CHAPITRE III
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEII.
Nous avons mis à profit les séjours que nous avons faits à plusieurs reprises à Médâin-Sâleh pour compléter notre documentation sur les monuments de cette localité et en particulier sur les tombes. Des savants nous avaient témoigné le désir de voir publier encore quelques-unes de ces façades rupestres afin d’avoir sous la main de plus nombreux éléments de comparaison pour l’étude de l’architecture nabatéenne. Nous nous sommes fait un devoir d’accéder à ce désir. Nous avons photographié d'abord les quelques tombes datées qui n’avaient point été reproduites dans le premier volume et dont on ne possédait que le classement. De cette façon on aura maintenant une série complète des façades de Hégra portant une inscription. Nous avons ajouté à cette série un grand nombre de reproductions d’autres monuments intéressants à connaître et plusieurs études détaillées des tombes les plus caractéristiques.
Afin d’éviter les redites, nous passerons successivement en revue chaque groupe de tombes et nous parlerons des monuments dont nous aurons à nous occuper dans chacun de ces groupes, en suivant l’ordre dans lequel ils se trouvent, sans faire attention à la catégorie à laquelle ils peuvent appartenir. Pour la localisation on voudra bien se rapporter au schéma donné dans la planche XXXVII et à la planche VII du volume I.
Monuments du groupe A. — Ainsi que nous l’avons dit ailleurs (I, p. 112), les tombes méridionales du groupe A, en face de A 1, A 2 et A 3, sont insignifiantes. Sur les trois qu’on a sous les yeux (pl. XXXVIII, 1), la plus grande est inachevée ; celle du milieu n’a qu’une toute petite façade à créneaux avec un cartouche sans inscription; la troisième n’a point de façade. Une quatrième, ouvrant à l’est (pl. XXXVI, 3), était un peu mieux soignée, quoique toujours de petites dimensions. C’est à l’intérieur de celle-ci que se trouvent creusées dans le sol plusieurs cupules dont la destination nous a été expliquée cette fois. Dans une de nos visites aux ruines, nous avons surpris des bédouines en train de broyer dans ces trous, avec une pierre comme pilon, une sorte d’herbe qu’elles emploient ensuite, nous dit-on, en guise de savon pour nettoyer le linge.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH. 79
La grande façade A 2 (pi. XXXVI, 2) appartient à la catégorie de tombes si fréquentes à Hégrâ et à peu près inconnues, sinon tout à fait inconnues, à Pétra (1), dans lesquelles l’architrave est coupée par une simple moulure. L’encadrement de la porte reparaîtra dans quelques autres monuments importants (F 1, E' 3, etc...), mais cette forme si commune à Pétra est en somme assez rare à Médâin-Sâleh.
A 4 (pl. XXXVIII, 2) est une petite tombe dont le bas est resté inachevé. La façade quoique bien travaillée n’est point d’aplomb; la porte était encadrée d’une étroite plate-bande que surmonte une corniche toute simple, taillée en biseau. Le cartouche est vide et il n’y a point trace de sépulture à l’intérieur de la chambre.
Nous avons déjà donné une double vue de A 6 (I, p. 354 et 356); nous n’hésitons pas cependant à publier encore une photographie plus détaillée de la porte (pl. XXXVIII, 4), car celle-ci mérite une attention spéciale et la nouvelle reproduction permettra de l’étudier de beaucoup plus près. Personne ne se trompera sur la nature des deux êtres placés de chaque côté du fronton; ce sont sûrement des sphinx. Les pattes des deux sont très reconnaissables et la figure humaine de celui de droite, en particulier, est suffisamment caractéristique. Ces animaux étaient ailés comme ceux qui décorent la façade de F 4 (pl. LI, 2 et 3) ; ils semblent avoir eu aussi la même position que ces derniers, debout sur les pattes de devant et assis sur le derrière.
Nous attirerons tout particulièrement l’attention du lecteur sur le stuc qui recouvrait l’intérieur du fronton autour de la rosace et même la moulure semi-circulaire du dessus. Ce stuc reparaît dans la partie supérieure du monument. La plate-bande qui accompagne le tore sur lequel repose la gorge, toute l’architrave et le large ruban en dessous des grands chapiteaux étaient enduits d’une légère couche de plâtre. Il semble même que la dernière moulure, au sommet des antes, soit tout entière en plâlre. Si dans certains monuments le mauvais état de la pierre peut expliquer l’emploi d’un stuc pour égaliser la surface du rocher ou compléter le galbe d’une moulure, d’une manière générale, ce n’est point ici le cas. Nous avons affaire simplement à un mode de décoration fort en usage dans l’architecture romaine et dont les Nabatéens paraissent avoir fait un emploi beaucoup plus large qu’on ne le supposait jusqu’ici.
L’objet indéterminé placé au sommet du fronton et qui a disparu ne
(1) On n’en trouve point d’exemple en effet dans la série des différentes espèces de lombes de Pétra donnée par de Domaszewski (Bkünnow, Die Provincia Arabia, I, p. 147 ss.).
faisait point corps avec le rocher et avait été plaqué après coup sur la façade un peu entaillée à cet effet. On voit bien encore les débris du plâtre qui servait à le fixer tout autour.
Les pelils chapiteaux pourraient être rapprochés d’un fragment de moulure nabatéenne dessinée par Butler à Umm el-Gemal (1).
La chambre sépulcrale est à peu près carrée et mesure en moyenne 6 mètres X 6 mèlres. Elle possède sur chaque paroi, sauf naturellement du côté de la façade, deux loculi ayant chacun une fosse (2). A l’intérieur du loculus situé vers l’angle nord-ouest, il y a en plus deux niches. Ces
loculi, du moins les deux du fond de la chambre, présentent sur les parois latérales quatre rainures (pl. XXXVIII, 3 et fig. 24), larges en moyenne de 0ra,07 et profondes du 0ra,06, dans lesquelles on pouvait faire glisser des dalles en guise de rayons et diviser ainsi l’enfoncement en une série de petits étages. Dans la figure 24, nous avons marqué ces dalles en pointillé, a\ a 2, etc. Les petits étages auraient été euxmêmes divisés en trois dans le sens de la longueur, à en juger par deux marques verlicales laissées par les cloisons sur la paroi du fond du loculus et visibles dans la photographie (pl. XXXVIII, 3). Une pareille subdivision a néanmoins de quoi surprendre, car la largeur totale du loculus étant seulement de lm,28, chaque compartiment n’aurait pu avoir plus de 38 à 40 centimètres de large, ce qui semble un peu étroit pour une sépulture, à moins qu'il ne s’agisse de sépultures d’enfants ou de niches pour y déposer des urnes funéraires. Par ailleurs, la largeur de 38 à 40 centimètres cadrerait assez bien avec la hauteur qui était de 0ra,35.
La disposition que nous venons de signaler rappelle les nombreux fours superposés dans les tombes nabatéennes bâties de Umm el-Gemal au sud du Hauran (3). Elle était courante dans les tombes romaines et en particulier dans les columbaria.
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Fig. 24. — Médàin-SAleh. Loculus de la tombe A 6.
(1) Ancient architecture in Syria, Section A, P. 3, p. 156, fig. 132 B.
(2) C est par erreur que dans le vol. I, p. 358, nous avions parlé seulement de deux fosses et de deux loculi.
(3) Voir les plans donnés par Butler, op. cit., p. 206, 207 et 209.
OTES COMPLEMENTAIRES SUR MEDÀIN-SÀLEH.
La fosse creusée dans le sol du loculus avançait un peu en dehors, à l’intérieur de la chambre. Elle était recouverte avec des dalles reposant, sur les deux grands côtés, dans une entaille ménagée à cet effet.
L’entrée du loculus lui-même parait avoir été fermée, ce qui est assez rare dans les autres tombes. On voit de chaque côté, sur le devant, une entaille faite, semble-t-il, pour recevoir un cadre de porte. Les deux échancrures du haut (pl. XXXVIII, 3) sont particulièrement caractéristiques et montrent qu’on devait fermer cette grande haie avec une porte plutôt qu’avec des dalles.
Monuments du groupe B. — Nous donnons dans la planche XXXIX une vue de la tombe B 2 qui est un beau spécimen de grande tombe du type héger. Le bas est inachevé, mais le reste est dans un parfait état de conservation et toutes les moulures sont presque intactes. Le petit édifice qui encadre la porte est un peu plus dégagé qu’à l’ordinaire. Il rappelle ceux de A 3 et de quasr es-Sâne' (I, p. 360 et 364) dont l’entablement est cependant beaucoup moins surhaussé. Ici encore, dans B 2, les pilastres sont beaucoup plus sveltes, un peu trop sveltes même, étant donné leur hauteur; ils sont accompagnés en outre d’une colonne engagée aux trois quarts. On notera la forme des chapiteaux des grandes antes qui est si commune au Héger, dans les grands comme dans les petits monuments, et qu’on retrouve à peine à Pétra.
M. Puchstein, dans sa remarquable étude sur les façades des tombes nabatéennes (1), regrettait de n’avoir sous la main qu’une petite photographie de la tombe B 6, le plus ancien monument daté du type héger et même la plus ancienne tombe datée de Médâin-Sâleh. Nous l’avons prise cette fois isolément, sur une nouvelle plaque 18 X 24 (pl. XL), et à l’aide de nos échelles, nous avons mesuré tous les détails du monument, du haut en bas. Le diagramme que nous en donnons (fîg. 25) présente quelquesunes des mesures essentielles de cette façade qui permettront aux architectes de la mettre en proportions et d’en analyser le tracé complet. Les coupes (fîg. 26 et 27) fournissent tout le détail des proportions de la modénature.
Sans aborder ici l’examen raisonné de ce tracé, on ne saurait omettre de faire observer au lecteur moins familiarisé avec les mathématiques architecturales combien les chiffres fondamentaux inscrits sur le diagramme ont d’intérêt pour révéler d’où procède ce style. Il suffît d’obser-
(1) Jahrbuch des kaiser, dcutsch. Archdol. Inslit., 1910, p. 19 (lu tirage à part.
JUSSION EN ARABIE
Fig. -25. — MédAin-ÇAleii. Diagramme de la tombe B 6 avec les principales mesures.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH
ver, par exemple, les cotes de l’ordre des pilastres d’angle pour avoir en mémoire un tracé g réco- romain de basse époque, fondé sur le module normal :
demi-diamètre de la base : soit 0m,64 divisé par 2 = 32.
Décompte fait d’erreur minime dans l’exécution par évidement dans le massif rocheux, on remarque aussitôt que l’amincissement du pilastre, de la base au faite, est de 0m,G4 — 0m,56 == 8, soit un quart de module. Hauteur des chapiteaux, 0ra,635; soit sensiblement deux modules. Hauteur du fût, 5m,ll :
0,32 = 16 modules. Hauteur de l’entablement, lm,39 : 0m,32 = 4 modules 1/4. Hauteur de l’attique et corniche,
2"',35 : 0m,32 = 7 modules 1/2. Couronnement à escalier, 2ra,80 : 0,32 = 8 modules 3/4. Hauteur réunie del’attique et du couronnement, 2m,35 +2in,80 =
5m,15, ce qui correspond à la hauteur du fût des pilastres, 5,n, 1 1 (1). Largeur de l’ouverture de la porte, 0m,97 : 0m,32 = 3 modules. Hauteur de l’ouverture de la porte, lm,75 : 0,32 = 5 modules 1/2. Entrecolonnement en façade à gauche lm,89, à droite 1 111 , 9 5 = 3 modules. Hauteur de l’ordre du portail,
2m,55 : 0m32 = 8 modules, la moité du grand ordre, etc. etc. Les petits écarts qu’on notera seront imputés vraisemblablement à la négligence d’exécution ; mais toutes ces façades ont dû être tracées d’après un principe d’architecture emprunté à l’art gréco-
romain et qui se rattache principalement à l’ordre corinthien.
(1) La diilèrence île 4 centimètres peut être due à ce que le lias des pilastres n’est pas entièrement fini ; on peut s’en rendre compte en jetant un coup d’œil sur la planche XL.
Fig. 26. — Médâin-Sâleh. Tombe B 6; moulures du grand entablement.
La ligure 20 reproduit toutes les moulures de l’entablement supérieur, moulures qui reviennent à peu près toujours les mômes dans les grands monuments. On a dans la figure 2T une double coupe de l’encadrement de la porte. La première, C D, va du sommet du fronton, y compris l’acrotère, jusqu’au soffite; la seconde, E F, donne le profil des pilastres et de la moulure qui encadre immédiatement la baie.
Nous avons cru utile de donner un croquis encore plus minutieux des triglyphes et des métopes (fig. 28) dont les mesures sont particulièrement importantes à connaître. L’ensemble des sculptures et des moulures du portail, travaillé avec soin et en somme bien conservé, apparaît nettement dans la planche XLI. Les marguerites qui ornent les métopes ne sont ni semblables, ni disposées avec symétrie. A noter les restes de stuc dans le tympan et sur l’architrave.
Au sommet du monument (fig. 29), les créneaux ont 0m,33 de profondeur; la façade se détache encore de 60 centimètres, puis vient un ressaut de 0m,72. Au-dessus, 0m,80 en arrière, on a creusé une grossière rigole destinée à détourner les eaux qui dévalent du sommet de la colline afin de les empêcher de couler sur la façade.
La question des fameux chapiteaux nabatéens reste toujours en suspens.
MM. Kohl et Puchstein les croient dérivés de chapiteaux alexandrins; c’est tort possible, mais nous ne sachons pas qu’on ait fourni encore de prototype bien caractéristique. Jusqu’ici cette forme de chapiteau ne
Fig. 27. — MédAin-ÇAleh. Tombe B 6; moulures de l’entablement et du radre de la porte.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH
Fis
28. — Médâin-ÇAleh. Tombe B 6; métopes de l’entablement du portail.
s’est rencontrée qu’en territoire nabatéen. Afin de permettre aux architectes, désireux d’étudier le sujet de plus près, d’établir dos comparaisons très serrées, on a donné ici et plus loin des photographies de plusieurs types de ces chapiteaux en les accompagnant toujours d’un schéma sur lequel sont inscrites un grand nombre de mesures.
Le chapiteau de B 6 (fig. 30 et pl. XLII, 1) appartient à la série de ceux que nous avons appelés chapiteaux composites. Ce sont les seuls employés dans les grands monuments de Pétra et ils sont aussi les plus fréquents à Médâin-Sâleh
dans les tombes du type liéger. Le peu d’épaisseur des cornes et le relief relativement peu considérable, vers le centre, prouvent qu’on ne se proposait point de les sculpter autrement qu’ils ne sont; par exemple d’y détacher plus tard des feuilles d’acanthe. À ce point de vue-là ils sont finis; mais il n’est pas sur du tout que dans leur état actuel la décoration soit parachevée. Il est facile de remarquer, dans la photographie, que la partie supérieure n’a point la finesse de taille des moulures du bas, ni des autres moulures en général, ni même du simple pilastre. C’est à peine si cette taille peut être comparée à celle des grandes parties vides de la façade comme celle qu’on voit à droite dans la photographie. A y regarder de près, on trouvera même que cette partie de la façade est un peu mieux soignée que le haut du chapiteau. Ceci ne semble pas naturel. Il faut en conclure, croyons-nous, que tout le haut du chapiteau devait être plus tard stuqué. On l’aurait recouvert d’une légère couche de plâtre très unie pour lui donner plus de poli, ou bien d’un stuc plus épais reproduisant une décoration quelconque ainsi qu’on peut le constater pour les chapiteaux de différents monuments de Pétra et ainsi que M. Kohl l’a mis en évidence pour le Qasr Fira'un fl).
Fig. 20. — Médâin-Sâleh. Tombe B 6; le sommet du monument.
(1) U. Kohl, Kasr Firaun in Petra, p. 15 ss., 20 ss., 30 ss. etc.
[/entrée de ces tombeaux a jadis été fermée par une porte en bois. 11 suffît de jeter un coup d'œil sur les montants de la fig. 31 pour s’en convaincre et pour avoir une idée de la fermeture. On introduisait dans un trou, e (1), l’extrémité d’une pièce de bois dont l’autre bout venait battre contre le second montant, sur le bord de la rainure, /; à coups
de marteau on engageait le bois dans cette rainure, d’abord peu profonde, et l'on obtenait ainsi un point d’appui solide dans lequel la porte était montée. Dans le bas, celle-ci pivotait sans doute dans un petit trou qui aura disparu. Les portes étaient soigneusement fermées, avec des clefs et des serrures en bois comme celles qui sont encore en usage dans Je pays. On voit au milieu du montant de gauche le trou dans lequel s'engageait le pêne formé d’un solide morceau
(1) Ce trou e mesure dans B 6 0"\07 de profondeur sur 0,09 de hauteur et 0»>,15 de largeur; dans B 7 il a : prof. 0,08, haut. 0,12, larg. 0,10. La rainure /'avait dans B 6, 0,08 de prof, et 0,10 de haut; elle ne se prolongeait pas sur toute la largeur du montant mais avait seulement 0,18 de long. En introduisant le bois on a tellement forcé qu’on a ébréché le montant et prolongé ainsi en quelque sorte la rainure. Dans B 7 celte rainure /'existe sur toute la largeur du montant et mesure en moyenne 0”>,10 de prof, et 0,09 de haut. — Les trous pour les pênes des serrures ont dans B 6, 0,10 de côté et 0,09 de profondeur; dans B 7, celui du haut, 0,06 de côté et 0,11 de prof.; celui du bas, 0,10 de prof., 0,13 de haut, et 0,06 de larg.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEIL
de bois de sayal. Dans beaucoup de cas, comme par exemple pour B 7 (fig. 31), il devait y avoir une double serrure. La porte de la tombe voisine, B 5, est tout à fait identique à celle de B 7 et toutes les autres correspondent plus ou moins aux deux types que nous venons de donner.
Comme point de comparaison avec la tombe précédente, B 6, et pour l’étude des petites façades qui encadrent les portes des grandes tombes, on a reproduit dans les planches les portes de B 5 (pl. XL111) et de B 7 (pl. XL1V). Ces frontons qui, au premier abord, ont l’air tous
Fig. 31. — MKDÀrx-SÂLF.n. Montants des portes des tombes B 7 et B 6.
identiques, ne laissent pas que d’offrir des variantes parfois assez sensibles. Ainsi, tandis que dans B 6, la tombe la plus ancienne, toutes les moulures du haut, sauf la dernière qui n’est point reproduite dans le bas, viennent se fondre aux angles, avec le couronnement de la frise, ce qui est classique; dans B 7, cette fusion n’est plus complète; dans B 5 elle l’est encore moins, en attendant que la partie supérieure du fronton s’appuye simplement sur la base sans aucune liaison comme dans F 4 (1, p. 385). Cette dernière particularité, excessivement rare, se retrouve encore dans un monument nabaléen, le temple de Sweida, daté par Initier du règne de Malikou I (50-20 av. J.-C.) (1) et par conséquent antérieur aux monuments de Ilégrâ.
L’artiste qui a sculpté l’entablement de B 5 s inspirait de la tombe voisine, B 6. Il a reproduit matériellement les marguerites qui sont
(1) American arcli. exped. lo Syria 1899-1900 : Architecture, p. 333
entre les triglyphes, les unes à quatre, les autres à six pétales, les laissant clans le même ordre. L aigle du sommet du fronton se distingue du précédent par sa grande queue déployée et divisée en deux. Il est rare d avoir dans ces façades une urne aussi Lien conservée que celle qui repose sur l’acrotère de gauche; elle est quasi entière; son galbe ne manque pas d’élégance.
Nous n’avons pas résisté à la tentation de reproduire (pl. XLIV) la grande photographie que nous avions rapportée de la porte de B 7, quoique cette petite façade eût déjà paru sous plusieurs formes dans le v°l. I- La nouvelle vue, mieux que toutes les précédentes, donnera une idée complète du monument. M. Dussaud s’est demandé s’il ne faudrait pas voir des cornes, et des cornes d antilope, dans ce que nous avons appelé des serpents accostant une tête, au centre du tympan (1). Assurément non; il suffira de jeter un simple coup d’œil sur la photographie pour s’en convaincre; ce sont des reptiles qu’on a voulu dessiner. Le mouvement du corps, de petites incisions faites sur le côté pour simuler les écailles du serpent ne laissent point de doute à ce sujet. Si la tête du reptile disparaît derrière les oreilles du mascaron, c’est qu’il y a peut-être là un symbole dont la signification nous échappe. Les cornes de l'antilope ou « baqar el-mahàh » sont droites, à peine présentent-
elles une légère inflexion en arrière; elles n’ont donc absolument rien qui puisse les faire comparer a 1 objet en question (2). — Les deux urnes aux angles du fronton sont presque intactes, notamment celle de gauche. Elles présentent une forme un peu différente de celle des précédentes. — Sur le devant du chapiteau de droite figure une petite décoration au trait qui reparaît dans un ou deux autres cas. On en avait une toute différente sur un des chapiteaux de la pl. XLI. — La photographie donne bien les trois trous du sommet de l'architrave et d’au-dessus delà porte; il y en a encoie un autre entre les pattes de l’aigle. Ces trous ne peuvent être que pour fixer une décoration.
Dans tous ces petits édifices, on aura remarqué, sous l’architrave, à côté de chaque chapiteau, une petite saillie imitant un bout de poutre qui s avancerait en guise de corbeau pour servir de support à 1 entablement. La grande majorité des édifices à fronton triangulaire, qui encadrent les portes, présentent cette singularité.
(1) Journal des Savants , octobre 1910, p. 472.
(2) Le ouâsem des Fuqarâ appelé debîb est censé représenter deux cornes d'antilope; il y en a un dans la planche XLIII, à gauche dans le bas; d’ordinaire il est encore moins infléchi que cela. On ' oit que ces cornes n ont absolument rien de semblable avec ce qui est représenté ici dans le tympan de la porte.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDA1N-SALEH
La tombe B 11, dont la façade a été étudiée ailleurs (I, p. 333 et 337), méritait un plan (fig. 32) à cause de l’inscription gravée à gauche du froüton qui divise le monument entre deux personnes,
Hagaru et Mahmyat (I, p. 107).
La première aurait possédé « cinq coudées à droite » et l’autre « cinq coudées... », probablement « à gauche ».
L’intérieur (fig. 32) comprend une salle peu régulière mesurant en moyenne 5m,40, cln nord au sud, sur 2m,90 d’est en ouest. A l’angle sud-est, est creusé un loculus faisant suite à la paroi méridionale; il a2m,67 de profondeur, lm,10 de largeur et lm,60 de hauteur. Au-dessus de cet enfoncement, au point I dans la coupe A B, se trouve l’inscription nabatéennen0 13(1, p. 166), nous disant que Hagaru a fait le loculus pour Muslimu son frère et pour Mahmyat sa tante.
Vraisemblablement les deux avaient une sépulture commune. On s’attendrait à trouver Mahmyat ensevelie à l’autre extrémité du tombeau, dans la partie que le texte de la façade semblait lui réserver.
Comme c’est Hagaru qui a pris soin de la sépulture de sa tante
et de son frère, elle les aura peut-être fait déposer dans sa propre tombe, s’attribuant ensuite le reste du monument.
En plus du loculus qui vient d’être signalé, il y avait une niche au-dessus de la porte d’entrée et une autre dans la paroi méridionale. Il devait en exister encore une troisième vers l’angle nord-est, mais celle-ci a été
Fig. 3-2.
Médàin-Sâleii. La tombe B 11, plan et coupes.
, 5 , ; : Jb ■ ■ ~ l'vrmrt"
Fig. 33. — Médâin-Sàleh. Tombe de la mère de Ka’abu.
convertie plus tard en banquette pour s’asseoir. Le tombeau, ayant servi d habitation à une époque postérieure, a sujû en effet plusieurs changements. On a exhaussé le plafond, très irrégulièrement, sur une hauteur de 0‘", 50 environ, et 1 on a ouvert sur le devant, tout à fait dans le haut, une fenêtre c avec une lucarne à côté d.
La paroi entre les tombes B 11 et B 10 était peu épaisse; aussi l’a-t-on défoncée au point a quand on a voulu y creuser une niche ou bien quand on a transformé la niche.
A la suite de B 11 vient une tombe dont la façade a complètement
disparu s’il y en a jamais eu; à côté, un escalier encore très visible (pl. XLII, 2) conduisait sur la colline.
Ap rès avoir contourné l’extrémité méridionale de qasr el- Bint, nous passons devant la tombe de la mère de Ka'abu dont 1 inscription est si intéressante (I, p. 172). C’est ce qui nous engage à donner une vue générale du monument avec un petit croquis (pl. XLV, 1 et fîg. 33), quoique la tombe elle-même ne dise pas grand’chose. Dans le croquis, elle est vue de face avec une coupe transversale. Ainsi que nous avons eu 1 occasion de le dire, c’est une longue niche creusée dans la paroi de la montagne, à plusieurs mètres du sol. Comme le rocher est assez fortement incliné, elle est plus large dans le bas que dans le haut. Au sommet existe tout le long une petite entaille contre laquelle venaient s appuyer les dalles destinées à fermer la sépulture.
Le devant de la tombe voisine, B 21, est envahi par un éboulis qui permet de pholographier à même les chapiteaux des antes et quelques autres détails de la laçade. Le chapiteau (pl. XLV, 3 et fîg. 34) appartient toujours au type nabatéen, par les cornes, parle bouton central et parle galbe général. Il n a point de griffes dans le bas et représenle une des formes les plus simples. La figure 34 en donne les principales mesures; le n° 2 reproduit le dessus du chapiteau et le n° 3 le dessous. Parmi les fragments d’architecture dessinés par M. Butler à Umm el-Gemal, qui fut un centre nabatéen, on trouvera deux chapiteaux intéressants à rapprocher de celui que nous donnons ici (1).
L encadrement de la porte de cette tombe, B 21, est inachevé et ce qui
(1) A acient Arch. in Syria. Section A, Soutliern Syria, Part 3. p. 156 et 211
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH
en a été fait a dû être exécuté à la liàte. L’aigle (pl. XLV, 2) paraît fini quoique grossièrement sculpté; il ne ressemble guère à ceux des frontons précédents. Par contre, on pourrait le comparer à l’aigle qui orne les façades de A 5 et de E 18, tombes datées de l'an 40 de Harétat. Les vases sur les acrotères, de chaque côté du fronton, sont mal dessinés et incomplets; la panse était ornée de grandes feuilles dans la genre des feuilles d’acanthe.
Monuments du groupe G. — La vue d’ensemble du troisième groupe de tombes, G (pl. XLV, 4), a été prise de l’est. Ce mamelon n’a point
la majesté de celui de qasr el-Bint et la pierre elle-même est d’une qualité inférieure; aussi les monuments sont-ils pour la plupart moins grands que les précédents. Au-dessus du rocher détaché, au nord-ouest de la colline, on a creusé plusieurs fosses. Il y en a deux, entre autres, juxtaposées et séparées par un intervalle de 0ra,45. L’une d’elles mesure 5m,45 de long et 0m,70 de large; la seconde est inachevée. Dans l’angle du rocher était encore une petite chambre dont on a défoncé le plafond en voulant creuser une fosse au-dessus.
La tombe G 2 est une petite tombe à escaliers dont la façade a été taillée avec assez de négligence. Elle offre celte particularité que l’escalier de gauche n’a que quatre marches, tandis que celui de droite en possède cinq. Il est possible que la dernière marche, à gauche, dans le bas, ait disparu; on croit en distinguer encore quelques traces; en tout cas le sculpteur avait fort mal pris ses mesures. Les degrés inférieurs ne reposent pas immédiatement sur la gorge; ils s’arrêtent à quelques centimètres au-dessus, ce qui se rencontre très rarement (1). La gorge
(1) On retrouve cette particularité dans une tombe voisine, C 7, dont nous avons donné la photographie dans le vol I, p. 363.
est moins accusée qu à 1 ordinaire. Le bas de la façade est lisse et coupé uniquement par la porte, encadrée d’une plate-bande de 0n,,03 de relief
que surmonte une toute petite corniche.
L’intérieur du monument (fig. 35) contraste aussi un peu avec ceux qu on a vus jusqu’ici. Lue grande fosse de 4"', 48 de long sur O"1, 83 de
large occupe tout le fond de la chambre et pénètre même à gauche sous la paroi. Elle était couverte avec des dalles dont une extrémité reposait sur le g sol tandis que l’autre venait s’engager dans une petite rainure creusée en face dans la paroi. Sur le côté gauche de la salle, il y a une seconde fosse, longue de 2"', 30 et large de lm,50, avançant de O"1, 70 sous le roc. Elle était fermée de la même manièi’e que celle du g fond, mais il y avait en plus une entaille dans le sol au bord du trou. La troisième fosse, à droite en entrant, ressemble beaucoup à la 2 3 ** précédente dont elle repro-
mèt ré.* duit à peu près les dimen-
Fig. 33. — médâin-SAleu. Tombe C 2, plan par terre sions, 2m,30 X lm,58. Le
et coupe- mode de fermeture est tou¬
jours le même. Ici cependant la rainure dans la paroi est à (T ,25 au-dessus du niveau delà salle et les dalles devaient être assez fortement inclinées; il n’y a point de seconde entaille au bord de la fosse. Tous ces trous sont plus ou moins emahis parle sable et les décombres; leur profondeur actuelle varie enlre 0m,50 et 0"',85; jadis ils ont du être beaucoup plus profonds.
L’inscription nabatéenne, n° 24 (I, p. 184), gravée sur la façade de G 6, mentionne la division du tombeau entre deux personnes 'Anamu et A rsa k sa h : « à 'Anamu appartient le tiers du tombeau et de la chambre
NOTES COMPLEMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH.
sépulcrale et à Arsaksali appartiennent les deux tiers du tombeau et de la chambre, et sa part de loculi est à l’orient et les loculi de ce côte, et à 'Anamu sa part de loculi est à Test-sud et les loculi qui s’y trouvent ».
On a sous les yeux (fig. 30) le plan de la tombe ainsi divisée avec son orientation. Elle comprend cinq loculi dont deux sont de véritables petites chambres. Tous ces loculi sont creusés dans la paroi à 0m,90 en moyenne au-dessus du sol; ils sont très irréguliers, surtout les deux du sud; aucun ne possède de fosse.
La salle elle-même manque de symétrie et les parois ont été mal dressées. Dans la coupe A B, nous avons cherché à rendre à peu près la forme des lignes. Sur le côté de la façade, à droite en entrant, à 1 mètre du sol, il y a une petite niche de O"1, 9 5 de long sur 0m,31 de profondeur destinée à recevoir le cadavre d’un enfant. Tout autour de la niche se trouve une
rainure dans laquelle s’encastraient les pieries qui fermaient la tombe. Dans le fond de la chambre, presque au ras du sol, on a une seconde niche (c) un peu plus grande que la précédente, elle mesure lm,40 X
mil ru
Fig. 3(>. — Médâix ÇÂi.EJi. Tombe B 6, plan par terre et coupe.
Les deux petites chambres creusées au fond de la salle (a, d) avec le loculus qui les sépare (b) constituaient sans doute la part de Arsaksali; les deux autres loculi situés au sud plutôt qu’au sud-est auraient été à 'Anamu.
Nous avons encore à signaler dans ce même groupe la tombe G 11
(pl. XLVI, 1 et fig. 37), une façade lisse à deux rangées de créneaux, pouvant mesurer 5 mètres de large sur 7 à 8 mètres de haut. Elle a cela de particulier que la rangée de créneaux n’est point comprise comme d’ordinaire entre deux tores. Celte moulure existe dans le bas, mais au sommet il y a comme une sorte de plate-bande séparant les créneaux de la moulure en biseau qui remplace le second tore. Les créneaux supérieurs sont encadrés dans le haut et ne reposent pas immédiatement sur le tore; ils sont à quatre degrés seulement. Ceux du bas ont cinq degrés, aussi sontils moins espacés à la base. Le cadre de la porte (fig. 37) est très
simple et d’un type courant,
O.Tb
Fig. 37. — MédAin-Sàlf.ii. Tombe C 11 ; angle de la façade et cadre de la porte.
mais au lieu d’une platebande d’un léger relief, comme dans les tombes voisines, le relief égale cette fois la largeur du cadre sur le devant.
Groupe E’. — Au nordouest du groupe E’, un rocher isolé dans la plaine a été utilisé pour sculpter une façade et y creuser une tombe.
Ce monument était un beau
spécimen du type appelé proto-heger, mais par suite de la mauvaise qualité du grès, la partie supérieure a beaucoup souffert des injures du temps (pl. XL\f, 2). L encadrement de la porte, qui est en très bon état, est formé d’une plate-bande bordée d’un listel et surmontée d’une corniche en biseau selon la forme courante. La plate-bande n’encadre pas immédiatement l’ouverture de la porte; il y avait encore tout autour de la baie un petit ruban, en partie détruit sur les côtés.
Le tombe E’ 3 ( pl. XLVI, 3) est une des mieux conservées sinon la mieux conservée de tout ce petit groupe. Nous avons mesuré la façade très en détail (fig. 38). Celle-ci est un peu large pour la hauteur; du reste * cest tout 1 ensemble qui est lourd en comparaison des autres tombes de la même catégorie. Ainsi par exemple, les chapiteaux des antes (fig. 39) mesurent d’une corne à l’autre l’",04 tandis que ceux de la grande tombe B 6 étudiés plus haut, atteignaient à peine 0"‘,98. Il est vrai que ces derniers sont des chapiteaux composites, d’ordinaire moins développés que les chapiteaux simples avec griffes; mais il y a aussi une différence consi-
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH
dérable entre les hauteurs des deux tombes. L’inscription que renfermait. le cartouche est complètement détériorée. On arrive cependant à retrouver au début la formule courante ... >033 n:"ï et vers la fiu nous
croyons lire nur ( année six), suivi de quelques signes illisibles et
d’un S, ce qui inviterait à restituer le nom de Rab’el. Ce serait donc une des tombes les plus jeunes de Médâin-Sâleh.
Nous donnons en détail (fig. 40) le petit édifice de la porte avec les mesures et le profil des moulures. Nous avons déjà rencontré ce genre d’entablement (A 2, p. 79) qui se retrouve encore dans F 1 (p. 101) et, dans quelques autres tombes très rares. A Itégrâ, le fronton triangulaire
était de beaucoup l'ornementation la plus courante dans les portails des grandes tombes. Ici le petit chapiteau est surtout fort excentrique (pl. XLVII, 1); nous n’en avons point encore vu de semblable. Il y a en somme deux chapiteaux, non plus superposés, comme dans les chapiteaux que nous avons appelés composés ou composites, mais plaqués l'un sur l'autre. Sur le devant d’un chapiteau nabatéen des plus simples, dans le genre de ceux de B 21 (p. 91), on a
appliqué un second chapiteau formé d'une doucine avec un astragale dans le bas, reposant sur un petit pilastre. Le commencement du même dessin est reproduit aussi sur les côtés. Dans tous les monuments de Médàin-Sâleh, nous n'avons point noté de chapiteau semblable.
Seuls les petits chapiteaux qui encadrent la porte de F 1 peuvent lui être comparés.
On le rapprochera de certains chapiteaux des monuments de Pétra; par exemple, des chapiteaux inférieurs de ed-Üèr et surtout des chapiteaux du second étage dans la grande tombe à trois étages (1). Ces derniers, d’après le dessin de M. de Domaszew
r 0 Zi
(1) Musil, Arabia Patræa, II, 1, p. 133.— Brünnow et de Domaszewski, Die Prov. Arab., 187 et 169.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SÀLEH.
Dans le voisinage de E’ 3 nous notons plusieurs petites tombes à créneaux dont les créneaux au lieu de reposer directement sur un tore comme à l’ordinaire, reposent sur une gorge d’un tracé particulier, beaucoup moins développée que la gorge des tombes à escaliers. E’ 4 appartient à cette catégorie de monuments et ressemble beaucoup à celui que nous donnons sous la figure 41 et pl. XLVII, 2. C’est une petite façade de 2m,85 de large sur une hauteur totale de 4“,45. Elle est surmontée d’une rangée de cinq créneaux à cinq degrés. L’entablement est supporté par deux
pilastres, larges de 0m,34, que couronnent deux chapiteaux nabatéens à griffes, hauls de 0m,32 et larges à leur sommet de 0m,56. L’architrave ou l’espace compris entre le tore et le chapiteau est de 0m,40.
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BP.
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Fig. 41. — Médâin-SAleii. Petite tombe couronnée par des créneaux reposant sur une gorge.
Groupe E. — Il est difficile de prendre une vue d’ensemble de toutes les tombes du groupe E à cause de l’irrégularité des collines dans lesquelles sont taillés ces monuments; il a donc fallu se contenter de photographier séparément plusieurs points.
Les premières tombes sont très détériorées. E 1, daté de l’an 16 de Harétat, an 7 de notre ère, est un tombeau à deux rangées de créneaux. Les créneaux supérieurs ont à peu près complètement disparu; tout le bas de la façade est éventré; on reconnaît néanmoins sur un côté un fragment de pilastre. La photographie que nous avons prise de ces débris est inutilisable, de sorte que E 1 sera la seule tombe datée de Hégrâ dont on ne possédera point de reproduction.
En avant de E 3, mais tout à côté, est une de ces petites tombes à créneaux avec gorge dont il a été question quelques lignes plus haut. Elle est en assez mauvais état comme la plupart des monuments de cette région de Hégrâ. Le bas de la façade est presque méconnaissable et elle est envahie par les sables jusqu’au sommet de la porte. Néanmoins comme la partie supérieure est bien conservée, ce qui est rare à cet endroit, et qu’on voit même très bien un des chapiteaux d’ante (pl. XLVII, 2), nous avons choisi
MISSION EN AltABIË.
ce monument comme type pour représenter la classe des tombes à laquelle il appartient. On trouvera les dimensions inscrites dans le croquis (fig. 41). Le profil de la gorge qui s’avance à la base presque autant qu a son sommet est assez caractéristique. L’entablement est un peu plus large à la base qu’au sommet; il n’est donc pas absolument perpendiculaire sur les côtés; ceci est surtout sensible dans l’architrave.
La tombe E 3 (pi. XLVII, 3) est éventrée dans le bas; cependant le fronton de l’édifice de la porte est encore en très bon état et donne une
idée suffisante de l’encadrement tout entier. L’inscription est endommagée par une cassure et on ne peut plus lire l’année du règne de Harétat en laquelle ce monument a été fait.
Pour remédier au mauvais état du rocher, on avait complété avec du plâtre ou de la pierre la gorge du petit tombeau situé entre E 3 et E 4. On peut voir dans la photographie d’ensemble (pl. XLVIII, 1) les trous de scellement qui ont servi pour cet ajustage.
E 4 (pl. XLVIII, 1) n’a point échappé à la dégradation des tombes voisines: c’est un monument du type heger, daté de 1 an 48 de Harétat (39 de J.-C.j. Les chapiteaux des grands pilastres sont à griffes et non point composites, comme dans la majeure partie des façades les plus monumentales.
La seconde échancrure de la colline E présente quatre tombes, toutes d’un type différent (pl. XLVIII, 2). E 6 porte encore une inscription de l’an 48 du règne de Harétat (I, p. 195). Presque tout le devant de la chambre a été emporté, mais le haut de la façade est relativement en bon état (pl. XLVII, 4). Elle se termine par une rangée de sept créneaux encadrés à leur sommet. Sous le tore, il y a une plate-bande d’un léger relief qui divise l’architrave en deux parties à peu près égales. Les chapiteaux si simples des pilastres figurent dans plusieurs autres petits monuments.
L’intérieur de E 9 (fig. 42) est une chambre assez régulière de 3 mètres de large sur 2m,70 de profondeur. Le fond de la salle est occupé par une longue fosse semblable à celle que nous avons signalée dans C 2; à chaque extrémité, elle s’engage environ de 0m,70 sous les parois latérales de
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH. 99
la chambre. En plus de cette fosse, il y a une niche dans la paroi méridionale et un loculus à droite en entrant; celui-ci a été creusé avec assez de négligence.
Les tombes les mieux conservées du groupe E se trouvent dans l’enfoncement que présente sur sa face nord-est la dernière colline, au sud. Il y a là sept monuments dont trois sont déjà connus (1). La planche XLIX en donne trois autres. Parmi ces derniers, E 12 mérite une attention spéciale. C est une petite façade lisse, à créneaux, du type le plus simple et en forme de pylône (pl. L, 1). Elle mesure au sommet de la porte 3m,12 de large et sa hauteur totale est de 4m,90. Les créneaux ont très peu de relief; ils sont à cinq degrés et ne reposent pas immédiatement sur la moulure. Celle-ci n est pas arrondie sur le devant et par conséquent ne constitue pas un vrai tore mais plutôt une sorte de corniche aux arêtes vives. L’ouverture de la chambre est de 0m,88 X lm,77. On remarque dans le haut une double échancrure destinée sans doute à recevoir une pièce de bois dans laquelle était montée la porte (2). Au-dessus de la haie, il y a une petite moulure en biseau ménagée dans le rocher. C’est l’unique exemple que nous ayons rencontré à Médâin-Sâleh d’une porte non encadrée et surmontée d une moulure isolée. Ceci est au contraire assez fréquent à Pétra, surtout dans ce genre de petites tombes; le plus souvent même on ne se préoccupait point de la moulure en sculptant la façade, on l’insérait apiès coup dans une rainure. Avec le temps, les pierres qui formaient cette corniche sont tombées et il ne reste plus actuellement qu’une entaille dans le roc là où il y avait jadis une moulure très en saillie (3).
Ce détail d ornementation a dû être inspiré par la vue de certaines constructions, soit en pierres, soit en terre, dans lesquelles le dessus des portes était protégé par une rangée de petites dalles encastrées dans le mur et sortant plus ou moins. Dans plusieurs tombes du rugm Sôhar on trouve des dalles ainsi placées au sommet du monument (p. 171). Nous avons jadis signalé sur la façade d’un des nawâmis de Feirân, dans la péninsule sinaïtique, trois niches protégées de la sorte par des dalles, débordant au-dessus de 0m,20 environ (4).
Fig. 43. — MédAin-SAleh. Tombe E12; coupe d’une fosse.
U) E 15 et E 16, vol. I, p. 308 ; E 11, p. 343.
(2) Voir d-dessus, p. 87, le mode de fermeture des tombes B 6 et B 7.
(3) Cf. Brünnow et de Domaszewski, Die Vrov. Arab., p. 138, fig. 117-119; p. 139, fig. 121, 122, eîc.
(4) RB., 1907, p. 404.
L’intérieur du tombeau mesure environ 3m,50 X 4 mètres. A droite en entrant, il y a une fosse dans le genre des fosses latérales de G 2 (p. 92) ; seul le mode de fermeture était un peu différent. L’extrémité des dalles au lieu de s’engager dans une rainure reposait sur un petit rebord de 0,n,10 ménagé au pied de la paroi (fig. 43). Dans le fond de la salle, à gauche, il y avait une seconde sépulture en forme de niche.
E 14 (pl. XLIX, 2) ressemble beaucoup à E 12. La forme pylône est un peu moins accentuée; la moulure sous les créneaux est achevée, c’est un petit boudin. La porte a été négligée, le cadre est à peine ébauché ; elle mesure lm,05 de long sur lm,80dehaut. La largeur totale du monument est de 3ra,50 ; sa hauteur approximative, de 5 mètres.
L’inscription qu’on lit sur la façade est datée de l’an 2 de Rab’el ou de l’an 72 ap. J. -G. (I, p. 197). Elle nous apprend que ce tombeau est à Hinat fille de 'Abd'obodat et que précédemment il était la propriété de 'Abd'obodat. M. Puchstein en a conclu que la façade était antérieure d’au moins une génération à la date indiquée.
La conclusion ne s’impose pas nécessairement, car le texte pourrait bien avoir été gravé au moment où le père fit don du tombeau à sa fille, par conséquent du vivant même de 'Abd'obodat, et rien n’indique qu’à ce moment- là le tombeau eût déjà été fait depuis un certain temps ; la vue du monument inachevé ferait plutôt croire le contraire. La tombe voisine, E 16, encore moins achevée que celle-ci, est de l’an quatre de Rab’el. Il est assez piquant de relever ces deux uniques dates de 72 et 74 de notre ère, deux des plus récentes fournies par les monuments de Médâin-Sâleh, dans un coin où se trouvent les tombes jugées les plus anciennes (1), et qui plus est, sur une de ces tombes.
La face sud-est de la colline, en dehors de l’enfoncement dans lequel sont situées les tombes précédentes, offre elle aussi plusieurs façades en assez bon état (pl. L, 2). Le premier monument, à droite, n’est qu’à moitié dégagé, mais la partie travaillée est complètement finie. On voit que du premier coup, sans ébauche préalable, la façade était sculptée dans tous ses détails sans qu’il fût besoin d’y revenir. C’était en effet beaucoup plus commode ; de cette façon on n’avait nullement besoin d’échafaudage. A mesure qu’on taillait le rocher sous ses pieds, la façade sortait comme d’une gangue et quand on arrivait au ras du sol, tout était fini. Cette fois le propriétaire mourut sans doute avant d’avoir achevé sa « demeure d’é-
(1) E 15, dont la photographie a été donnée dans le vol.I, p. 308, se rapproche beaucoup de E 12 et de E 14. Ces façades lisses à une seule rangée de créneaux ne reparaissent pas ailleurs dans les différentes nécropoles de Médâin-Sàleh.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH
ternité » ou bien il avait mal compté avant de commencer son travail. Il jouit néanmoins cle cette tombe inachevée, si c’est lui qui a été enseveli dans la sépulture en forme de niche oblongue, creusée sous la gorge, dans la frise.
A travers une échancrure de la roche, on aperçoit, dans la pl. L, 2, la tombe E 11; c’est un excellent point de repère pour localiser les autres tombes situées à l'intérieur de ce petit massif.
E 19 (pl. L, 3) est daté de la 17e année du règne de Malikou, 57 ap. J.-C. C’est l’unique tombe à escaliers et à façade lisse en même temps, portant une inscription. Elle mesure environ 5 mètres de large sur 7 mètres de haut. Le travail a dû être exécuté rapidement et sans y apporter beaucoup de soin. Les parois ne sont pas d’équerre et le cadre de la porte est négligé. La petite corniche en biseau est accompagnée de deux listels d’un effet un peu disgracieux.
Le dernier tombeau de la série, E 20, est un petit monument à deux rangées de créneaux et en partie détérioré. D’auprès, le regard embrasse l’ensemble des quatre tombes du groupe F, situées à une centaine de mètres au sud (pl. LI, 1). Deux d’entre elles sont déjà connues, F 3 et F 4 (I, p. 346 et 383 ss.) ; nous avons photographié les deux autres.
F 1 (pl. LII) rappelle beaucoupE’ 3, décrit ci-dessus. Dans F 1, où l’on n’était point gêné par le peu de hauteur de la colline, les proportions sont mieux prises ; par contre, le travail est moins bien soigné que dans E’3. Le bas de la façade est inachevé et on sent que les sculptures de la porte ont été faites à la hâte, surtout les petits chapiteaux si originaux. Ils ont dû être inspirés par ceux de E’ 3 malgré leurs divergences. Tandis que dans ces derniers on avait un chapiteau, avec un fragment de pilastre, appliqués sur un autre chapiteau, ici il n’y a plus qu’une sorte d’excroissance rappelant le sommet du chapiteau adventice.
Les grands chapiteaux des antes sont bien conservés et offrent un beau spécimen de chapiteaux nabatéens à griffes. On aura sans doute remarqué dans les chapiteaux de cette classe, composés tous des mêmes éléments, des différences de galbe très sensibles ; ainsi par exemple, les chapiteaux de cette tombe n’ont point le même profil que ceux de la suivante quoiqu’ils appartiennent au même type.
Le cartouche dessiné au centre de la façade est vide et n’a jamais renfermé d’inscription.
Au-dessus du monument, vers l'angle gauche, on peut distinguer dans la photographie une stèle grossière à peine dégagée du roc et décrite ailleurs (I, p. 435, fig. 225). C’est par erreur que nous l’avions localisée audessus de F 2.
Cette dernière tombe (pl. LUI) appartient au type heger et n’offre que peu de singularités. Le portail à fronton surbaissé a paru maintes fois, quoiqu’il soit d’un emploi moins fréquent à Médâin-Sàleh qu’à Pétra. La moulure supérieure de la corniche présente une surcharge de lignes qu’on n’a point rencontrées ailleurs. Les petits pilastres, très élancés, sont accompagnés de colonnes engagées qu’on retrouve dans plusieurs autres de ces petits édifices, mais rarement avec un chapiteau aussi détaillé. On a creusé dans l’architrave une rainure pour recevoir la pièce de bois qui fixait la porte.
Au sommet des grands pilastres, sous le chapiteau, il y a un petit trou;
Fig. 44. — MédAin-SAleu. Tombe F 4; plan par terre de l’encadrement de la porte.
il en existe aussi toute une ligne sous l’architrave et trois autres un peu plus bas, à 0m,50 environ au-dessus du fronton. Les petites pierres placées au-dessus de la porte doivent avoir une signification et représenter quelque tradition. Nos Arabes n'ont pas su, ou n’ont pas voulu, nous dire ce que c’était.
Le grand vent nous a empêchés de photographier à l’ombre, du haut de l'échelle, les deux sphinx placés aux angles du fronton dans le portail de F4; il a fallu se contenter d’un instantané pris au grand soleil et dans lequel les détails sont moins visibles à cause des contrastes trop violents. Cette double vue (pl. LI, 2 et 3) suffit néanmoins à prouver que ce sont là vraiment des sphinx et non point « des sirènes à corps d’oiseau » ainsi que M. Cumont avait cru pouvoir le conjecturer (1). On reconnaît facilement deux animaux ailés, debout sur les pattes de devant et assis sur leur derrière; ce sont deux femelles ainsi que le prouve la rangée de mamelles, reconnaissables sous le ventre, malgré l’opacité de l’ombre. La bête de droite est décapitée; celle de gauche a une tête humaine, détériorée intentionnellement, semhle-t-il, à coups de pierres.
Nous reproduisons ici (fig. 44) le profil du cadre de la porte, mal rendu dans le croquis publié, vol. I, pl. XL. La petite coupe a (même figure) donne le profil des moulures immédiatement au-dessus de la baie.
(1) Dans son Compte rendu sur la Mission archéologique en Arabie, Revue de l’Instr. publ. en Belgique, 1910, p. 215.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDA1N-SALEH
A quelques minutes à l'ouest de F 4 se trouve une grande tombe isolée, à peine commencée (pl. LIV). Contrairement à ce cjue nous avions remarqué jusqu’ici, on a cette fois, dans un premier travail, dressé toute la paroi. Peut-être était-ce afin de pouvoir déterminer tout de suite l’emplacement de la chambre qu'on aurait creusée en même temps qu'on sculptait la façade. On peut voir très bien dans la photographie la manière dont on s’y prenait pour dégager ces
façades monumentales. On procédait comme dans une carrière en détachant successivement de gros blocs découpés sur trois côtés au moyen de profondes rainures et qu’on faisait éclater avec des coins. Ceci confirme l’explication donnée ailleurs des pieires appelées Mahal el-Megles qui se trouvent alignées en avant de la grande tombe de Bet ech- Cheikh ou el-Ferid (I, p. 382 s.') (1).
Nous avons peu de chose à ajouter à ce qui a été dit des monuments religieux de Médâin-Sâleh. A plusieurs
reprises, nous avons naturellement fait une visite au Diwân mais sans rien découvrir de bien digne d’être noté. Signalons cependant, à deux mètres environ de l’entrée de la grande salle, à droite, dans la paroi du rocher qui s’avance un peu, une sorte de creux de lm,75 X 0m,60 qui parait avoir été un ancien bassin. Nous avons pris une vue (pl. LY, 1) et dressé un plan (fig. 45) du petit sanctuaire creusé dans un rocher isolé, à cent cinquante mètres environ au sud du gebel Etlib (2). On ne peut guère hésiter sur le caractère religieux de cette salle ornée de nombreuses niches creusées dans les parois.
(1) D’après notre guide Qoftan, ce dernier monument porterait aussi le nom de Mazluh (2Üys), et aurait été fait par un étranger.
(2) Voir vol. I, p. 432.
Fig. 43. — Médàin-Sâleu. Petit sanctuaire au sud du gebel Etlib.
La petite niche (a, dans le plan) près de laquelle se trouve le graffite n° 159 qui fait mention d’une « image de Sa'adallahi » est trop petite pour avoir contenu une statue ou même un buste. Elle mesure seulement 0m,31 de haut sur 0m,22 de large et 0ra,075 de profondeur. Si le graffite vise une représentation quelconque placée à cet endroit, il faudrait y voir un petit relief appuyé contre la niche et retenu dans le haut par un crampon ainsi que le fait supposer la vue d’un trou de la paroi au sommet de la niche.
Au tond de la niche b, dans le bas, il y a un petit trou de 0,10 X 0,15 et profond de trois centimètres. Dans la niche c existe aussi une petite échancrure dans laquelle venait peut-être s’encastrer quelque objet. Au sommet de d, à 1 intérieur, il y a un trou pour un tenon, qui fixait sans doute quelque chose dans cet enfoncement. La grande niche e qui est au fond de la salle et les deux niches creusées dans la paroi de droite en entrant avaient dans le bas un petit rebord, de deux centimètres environ, destiné à retenir les objets placés à l’intérieur.
La petite chambre E paraît inachevée ; elle est très irrégulière. A droite, dans le fond, à 0m,60 au-dessus du sol, il y a une sorte de banquette qui pourrait faire songer à un arcosolium inachevé, si ce genre de sépulture existait dans les monuments de Médâin-Sâleh. Ce doit être tout simplement une table ou un banc grossier, et ceci n’a rien à faire avec une tombe.
Nous repassons devant les steles sculptées en face du sanctuaire, sur le flanc méridional de la montagne. Les trois encadrées dans une niche, dont on a la photographie, planche LY, 2, sont identiques à celles qui ont été données dans le vol. I, fig. 219, 3. On distingue très bien les traces du petit godet creusé au sommet de la stèle centrale.
Nous nous engageons de nouveau à l’intérieur du massif, et, du sommet des dunes qui dominent au sud la petite cour ou vallée faisant suite au Diwàn, nous prenons une vue d’ensemble de ce majestueux haram (pl. LVI, 1).
Soit pour raison d’utilité, afin d’extraire des pierres, soit pour tout autre motif, on a un peu gratté l’extrémité nord-ouest des ruines situées dans la plaine au sud-ouest de qasr el-Bint et qui portent le nom d’ez-Zemeileh (iL»ji!) (l). Dans ces fouilles très sommaires, on a mis à jour quelques dalles, épaisses en moyenne de 0ra,05, de nombreux fragments
(1) D’après les Arabes qui nous accompagnent, ez-Zemeileh serait le nom de l’ancien village bâti à cet endroit dans la plaine. Pour cette localisation et les suivantes, voir pl. XXXVII.
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH
de grands vases en pierre et plusieurs tronçons de colonnes. Celles-ci mesuraient en moyenne 0m, 55 de diamètre. A côté de deux de ces tronçons se trouve une base d’un beau galbe, bien conservée (fig. 46 et pl. LVI, 2). Ces restes feraient supposer que Hégrâ a possédé de véritables monuments construits. Peut-être que si on pouvait soulever le linceul de sable qui couvre ces ruines on découvrirait encore quelques autres pièces d’architecture et même des inscriptions nabatéennes ou minéennes ayant appartenu à des édifices.
Nous croyons toujours cependant que la grande majorité des maisons de Hégrâ étaient simplement en torchis, du moins les murs extérieurs ; car pour les fondations, on devait les faire communément avec de la pierre et quelquefois aussi, sans doute, les soubassements ; mais tout le reste était bâti avec des briques séchées au soleil. Les quelques habitations élevées dans la plaine il y a une trentaine d’années et aujourd’hui abandonnées doivent donner une idée assez juste de ce qu’étaient les demeures nabatéennes du temps jadis. Nous avons photographié une de ces maisons tombant en ruines (pl. LVI, 3); elle est appelée qasr 'Afes (L f aU) du nom de celui qui l’a construite. Auprès est un puits, en partie comblé, et tout autour poussent quelques petits palmiers rabougris. Sous le gouvernement de Mohammed eben-Rasid on avait essayé de faire quelques cultures dans la plaine de Médàin-Sâleh; mais ce beau zèle n’a pas duré longtemps. La puissance des Eben-Rasid ayant faibli, les nomades des environs ont eu vite détruit les rares jardins qu’on avait créés avec tant de peine. L’histoire ou la légende expliquent de la manière suivante l’abandon du qasr 'Afes.
Un homme de la tribu des Fuqarâ avait bâti ce qasr et s’y était fixé avec sa famille. Il avait creusé un puits, planté des palmiers avec d’autres arbres fruitiers et semé du blé et de l’orge, pensant vivre là heureux et content. Mais bientôt la maladie s’abattit sur la famille. Le fils aîné mourut, le second et tous les gens de la famille se trouvèrent plus ou moins atteints. 'Afes dit : « Allah me punit parce que j’ai abandonné la vie de bédouin ; c’est la construction qui a tué mes enfants. » Aussitôt il quitta sa maison et son jardin et s’enfonça de nouveau dans le désert.
o.iî ;
Fig. 46. — Médâin-Sàleh. Base de colonne.
La réflexion de 'Afes est bien celle d’un bédouin, et le récit n’est pas dénué de toute vraisemblance historique. Nous avons trouvé à el-'Ela, au Mensyeh, une maison abandonnée parce que fous ses habitants étaient morts du choléra. Ce fléau, que les pèlerins de la Mecque traînent souvent après eux, aurait pu frapper aussi des gens fixés auprès de Médâin-Sâleh. Ceux-ci, voyant dans la maladie une punition d Allah pour avoir embrassé la vie sédentaire, se seraient empressés de reprendre leur vie errante.
Près de l’endroit où a été trouvée la base de colonne dont il vient d’être question, se dressent deux petites collines rocheuses appelées elles aussi Zemeileh. La plus méridionale renferme une chambre inachevée et tout à côté on distingue encore les débris de deux anciennes stèles. Les ruines abondent sur ce sommet et tout autour; c’est là que nous avons noté les plus nombreux tronçons de colonne. Sur les flancs du second mamelon nous avons photographié trois stèles (pl. LY, 3), dont deux accouplées. Au-dessus de ces dernières à gauche, on lit le nom de Trcy, écrit en belles lettres nabatéennes. Dans le bas, il y avait un bassin dont le devant a été emporté; on distingue encore cependant, dans un angle, un petit trou creusé pour faire écouler le contenu du bassin. Sur la troisième stèle est gravé un wâsem qui représente une croix. La paroi nord-est de la colline a été taillée; peut-être y avait-il là quelque monument qui aura disparu.
La petite tour (pl. LVII, 1) bâtie au-dessus des tombes les plus méridionales du groupe A porte, d’après nos Fuqarà, le nom de qasr Halaf C’est une simple chambre mesurant à l’extérieur 6 mètres X 6 ,15. Les murs, hauts en moyenne de 4 mètres, sont en petites pierres plates, liées par une forte couche de terre. Ils ont à la base près de 1 mètre d’épaisseur. Une porte ouvrant au nord-ouest donnait accès dans la chambre. Derrière le monument, à l’est, se trouvent plusieurs fosses anciennes creusées clans le roc et qui ont servi de sépulture. Elles sont visibles dans l’angle de la photographie.
Les ruines situées tout à côté sur le sommet voisin (pl. LVII, 2) sont actuellement inaccessibles. Elles ont l’air d’être des restes d’une maison à plusieurs chambres ou d un qasr dans le g'enre de celui dont nous venons de parler. Ni l’une ni l’autre de ces constructions ne doivent être fort anciennes. Il vaut cependant de les mentionner et même d’en donner une reproduction, parce que leurs matériaux sont sûrement anciens et ont dû être empruntés aux ruines voisines de Zemeileh.
Le puits le plus voisin de qasr Halaf est tout entier creusé dans le roc
NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR MÉDAIN-SALEH. 107
à partir de lm,50; il nous est désigné sous le nom de bir Sefayeh Le
suivant, en allant vers le nord, celui dans lequel nous avons estampé en 1907 plusieurs inscriptions enlevées depuis lors, est appelé bir el-Megasoubveh Le plus rapproché du qala'ah et qui est bouché porte
le nom de Mereigân (^boy) ; il y a tout à côté les restes d'une petite construction en terre. A trois cents et quelques mètres au sud, est le bir et le qasr el-'Afes dont on a dit un mot ci-dessus et dont on a donné la vue d’ensemble (pl. LVI, 3). Tout près, au sud-est, une ruine insignifiante avec un puits qui a encore de l’eau sont appelés Sebeikân ( ,Kr:rA). A cent cinquante mètres environ, au sud de Sebeikân, se dresse un petit mamelon avec une ruine au sommet. D’après notre guide, un Fuqarâ déjà âgé qui connaît très bien les lieux, c’est là qasr Fahad La ruine est
celle d’une maison en terre avec des soubassements en pierre. Il y a tout à côté, à huit mètres à peu près au-dessus du niveau de la plaine, un grand trou rond, creusé dans le roc, mesurant 2in,50 de profondeur sur lm,70 de diamètre. Le fond du trou est rempli de pierres et de sable; cela ressemble tout à fait à un puits comblé. Au pied de la colline, à une dizaine de pas vers le nord, se trouve encore un puits en grande partie creusé dans le roc (1); il renferme un peu d’eau putride.
Deux pans d’un mauvais mur en torchis qui se dressent auprès d’un arbre, entre qasr Halaf et qasr Fahad, ont conservé le nom de Dabbous ( o) appliqué jadis à une maisonnette bâtie à cet endroit; il y aurait eu aussi un puits dont on ne voit plus de traces aujourd’hui. La colline rocheuse émergeant dans la plaine, à quelques minutes au sud de qasr Halaf, est dite Souleimyeh (a^vll). Elle renfermait plusieurs petites chambres funéraires aujourd’hui toutes éventrées, on ne voit même plus si elles avaient une façade. Non loin de là, au nord-ouest, des restes de construction en terre, avec un puits à côté, portent aussi le nom de Souleimyeh. Il y a un peu d’eau au fond du puits, mais, comme il n’est pas entretenu, elle est mauvaise.
A cette nomenclature de puits et de maisons abandonnés dans les environs des ruines de Médâin-Sâleh, il faut ajouter encore le puits situé au nord-ouest du Diwân et dont nous n’avons point le nom, plus l’installation signalée (vol. I, p. 133) sur la route du gebel Huârah, sans parler du qala'ah et des abords immédiats. On voit donc que s’il y avait un peu plus de sécurité et d’ordre dans la région et si le travail était
(1) Au nord-ouest et au sud-est, la partie construite a 2", 50 de haut; au nord-est elle atteint près de 5 mètres. La profondeur du puits est de 9 à 10 mètres-
encouragé, on pourrait arriver assez facilement à créer des plantations et des jardins dans cette plaine de sable. Espérons qu’avec le chemin de fer la civilisation s’implantera de nouveau en ces lieux et que l’oasis et les ruines d’el-Heger refleuriront un jour.