‹ Mission archéologique en Arabie (volume 3)Chapitre 111 sur 136 · II. Dcmonlin, si · texte numérisé non relu

II. Dcmonlin, si

TOM RES A ESCALIERS

est d’une forme spéciale. C’était là, semble-t-il, un motif de décoration cher aux Nabatéens, car nous en avons déjà trouvé plusieurs exemples et il y aura lieu d’en citer d’autres encore. Les deux petits pilastres s’ornent ici d’une colonne engagée aux trois quarts qui n’augmente pas d ailleurs 1 heureux effet de lencadrement.

Dans G 10, le corps inférieur du monument est peut-être moins bien proportionné à 1 ensemble; mais pris en lui-même, il flatte davantage le

regard. A part les décorations de la frise qui font ici défaut, c’est déjà le portail des grands monuments de qasr el-bint dont nous aurons bientôt à nous entretenir. Un aigle aux ailes éployées comme pour prendre son vol, est campé au sommet du fronton, aux angles duquel sont posés deux grands vases cannelés qu’on va trouver régulièrement par la suite. Les chanfreins extérieurs des jambages ont été rabattus et remplacés par une moulure creuse qui reparaîtra encore quelquefois dans des conditions analogues.

D, fig. 100. Il a beaucoup d’analogie avec les deux précédents, dont il est du reste assez voisin. Les pilastres, presque fluets, se rétrécissent sensible-

rnèfreJ

Fig. la?. — Méuâin-SAleh. Tombe B 20 ; plan el coupes.

TOMBES A ESCALIERS

ment en s’élevant et sont ornés d’un double astragale sons le chapiteau. Le fronton au-dessus de la porte est surbaissé; aux angles on a les deux

Fig. 1.08. — Médâin-SAlf.ii. Tombe à escaliers, 2° type (E 11).

vases cannelés placés sur un acrotère. L’acrotère du sommet porte encore un aigle, .mais celui-ci a les ailes largement ouvertes, la pointe

en bas, dans le style des aigles « au vol abaissé » des héraldistes. — Intérieur : à peine commencé, pas de chambre; le tombeau n'a jamais

Fig. 189. — Mkdâin-Sài.ei.i. Tombe à escaliers. 2' type (A 8i.

servi. Il n'en porle pas moins une inscription datée « du mois de Siouan, l’an 5 de Rah’el » == mai-juin 75 de Jésus-Christ ( Inscr . nab., n° 22).

TOMBES A ESCALIERS

C. Tombes à escaliers avec pilastres aux angles et moulures, en dessous d( lagoige. Cette classe renferme les plus beaux, ou du moins les plus grands monuments de Médâin-Sâleh, car elle permet de donner aux

Fig. IOO. — Médâin-Sâleh, Tombe à escaliers, 2e lype D .

façades plus d'élévation. On aura, entre l’architrave et le tore en dessous de la gorge, un ou deux corps de moulures, suivant la hauteur des tombeaux.

F 3, fig. 101 (H., n° 61, p. 434). Un des plus simples en ce genre. La seule différence qu’il présente avec ceux de la classe précédente, avec Eli par exemple (fig. 158), c’est la corniche formée d’un listel et d’un talon qui

décore l’architrave. L’encadrement de la porte est le même. Les chapi-

Fig. KM. — Médâix-Sâleh. Tombe à escaliers, 3e tyi:e ; un seul corps de moulures F 3).

teaux, il est vrai, sont écornés; mais nous avons relevé le même détail

TOMBES À ESCALIERS

dons A 8. Le tombeau est inachevé; il a dû être utilisé cependant, puis

Fig. tü-2. — MédAin-SAlem. Tombe à escaliers, 3° type, avec un seul corps de moulures (E 18).

qu’on relève à l’intérieur trois niches destinées à recevoir chacune un dé

funt. — A droite de la façade, il y a deux gros blocs adhérant encore an rocher par le bas, mais détachés sur toutes les autres faces. Ils rappellent ceux qu'on voit à Jérusalem dans les Cavernes royales et dans les autres carrières anciennes situées au nord de la ville sainte, du côté du tombeau des Juges par exemple. Devant le pilastre de gauche, il y a des traces non équivoques de grosses pierres enlevées de la même façon. L’intérêt de ce détail est de nous renseigner sur le mode de dégagement de ces grandes façades. Chaque devant de tombeau en préparation était ainsi, par le fait môme, une véritable carrière et l’exécution d’un monument funéraire devait fournir aux entrepreneurs de Hégrâ des matériaux de construction utilisés sans doute pour la ville des vivants. On trouvera plus loin, à propos du mahal el-Megles (p. 383, pl. XXXIX), un exemple encore plus saisissant de ce procédé de travail.

Nous grimpons au-dessus de la tombe voisine F 2, pour dessiner un petit bétyle (p. 435), et en passant sur le rebord de la gorge, accessible par hasard, nous y constatons une rigole, large de 0m,08, sur une profondeur égale, destinée à recueillir les eaux qui descendent de la montagne et à les écarter de la façade. Il y a un petit conduit semblable au-dessus de la gorge de F 1 et il est fort probable que ce procédé, difficile à constater ailleurs, était employé dans la plupart des monuments.

E 18. flg. 162(11., n° 65, p. 436). Ressemble beaucoup à F 3 pour la partie supérieure; il est cependant bien plus grand et moins lourd. Les angles des chapiteaux ont gardé leurs arêtes vives. Le portail est un des plus ornés qu’on ait encore rencontrés. Comme dans E 11, les pilastres qui encadrent l'entrée sont simplement plaqués contre la façade et leurs chapiteaux ne supportent rien du tout. La frise est régulièrement décorée de triglyphes et de métopes, ornées chacune d'une rosace en relief d’un beau tracé. A la base des triglyphes, au lieu des gouttes ordinaires dans les ordres classiques, il y a ici des grains de chapelet. On remarquera l’attitude de l’aigle placé sur le fronton; ses grandes ailes ouvertes et abaissées lui donnent une forme presque héraldique. Comme tous les autres aigles qui ornent les façades des tombeaux, il est étêté. mais c'est parce que les Arabes les ont décapités, car primitivement tous avaient leur tête. — - Intérieur : grande chambre avec 15 niches dans les parois, et deux loculi, dont un possède une fosse. Ce monument est daté du mois de Nisan, l’an 40 de Marétat = mars-avril 31 de Jésus-Christ i fuser, nab., n" 36).

B 7, fig. 163 (H., n° 21, p. 414). C’est le plus beau spécimen des tombeaux de cette catégorie, avec une seule corniche entre la gorge et l'architrave. Les grandes lignes sont bien prises et bien proportionnées, de

MkdAin SÂi.rii. Tombe à escaliers, 3"

type, avec un seul corps île moulures

areliitrave surhaussée (B 7).

Fig. 163.

sorte que l’ensemble produit un bel effet, On remarquera la forme par-

I'ig. 104. — Mkdâix-Sài.ki.i. Corps inférieur de la tombe B 7.

ticulière de l’architrave dont nous avons déjà signalé un autre exemple

Fig. Mkdâin-SAi.ei.i. Porto de la tombe B 7.

.MISSION Alil'.lIliOLOGiyl K lv\ AIUBIR.

G 6, p. 335). Mais c'est surtout le corps inférieur du monument qui attire les regards (fi g. 164 et 165). Il a été orné avec le plus grand soin et se trouve dans un état de conservation satisfaisant. La Laie de la porte est d’abord encadrée, sur les montants, de deux moulures creuses, dont la plus extérieure seule se replie sur le linteau. Vient ensuite une toute petite moulure ronde entre deux listels, le tout surmonté d’une corniche en biseau. Les chapiteaux des pilastres, très abîmés, étaient sur le même type

que ceux des grandes antes avec un astragale en plus. L’architrave, à peu près vers le tiers de sa hauteur, est coupée par une très légère saillie.

La frise est décorée de triglyphes et de métopes dans lesquelles alternent des marguerites d’un beau tracé, à six et à huit pétales; les deux canaux des triglyphes sont sensiblement moins hauts que les demi-canaux. L’assemblage des moulures du fronton reparaît fréquemment

g. 186. — médAik-çAlejj. Tombe à escaliers, 3e type, avec une moulure dans les grandes façades et une plate-bande (A 1). -, , • , • ■ ,

deqasr el-Bmt; il en est de même des deux vases cannelés posés sur des acrotères de chaque côté. L’aigle du sommet, aux ailes éployées comme en un mouvement de vol, devait être majestueux avant d’être décapité; c’est un des mieux réussis. Tout le vide du tympan est rempli par un mascaron avec deux serpents : motif évidemment symbolique — par son idée générale — autant que décoratif, dont nous avons vu plus haut un autre exemple et qui va se répéter encore plusieurs fois.

Signalons sur la façade de nombreux petits trous. Il y en a sept, à peu près a égale distance l’un de l'autre, sous la corniche de l’architrave, un autre sous chaque grand chapiteau des antes, quatre entre ces deux mêmes chapiteaux, un à l'extrémité des ailes de l’aigle, trois sous la cor-

TOMBES A ESCALIERS

niclie de la petite architrave et trois autres enfin au-dessus de la cymaise de la porte (1).

On pourrait noter aussi les rudiments de hase des quatre pilastres.

Intérieur : grande chambre à peu près carrée de 7 mètres de côté environ; dans la paroi du fond, trois loculi et dans celle de gauche, trois niches.

L inscription (n° 9) qu on lit sur la façade est datée du mois de Tébet, l’an 44 de Harétat = décembre-janvier 35-3G de .Jésus-Christ.

A 1, fig. 166. Il a de plus que les précédents une plate-bande placée immédiatement au-dessous de la grande gorge du sommet ; pour tout le reste, il est remarquable par sa simplicité. Nous revenons aux chapiteaux de la série initiale, formés , ainsi que la corni che de l’architrave, par une moulure simple en biseau.

La porte inachevée aurait eu, semble-t-il, pour tout encadrement, une platebande d’un léger relief.

Le tombeau suivant A 2 se distingue de A 1 par les chapiteaux, qui reprennent la forme ordinaire des chapiteaux que nous avons appelés nabatéens; pour le reste, c’est la même simplicité. Aucun des deux ne porte d’inscription, mais on peut les comparer à G 7, fig. 167, daté de l’an 24 de Harétat = 15 de notre ère ( Inscr . nab., n° 25).

A 7, fig. 168 et 169. C’est un tombeau relativement petit, dans lequel on a multiplié les moulures avec une profusion exagérée ; aussi l’entablement très surchargé produit-il un assez mauvais effet. Le bas est inachevé; néanmoins il est facile de se rendre compte de l’ornementation

(1) La répartition symétrique et la régularité de ces trous ne peuvent manquer de frapper. Il est impossible de songer, cette fois, à des moulures insérées sur une façade aussi complète et aussi intacte. Restent les hypothèses de placage ou de suspensions pour quelques ornements métalliques; et, tout compte fait, cette dernière opinion, qui rend le mieux compte des divers cas où nous avons à signaler des trous semblables, est probablement la meilleure.

MISSION EN ARABIE

1<>$. — M i-'dâix-Sài.f.!!. Tombes à escaliers.. 3e type, avec un corps de moulure et une plate-bande (A 6 et 7).

TOMBES A ESCALIERS

3oa

définitive de la porte; nous avons déjà trouvé des cadres semblables fcf. surtout B 20). — Intérieur inachevé.

A 6, fig. 168 et 170 (H., n° 3, p. 410). Tout à côté du précédent et de

metrcJ

Fig. 169. — MédUn-Sâleh. Tombe A 7. Élévation de la façade.

intéressantes. D’abord dans la corniche de l’architrave, formée d’un talon surmonté d’une moulure en biseau. Les chapiteaux ont aussi un galbe particulier et sous l’astragale il y a une large plate-bande qui n’est pas habituelle. La porte surtout offre un style à part. Si tous les détails de décoration qu’on y remarque ne sont point nouveaux, c’est la première fois en tout cas qu’on les trouve ainsi amalgamés. Le couronnement des petits pilastres comprend un ruban surmonté d’un astragale, plus une doucine et un listel qui forment le chapiteau proprement dit. La corniche

TOMBES A ESCALIERS

Fig. 171 . — MédAin-SAlkj.i. Tombe à escaliers, 3° type, avec un corps de moulure et une plate-bande (A 5).

de l’architrave est un cavet au profil peu accentué et dont l’angle supérieur a été fortement rabattu. Ce premier ensemble est très voisin de plusieurs exemples déjà vus. Immédiaiement au-dessus vient un fronton circulaire, formé, lui aussi, d’une moulure concave. De chaque côté du fronton était placé un sphinx (1) sculpté en haut relief et aujourd’hui très abîmé; au centre, sur un acrotère, reposait un objet qui paraît avoir été détaché intentionnellement. D’après le trou faitdansle rocher, on croirait à

un vase ; ce pourrait être aussi un aigle, d’un type analogue à celui de B 7, étant donné que ce motif décore fréquemment les sommets des frontons. Au centre du tympan, il y a une belle rosace d’un relief de 0m,04. Ce couronnement de la porte en fronton cintré avec acrotères et ornements rappellera B 19. — - Intérieur : chambre avec deux fosses dans le sol, deux loculi et trois niches.

A 5, fig. 171 (H., n° 4, p. 411). Ce monument doit être rapproché de E 18 (fig. 162, p. 347). Ils datent ous deux de la même année, l’an 40 de Harétat = 31 de Jésus-Christ, et sontl œuvre, croyons-nous, des mêmes artistes ( Inscr.ncib nos 3 et 36). On remarquera surtout la ressemblance des deux aigles placés au sommet du fronton de la porte. Ils sont très caractéristiques, puisque nulle part on ne leur retrouve cette forme d’ailleurs inélégante (2). Notons quelques petites différences entre les deux façades : A 5 a une plate-bande sous la gorge; les chapifeaux des pilastres qui encadrent la porte sont plus travaillés que dans E 18. Il y a aussi en plus, une sorte de linteau audessus de la porte dont l’ensemble est moins lourd. Mais tout le reste : la colonne engagée dans les petits pilastres, l’entablement avec trigly

(1) C'est à tort que Huber appelle cela des aigles; voir la photographie fig. 168.

(2) On peut leur comparer cependant l’aigle qui se trouve sur la façade de D (lig. 160, p. 315), quoique la ressemblance ne soit pas parfaite.

TOMBES A ESCALIERS

plies et métopes décorées de rosaces, les vases cannelés sur des acrotères à chaque extrémité du fronton, la corniche sur la grande architrave, tout enfin est identique dans les deux monuments. — Intérieur : grande chambre avec deux loculi et sept niches allongées.

A 3, fig. 172 et 173 (H., n° 6, p. 411 s.). La partie supérieure de cette façade et de celles qui vont suivre, présente tout un nouvel assemblage de moulures, rappelant d assez loin certaines corniches qui couronnent l’entablement d'ordres classiques, dans des monuments orientaux. Il est curieux, en effet, de noter qu’au-dessous de ces moulures on retrouve fréquemment la frise et l’architrave séparées par une petite corniche, mais au-dessus, la façade se poursuit, et après un développement plus ou moins considérable, suivant les proportions du monument, on a le couronnement ordinaire : une plate-bande, le tore et la gorge surmontée du double escalier.

Dans A 3, la porte est simple, comparée à quelques-unes de celles que nous avons vues et à un grand nombre de celles qu’il reste à voir. Son cadre renferme cependant les éléments des grandes portes de tombeaux : les deux pilastres, l’architrave et la frise, le fronton triangulaire, surbaissé ici, et pourvu de trois acrotères qui ne paraissent avoir jamais rien porté.

Les grands chapiteaux des antes sont eux aussi sévères; point d’astragale ni de moulure quelconque à leur base; ils débordent simplement un peu sur le pilastre. Leurs griffes sont moins saillantes qu’à l’ordinaire et ne présentent point d’entaille à leur extrémité.

L’intérieur (plan et coupes, fig. 174) vaut qu’on s’y arrête un instant, car il est un des plus compliqués et presque tous les genres de sépultures y sont représentés (1). C’est de tous les tombeaux de Hégrâ celui qui a le plus servi : nous y avons compté 53 places pour des défunts. A l’occasion, les Arabes l’utilisent encore de nos jours, car au moment où nous le visitons, le cadavre d’un pauvre pèlerin enveloppé de quelques haillons est en train de se dessécher au fond d’une fosse.

La chambre sépulcrale, large de 6,n,60 sur 5m,80 de profondeur et 3m,50 de hauteur, est entourée d’une banquette fort irrégulière dans le fond; sur les trois autres côtés, elle est large en moyenne de 0m,50 et haute de 0m,65; le dessus est loin d’être partout bien uni ainsi qu’on le voit dans la coupe AB. Au niveau supérieur de la banquette, en arrière, s’ouvrent, du côté gauche en entrant, trois grands enfoncements de plus

(1)11 manque seulement des fosses creusées dans le sol de la chambre, identiques à celles qu'on voit dans les loculi, par exemple, à l’angle nord-est.

TTLetxti

Fig. 173. — Mr.DÂiN-SÀLF.H. Tombe à escaliers, 3° type, avec deux corps de moulures et une plate-bande. Portail simple (A 3).

Fig. 174. — MkdAin-Sâlei.i. Tombe A 3. Plan par terre et coupes

Fig. 175. — Mf.dàix-Sâlei.i. Intérieur de ia tombe A 3. Les deux grands loculi dans la paroi du fond.

Fig. 17(i. — Mkd.'u.vSalf.ii. intérieur de la tombe A 3; angle du fond, à gauche.

de 2 mètres (1) pratiqués dans la paroi de rocher, auxquels nous donnons

(1) Ils ont exactement 2"‘,50 X 1"\35; 2m,to X 1"',35; 2'",40 X lm,25 ; la hauteur des trois ouver-

TOMBES A ESCALIERS

assez improprement le nom de loculi; chacun d'eux est muni d'une fosse. Il y eu a deux semblables à droite. Au fond de la salle on en voit encore trois autres, dont deux, profonds de 3m,25 et hauts de 3 mètres, coupent la banquette ménagée autrefois en avant. Sur la face de la paroi, large de 0m,40, qui les sépare (fîg. 175), se trouve l’inscription n° 2 (1). Le troisième loculus, à droite des précédents, s’ouvre à 0m,50 plus haut et possède deux fosses. Dans l’angle attenant, un enfoncement très irrégulier renferme encore une fosse.

Sur le devant des banquettes, dans un grand nombre de parois qui séparent les loculi, sur les grandes surfaces de la salle laissées libres, on a creusé une foule de niches allongées en forme de crèche, de toutes les dimensions (fîg. 176). Le devant du tombeau, malgré sa faible épaisseur, n a pas été épargné et on a même éventré la façade sur deux points. Ces niches ont en moyenne lm,75 à 2 mètres de long et 0m,35 à 0ra, 40 de profondeur ; d’ordinaire elles sont plus larges à une extrémité qu’à l’autre. Il y en a de toutes petites pour des enfants ou, des ossements désagrégés retirés de quelque grande tombe; peut-être aussi pour simples offrandes. Le corps du délunt était allongé là dedans, puis on le murait au moyen de minces dalles appuyées contre la paroi; souvent on a ménagé à cet effet une petite feuillure, sur les bords de la niche.

Le tombeau ouvre sur une petite esplanade mal dressée, haute tout au plus de 3 mètres et large en moyenne de 1 ™ , 7 5 ; c’est peut-être là le Rzns mentionné dans l’inscription de la façade ( Inscr . nab., n° 1). Sur la paroi du rocher qui s’avance à droite, à 3 mètres de hauteur environ, il y a une niche identique à celles de l’intérieur. — Le monument est daté du mois de Sebat l’an 13 de Harétat = janvier-février, an 5 de notre ère.

Qasr es-Sâne’, fîg. 177 (IL, n° 58, p. 434). La façade de ce tombeau, plus monumentale que celle du précédent, offre avec elle une grande analogie à cause de la simplicité de l’entrée. Ce sont les deux seuls grands tombeaux de ce genre qui aient une porte aussi peu ornée, avec un fronton triangulaire surbaissé. Le haut de ce fronton à qasr es-Sâne ' est très endommagé et percé de petits trous. Cette fois on pourrait se demander à juste titre, si ces trous n’étaient pas destinés à des crampons pour fixer des moulures postiches; la chose n’est cependant pas tellement claire, car il subsiste une partie de la corniche adhérente au rocher. De

tu res est de 2'", 20. Les fosses intérieures sont un peu moins grandes, car on a laissé tout autour, ou du moins sur deux côtés, des échancrures pour permettre d'y appuyer les dalles qui recouvraient ces trous.

(1) Au-dessus de la lettre I dans la fig. 175.

Fig. ITT. — MédAin-Sâleii. Qasr es-Sâne" : Tombe à escaliers. 3e type, avec plate-bande, deux corps de moulures et chapiteaux composites. Porte très simple.

chaque côté de la porte, à peu près à la hauteur des chapiteaux des petits pilastres, il y a aussi deux trous dont la destination est encore plus obscure.

Les chapiteaux des antes offrent un type nouveau qu’on va retrouver dans la majorité des plus grands monuments. On pourrait les appeler des chapiteaux composites, ou mieux, composés, car en somme il y en a deux l’un sur l’autre; cela n’ajoute rien d’ailleurs à leur élégance (1). La grande corniche au-dessus de la frise est formée comme précédemment d’un assemblage de moulures variées, dont les plus élevées ont une projection considérable hors de la façade générale.

Intérieur (qdan et coupes, fig. 178): chambre à peu près carrée, mesurant en moyenne 5m,50 de large, 5m,45 de profondeur et 2m,15 de hauteur (2). Il y a dans le sol trois fosses, dont une visible sur un angle seulement. Les deux loculi à droite et à gauche ont chacun une fosse d’une forme particulière. Elles s’enfoncent d’un côté sous le rocher et tandis qu’à l’ouverture elles mesuraient seulement 0m,80 de large, elles atteignent vers le milieu, l’une lm, 83 et l’autre lm, 95 (voir coupe CD). Six niches, deux dans le fond, deux à droite et deux à gauche, complètent l’installation de la salle funéraire. Une des niches, à droite, mesure 3m,20 de long; sans doute, il y en avait jadis deux au même niveau, qu’on aura réunies en une seule en faisant disparaître la mince paroi de roc qui les séparait. — Le monument est daté du mois de Nîsan, an 17 de Harétat = marsavril, 8 de Jésus-Christ ( Inscr . nah., n° 29).

D', fig. 179. Tombe inachevée et détériorée dans le bas. Le haut de la façade est travaillé avec soin, les moulures sont bien modelées; chapiteaux nabatéens ordinaires; la corniche de l’architrave est une simple moulure en biseau. La chambre et la façade ont dû être exécutées indépendamment l’une de l’autre, ou en tout cas, l’artiste a tout à fait mal établi son calcul. Si on eût continué à dégager la façade, on aurait emporté tout le devant de la chambre qui n’a pas été creusée assez en arrière. C’est sans doute cette considération qui aura arrêté les travaux; dès lors on supposerait la salle funéraire antérieure. D’autres explications, il est vrai, sont encore plausibles, mais il pourrait paraître superflu de passer en revue toutes les hypothèses. — Intérieur (plan et coupe, fig. 180 ) : salle très irrégulière avec un commencement de loculus à gauche, une

(1) Ce genre de chapiteau est encore peut-être plus fréquent à Pétra qu'à Médâin-Sâleh.

(2) Dans ces beaux tombeaux, où les façades sont très soignées, la chambre sépulcrale a été creusée à la hâte et avec peu de régularité. C’est ainsi par exemple que les mesures exactes de la salle du qasr es-Sânec sont: paroi de droite, longueur 5"*, 54; paroi de gauche, 5m,36; paroi du fond 5"', 63; côté de la porte, 5m,38.

TOMBES A ESCALIERS

Fig. 17!). — Médâin-Sâleh. Tombe à escaliers avec une plate-bande, un corps de "moulures, une corniche au-dessus de l’architrave. Façade inachevée (D ).

niche près de la porte et une autre sur la paroi de droite. Au fond de la

salle dans l’angle à droite, loculus avec une niche sur le côté et une fosse. Au centre de cette même paroi, une porte large de lm,10 donne accès dans une autre petite chambre avec un loculus. Le monument est daté du mois

nvètvci

Fig. 180. — Mkdâin-Sàleii. Tombe D'.

Plan par terre et coupe.

triglyphes ont la même hauteur; les la forme de perles enfilées. Deux <

de Nisan l’an 20 -j- ? de Harétat ; il est donc postérieur à mars-avril de l’an 11 de notre ère (. Inscr . nab., n° 28).

B 5 et B 6, fîg. 181 (IL, nos 19 et 20, p. 414). Ces deux monuments offrent entre eux une étroite ressemblance; à peine y a-t-il dans le détail des moulures quelques variantes peu appréciables. La plus sensible serait la différence de largeur des deux plates-bandes en dessous du tore. D’une manière générale, le second est aussi un peu plus dégagé que le premier. Dans les deux, l’architrave est à deux faces, ce qui est assez rare dans les autres monuments du Heger.

La porte de B 6, fîg. 182, est comme dans B 7 (p. 350 s.) encadrée tout d’abord d’une double gorge un peu molle, puis d’un petit listel, d’une baguette minuscule et d’un ténia, le tout surmonté de la corniche en biseau. Les chapiteaux ont une forme un peu particulière, quoiqu’ils soient sur le type général des chapiteaux nabatéens. Nous retrouvons l’architrave à double face. Cette fois les canaux et les demi-canaux des ix gouttes en dessous affectent toujours es rosaces qui décorent les métopes,

celle du centre et la première à gauche, diffèrent un peu des trois autres. Il n’y a jamais rien eu dans le tympan des deux irontons.

A l’extérieur de B 6 à gauche, dans la paroi, se trouve un petit bassin destiné sans doute à contenir de l’eau pour les purifications (plan et coupe C D).

MISSION 1ÎN AltAISlIÏ.

Intérieurs : B 5, chambre ordinaire avec un seul loculus et trois niches;

Fig. 182. — Mf.dàin-Su.i.i.i. Porte de la tombe B 6.

B 6, plan et coupes, fig. 183. C’est un des rares tombeaux dont la disposition intérieure soit régulière, et encore ne faut-il pas y regarder de

ÏYvctl' ê4

trop près; nous inscrivons sur le plan quelques cotes pour donner une idée de celte régularité.

Au fond de la salle se trouve un loculus dont les parois sont mal dressées; il y en a deux autres à droite et à gauche, tous les quatre avec une fosse et un large rebord de chaque côté de la fosse.

Le niveau de la chambre est un peu plus élevé que celui du sol extérieur en avant de la porte: on a raccordé les deux plans au moyen d’une petite rampe creusée dans le roc et qui s’avance en inclinant sur la gauche.

Le premier de ces tombeaux, B 5, est daté du mois de Nlsan, l’an 36 de llaretat — mars-avril 27 de J.-C. ( Inscr . nab., n° 7) ; l’autre, B 6, de Nlsan, l’an 9 de Harétat = mars-avril 1 av. J.-C. [Inscr. nab., n°8). C’est le plus ancien tombeau daté de Médâin-Sâleh (1).

B 22, fig. 181 (H., n° 35, p. 117 s.). Belle et grande façade sur une esplanade de lm,50 de haut. Les motifs de décoration sont en grande partie identiques à ceux des dernières tombes passées en revue. Bans la partie supérieure, nous retrouvons les mêmes moulures, sauf que l’archiirave ici est tout unie. Les grands pilastres sont un peu moins élevés que précédemment; aussi a-t-on été obligé de graver l'inscription sur l’architrave elle- même, n’y ayant plus la place suffisante pour un cartouche entre l’aigle et le soffite.

Le petit cadre autour de la porte ne diffère en rien de celui que nous avons vu dans B 5, B 6 et B 7. L’entablement au-dessus est toujours composé de la même manière. Les rosaces sculptées entre les triglyphes sont sur deux types alternants; la tète avec les deux serpents, détachée en fort relief dans le tympan, rappelle beaucoup celle de B 7, quoiqu elle ait ses petites particularités. Enfin l’aigle et les deux vases, sur les acrotères, présentent aussi de légères variantes avec les ornements semblables reproduits ci-dessus.

Intérieur : grande chambre de 6 à 7 mètres de côté avec trois fosses, un loculus et trente-deux niches réparties sur toutes les parois.

Ce tombeau est daté du mois de Iyar, l’an 35 de Harétat = avril-mai 26 de J.-C. [Inscr. ncib., n° 19).

B 23, fig. 185 (IL, n° 36, p. 419). Grand tombeau présentant beaucoup d’analogies avec le précédent. Il y a cependant entre eux une différence générale assez sensible. B 23 est plus élancé et ses moulures, généralement les mêmes que dans B 22, ont un profil bien moins saillant et pres-

(1) A supposer que l'année nabatéenne commençât au printemps, ce qui parait le plus probable. Si on la faisait commencer à l’automne, comme dans le calendrier syrien, la priorité devrait être attribuée alors à B 49, daté du mois de Tébet (décembre-janvier) an 9 de Harétat.

Fig. 184. — MédAix-Sâleii. Tombe à escaliers, 3” type, avec plate-bande et deux corps de moulures; chapiteaux composites (B 22).

MiîDÂiN-gÂLEir. Tombe à escaliers, 3e type, a\cc plate-bande et deux corps de moulures. Chapiteaux composites; porte inachevée (B 23).

TOMBES A ESCALIERS

que camardé. Toutes tendent à se développer dans le sens de la hauteur afin de donner au monument une plus grande élévation. Le cartouche

Fig-. 1BG. — Médâin-Sâleii. Porte de la tombe B 23.

reprend sa place habituelle en dessous de l’architrave. Les chapiteaux des antes ont l’air encore plus massifs qu’à l’ordinaire. Le haut des pilastres est décoré d’un ténia qui se trouvait déjà dans ceux du tombeau précédent, mais plus petit.

Le portail, fig. 18(5, est inachevé; il reste à décorer le chambranle de la porte et à terminer les pilastres. Les chapiteaux de ces derniers peuvent être iinis, car cette forme, quoique susceptible encore d’une décoration, reparaît ailleurs telle quelle. Toutes les moulures de l’entablement sont aussi achevées. On peut y noter quelques particularités qui ne reparaissent pas ailleurs. Les gouttes sous les triglyphes ont cette fois la forme normale et non point celle de grains de chapelet; on en compte seulement quatre. La frise des triglyphes n'est pas surmontée du petit listel en relief qui existe d’ordinaire, et à cause de cela sans doute, les deux canaux du centre ont la même hauteur que les métopes. Une irrégularité encore plus grave, c’est qu’on a supprimé les demi-canaux sur le bord des métopes, de sorte qu’en réalité il n’y a pas là de triglyphes proprement dits. Les marguerites dans les métopes sont de deux sortes alternées. Bien que la différence soit à peine sensible, on remarquera cependant que celles des extrémités et du centre se détachent avec un relief plus mou sur une espèce de disque régulier, tandis que dans les deux autres le relief est un peu plus accusé et les contours sont ondulés, comme pour découper les pétales. La tête aux serpents, dans ce fronton, a une physionomie tout à fait différente de celles qu’on a rencontrées jusqu’ici. L’aigle du sommet est mal proportionné; ses ailes sont beaucoup trop petites. On a sondé les vases des deux angles pour voir s’ils ne contiendraient point quelque trésor. Celui de gauche est néanmoins assez bien conservé et garde à peu près intact le rebord supérieur, généralement disparu dans les autres. — Intérieur : inachevé ; à peine la moitié de la chambre a-t-elle été dégagée.

Ce monument est daté du mois d’Adar, l’an 11 du roiMalikou = févriermars 50 après J.-C. ( Inscr . nctb., n° 20).

B 1, Pl. XXXY1I et fig. 187 (IL, n° 15, p. 412). Cette façade nous a paru la plus élevée de toutes celles de Médâin-Sâleh; nous estimons sa hauteur à une vingtaine de mètres. Elle se dresse sur une petite plate-forme de 4 mètres de haut, ce qui la dégage encore plus. Les moulures ont été exécutées avec grand soin et sont d’un beau tracé. La photographie directe avec 1 élévation gôométrale de ce monument nous dispenseront d’une description minutieuse (1). On remarquera sur la photographie les hases des grands pilastres; celle de droite esl plus qu’ébauchée. Le rocher devant la porte est mal égalisé et, comme toujours, les derniers centimètres

(1) Dana la photographie, le monument est un peu déformé par la perspective sur une aussi grande hauteur. Il ne va point en se rétrécissant, mais le haut est à peu près aussi large que le has, ainsi qu’on peut s’en rendre compte en jetant un coup d’œil sur la planche XXXVII.

Planche XXXVII

agii

1 8{111 IH IHWHflMHHMIU BflUHflHBUfiff

iiiniiiiiPiiiniiiiiiiHiiiiP

101 il""''

MédÀin Çâleh. Grande tombe à escaliers, 3* type. Élévation de la façade (Bl).

H Demoulin. sc

Mkdàix-Sâlf.ii. Tombe à escaliers, 3° type, avec plate-bande et deux corps de moulures. Chapiteaux composites. Façade très élevée (B 1).

iLî' v at'

du bas de la façade laissent à désirer. Il ne semble pas qu’on ait jamais pris la peine de terminer cette partie par une ligne bien franche marquant nettement le seuil de la porte et les soubassements des pilastres.

Intérieur, plan et coupes, fîg. 188. Chambre à peu près carrée de 6ra,45 de côté et 2m,40 de haut. Dans la paroi du fond, à 0m,60 du sol s’ouvre un loculus contenant une petite niche sur le côté droit; il est accosté de trois niches allongées, deux à droite et une à gauche. Du côté gauche de la salle, il y a un loculus avec fosse, plus une petite chambre irrégulièrement creusée de 2m,50 de long sur 2'", 15 dans sa plus grande largeur. Deux niches superposées dans la paroi de droite et une autre, à gauche de la porte en entrant, complètent l’aménagement. Tout cela est d’un travail fort négligé et nullement comparable à celui de la façade. Il n’y a pas une seule paroi dressée avec soin; devant le loculus de gauche, le sol est mal aplani et il reste un quartier de roc à détacher.

Le tombeau est daté du mois de Nîsan, l’an 40 de Harétat = mars-avril 31 de notre ère (Iriser, nab., n° 5).

B 4, qasr Abou el-Bint, PI. XXXVIII (H., n° 18, p. 414). Ce tombeau, à ranger parmi les plus grands monuments de qasr el-Bint, est précédé d’une large plate-forme à 4 mètres environ au-dessus du sol. Sur chaque côté de cette plate-forme, le long de la paroi du rocher, règne une double banquette très irrégulière, qui n’aura pas été taillée exprès, croyons-nous, pour servir de siège, bien qu’on ait pu, après coup, en tirer parti à cet effet, mais doit être un vestige du débitage usuel de la paroi en blocs d’appareil coupés par assises déterminées (1), au moment où l’on évidait le rocher sur cette énorme surface.

La façade du monument offre plusieurs singularités. D’abord elle se détache de la montagne un peu plus que le plus grand nombre des autres et toutes les moulures se replient sur les faces latérales, ainsi que le montre bien la photographie. Ces petits côtés ne sont point d’équerre avec le devant; l’angle est même très obtus, surtout à gauche. Le rétrécissement en pylône, principalement dans la partie supérieure, est très accusé, ce qui est rare dans ces grandes tombes. Enfin les sculptures elles-mêmes ont leur originalité. Les chapiteaux des antes, quoique sur le même type que ceux des derniers tombeaux, diffèrent sensiblement pour le dessus, qui est ici moins large; par contre, les deux cornes se détachent davantage. Les pilastres sont un peu trop étroits pour leur hauteur. L’architrave au

(1) Voir p. 348, un exemple de ce procédé de travail si nettement indiqué surtout devant la façade de Beit ech-Cheikh ou el-Ferid p. 382, pl. XXXIX.

Planche XXXVIII.

MÉD.ÂiN Sâleh. Qasr abon el-Bint : Tombe à escaliers.

3* type, avec plate-bande, deux corps de moulures et architrave à deux faces (B 4).

E. Leroux, éii.

Page 1