EXCURSION A TE1MÀ
'Aly s’est montré hospitalier et bienveillant à notre égard ; les personnes entrevues chez lui, ou dans la rue, ne nous ont manifesté aucun signe d’hostilité. Toutes les difficultés nous sont venues de la part du représentant d’Eben-Rasid.
Passons aux ruines que nous étions venus chercher principalement à Teima.
Huber a signalé près de la grande mosquée des tronçons de colonnes avec quelques autres vestiges cl’un ancien monument, un édifice religieux sans doute ; nous n’avons pas pu visiter ces débris, du reste à peu près complètement enfouis. La ville ancienne s’étendait au sud de l’oasis, sur le bord de la vallée. Elle était isolée des jardins et entourée d’un grand mur dont on peut suivre à peu près partout le tracé. Il subsiste même encore en grande partie sur plusieurs points, en particulier, vers l’angle sud-est, plus éloigné des habitations actuelles et de ce fait moins exploité. Le périmètre de cette enceinte était estimé par Doughty à trois milles anglais; nous ne pensons pas qu’il ait plus de trois kilomètres, peutêtre est-ce même beaucoup. Néanmoins une ville de sept à huit cents mètres de côté était, surtout dans l’antiquité, une ville assez considérable et rien que cette enceinte suffit à nous montrer l’importance de l’ancienne Teima.
Le rempart en question est bâti tout entier en pierres (pl. LXIII, 2), avec ces pierres de grès, plates et noirâtres, d’un noir tendant sur le rouge foncé, qui se détachent facilement de la surface du sol un peu partout dans la plaine environnante. Les assises sont formées de petits blocs, hauts en général de 0m,15, atteignant quelquefois 0m,20, et égalisés entre eux par de plus petites pierres. Le revêtement extérieur parait être fait sans mortier ; l’intérieur du mur est en blocage avec de la terre.
Nous n’avons point noté de tours en saillie sur l’extérieur du rempart. Par contre, on a dans la planche LXIII, 3, les débris d’un monument faisant corps avec le muret situé à l’intérieur de la ville, qui, par suite de la grande résistance de la construction, ferait penser à une œuvre de défense. C’est peut-être une maison bâtie en même temps que l’enceinte de la ville, mais qui, à l’occasion, pouvait servir aussi à abriter des combattants. Il ne semble pas trop téméraire de supposer qu’il existait, sur différents points de l’enceinte, des tours de ce genre. L’épaisseur des murailles ne paraît pas avoir été partout la même. Près du monument dont nous venons de parler, le mur extérieur mesurait à la surface du sol 3m,20 de large. Sur un autre point en allant vers l’est, il n’avait plus que 2 mètres et même en un troisième endroit lm,75. Il est à noter cependant que ces deux dernières
mesures ont été prises à plus de deux mètres de haut et que la muraille pouvait se rétrécir sensiblement à proportion qu’elle montait.
L’enceinte a dû être construite par tronçons successifs; on n’a pas même pris la peine de les lier partout. La planche LXIV, 1 , fournit un exemple de cette négligence qui n’est guère en faveur du savoir-faire des architectes de Teima. Cette vue représente l’angle extérieur sud-est qui a été arrondi; c’est ce qui produit l’illusion d’avoir sous les yeux une ligne droite continue. Sur la face sud, à gauche dans la photographie, on voit au ras du sol actuel une ouverture large de 0m,85, haute d’un mètre et profonde de deux mètres, qui communiquait peut-être autrefois avec l’intérieur de la Aille. Il y en a une autre, à peu près identique, sur le côté est, mais en grande partie bouchée. Ces couloirs rappellent l’intérieur de certains nawàmis du Sinaï et les fours creusés dans les parois de la montagne de Hereibeh. Faudrait-il voir là des tombes? cela paraîtra sans doute un peu extraordinaire et l’on songera plus volontiers à des fenêtres ou à des poternes ménagées assez haut dans le mur, quoiqu’il soit assez difficile d’expliquer le rôle de ces fenêtres ou de ces poternes. A cet endroit la muraille a plus de trois mètres de haut et le pied est encore envahi sur une hauteur d’un mètre au moins par des décombres et du sable. A une cinquantaine de pas des murs, vers le sud, on croit reconnaître l’emplacement d’une des carrières d’où l’on a extrait la terre mélangée de petits cailloux qui servait de mortier.
L’intérieur du vaste quadrilatère qui détermine l’emplacement de l’ancienne ville de Teima offre des amas de ruines informes envahies par le sable et bouleversées par les gens qui sont venus y chercher des pierres. Aussi, est-il impossible d’y saisir le plan d’un monument quelconque, surtout en courant comme nous étions obligés de faire. Vers le centre, se dresse sur un monticule un rugm, occupant vraisemblablement le site de quelque édifice important. Tous ces décombres, d’après les légendes du pays, sont hantés par les esprits qui viennent s’y promener la nuit et pas un habitant de Teima n’oserait s’a\renturer dans ces parages après le coucher du soleil. Du reste, ces braves Teimâny sont encore plus superstitieux que fanatiques. A chaque instant, ils ont le mot à'iblis (le diable) sur les levres, comme s ils \roulaient l’invoquer ou conjurer son influence néfaste. Cet être joue un très grand rôle dans leurs croyances et leurs pratiques religieuses.
Sur la face occidentale de 1 enceinte de la ville, vers l’angle nord-ouest, venait s’appuyer un mur en pierres, large de lra,50, qui se poursuit au loin en suivant le bord méridional de la vallée. Nous nous sommes
EXCURSION A TEIiVIA.
demandé si ce mur n’aurait pas entouré autrefois l’oasis, beaucoup plus développée que de nos jours et qui devait être nécessairement protégée par un rempart. Encore aujourd’hui, il y a dans cette direction, en dehors de l’oasis proprement dite, quelques jardins isolés (pl. LXIY, 2) qui paraissent bien prouver que les cultures s’étendaient jadis beaucoup plus loin.
De quand datent tous ces débris de constructions? Il est difficile de le dire, car ils sont assez peu caractéristiques et les points de comparaison font défaut. Nous ne connaissons nulle part de ruines semblables dont l’âge soit bien déterminé et qui puissent guider pour assigner à celles-ci une date approximative. Seuls les nawâmis du Sinaï et d’autres monuments du même genre photographiés aux abords de Tebouk, au rugm Sôhar (p. 1 69 ss.), pourraient en être rapprochés pour le mode de construction. Mais il est à noter que ces derniers monuments sont très peu importants et que la ressemblance pourrait être purement fortuite, l’identité des matériaux ayant suggéré ou même imposé jusqu’à un certain point le même mode de construction. Volontiers cependant, nous croirions les fortifications de Teima antérieures à l’invasion arabe et nous les attribuerions à l’ancienne population araméenne. Il sera bon néanmoins de se tenir sur une grande réserve en attendant qu’on puisse explorer ces ruines plus librement et avec plus de méthode, et ce qui serait encore mieux, en attendant que quelque heureux hasard fasse découvrir une inscription qui viendrait nous renseigner là-dessus.
Nous finissons par nous rendre aux appels désespérés de Mohammed qui nous exhorte à quitter ces lieux inhospitaliers; mais vingt minutes plus loin nous nous arrêtons de nouveau dans la plaine au milieu des tumuli signalés à l’arrivée. C’est ici qu’il serait particulièrement intéressant de pratiquer des fouilles, car on procéderait à coup sûr. Ces tumuli n’ont jamais été touchés et il semble bien hors de doute qu’ils recouvrent des sépultures antiques.
Ce genre de monuments funéraires est aussi répandu qu’ancien. On en a rencontré un peu partout, dans la vieille Gaule, en Grèce, en Orient, etc... Il est rare cependant que dans chaque pays ils ne présentent point quelque caractère particulier.
Les tumuli de Teima (pl. LXIV, 3 et fig. 50) sont de petits tertres arrondis, de huit à dix, quelquefois même, douze mètres de diamètre, hauts en moyenne de deux à trois mètres. Ils sont formés de terre et de pierrailles qui au premier abord semblent accumulées sans aucun art. Mais après avoir visité et examiné attentivement plusieurs de ces petites éminences on ne tarde pas à s’apercevoir que les pentes devaient être arrangées en forme
d’escalier. Il semble qu’on avait disposé tout autour du monticule des assises de pierres, hautes en moyenne de 0m,10 à 0m,15, et en retrait les unes sur les autres de 0m,30 à 0m,35. Nous avons constaté en maints en-
mit i c j
Fig. 50. — Teima. Schéma d’un ancien tumulus.
droits plusieurs débris de ces assises, en particulier vers la partie supérieure du monument. Il y en a deux restes dans la photographie, pl. LXIV, 3, au-dessus de la lettre A. On comprend que dans le bas elles aient disparu plus facilement sous les décombres qui ont glissé le long des pentes et
EXCURSION xi TEIMA.
sous le sable accumulé peu à peu par le vent. Au sommet, était aménagée une esplanade de 2m,50 à 3 mètres de diamètre sur laquelle on distingue les arasements d’un petit édifice en pierres sèches, le plus souvent rectangulaire, qui pourrait mesurer en moyenne, à l’extérieur, 2 mètres à 2m,50 de long sur lm,50 de large (fig. 50). On y verra tout naturellement un cénotaphe rappelant aux yeux des passants la tombe cachée en-dessous; car il est fort peu vraisemblable que le mort ait été enseveli là-dessus et que le tertre servît de piédestal à son tombeau (1). Il faut chercher celui-ci au centre du monticule, comme partout ailleurs dans les monuments analogues. Quelle était la forme de cette sépulture et le mode d inhumation? Y avait-il plusieurs tombes dans un même tertre? Il serait bien facile de satisfaire cette légitime curiosité si on pouvait disposer de quelques ouvriers et d’une journée de travail. Étant donné la nature de la pierre dans les environs, on supposera plus volontiers une tombe construite qu’une sépulture dans le genre dolmen.
Ces tertres funéraires sont éparpillés dans la plaine sur une superficie de plusieurs kilomètres sans aucune régularité apparente. Il semble qu’on les ait érigés n’importe où, au petit bonheur, en dehors de toute préoccupation de symétrie. Parfois cependant, on en voit deux ou trois qui paraissent former un groupe à part; il est possible que dans ce cas ils recouvrent les restes d’individus de la même famille ou de familles alliées.
La question de la date de ces monuments vient se poser encore. Cette fois il y a lieu, semble-t-il, de les croire d’une époque assez reculée et de plusieurs siècles antérieure à l’Islam. Cette nécropole, en rase campagne et à une certaine distance de la ville, serait au moins contemporaine des ruines de Teima dont nous avons parlé plus haut, peut-être même beaucoup plus ancienne.
Le samedi 6 mars, à une heure et demie de l’après-midi, nous avons dit définitivement adieu à Teima et à ses vieilles tombes; laissant un peu sur la gauche le chemin par lequel nous étions venus, nous repassons l’ouâdy Meliaggeh. A une vingtaine de minutes au sud de cette vallée, dans une faible dépression que nous sommes en train de remonter, on remarque de nombreux cercles formés avec des pierres plus ou moins grosses placées les unes à côté des autres. Ils mesurent entre six et dix pas de diamètre et
(1) Nous donnons dans la lig. 50 le schéma de l’un de ces monuments funéraires tels que nous les concevons après en avoir visité un certain nombre. L’emplacement présumé do la sépulture est marqué en pointillé dans la coupe AB. — Il est intéressant de noter qu au-dessus des navvâmis à couloir de Feirân, on trouve de petites chambres rappelant les cénotaphes placés au sommet des tumuli de Teima (RB., 1907, p. 404).
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précèdent le plus souvent une enceinte de moindres dimensions, placée tout contre (fîg. 51), généralement à l’ouest, quelquefois au nord (1). Celle-ci a tout à fait l’aspect d’une tombe arabe ordinaire. Évidemment ce sont là encore des sépultures. Mais tandis que dans les monuments de ce genre, c’est-à-dire dans les sépultures avec des cercles de pierres, la tombe est presque toujours placée au centre du cercle (2), ici, elle est située à l’extérieur et précédée d’un enclos comme d’une sorte de haram.
Dans les enceintes signalées plus haut (p. 133) en allant à Teima, à cinquante minutes au sud des tumuli, nous n’avons point remarqué de tombes adjacentes ; peutêtre y en avait-il cependant quelques-unes qui nous auront échappé.
Du reste de ce côté-ci de l’ouâdy Mehaggeh , beaucoup d'enceintes sont aussi dépourvues de cet appendice.
Nous continuons notre route vers le sud et Fig. si. — Cercle funéraire dans les environs de Teima après avoir erré quel¬
que temps au milieu des
rochers qui se dressent çà et là, nous atteignons à quatre heures cinq minutes le gadir d'el-Hebû es-Sarqy ^s^l). C’est un grand bas¬
sin naturel entre deux énormes rochers couverts d’inscriptions. Il n’y a point d eau en ce moment; 1 endroit n’en est que plus sûr pour y passer la nuit, sans compter que cela facilite beaucoup la copie des graffites. Nous nous mettons aussitôt à la besogne pendant qu’on installe le campement à l’abri d’un rocher (pl. LXV, 1).
Nous travaillions à peine depuis une demi-heure quand l’Arabe chargé de monter la garde accourt en criant : Dusman! ditiman! On ferme les carnets pour courir aux armes; Mohammed est déjà sur sa jument
(1) Dans un cas au moins, nous avons noté deux de ces petites enceintes accolées l’une à l’autre et placées au nord d’un cercle en pierres de neuf pas de diamètre.
(2) Voir, parmi beaucoup d’autres exemples, les tombes de l’ouâdy Nisrin dans la péninsule sinaitique, RB., 1907, p. 400. — On pourrait rapprocher, jusqu'à un certain point, les tombes dont nous parlons en ce moment de quelques sépultures de l’ouâdy Lebweh, au Sinaï, précédées d’un grand enclos de cent cinquante pas de côté, RB., 1907, p. 401.
EXCURSION A TEIMA.
et par un chemin détourné, afin de dérober sa marche, se dirige à bride abattue vers l’endroit indiqué. Chacun prend ses positions aux abords du camp. Après un quart d’heure d’attente le guide revient. L’ennemi signalé est une caravane qui se dirige vers Teima; elle est passée sans nous apercevoir et Mohammed a eu bien garde lui-même de se montrer. Nous en sommes quittes encore une fois pour une fausse alerte.
Nous profitons des dernières lueurs du jour pour copier encore quelques textes. Ce sont en majorité des graffites tamoudéens, mais dont les caractères sont pour la plupart très voisins du lihyanite et du minéen (1). Il y a un graffite araméen (nab. n° 336) et quelques rares noms nabatéens (nos 338-341). Nous y retrouvons le nom de « Mas'udu, roi de Lihyan » (nab. n° 337), écrit encore dans un alphabet qui parait tenir le milieu entre l’araméen ancien et l’écriture nabatéenne. Parmi les dessins d’animaux gravés au milieu des inscriptions, nous photographions sur la paroi faisant face au sud une figure de chameau qui sort des représentations banales qu’on fait un peu partout de cet animal. C’est une sculpture en un léger relief exécutée par une main sûre qui révèle un véritable artiste (pl. LXY, 3). Le port de la tête, le mouvement des jambes et tout l’ensemble du corps de l’animal sont d’un réalisme parfait. Si la bosse a été un peu exagérée, c’est sans doute à dessein pour faire ressortir l’embonpoint de la bête.
Dimanche 7 mars. — De six heures à dix heures quarante-cinq, nous restons occupés à copier les inscriptions. Départ à onze heures dix minutes. La vue d’un chameau dans le lointain, là où on a cru découvrir hier au soir l’ennemi, cause d’abord un certain émoi. Mohammed part en reconnaissance avec un de ses hommes. Ils ne tardent pas à revenir pleinement rassurés. Le chameau aperçu est une vieille bête fourbue, abandonnée à son triste sort par la caravane de Teima. Rarement les Arabes abattent les animaux devenus impotents; ils préfèrent les laisser mourir dans le désert de faim et de soif. Une fois cependant, en traversant le Môgib, nous avons trouvé un chameau qui s’était cassé une patte et auquel un soldat avait ouvert la gorge d’un coup de sabre pour l’empêcher de souffrir plus longtemps.
A midi vingt-trois minutes, nous passons à deux cents mètres à l’est
(1) Nombre de ces graffites, rangés dans nos planches parmi les gralfiles tamoudéens, pourraient être qualifiés à aussi juste titre de graffites lihyânites (cf. pl. CXLVI et ss.). Du reste la mention d'un roi de Lihyan dans la région est tout à fait en faveur d’une pareille opinion.
lo8 MISSION ARCHÉOLOGIQUE EN ARABIE.
du gadlr d’el-Hebû el-Garby situé au sud-sud-ouest (200°) d’el-Hebû es-Sarqy. Ces deux gadir seraient donc mieux désignés par l’appellation de IJebû du sud et Hebû du nord, que par celle de Hebû de l’ouest et IJebû de l’est.
A deux heures quarante-quatre minutes, nous avons franchi le bassin situé entre el-Ijebû el-Garby et le gebel IJeseibâ. Ce dernier sommet est à deux kilomètres environ, à notre droite, au nord-ouest. Les collines au milieu desquelles nous nous arrêtons portent le nom de gebel ed-Dogii (jg.cjJt). Ce point parait être le plus élevé entre Médâin-Sâleh et Teima. Sur un rocher à côté du chemin, nous relevons un graffîte araméen et un graffite nabatéen (nab. 342 s.). Impossible d’en découvrir d’autres dans le voisinage. Huber (1) signale au gebel ed-Dogs beaucoup de dessins d’animaux mais point de graffites. Ces dessins doivent être sur la paroi d’une des collines voisines; nous ne les avons pas vus.
Nous repartons à trois heures sept minutes, nous écartant de plus en plus du chemin de Mukattabeh suivi à l’aller. Le plateau ne change guère d’aspect à l’est du Sarmadâ; toujours du sable et des collines de grès, tantôt arrondies et de couleur blanche, jaune, ou rose; tantôt aplaties et couvertes d’une couche noirâtre. Ces dernières s’étendent d ordinaire sur un assez long espace, tandis que les premières ne sont le plus souvent que d’énormes rochers, parfois assez hauts, mais rarement très développés en largeur.
A quatre heures trente-cinq minutes, à trois kilomètres environ, sur notre gauche, se dressent trois gros sommets allant du nord-est au sud-ouest. C’est le gebel Umm-Reqeibeh J). Huber (2) a copié dans les environs plusieurs inscriptions tamoudéennes que nous avons manquées.
A cinq heures vingt minutes, à l’ouest du chemin, sur la face sud d’un grand rocher, quelques graffites nabatéens attirent notre attention (nos 344 s.). Demain matin nous en trouverons encore un certain nombre d’autres qui nous dédommageront de ne pas être passés un peu plus à l’est pour copier les inscriptions de Huber. Nous campons, cinq minutes plus loin, dans un bas-fond appelé Gefret Umm-Reqeibeh [uâj
Lundi 8 mars. — Nous partons à six heures vingt-trois minutes. Notre direction générale est sur les sommets du Hesem Gehalah. X sept heures,
(1) Journal..., p. 388.
(2) Journal..., p. 389 ss. — 11 joint à ses copies le renseignement suivant : « Ces inscriptions
se trouvent sur le territoire de Umm-Reqéîbeli Le mamelon proprement appelé ainsi et
qui est surmonté d un rigm se trouve à 1 kilomètre à N. 35° O. des inscriptions. Il s’y trouve un radir au Nord » (ibid., p. 393).
EXCURSION A TEIMA.
nous avons à cinq kilomètres, à gauche, une montagne formée de plusieurs sommets plats et noirs qui vont en se rapprochant de nous. C’est le gebel el-Wehf Ce nom est donné aussi à la région environ¬
nante. Le plateau est assez inégal et couvert de plus en plus de collines rocheuses.
A sept heures quarante cinq-minutes, nous sommes à la hauteur de l’extrémité méridionale du Sarmadâ. Un gros sommet qui fait suite, au sud, à cette chaîne, porte le nom de Hesem Sarmadâ
A huit heures cinq, nous nous arrêtons pour copier quelques graffites tamoudéens (nos 582 ss.) et faire paître les montures. Le gebel el- Wehf n’est plus qu’à deux kilomètres. Départ à huit heures cinquantehuit minutes; à neuf heures trente-six, fin de la chaîne d’el-Wehf. Le plateau s’étend au loin vers l’est, mais à neuf heures cinquante-sept minutes, l’horizon est de nouveau fermé de ce côté par le gebel ' Esd rah (1) que nous laissons à deux kilomètres sur notre gauche.
Deux graffites au milieu de quelques dessins, vus sur un grand rocher, au bord du chemin, suggèrent qu’il pourrait y en avoir d’autres dans le voisinage. Nous nous mettons à inspecter les collines voisines dites el-Furgeh (ïç^iJt) et nous avons la satisfaction d’y découvrir un certain nombre de ces inscriptions. Le nabatéen abonde surtout (nos 347-372), alors que plus à l’est, les graffites en cette langue étaient relativement rares. Peut-être pourrait-on conclure de ce fait, que nous sommes en ce moment sur la lisière qui formait à peu près la limite orientale du royaume de Nabatène. Quoique les caravanes nabatéennes aient sillonné l’Arabie presque dans toutes les directions et nous aient laissé en maints endroits des traces de leur passage, il n’y aurait rien d’étonnant cependant à ce que les pasteurs de Hégrâ n’eussent guère dépassé vers l’est la région dans laquelle nous nous trouvons en ce moment.
Nous repartons à onze heures quarante-sept minutes; à midi seize, nous repassons auprès du Hesem Gebalah et nous ne tardons pas à rejoindre la route parcourue quelques jours auparavant. Nous ne nous en écarterons guère de la journée. Nous voulions passer un peu plus vers le nord-ouest, mais la prudence nous a engagés à venir chercher, à la tombée de la nuit, un refuge aux abords de Qelaytât el-Heil. Un messager parti de Teima est allé informer les Sammâr de notre présence dans ces parages et, bien que nous ayons une avance considérable, il faut être sur ses gardes. A six heures et demie, alors qu’on n’y voit plus
(1) Dans lluber, Qârat el-'Asàr ( IAjJ! s Js). Journal.. , p. 393.
pour marcher, nous allons nous blottir en dehors du chemin dans un trou bien connu de notre guide et où on ne peut pénétrer que par une seule issue facile à surveiller et à défendre.
Mardi 9 mars. — Marché toute la matinée sur un chemin connu et qui nous parait maintenant monotone. Nous repassons devant Seqeiq ed-Dib, près du bir es-Sanî', et nous nous engageons à nouveau dans le magnifique ouâdy Dûeil que nous suivons jusqu’au bout. Vingt minutes en aval de l’endroit où nous l’avons réjoint quand nous montions de l’ouâdy Madbah, il est partagé en deux par une longue colline de grès, à pic, haute de soixante-quinze mètres environ. La branche méridionale dans laquelle nous nous engageons ne tarde pas à venir buter contre une dune de sable haute d’une vingtaine de mètres. Nous obliquons vers le sud-ouest et après avoir tournoyé pendant quarante minutes dans des gorges et des corridors enchevêtrés, tous plus fantastiques les uns que les autres (pl. LXV, 2), nous venons déboucher dans la plaine de Médâin-Sâleh par la grande porte d’el-Fegg (1), large de plusieurs centaines de pas et commandée par des rochers à pic hauts de cent à cent cinquante mètres. Nous comptions y trouver des inscriptions, mais notre espoir a été trompé. Les graffites relevés à el-Fegg par Doughty doivent être plus au nord, sur la route de Dâr el-Hamrâ. .
Près du défilé, dans un enfoncement, à l’est, poussent quelques figuiers sauvages protégés contre les rayons du soleil par un rocher gigantesque.
La présence de ces arbres fait supposer qu’il doit y avoir quelque filet d’eau dans les environs. Nos guides nous affirment qu’il existe deux réservoirs naturels vers le sommet du rocher, c’est-à-dire à près de quarante ou cinquante mètres au-dessus du sol. Un jour un bédouin du nom de Gûay'ad, pressé par la soif, essaya de grimper le long de la paroi pour atteindre l’eau. Effectivement il y réussit, mais au moment où il se disposait à descendre, il glissa et se fracassa la tête. L’endroit est appelé en souvenir de cet événement Matah Giiay'ad A trois heures nous étions de retour à Médâin-Sâleh.
Nous ajouterons ici comme épilogue quelques renseignements sur Teima relatifs à un événement postérieur à notre visite dans cette loca-
(1) « C’est dans cette région et dans le Harrah que nous viendrons nous réfugier, disait Mohammed, dans les cas d’une lutte avec le gouvernement. Regarde s’il serait facile de nous attraper. »
EXCURSION A TEIMA.
lité et qui nous ont été fournis lors de notre dernier voyage à el-'Ela.
Le 24 avril 1910, nous recevions sous notre tente à Médâin-Sâleh la visite de Muna' eben-Rummân, fils du cheikh 'Aly eben-Rummân qui nous avait donné l’hospitalité à Teiina lors de notre courte apparition en cette localité l aunée précédente. Le jeune cheikh, qui nous avait reconnus, se présenta avec une certaine distinction et nous invita aimablement à retourner dans son village. Malheureusement le moment nous parut peu propice : qu’on en juge par le récit des événements qui venaient de s’y dérouler.
Six mois après notre visite, les Fuqarâ, sous la conduite de Sahab petit-fils de Mutlaq et de Mohammed el-'Abid, se jetaient sur Teima, massacraient une partie de la garnison, s’emparaient de la citadelle d’où ils chassaient, après l’avoir blessé, le ' âmil (agent) d’Eben-Rasid. Ils se rendirent maîtres du village et essayèrent d’y établir leur autorité; mais la population refusa de reconnaître le gouvernement des Fuqarâ : « Nous ne tolérerons pas que des bédouins régnent sur nous », dirent les habitants d une seule voix ; et à leur tour, ils assiégèrent les envahisseurs, dans le château. La fusillade commença : une balle, après avoir traversé la grande porte en bois du qala'ah, alla tuer Barakat, un fils de Mutlaq. Les Fuqarâ, tout à l’heure victorieux, se virent dans une position critique. Leur ami, le cheikh 'Alv, les prit sous sa protection, favorisa leur sortie du château et leur permit de regagner le désert.
Après leur départ, Eben-Sami'ân, un des principaux habitants de Teima, se rendit aussitôt à Damas pour réclamer l’intervention du sultan de Stamboul. Sur un ordre de la Sublime Porte, sept gendarmes, sous la conduite d’un officier, partirent de Tebouk et de Mo'azzam et allèrent s’installer dans le qala'ah de Teima pour maintenir la paix et commencer 1 occupation definitive. Mais 1 annexion de l’oasis à la province du Iledjaz, vivement désirée par un grand nombre, répugnait fortement au parti d’Eben-Rasid. Pendant que nous étions à Médâin-Sâleh, on se battait encore de temps en temps dans les rues. Ces circonstances nous parurent peu favorables à une tournée archéologique. De plus, on pouvait craindre un retour offensif de la part d’Eben-Rasid peu soucieux de se laisser arracher, sans mot dire, cette belle oasis de Teima. Cependant le gouvernement de Hâil refusa, par prudence, d’entrer immédiatement en lutte ouverte avec le sultan de Stamboul. Au lieu d’une armée il préféra envoyer un parlementaire à Teima (1), et dirigea ses forces contre un autre adversaire, contre les Béni Sa alan qui
(1) D’après M. Musil ( Anzeiger der Kais. Ali. der Vis., 1911, p. 149), au mois de juin 1910, Eben- •UISSION EN ARABIE. — II. H
venaient de s’emparer du (tôt. Sous la conduite d’un certain Eben-Sobhàn, cent cavaliers envahirent l’oasis; mais ils durent s’arrêter devant le fortin Ahram (p^î) défendu par les bédouins. On fit venir alors de Hâil, sur le dos d’un chameau, un vieux canon appelé el-Mansour, « le victorieux », et grâce à ce puissant secours, les bédouins furent chassés. Mais les Béni Sa 'alan ne tardèrent pas à revenir en nombre. Ils contraignirent les soldats d’Eben-Rasid à capituler, renvoyèrent avec honneur les simples soldats mais retinrent Eben-Sobhân prisonnier. Noury, le cheikh des Béni Sa alan, institua son fils Nawâf gouverneur du Gôf.
Cette situation a duré jusqu’en octobre 1911. Vers cette époque, Noury fut mis en prison à Damas. Les Béni Sa'alan, très irrités, se retirèrent précipitamment vers l’ouady Sirliàn. On sent que le désert n’est pas tranquille.
Sans prétendre nullement fournir une bibliographie complète pour l’histoire de Teima, nous donnons ici quelques citations ou quelques notes relatives à cette localité, puisées dans les auteurs arabes que nous avons sous la main. Nous les ferons précéder d’une traduction de la stèle araméenne dite stèle de Teima, découverte à Teima même par Huber en 1879 et transportée depuis au musée du Louvre.
Stèle de Teima. — ( CIS ., Il, 115) L.. En l'an 22. ...2.. dans Teima, Salm [de Mahram et Singallâ 3 et As]irâ dieux de Teima à Salm de 4 [Hagam...] l’a placé en ce jour dans Teima5.... 9 qui a établi Salmsezeb fils de Petorsi 10 dans le temple de Salm de Hagam. C’est pourquoi les dieux 11 de Teima ont donné une redevance à Salmsezeb fils de Petorsi 12 et à sa race dans le temple de Salm de Hagam. Et l’homme 13 qui détruira cette stèle, que les dieux de Teima 14 l’arrachent (lui) et sa race et son nom de la face a15 de Teima. Et voici la redevance qu’ont donnée 115 Salm de Mahram et Singallâ et Asirâ 17 dieux de Teima à Salm de Hagam, savoir : 18 du champ, IG palmiers, et du trésor 19 du roi (propriétés royales?) 5 palmiers, total des palmiers 20 21.. année par année. Et que (ni) les dieux (ni) les hommes 21 ne fassent point sortir Salmsezeb fils de Petorsi 22 de ce temple, ni sa race ni son nom 23 prêtres dans ce temple à jamais.
Ibn Khordâdbeh écrivit entre 230-234 de l’hégire (844-848), pag. 128.
Rasid, au retour d’une razzia contre les Fuqarâ campés à Médâin-Sâleh, s’est emparé de nouveau de Teima; il a cliassé la garnison turque du qala'ali et a lait couper la tête aux principaux partisans du sultan de Constantinople.
EXCURSION A TEIMA.
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Ibn Hawqal, écrivant vers l’an 267 de l’hégire (977), p. 29.
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• p3 aT!>U' ^131 Jjl y>^ l^dj aoUI Al-Maqaddasy, en 275 de l’hégire (985), p. 101. — £yj c3 j U
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Pag. 250, Teima sur la route postale de 'Amman à Médine est placé à quatre jours de marche de la dernière station 3j^) soit à quatorze jours environ de 'Amman; et pag. 107, Teima est à trois jours de marche de j>^\ \ pag. 252, de l’ouâdy al-Qura à Teima, quatre nuits; pag. 248, Teima est la seule ville du désert; p. 249, il mentionne trois routes qui de 'Ammân conduisaient à La Mecque par Teima : y* Âd3 dVd Jÿ^L Uj
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Ibn Rosteii, vers 290 de l'hégire, pag. 00. — C'est à Teima que les troupes, envoyées par Moïse contre 'Amalec, se saisirent de leur roi Al- Arqam et le tuèrent, en épargnant toutefois son fils . ..3^-
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Al-Mas'udy, mort en 345, pag. 258. — AÜl A^s-\ «.L-J JaI
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Al-Békry (1040-1094 de l’hégire) parlant de Teima ne fait que rappeler les renseignements fournis par ses devanciers; il mentionne les différentes routes qui conduisent à cette localité.
Yaqut (1179-1228 de l’hégire), I, pag. 908 :
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Abü’l-Feda (1273-1331 de l’hégire), Kitâb Taqwîm al-buldân..., p. 87. frLoo Jls (^^ÿdl w->L33l (3°-î 33“ 3î 33' 3* 3/Æ=>” '■3J
Le Kitâb el-Agâny mentionne plusieurs fois la ville de Teima.
III, 18 : Mu'àwyah veut acheter la terre d’un Juif à Teima.
XII, 124 : Parmi les Béni Sarmat se trouvait un juif de Teima appelé Guhayneh.
EXCURSION A TEIMÀ.
XIV, 57. Un certain Karaz ben-'Amir, esclave en fuite, était d’origine juive de Teima.
XIX, 98. Après avoir fait une satire contre Gawas, Garnit ben Ma'mar chercha un refuge auprès des juifs de Teima.
VIII, 82; XIX, 98. L’histoire de Samaw’al est racontée avec force détails; elle se trouve aussi dans le Hazânat al-Adab, IV, 331 s.; cf. Caüssin de PERCEVAL,i?ssaG.., II, 237, 319, 323 et le P. Cheikiio, Diwan d’ as-Samaou al .
Sur l’histoire de Teima, aux premiers temps de l’Islamisme surtout, on trouvera de précieux renseignements dans Caetani, Annali dell’ Islami ; voir un certain nombre de renvois au volume II, 2, p. 1506.