rangée de dents et de la langue pendante qui la font ressembler aux têtes des reliefs précédents. Nous avons déjà signalé (p. 46 s.) deux autres figures de bêtes, découvertes à el-'Ela, dans lesquelles les mâchoires sont rendues de la môme manière. On a donc là un procédé de sculpture tout à fait caractéristique.

Les niches et stèles votives si fréquentes à Médàin-Sâleh, aux abords du Diwan et à l’intérieur du gebel Efltb, sont on peut dire inconnues à Ijereibeh. Nous n’en avons trouvé qu’un seul exemple tout à fait insignifiant. C’est une petite stèle très grossière (fig. 23) tracée dans la paroi de la montagne, à 6 mètres de haut, dans la carrière qui se trouve à la suite de la grande inscription lihyanite n° 71. La niche peut mesurer 0m,35 de haut sur 0m,30 de large; le relief de la stèle, cassée dans le bas, est de 0m,0G.

On voudrait bien savoir maintenant quel est le nom ancien qui se cache sous les appellations modernes d’el-'Ela ou de Hereibeli et quel est l’âge des ruines que nous venons de passer en revue. Les inscriptions n’ont pas fourni tous les renseignements qu’on était en droit d’en attendre et qu’elles auraient fournis, sans nul doute, si elles n’avaient pas été martelées ou mises en morceaux comme elles le sont presque toutes. Un très grand nombre de textes portaient des dates et il est bien difficile qu’on

Fig. 23. — Hereibf.h. Petite stèle.

(1) Cette pièce intéressante était entre les mains de l’ingénieur M. Soubhy bey, chef de section, qui a bien voulu nous autoriser à la photographier et qui a été tout le temps plus que d’une parfaite courtoisie, durant notre long séjour auprès de sa demeure.

L’OASIS D’EL-'ELA ET LES RUINES DE HEREIBËH. 15

n'arrivât pas à établir un synchronisme quelconque, si on possédait toutes ces dates. D’autre part, il est à peu près impossible que le nom de la localité ne figurât pas à plusieurs reprises dans ces centaines d’inscriptions. Les nombreuses dédicaces religieuses, soit minéennes soit lihyanites, sans parler des épitaphes, devaient mentionner une fois ou l’autre le nom de la ville où était bâti le sanctuaire dans lequel on venait dresser sa stèle ou ériger une statue. Sur ce dernier point, les nouveaux textes paraissent avoir fait la lumière et nous croyons qu’el-'Ela ou Hereibeh a porté jadis le nom de Dedan.

L’inscription minéenne n° 23, appuyée par plusieurs autres documents, fait plus qu’insinuer une pareille identification, elle l’établit d’une façon â peu près certaine. Ce texte se trouve dans le village actuel d’el-'Ela où il aura été apporté vraisemblablement des ruines de Hereibeh. Il appartenait au monument funéraire d’un certain ’Aws’il, « mort à Dedan, au mois de Tanafat, sous le Kabir Aytam ». Cela ne nous dit pas expressément que ’Aws’il fut enterré à Dedan; à la rigueur il aurait pu mourir à un endroit, à Dedan, et avoir été transporté ensuite à un autre, à Hereibeh où on a retrouvé sa sépulture. Néanmoins, il faut avouer qu’une telle supposition serait purement gratuite; il y a tout lieu de croire, jusqu’à preuve du contraire, que le lieu où mourut ’Aws’il fut aussi le lieu de sa sépulture et que par conséquent Dedan égale Ijereibeh, ou d’une façon générale el-'Ela. On comparera cette épitaphe à celle de la mère de Ka'abu « morte au Heger », où on voit encore la tombe dans laquelle elle fut déposée (p. 90). Du reste cette inscription minéenne ne constitue pas le seul argument épigraphique en faveur de l’identification proposée; elle est appuyée, avons-nous dit, par plusieurs autres documents.

Un de ces documents est le beau graffite lihyanite n° 138 faisant mention de « Kabar’il fils de Mata' il, roi de Dedan ». Cette inscription paraîtra peut-être à quelques-uns encore moins explicite que la précédente; elle la confirme cependant et invite à chercher Dedan aux environs d’el- 'Ela. On remarquera qu’il ne s’agit point ici d’un simple nom tracé au bord du chemin par un passant quelconque, comme c’est le cas pour beaucoup de graffites. Le texte en question marque une sorte de propriété et doit viser par conséquent quelqu’un établi en ces lieux.

Euting a rapporté d’el-'Ela une autre inscription minéenne dans laquelle on lit : jTia | Tl | nnua, (1). Millier se demandait s’il ne faudrait pas traduire cela par « dans le temple de Wadd Baddan » ou « dans le temple

(l) Muller, Epigr. Denkmüler, XIII, 2. Nous n’avons pas retrouvé cette inscription.

de Wadd de Baddan » ; personne n’hésitera plus maintenant à admettre la traduction finalement adoptée par Millier : « dans le temple de Wadd à Dedan »; c’est-à-dire « dans le temple de Wadd qui est à Dedan ». Ce temple de Wadd à Dedan était là où a été découverte la stèle votive, cest-à-dire à el-'Ela, et de rechef nous sommes amenés à conclure que el-'Ela égale Dedan.

Le mot pn figure encore dans plusieurs autres graffites lihyanites et tamoudéens, soit comme nom propre de lieu, soit comme nom propre de personne, soit même comme élément d’un nom propre composé (lih. n 335). La citation de ces textes n’ajouterait pas grand’chose, pour 1 identification d el- Ela, à ce que nous ont appris les trois précédents; du reste on peut les voir plus loin dans la partie épigraphique où ces graffites sont tous reproduits (1). Disons seulement que les graffites lihyanites dans lesjuels se rencontre la mention de Dedan proviennent tous d’el- 'Ela ou des environs; quant aux graffites tamoudéens, ils ont été copiés à Mukattabeh, à peu près à égale distance de Teima et de Médâin-Sâleli.

La lecture du nom de Dedan sur quelques rochers non loin de Teima met tout de suite en mémoire le fameux passage d’Isaïe dans lequel nous trouvons les deux localités mentionnées ensemble. — « Oracle contre 1 Aiabie. Vous camperez le soir dans la brousse pour y passer la nuit, caravanes de Dedan. Au-devant de celui qui a soif apportez de l’eau, habitants du pays de Teima; accourez avec du pain à la rencontre du fugitif. Car ils fuient devant les glaives... Encore une année comme les années du mercenaire et elle a disparu toute la gloire de Qédar » (Fs 21 13 ss.).

Jérémie (25, 23) associe encore Dedan et Teima, tandis que le prophète Ézéchiel (27, 20 s.) parle de Dedan, de l’Arabie et de tous les princes de Qédar.

Ces textes prophétiques nous paraissent pouvoir convenir au Dedan que nous venons de localiser à el-'Ela. Nous en dirions autant de Genèse 25, 3, et I Chroniques 1, 32, où l’auteur sacré donne comme descendants de Qetura, Seba et Dedan fils de Ioqâan frère de Madian. Madian est à placer le long de la mer Kouge au sud-est du golfe d Aqabah; les fils de son frère auraient habite à sa suite, à 1 intérieur des terres. Seba ne correspondrait point aux Sabéens de 1 Arabie du Sud, mais serait une colonie de ces derniers, établis aux environs de Médine où l’on retrouve peut-être leur souvenir dans le nom de 1 ouâdy es-Sabâ (2) (lv~'t). Dedan, plus au nord,

(1) Pour les renvois, voir les Tables au mot in.

(2) Glaser, Skizze des Geschichte und Géographie Arabiens, II, p. 390.

L'OASIS D’EL-'ELA ET LES RUINES DE HEREIBEH

entre Médine et Teima, aurait eu pour centre el-'Ela. Dès lors on s’expliquerait facilement qu’il eût été mis en relation avec Seba et avec des gens de Teima.

L’oasis d’el-'Ela sous le nom de Declan serait donc une localité biblique (1). Il est difficile d’affirmer que le nom ancien se soit maintenu dans la tradition arabe. Yâqût, II, 559, 611, mentionne, il est vrai, un ancien lieu appelé ^$3, qui rappelle parfaitement p7 des inscriptions, mais il ne localise pas l’endroit et il hésite sur l’orthographe en rappelant que d’après une tradition on pourrait écrire ^.;6. Quant à la dénomination actuelle d’el-'Ela, elle ne paraît pas non plus se trouver

chez les géographes arabes qui cependant nous ont laissé des descriptions de 1’ ouâdy el-Qura. Peut-être cet endroit, exécré à cause du souvenir de Tamoud, n’a-t-il reçu une nouvelle population qu’assez tardivement; on sait qu’ei-Heger, situé un peu plus au nord, est encore abandonné. Le

nom de qui est le pluriel de pourrait signifier « la hauteur,

les plus élevées » et se rattacherait à la région appelée ïJUlt, Yaqut, III,

592, « la région élevée » par rapport aux terres basses situées sur le

bord de la mer L’habitant de la contrée SJU s’appelait

dénomination actuelle de l’indigène d’el-'Ela nommé j;lz (avec un fathah

sur le aïn au lieu d’un damma ). Nous avons retrouvé le nom de 'nbi? parmi lesgraffites de Hereibeh.

(1) Nous croyons qu’il y a lieu de distinguer dans la Bible plusieurs localités ou peuples de Dedan. Il y aurait eu Dedan au pays d'Edom ( Jérém . 49, 8; Ézéch. 25, 13); peut-être Dedan étroitement uni au pays de Cous et aux Sabéens du Sud de l’Arabie ( Gen . 10, 7; I Chron. 1, 9); enfin Dedan du côté de Teima; c’est ce dernier que nous plaçons à el-'Ela. Cf. RB., 1910, p. 525 ss. — L’identification de Dedan avec el-'Ela avait déjà été proposée par Glaser, Skizze..., p. 397, et suggérée aussi par Hartmann, Die ar. Frage, p. 216; les nouveaux documents rapportés d’el-'Ela semblent l’avoir définitivement établie.

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