Dcmoulin, se
contraire est beaucoup trop large; on pourrait dire qu’il y en a deux super¬
posées plutôt qu’une seule à deux faces. La corniche au-dessus est formée, comme dans la plupart des cas, d’un petit cavet et d’un listel au lieu de
Fig. 180. — Mkdâin-Sâleh. Intérieur de la tombe B 4; paroi du fond et angle E.-
TOMBES À ESCALIERS
1 astragale et de la doucine qu on avait à cet endroit dans B 1. Le corps
de moulures sur la frise ne se retrouve pas ailleurs ainsi composé, [.es
Fig. 190. — Médâix-Sâlf.ii. Intérieur de la tombe B 4; paroi méridionale et angle S.-:
deux moulures du bas sont bien à peu près les mêmes que précédemment, mais la grande moulure biseautée, avec ses deux rainures, et la scotie qui la surmonte appartiennent en propre à ce tombeau.
La petite façade intérieure de la porte est un peu moins large qu’à l’ordinaire. L’entablement et le fronton n’offrent rien de particulier. II n’y a rien dans le tympan; les triglyplies et les métopes à marguerites usuelles sont très réguliers; l’architrave est à deux faces. La baie est plus grande que dans les autres monuments; elle ne laisse aucune marge entre les deux petits pilastres, qui, eux, ressemblent fort à ceux de B 6 (fig. 182, p. 370).
Intérieur : grande salle de 8 mètres de côté environ, avec trois loculi, plusieurs niches dans le fond (fig. 189), et de nombreuses niches de différentes dimensions sur les autres parois (fig. 190). Il y a aussi beaucoup de fosses creusées dans le sol; on peut distinguer les rebords de deux ou trois, près de l’angle représenté dans la photographie fig. 190.
Nous croyons devoir reporter la construction de ce tombeau au règne de Malikou, c’est-à-dire après l’an 40 de J. -G.; le mauvais état de l’inscription ne permet pas de préciser davantage ( Inscr . nab., n° 6).
El-Fend, Pl. XXXIX (H., n° 37, p. 430 s.). Ainsi que l’indique son nom, cette tombe est isolée et occupe presque toute une face d’un grand rocher qui se dresse dans la plaine, au sud de qasr el-Bint. Son aspect a frappé tous les visiteurs et déjà on connaissait cette façade par deux croquis de Dougbty et d’Euting (1). La photographie que nous en publions ne fera pas double emploi avec les dessins de nos prédécesseurs et donnera une idée plus adéquate du monument. Celui-ci est l’un des plus larges, sinon le plus large de tous ceux du Heger et sa hauteur non plus n’est guère dépassée. C’est le seul qui ait quatre pilastres sur le devant; ils étaient nécessités par la grande largeur de la façade. L’entablement et toute la partie supérieure rappellent les grandes tombes de qasr el-Bint. La corniche de 1 architrave est remarquablement simple; le corps de moulures au-dessus de la frise est très en saillie; nous avons retrouvé maintes fois les mêmes profds. Le dernier gradin, dans le haut, de l’escalier de gauche, a été bâti parce que le rocher faisait défaut.
lout le bas du tombeau est inachevé; à peine a-t-on commencé à ébaucher le portail qui aurait eu, semble-t-il, la forme ordinaire. On voit déjà les deux vases et 1 aig'le sur les acrotères du fronton. De g'rosses pierres alignées de chaque côté de la porte ont intrigué beaucoup de gens. On les laisait admirer à Doughty en lui disant que c’étaient là les sièges des con- (i) Dougiitv, Travels..., I, p. 116; Elting, S abat, lnsclir., p. 16, (ig. 12.
Planche XXXIX
MÉnÂiN Sài.f.h. El-Ferîd ou Beil ech-Cheikh : Tombe à escaliers. !I° type, avec 4 pilastres. Kit avant, le Mü/ïnl cl Mcglcx.
, Kl).
K. Lrhoux
I iemoillill
TOMBES A ESCALIERS
seillers de la ville (1), d’où le nom de Mahal el-Megles « lieu du conseil », donné à cette cour. Nous avons examiné de près ces prétendus sièges, sur lesquels notre attention avait été attirée par le croquis très accentué d’Euting, et nous y avons reconnu de vulgaires blocs de rocher, découpés aux trois quarts, mais qu’on n’avait pas achevé de détacher de leur lit d’assise au moment où les travaux furent interrompus. Il y en a cinq du côté gauche. Celui sur lequel un personnage est assis dans la photographie est coupé au milieu de la longueur ; les trois suivants, presque intacts, sont dégagés en partie de la façade et isolés par des entailles pratiquées au pic. Il ne restait qu’à introduire un coin dans ces entailles et à frapper un peu pour détacher le bloc. Le dernier de la série s’est même détaché par le seul fait de son poids, le banc inférieur du grès, de très mauvaise qualité, s’étant effrité peu à peu sous l’action de la pluie et des vents. Ceux du côté droit ne tarderont pas à avoir tous le même sort; déjà le quatrième s’est affaissé et les trois premiers sont dans un équilibre assez instable.
Intérieur : chambre inachevée mesurant en moyenne 4m,50 x 4 mètres; aucune trace de sépulture.
Ce tombeau n’est point daté (Inscr. nab., n° 21) ; néanmoins tout porte à croire qu’il est contemporain des autres grands monuments du Heger et plus probablement des derniers creusés qui n’ont pas été achevés, comme D ou B 23. Il doit appartenir au début de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère.
F 4, PL XL et fîg. 191 (H., n° 60, p. 434) (2). C’est la première fois que nous avons une façade constituée par deux ordres superposés. Sous le couronnement, il y a quatre petits pilastres dont le fut est coupé au milieu par une moulure très en relief, rappelant les anneaux qui cerclent parfois les colonnes à tambours; leurs chapiteaux sont simples mais complets, et nous en avons trouvé de semblables au-dessus des pilastres qui encadrent certaines portes. Nul autre monument de Médâin-Sâleli, ni grand ni petit, n’offre une liaison de cette sorte entre l’entablement et la corniche supérieure de l’édifice. A Pétra, au contraire, c’est un motif de décoration assez fréquent (3). La remarque peut avoir son importance pour l’histoire de l’art chez les Nabatéens, car ici nous avons une date, tandis que les façades de Pétra sont toutes muettes sur l’époque à laquelle elles ont été taillées.
(1) Dougiity, Travels..., I p. 117.
(2) Euiinc, Nabat. Inschr., p. 15, fig. 10 et p. 17.
(3) Voir les exemples fournis par Bhünnow et de Domaszewsri, Die Prov. Aral/., I, p. 151 s., fig. 169, 170, 172, 173; p. 168, fig. 192, etc.
. •“"''‘'••'‘''"WBHl
Fig. 191. — Médâin-Sâleh. Tombe à escaliers, 3° type, avec 4 pilastres clans l’atli(|ue (F 4. An 24 de Malikou II),
Planche XL.
Ifl
ww
gg
ïm
SU
F; Sji'ï
YYLC-t V &>
MéDAtN Sâleç. Grande tombe à escaliers, 3* type. Pilastres dans l’attique; chapiteaux nabatéens simples (f 4
H. D«nioiiHi
TOMBES À ESCALIERS
La corniche de l’architrave, l’ensemble des moulures au-dessus de la
Fig. 192. — Médâin-Sâleii. Porte de la tombe F 4.
frise nous sont familiers; les chapiteaux des antes n’ont rien perdu à redevenir plus simples.
MISSION EN ARABIE
L’édicule simulé qui encadre la porte (fîg. 192) présente de nombreuses variantes sur les modèles antérieurs. D’abord les deux pilastres ordinaires, accouplés avec un quart de colonne suivant un type déjà rencontré plusieurs fois, mais toujours moins dégagé (1). La baie, sans aucun ornement, est creusée dans un tableau encadré un peu en retrait sur le reste de
Fig. 193. — MÉDÂm-SÀLEH. Petite façade avec un arceau (E 17).
la façade et décoré, au sommet, d’une corniche toute simple, identique à la corniche de la petite architrave. La frise, pour la première fois, comprend deux registres : l’un tout uni, l’autre orné, suivant l'habitude, de triglyphes et de métopes avec des marguerites en relief. Le fronton s’écarte aussi des formes courantes; la partie supérieure est à peine appuyée aux angles sur le couronnement de la frise sans que les moulures des deux se relient, ce qui donne à ce fronton un aspect de postiche. Il n’y a rien
(1) Voir E 18, (Ig. 182, p 347 ; A 5, (ig. 171, p. 357; B 1, lig. 187, p. 377.
TOMBES A ESCALIERS
dans le tympan, ni sur 1 acrotère au sommet du fronton qui se trouvait en eifet trop près de la grande architrave; ceux des extrémités portent deux
m'et/teA
Fig. 191. — Médâin-SAlf.i.i. Petite façade de tombe avec un arceau (E 17).
sphinx très gauchement assis, sculptés en haut relief dans la paroi du rocher. L’un est assez bien conservé, mais l’autre a perdu sa figure.
Intérieur : grande chambre renfermant deux loculi et seize niches. Ce monument est daté du mois de Tébet, l’an 24- du roi Malikou — décembre janvier 63-64- de ,1.-C. ( Inscr . nab. n" 38).
E 17, fi g. 193 et 194 (H., n° 66, p. 436). C’est le seul tombeau du Heger dont la façade n’appartienne pas à une des catégories précédentes. Il est tout petit et ne comprend en somme qu’un encadrement de porte, formé de deux pilastres réunis par une architrave. Une moulure identique décore les pilastres et l’architrave. Sur cette dernière repose un fronton circulaire orné d'une ligne d'oves placés entre nue plate-hande et une baguette. Au sommet du fronton est posé à même un grand vase adhérant au rocher; deux vases semblables ont été ménagés aux extrémités de la corniche de l’architrave. Dans le tympan une rosace se détache sur un hexagone en relief.
On pourrait rapprocher cette façade de la porte du tombeau A 6, pag. 356 où nous avons constaté aussi un fronton circulaire avec rosace au centre; mais là se bornerait la ressemblance entre les deux monuments. Intérieur : petite chambre avec trois fosses et une niche.
§ HI. — Quelques remarques générales sur les tombes
de Médâin-Sâleh.
A. Classification des tombes. — - Dans l’œuvre magistrale sur la Province d’Arabie, entreprise par MM. Brünnow et de Domaszewski, ce dernier a essayé une classification des tombes de Pétra d’après leur développement historique tel qu’il a cru pouvoir le saisir (1). Ce n’était pas chose facile, car entre tous les monuments de l’ouàdy Mousa pas un ne porte une date précise (2). D’autre part, les points de comparaison manquaient, les tombes datées de Hégrà n’étant connues qu 'imparfaitement, par quelques croquis insuffisants de Doughtv et d’Euting. Il a donc fallu classifier les tombes de Pétra en elles-mêmes et distinguer par intuition, pour ainsi dire, quels étaient, dans leur architecture et leur ornementation, les détails qui pouvaient paraître primitifs et ceux au contraire qui avaient l’air d’être évolués et postérieurs. Ce travail délicat a amené M. von Domaszewski à répartir les monuments funéraires de Pétra en six classes.
Les plus anciens seraient les tombes à pylônes (3) (I, Type pylône ),
'U R. E. Brünnow und A. von Domaszewski, Die Provincia Arabia, I, p. 137 et ss. avec de nombreuses reproductions.
(2) On peut dater assez approximativement Tunique tombeau de 'Onaisu, l’épilrope (frère) de la reine Suqailat, régente du royaume de Nabatène durant la minorité de Rabel son (ils monté sur le trône en Tan 71 de J.-O. — Ce tombeau est à escalier, dans le genre des grands monuments de Hégrà.
(3) Ceci n'empêche naturellement pas M. von Domaszewski de reconnaître que ce genre de tombeau, tout en étant primitif, a été utilisé aussi en même temps que les autres; son classement, toutefois, lui paraît répondre, dans l’ensemble, à une succession chronologique de même qu’à un
que nous avons appelées « tombes à créneaux ». Ensuite, les tombes à gradins ou à escaliers divisées en trois classes suivant les trois types que nous avons adoptés nous-mêmes pour Hégrâ : a) tombes à escaliers avec façade unie (II, Type Stufengrabe) ; b) tombes à escaliers avec pilastres sur la façade (III, Type proto-Heger ); c) tombes à escaliers avec pilastres aux angles de
Fig. 19 j. — Pétra. Tombe à fronton triangulaire.
la façade et moulures sous la gorge (IV, Type Ileger). A ce quatrième stage de l’architecture funéraire nabatéenne se rattacheraient les tombes à arceau (V, Type Bogengrab), d’origine purement étrangère, dont la
développement artistique. La classification de M. de Domaszewski, fondée sur des particularités techniques bien nettement définies, était du moins justifiée comme essai de groupement artistique si elle ne peut tenir comme schéma dévolution historique. M. le prof. Dalman, Petra..., p. 47 s., lui en a substitué une autre en trois périodes tout à fait tranchées : J, nabatéenne pure — tombes simples à créneaux, me-ir s. av. J.-C.; II, hellénistique caractérisée par 1 'invention du Petra-Kapitül et l’emploi de motifs ornementaux très divers, ier s. av. J.-C., rr s. après; III, romaine, usage des frontons, etc., à partir de l’an 106. 11 était déjà difficile de justifier, pour Pétra seul, un classement qui fixait le Tourkmanîyeh dans la même série que le Hazneli et reléguait au contraire ed-Deir dans une période différente, et il est douteux qu’on ait encore confiance dans cette invention locale du chapiteau nabatéen. Mais de toute façon le schéma va se trouver heurté par les dates positives gravées sur les tombes de Hégrâ.
façade, ordinairement toute petite, comprend deux pilastres reliés par une architrave que surmonte un arceau plus ou moins orné. Enfin Pétra offre un grand nombre de monuments avec fronton triangulaire dans le style des façades des temples; ils constituent la VIe classe de tombes appelées par M. de Domaszewski « Rômisches Tempelgrab » (fig. 195).
Les catégories I à IV des tombes de Pétra ainsi réparties, sont toutes représentées à Médàin-Sâleb, et en nombre suffisamment considérable pour mériter à titre égal le qualificatif de « tombes de Heger (1) ». Il n’en est pas moins vrai que les plus beaux monuments de cette localité appartiennent à la IVe classe de M. de Domaszewski, qui, à ce titre, pourrait conserver la dénomination de « Type Heger ». Il n’y a, à Hégrâ, qu’un seul exemple de V, tombe à arceau : E 17, p. 386, et il n’existe aucune grande façade couronnée par un fronton triangulaire.
Est-il possible, grâce aux inscriptions funéraires de Médâin-Sâleli, de constater dans l’arcliitecture des tombeaux un développement en rapport avec leur date? En d'autres termes, peut-on dire, en s’appuyant sur ces textes, que la classification proposée par M. von Domaszewski et que nous avons partiellement adoptée pour décrire les monuments, est une classification historique? D’une manière générale au moins, les plus anciennes dates se trouvent-elles sur des tombes à créneaux, tandis que les dates gravées sur les tombes dites du « type Heger » seraient toutes plus récentes?
Quoi qu’il en soit des monuments de Pétra que nous n’avons pas à étudier ici, l’évidence est irrésistible que pour ceux du Heger la division essayée plus haut est purement matérielle et qu’elle ne concorde pas du tout avec les données chronologiques des inscriptions. En effet, les deux plus anciennes tombes datées de Médâin-Sâleli sont de l’an 9 de barétai, l’une, B 6 (p. 369), du mois de Nisan (mars-avril 1 av. J. -G.), l’autre, B 19 (p. 324), du mois de Tebet (décembre-janvier 1 av. ou ap. J.-C.). Or la première appartient à la IVe classe de 31. Domaszewski, celle qu’il juge par conséquent assez récente; la seconde est à ranger, il est vrai, parmi les tombes à pylônes, I de M. D., mais au terme de ce qu’il considérerait comme l’évolution du type pylône, car B 19 compte parmi les façades les plus ornées de cette classe.
Viennent ensuite : A 3 (p. 360), an 13 de Harétat, « type Heger »; E 1, an 16 de Harétat, « type pylône, à deux rangs de créneaux » ; Qasr es-Sdne (p. 364), an 17 de Harétat, « type Ileger »; G 17 (p. 314), an 23 de Harétat,
(1) Il faudrait faire une exception cependant pour le premier type de lombes à escaliers qui est beaucoup moins fréquent que les autres.
tombe à double rangée de créneaux; B 22, an 32 de Harétat, « type Heger », etc... (1). Par contre, les deux tombeaux qui portent les dates les plus récentes, E d6 (p. 308) de l’an 4 de Rabel = 74 ap. J. -G., et D (p. 345) de 1 an 5 de Rabel, sont — le premier un tout petit tombeau à une rangée de créneaux — le second un tombeau du type « proto-Heger ». Devant 1 attestation brutale de ces laits, il faut donc conclure nécessairement que, s il y a eu dans l’architecture des tombes nabatéennes une évolution artistique au sens indiqué par M. von Domaszewski, cette évolution — du moins en ce qui concerne les quatre premières classes — était à peu près complète quand on creusait les tombes de Médâin-Sâleh. A ce moment, c est-à-dire au ier siècle de notre ère, les gens de Hégrâ employaient indifféremment l’un ou l’autre de ces quatre types, suivant le goût ou le caprice d un chacun; peut-être aussi faut-il dire : suivant la bourse d’un chacun, car les divers genres n’étaient à coup sûr pas également dispendieux.
Nous avons noté à Hégrâ un seul exemple de grand tombeau avec quatre petits pilastres dans l’attique (F 4, p. 384). Le fait que ce monument est isolé et d’une époque tardive (63-64 ap. J.-C.) invite à croire qu’on a affaire là à un style postérieur. En ce cas, les tombes de Pétra décorées de la sorte, appartiendraient à la période finale des tombes dites du « type Heger », IVe classe de M. D. Une remarque confirmant bien cette conclusion c’est que parfois, à Pétra, ces tombes ont échangé leurs grands pilastres carrés pour des colonnes engagées. Or, de pareilles colonnes ne se rencontrent nulle part sur les façades de Médâin-Sâleh (2) ; vraisemblablement elles n’avaient donc pas encore fait leur apparition quand on cessa de creuser de grands tombeaux à Hégrâ (3), et les monuments où on les voit figurer, à Pétra, doivent dater, tout au plus, du dernier quart du 1er siècle de notre ère.
L’absence totale au Heger de grande façade à fronton triangulaire em-
(1) Voir dans les tables la liste chronologique des tombes datées de Médâin-Sâleh avec i’indicalion de leur style. Le grand nombre de lombes du type Heger qui figurent dans cette liste, pourrait faire croire ce genre de beaucoup plus employé que tous les autres. Mais il ne faut pas oublier que communément les inscriptions sont sur les grands tombeaux et que par conséquent elles ne représentent pas proportionnellement le nombre de tombeaux de chaque espèce.
(2) C’est à tort que M. de Domaszewski, trompé par un croquis d’Eulîng, a attribué des colonnes au monument d’el-Ferid ( Die Prov. Arab., I, p. 158, note). On n’a qu'à se rapporter à la photographie de cette façade donnée plus haut, pl. XXXIX, p. 382, pour se convaincre du contraire. Les dessins de Doughly ( Documents épigr., pl. XXXI V et s.) sont également fautifs; le tombeau qui porte le n° 3 dans la planche XXXIV répond à celui que nous avons appelé A 5 (lig. 171, p. 357).
(3) Cette conclusion concorderait bien avec la date assignée communément à la grande inscription de Pétra qui se trouve sur le Turkmaniyeh. Les éditeurs du Corpus croient ce texte des dernières années du i61' siècle de notre ère; Euting le rapporterait même au delà de l’an 106, après la constitution de la province romaine d’Arabie.
prunté aux temples gréco-romains fait supposer aussi que ce genre d'architecture funéraire n’a été employé à Pétra que plus tard. Volontiers, nous y verrions une importation romaine et nous considérerions l’ensemble des grands monuments de l’ouâdy Mousa qui sont sur ce type, comme construits après l’an 106, c’est-à-dire après l’anéantissement du royaume nabatéen. Les petites façades à fronton cintré doivent leur être antérieures de quelques années puisque nous en avons signalé une à l.Iégrâ. Or on ne voit pas que cette constatation s’harmonise très facilement avec la place exacte que leur assignerait M. de Domaszewski.
A une ou deux exceptions près, on ne peut donc pas saisir dans l’architecture des façades monumentales de Médàin-Sâleh quelques éléments spécifiques de date et d’évolution. Sauf les réserves faites plus haut, tous les genres de tombes et de décoration ont coexisté et paraissent avoir été employés indifféremment par les artistes. Telle est la conclusion nécessaire qui se dégage de la comparaison que chacun peut établir grâce à la documentation reproduite ci-dessus, en ayant soin d’inscrire à côté de chaque monument la date fournie par les inscriptions.
Le classement artistique deviendra-t-il moins chimérique si, pénétrant à l’intérieur de ces tombes, nous jetons un coup d’œil sur leur aménagement? Ici, la confusion est encore plus grande. On a pu constater d’après les quelques plans placés sous les yeux du lecteur, que les Nabatéens de Hégrà avaient employé trois principaux modes de sépultures : la niche en forme de crèche, large en moyenne de 1 à 2 mètres, profonde de 0m,45 et haute à peu près également; le loculus, enfoncement dans une paroi, long de 2 à 3 mètres sur 0m,75 et plus de large, avec une hauteur de 1 à 3 mètres; la fosse, à un ou plusieurs étages, creusée dans le sol de la chambre funéraire ou bien dans un loculus (1). Ces trois genres de sépultures se retrouvent pêle-mêle dans les tombeaux de toute date, de toutes les dimensions et de toutes les formes, sans qu’il soit possible de déterminer un principe d’après lequel on aurait employé, dans telle circonstance ou à telle époque, un mode de sépulture plutôt qu’un autre.
B. Style des tombes. — Les monuments funéraires de Médàin-Sâleh, comme le plus grand nombre de ceux de Pétra, constituent un genre architectural tout à fait à part, qu’on retrouve seulement en pays naba-
(i) Voir pour tous ces genres de sépultures les plans donnés plus haut; en particulier pour les deux premiers genres, le plan et les vues intérieures de A 3, fig. 174, 175 et 176, p. 361 s., les vues intérieures de B 4, fig. 189 et 190, p. 380 s.; pour les fosses dans le sol de la chambre cf. le plan de C 16, fig. 125, p. 316; pour les fosses dans des loculi, plan de B 20, fig. 157, p. 342, plans de A 3, fig. 174, p. 361, plan de qasr es-Sâne', fig. 178, p. 365, de B 6, fig. 183, p. 371, etc.
iéen. A ce point de vue, on peut donc parler de style nabatéen. Mais si on s arrête à considérer ce style d’un peu près, on s’aperçoit vite qu’il a peu de choses en propre et que sa principale originalité consiste à avoir groupé des éléments parfois fort disparates et de provenance très diverse.
Il y a dans les tombes des détails d’architecture ou d’ornementation dont 1 origine est facile à indiquer, car ils ont été transplantés au désert tels quels et n ont subi que peu ou point de modification en quittant le pays qui leur avait donné naissance. D’autres, au contraire, sont tellement transformés qu on a grand’peine à se prononcer sur leur origine.
Dans la plupart des grandes tombes, la porte est surmontée d’un entablement où tout le monde aura reconnu un emprunt à l’art grec (1). On y retrouve 1 architrave, la frise, où les triglyphes alternent avec des métopes, la corniche avec un fronton triangulaire au-dessus qui achève de donner à cette petite façade une physionomie de temple grec très nettement accusée. L’ensemble est souvent un peu surchargé à cause de la multiplicité des moulures, mais ce défaut est bien dans la note de tous les monuments gréco-romains de Syrie qui durent être la plus immédiate source d’inspiration pour les artistes nabatéens.
Les créneaux, à quatre ou cinq gradins, qui couronnent un grand nombre de tombes et reparaissent souvent comme plaqués sur la façade, ont toujours été considérés comme cl’origine assyrienne (2). Les Arabes, à leur tour, ont dû les emprunter aux Nabatéens (3). Faut-il attacher au nombre des gradins un symbolisme quelconque? Nous ne croyons point que les Nabatéens l’aient fait, pas plus que les Arabes, quoi qu’il en ait été à l’origine. Les architectes nabatéens et leurs successeurs ont vu dans ces créneaux un simple motif d’ornementation et ils les ont faits à quatre ou cinq gradins suivant la hauteur qu’il s’agissait de leur donner pour que les proportions fassent agréables à l’œil.
Le second mode de couronnement des façades funéraires, formé par des
(1) D'après M. de Vogué, l’architrave serait imitée du dorique de basse époque et le fronton de l’ionique (dans Dougiity, Travels..., I, p. 621).
(2) Voir dans Perrot et Chipiez, Histoire de l’art; Chaldée et Assyrie, pp. 142 s., 268, 272, 489, etc., des exemples multiples de ce genre de créneaux servant de couronnement à un grand nombre d’édilices et de monuments de toute nature. Inutile de rappeler qu’il a été d’un fréquent usage en Phénicie, depuis l’ornementation d’importants édifices, comme le tombeau d’Amrlth (Renan, Mission de Phénicie, pl. XI-XIII), jusqu’à celle de très humbles autels votifs ( ibid . , pl. XXII, 11; cf. Perrot-Chipiez, Hist., III, tig. 78, etc.).
(3) On les retrouverait tels quels dans plusieurs constructions arabes du pays de Moab, d’après Musil, Arabia Petræa, I, p. 293. Nous n’en avons point l’exemple présent à la mémoire. Le couronnement du château de el-Harâni tel qu’il figure dans l’ouvrage de M. le docteur Musil, p. 295 et 297, est tout entier restauré. Les Arabes ont dû souvent transformer ce genre de créneaux nabatéens en créneaux échancrés.
espèces de nierions disposés en un double escalier se faisant face, est composé en somme des mêmes éléments que le premier et pourrait bien en dériver. Il correspond, en effet, aux deux demi-créneaux placés aux angles dans les monuments précédents. On n’a eu qu’à développer ces deux créneaux extrêmes, de manière à reporter vers le centre de la façade leur point de départ, à la base, et l’on a obtenu de la sorte un nouveau système de décoration pour terminer les façades. Celui-ci est plus simple que le précédent, peut-être aussi moins élégant; mais il a l’avantage de se prêter à un développement plus considérable, et c’est sans doute ce qui lui a valu la préférence des architectes chaque fois qu’il s’est agi d’orner un grand tombeau. Le nombre des degrés, cinq, paraît avoir été rigoureux. Nous n’avons relevé qu’une seule exception, dans B 15, petit tombeau surmonté de quatre degrés seulement; nous n’avons constaté aucun exemple de couronnement en escalier à six degrés (1).
Dans une récente communication à l’Institut, M. Dieulafoy considérait ces nierions des tombes de Médâin-Sàleli non pas seulement comme des nierions perses, mais aussi comme « la copie fidèle des nierions qui couronnent un très grand nombre d’autels du feu (2) ». Nous n'avons point sous la main de reproductions d’autels du feu, mais plusieurs d’autels votifs gréco-romains ainsi terminés. Le rapprochement proposé par M. Dieulafoy, favoriserait assez bien l’opinion émise plus haut sur l’origine du couronnement en escalier, dérivé, croyons-nous, des demi-créneaux placés aux angles des édifices assyriens et d’un grand nombre de tombes nabatéennes. L’exiguïté d’un petit monument, tel qu’un autel, ne permettant pas de placer au sommet une longue ligne de créneaux, on se serait contenté de conserver ceux des extrémités, ce qui aurait abouti au couronnement en question appliqué ensuite à de plus grandes façades.
La grande gorge, élément inévitable au sommet des tombes à escaliers et que nous avons notée une ou deux fois dans des tombes à créneaux, reçoit communément le nom de gorge égyptienne. On pourrait l’appeler tout aussi bien — sinon mieux étant étant donné son galbe — gorge assyrienne. Son tracé rappellera, dans l’hypothèse d’une influence perse, celui des gorges qui couronnaient les portes et les fenêtres du palais de Darius, à Persépolis (3).
Si l’on admet que les créneaux et les nierions en escalier, placés au-
(1) On en a trouvé quelques rares exemples à Pélra : cf. Lagrange, RB., 1897, p. 223; Brünnovv und von Domaszewski, Die Provincia Arabia , I, p. 152, fig. 166.
(2) Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Comptes rendus des séances, 1908, p. 42.
(3) Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art, V, La Perse, p. 463 et 475; d'après Dieulafoy, L’art antique, II, pi. XXII et XVI.
dessus de la gorge, proviennent de l’Assyrie, au besoin même de la Perse, il serait assez naturel de penser que cette gorge a été également importée des mêmes régions.
Cependant, la vue de certaines façades dans lesquelles la forme de pylône est bien accentuée (1), rap>pelle beaucoup aussi les pylônes des temples égyptiens, tous terminés par la gorge en question. Ne pourrait-on pas supposer que les Nabatéens se seraient inspirés de ces derniers monuments tout en modifiant la corniche supérieure d’après un modèle qui leur était peut-étrè plus familier et en ajoutant au-dessus un motif d’ornementation emprunté ailleurs?
On remarquera que la gorge des tombes de Médâin-Sâleb, comme celle des tombes de Pétra, se compose assez régulièrement d’un quart de cercle dans le genre de la gorge du palais de Darius (2), tandis que le profil de la gorge égyptienne est, en général, plus concave, surtout dans le haut. Une autre particularité de cette moulure dans les monuments de Hégrâ, c est que le listel, en dessus du cavet, est très fréquemment taillé en biseau et, de plus, a l’angle supérieur chanfreiné.
Les corps de moulures espacés sur les grandes façades en dessous du couronnement dérivent avec beaucoup plus de spontanéité de Part grécoromain.
Restent les chapiteaux. Quelques-uns, surtout dans les petits monuments, se composent de moulures fort simples qu’on peut retrouver un peu partout au sommet des pilastres. Néanmoins, elles sont beaucoup plus communes dans les édifices grecs ou romains que dans les constructions purement orientales.
Les autres chapiteaux du type que nous avons appelés nabatéens constituent ce qu'il y a de plus saillant dans cette architecture nationale, car ils figurent partout où l’on a signalé des monuments nabatéens de quelque importance et ils ne reparaissent tels quels nulle part ailleurs. Les nombreuses représentations données plus haut permettent de distinguer dans ces chapiteaux trois formes principales.
(1) Par exemple E 9, p. 319, B 4, pl. XXXV11F, etc.
(2) Elle est cependant un peu plus accentuée que celte dernière et tiendrait en quelque sorte le milieu entre la gorge du monument perse en question et la gorge égyptienne. Mais tout compte fait, il y a beaucoup de chance pour que les premiers artistes grecs qui ont créé l’école nabatéenne en sculptant, à Pétra ou ailleurs pour des Nabatéens, ce couronnement de tombe, n’aient fait que reproduire un thème déjà réalisé en Phénicie. Voir, par exemple, le petit autel cité plus haut (p. 393, nt. 2). Une telle dérivation est plus naturelle que l’emprunt pièce à pièce à des cycles artistiques aussi divers que les monuments de Persépolis et ceux de la Vallée du Nil. Naturellement l’estampille nabatéenne est intervenue par suite dans le profil exagéré que celte gorge a reçu quand des sculpteurs nationaux ont opéré.
Les uns, les plus simples, ont aux angles deux cornes plus ou moins proéminentes, et au centre, dans le haut, une sorte d’excroissance arrondie à sa partie inférieure (A 8; B 23: E 8, pilastres des portes; F 4, audessus des petits pilastres de l’attique).
D’autres, les plus nombreux, ont, en plus des précédents, une griffe sous les deux cornes dégagées par une échancrure (A 3, A 5, A 6, etc.). Beaucoup, enfin, surtout dans les plus grandes tombes, sont doubles; un premier chapiteau, formé par un corps de moulures, est surmonté du chapiteau nabatéen ordinaire, coupé à la hauteur des griffes (B 1, B 4, B 5, etc.).
Ces trois formes ne sont qu’accidentelles, et il est facile de voir que toutes doivent être ramenées à une origine commune; mais cette origine, quelle est-elle? C’est ce qui est moins aisé à déterminer.
M. Dieulafoy, fidèle à son hypothèse de l’influence perse, verrait dans les chapiteaux nabatéens « l’épanelage exact des chapiteaux bicéphales perses ». La copie serait même « si parfaite et si naïve », que l’on aurait figuré en pierre, dans la protubérance du haut, au centre, « le lien transversal en charpente qui réunissait les chapiteaux des apadànas et qui apparaît également en pierre sur les tombeaux persépolitains (1) ».
La première impression que produisit sur les spécialistes la vue des chapiteaux de Médàin-Sâleh fut toute différente. M. le marquis de Vogué crut y reconnaître des chapiteaux corinthiens restés inachevés. Le tailleur de pierre, pensait-il, s’était borné à les dégrossir, ménageant à leur hase des anneaux pour les deux rangées de feuilles d’acanthes; aux angles supérieurs, deux saillies pour les volutes et les feuilles qui les supportent, et au centre de l’abaque, une saillie pour le fleuron (2).
L’illustre maître, si compétent dans l’art architectural, fut trompé par les dessins inexacts de Doughty. Ce qui paraissait des anneaux ménagés pour y tailler des feuilles d’acanthes est simplement une ou plusieurs moulures variées décorant la base du chapiteau et exagérées d’une façon extraordinaire dans les croquis de Doughty (3); nos photographies le montrent clairement. Tous les chapiteaux sont achevés, quelques-uns même travaillés avec soin, et il serait absolument impossible d’y sculpter des chapiteaux corinthiens, car ils sont beaucoup trop évidés. Il n’en reste pas moins vrai cependant qu’ils présentent, avec l’ossature de ces derniers, une certaine analogie quoique assez lointaine. C’est un peu le chapiteau
(1) Comptes rendus de l' Acad, des Inscr. et Bel.-Lelt., 1908, p. 41 s.
(2) Doughty, Travels..., I, p. 621. Dans une lettre de M. le marquis de Vogué à l'auteur.
(3) Voir par exemple : Doughty, Travels..., 1, p. 104, un des croquis auxquels se référait; M. de Vogué, et Documents épigr., pl. XXXIV et XXXIX.
corinthien dépourvu de feuilles; on remarquera notamment que chez les deux, les faces principales décrivent une courbe concave. Les cornes angulaires nabatéennes rappelleraient les volutes d’angle corinthiennes; la protubérance du centre correspondrait au fleuron et peut-être les griffes auraient-elles été inspirées par la rangée inférieure des feuilles d’acanthe.
Selon toute vraisemblance, dans le couronnement des tombes, les artistes nabatéens de Hégrâ au lieu de subir l’influence directe de l’Assyrie, voire même de l’Égypte ou de la Perse, ont bien plutôt emprunté aux monuments des peuples hellénisés et, d’une façon générale, à l’art qu’on est convenu d’appeler phénicien, une synthèse déjà toute faite et qu’ils ont peu modifiée. Où ils se sont montrés le plus indépendants, c’est dans l’exécution des chapiteaux. Appartenant à un peuple de marchands et de brocanteurs, ils n’ont probablement pas eu la patience, ni sans doute non plus le talent, de reproduire tels quels les beaux chapiteaux qu’ils ont pu admirer dans leurs voyag.es, mais inspirés principalement, croirions-nous, par le chapiteau corinthien, ils ont créé un chapiteau à eux, qui est ce qu’il y a de plus original dans leur style et qui, en somme, n’est pas dépourvu de toute élégance (1).
G. Ornements symboliques. — - Parmi les différents objets et symboles représentés sur les façades des tombes de Médâin-Sâleh, nous signalerons tout d’abord les vases, placés aux angles, sur les acrotères du fronton, quelquefois même au sommet du fronton. Ils sont de deux sortes. Dans les grands monuments, on a d’ordinaire de grosses urnes cannelées; un petit cordon orne, le plus souvent, le haut et le bas de la panse et une moulure à peu près identique, parfois double, décore la lèvre. La figure 182 (p. 370) reproduit un des types les plus courants et des mieux conservés. Sur les tombes moins importantes, les urnes sont remplacées par de petites amphores de forme allongée, à panse lisse, surmontée d’un large goulot (E 17, fig. 193 et 194 p. 386 s. ; B 19, fig. 137 s. p. 324 s. ; etc.).
Faut-il voir dans ces objets un simple motif de décoration fantaisiste, ou bien un symbole religieux ou autre? Les maîtres répondront à la ques-
(1) Pour rendre compte totalement et de la création de ce chapiteau national et de l’empreinte spécifique marquée sur tout cet art nabatéen dérivé de la Syro-Phénicie hellénisée, il resterait à mettre en relief les conditions où cet art s'est développé. C’est une architecture de rocher; ce rocher était à peu près partout un grès friable se prêtant difficilement aux sculptures fouillées comme les frondaisons d’un chapiteau corinthien. Enfin, le peuple pour qui ces monuments étaient créés — à l'origine probablement par des artistes étrangers — visait plus volontiers à l'effet grandiose des proportions qu’au goût élégant de formes discrètes et plus finies. Mais de telles considérations seront mieux développées par ceux qui mettront en oeuvre la nouvelle documentation fournie.
tion. Notons seulement que la seconde forme de vases, propre aux petites façades, se retrouve autour de plusieurs niches sacrées et que par conséquent on ne peut guère songer à attribuer à ceux-ci un caractère uniquement funéraire, quelle que soit la signification des grandes urnes.
Les mascarons, sculptés en relief au centre de plusieurs tympans et sur la façade de E 9, ont généralement chacun un type à part. On pourrait croire tout d’abord à des représentations capricieuses; mais les deux serpents, qui les accostent toujours dans les tympans, ne leur donneraient-ils pas une valeur symbolique? La tête des reptiles disparait invariablement derrière la tête humaine, à la hauteur des oreilles ou bien un peu audessus.
On sait que le serpent a toujours joué un rôle important dans les anciens cultes grecs et romains et dans la plupart des religions orientales, soit qu il ait été l’objet d’un culte spécial, soit qu’il ait symbolisé le génie tutélaire du foyer ou d’autres divinités d’un caractère particulier. Les fouilles, dans le pays de Canaan et à Suse, ont mis à jour un certain nombre de figurines de serpents ou à tète de serpent auxquelles on semble avoir attribué, tout au moins, une valeur prophylactique (1). Leur vertu principale était sans doute de prémunir contre les divinités infernales, mais probablement aussi elles étaient parfois l'image d’une divinité bienfaisante. Cette dernière idée a même survécu chez les Arabes, puisque Mahomet, tout en permettant de tuer les serpents nuisibles, recommande de ne pas faire du mal au « serpent de la maison » dans lequel habite un ginn ou un esprit bienfaisant (2).
On pourrait peut-être se demander si les Nabatéens n’auraient point partagé l’opinion des Arabes, — qui d’ailleurs ne leur appartenait pas en propre, — et s’il ne faudrait pas voir dans les serpents représentés sur leurs tombeaux une image du genius loci, le génie tutélaire personnifié par cet animal. Cependant le caractère de divinité chtonienne est attaché si fréquemment aux représentations ophiques qu’il pourrait bien s’agir ici de quelque chose de ce genre, surtout à cause de la nature des monuments sur lesquels figurent ces représentations (3).
(1) Quart. Stat., 1903, p. 222, fig. 13 et p. 341. — De Morgan, Mémoires de la Délégation en Perse , VII, p. 52, fig. 121; p. 47, fig. 70; p. 73 fig. 158, elc. — P. Vincent, Canaan..., p. 175 s. — Millier, Sildarabische Aller Ihiimer, p. 640, donne deux figurines de serpents, dans le genre des précédentes provenant de l’Arabie méridionale.
(2) Baudissin, Studien zxir Semit. relig., I, p. 280.
(3) D aucuns songeront aussi, sans doute, à une simple tête de Méduse ou Gorgoneion accostée de deux serpents, et l’hypothèse ne manque certes pas de vraisemblance. Peut-être faut-il néanmoins attribuer à ces serpents un symbolisme particulier à cause des autres représentations qui vont être signalées et dans lesquelles ils n'accompagnent point de tête.
Sur la paroi du rocher qui s’avance à droite du tombeau B 1, au-dessous des graffîtes nab. nos 41 et 42, se trouvent gravées au trait plusieurs figures d’animaux (fi g. 196). A gauche, on reconnaît facilement deux poissons ; au centre, un oiseau aux ailes éployées ressemble fort à une colombe, quoique l’identification ne soit pas sûre à cause de la grossièreté du dessin; enfin, à droite on a deux serpents très nettement esquissés.
L’image du serpent figure aussi sur quelques monuments de Pétra. Ehni a signalé près d’el-Mer (en-Nemer) « le bas-relief d’un serpent taillé dans le roc (1) ». Peut-être est-ce deux serpents qu’il faut voir de chaque côté d une tète de Méduse, dans le tympan du fronton triangulaire qui termine
Fig. 196. — Médâin-Sâleh. Poissons, oiseau et serpents dessinés au trait près de la tombe Bd.
le monument de Sextius Florentinus (2). M. de Domaszewski parle d’un autre sur la façade du Hazneh (3). Mais les deux derniers exemples nous conduisent en plein romanisme, à une époque postérieure aux tombes du Heger. Il y a donc lieu peut-être de les distinguer du premier bas-relief, sur lequel le serpent figure seul, et très probablement aussi des représentations analogues de Médâin-Sâleb , cpii ont pu être inspirées par une pensée religieuse toute différente et d’une autre origine.
Un autre motif de décoration dans les grandes façades du Heger, c’est l’aigle posé au sommet du fronton qui couronne l’encadrement des portes. Il est très fréquent, on l’a vu, mais le type varie assez peu. Nous avons signalé à l’occasion les quelques nuances dignes d’être notées.
D’après Doughty (4), les Arabes verraient dans ces figures des oiseaux
(1) Dans Brünnqw und von Domaszewski, Die Prov. Arab., I, p. 285.
(2) Brunnow und von Domaszewski, Die Prov. Arab-, 1, p. 170, fig. 194.
(3) Dp. laud., p. 180. — Quelques-uns penseront aussi tout naturellement au couronnement d’une tombe sur lequel M. Brünnow et d’autres explorateurs ont cru reconnaître un serpent enroulé sur lui-mèine, op. laud.., p. 144, lig. 143; mais ce thème décoratif emprunté à l'art grec n’autorise pas à parler de représentation religieuse; cf. RB., 1908, p. 319. Par contre M. Dalman a fourni deux autres représentations ophiques très nettes, quoi qu’il en soit de l’épilhète Schlangenidol appliquée à une de ces images (G. Dalman, Petra und seine Felsheiligtümer , p. 109 et 187).
(4) Travels..., I, p. 115.
aquatiques, tandis que les Syriens les prendraient pour des faucons ou des aigles. Leur forme est cependant assez caractéristique pour qu’il n’y ait pas lieu d'hésiter; ce sont sûrement des aigles.
Derechef, on se posera la question de savoir si on a affaire à un simple ornement ou à un emblème religieux. Selon toute vraisemblance, les deux choses se confondent comme pour les représentations figurées dans les tympans. L’explication du nouveau symbole n’est pas moins délicate que celle du précédent, aussi nous laisserons aux spécialistes le soin d’interpréter l’un et l’autre, et nous nous contenterons de quelques remarques en passant.
Il vaut d’être noté que parmi les nombreuses tombes de Pétra, de style identique à celles de Médâin-Sâleh, il n’y en a point une seule, à notre connaissance, qui porte l’aigle en question. On ne le trouve que sur la tombe romaine de Sextius Florentinus, de date postérieure et qui, par conséquent, ne peut pas être comparée aux tombes purement nabatéennes de Hégrà. Si le symbole vient de Syrie, ainsi qu’on serait porté à le croire, il est assez curieux de le rencontrer si fréquemment dans le sud du royaume de Nabatène, tandis qu’il est excessivement rare dans la capitale, située cinq cents kilomètres plus au nord, et en relation constante avec les grandes métropoles syriennes.
L’aigle, non plus en ronde bosse, comme sur la plupart des façades, mais sculpté en relief, les ailes ouvertes, dans le genre de celui qui est dans le tympan de la porte de B 19 (fig. 137 s., p. 32 4 s.), figure au-dessus de plusieurs bétvles, à Médâin-Sâleh (1) et aussi à Pétra (2). Ceci paraîtrait bien en faveur d’une interprétation religieuse pour la même image reproduite au sommet des frontons. Peut-être est-ce encore cet oiseau plutôt qu’une colombe, qu’il faudrait voir dans la figure 196.
Le symbolisme de l’aigle, dans toute la Syrie et les pays voisins, à l’époque où étaient sculptés les monuments de Hégrà, ne fait de doute pour personne. Il représentait le soleil et était en même temps Loiseau favori de Jupiter, et par suite, en certains endroits, du Ba'al local, là où cette divinité avait été assimilée à Zeus (3). Nous n’avons point de preuve que pareille assimilation eût été faite avec la principale divinité nabatéenne, Dusara (4), et que de ce fait l’aigle fût passé parmi les attributs de ce der-
(1) Voir plus loin, page 418, fig. 207 et p. 419, fig. 220.
(2) Cf. Musiu, Arabia Pelraea, II, Edom, I, p. 52 et 55.
(3) Le symbole de l’aigle convenait d’autant mieux à ces Ba'al que la plupart étaient devenus des dieux solaires. Ct. R. Dussaud, Notes de Mythologie Syrienne, p. 18 et ss.
(4) Quelques monnaies de Bosra semblent bien identifier Dusara et Jupiter Ammon, mais elles sont d’une époque plus tardive. R. Dussaud, op. laud., p. 179 s.
nier. Mais il n est e'uère dont.fwvY mw aia *i.. d
1 , , i j v| uvy
celui-ci lut devenu son symbole.
Peut-etre pourrait-on demander aussi à l’Arabie du sud l’interprétation de cet emblème, quoique l’hypothèse soit un peu risquée. Cette origine expliquerait du moins pourquoi l’aigle est représenté plus fréquemment a Medâin-Sâleli qu’à Pétra. Une inscription sabéenne déjà publiée depuis un certain nombre d’années (2), fait mention de « Nasr oriental » et de « Nasr occidental » psyn pwn loa, II faut voir très probablement dans ces deux Nasr, ou aigles, deux divinités astrales (3) ; mais n’auraiton pas joué sur le mot, et finalement le dieu Nasr n’aurait-il pas été figuré par un aigle??? On sait que la doctrine d’Addaï reprochait aux gens d’Edesse d’adorer l’aigle comme les Arabes (4). Cet écrit tardif nous ramene, il est vrai, dans une autre région et peut viser aussi d’autres concepts mythologiques. Néanmoins les idées religieuses des Arabes du sud et de ceux du nord auront pu se fondre avec le temps, et qui nous dira où en était ce syncrétisme au premier siècle de notre ère?
Notons enfin que plusieurs monnaies nabatéennes portent un aigle debout; on le retrouve en particulier au revers d’une demi-obole d’argent datée de l’an 10 de « Harétat aimant son peuple », contemporaine par conséquent des plus anciennes tombes du Heger (5). Cette image a dû être empruntée aux didrachmes ptolémaïques. Ce qui a eu lieu pour les monnaies aurait pu se produire aussi pour les autres monuments. En sculptant ces aigles au sommet des frontons, les artistes nabatéens ne se seraient-ils pas inspirés du symbole royal des Ptolémées, quelle que fût du reste la valeur symbolique qu’ils y attribuaient eux-mêmes, à supposer qu’ils y en attribuassent une?
Les deux animaux qui surmontent la porte de B 17 (fig. \ 1 9 p 211) méritent, eux aussi, une mention spéciale. Leur corps ressemble assez, avons-nous dit, à celui d’un lion, ou mieux, d’une lionne. L’étoile à six branches placée entre les deux bêtes serait-elle le symbole de Vénus figurée d ordinaire par une étoile à six ou à huit branches (6)? On pourrait
(U Voir dans la partie épigraphique, Inscr. nab., n° 2, 1. 4.
(2) ZD MG., XIX, p. 600. Le dieu Nasr a été trouvé aussi à El 'Ela (Müi.ler, Epigr. Denli., 22 2)
(3) Welluausen, Reste Aral). Ueidentums, p. 23. — ZDMG., XXI, p. 741; XLV, p 595 not 2
(4) Rubens Duval, Journal Asiat., 1891, p. 229. D’après Dussaud, Notes de Mytli. p 20
(5,' Dussaud, Journal Asiat., 1904, p. 221 n. 32, pl. Il, n° 11 ; voiraussi pl. I, n"» 4-8.
i0) De Morgan, Mémoires de la Délégat, en Perse, I, p. 170 ss., Koudourous n,! 2, 3, 4 5 g VU, p. 69. — Perrot et Chipiez, Histoire de l’art. Chaldée et Assyrie, p. 672 s. ’ ’ ’ ’
MISSION EN ARABIE
le croire tout d’abord. Cependant, en y regardant de près, on s'aperçoit que l’extrémité des branches est striée, sans doute pour simuler des rayons. Or ce détail conviendrait mieux à une image du soleil qu’à celle d’une planète. Il en est de même du disque sur lequel l’étoile se détache en relief. Ce disque accompagne le plus souvent les représentations dû soleil, tandis qu'il figure rarement dans celles de la planète emblème d’Istar ou de Vénus. Pour ces deux motifs, on inclinera peut-être à reconnaître dans ce groupe un symbole solaire. En tout cas, la forme est suffisamment caractéristique pour ne pas permettre d’y voir la vulgaire roue de la fortune qu’on rencontre accompagnée d’un ou de deux génies, sur nombre de monuments funéraires de l’antiquité.
L’artiste qui a sculpté ce curieux relief se serait-il inspiré, par hasard, de quelque lointaine image de la légende assyrienne relative aux lions qui gardent la porte du soleil? On pourrait être tenté de le croire, si on arrivait à prouver que le disque sur lequel les deux animaux posent une patte est bien l’image du soleil. Du reste, la coutume de faire figurer des lions sur les façades des tombeaux était suffisamment répandue dans l’antiquité (1), pour qu’il n’v ait pas lieu d’aller chercher si loin, ni de s’étonner outre mesure de trouver ici une pareille représentation, qui d’ailleurs n’a rien que de très conforme aux idées des Arabes.
Les sphinx signalés au-dessus des portes de A 6 et de F 4 (pl. XII et fi o' 1921 sont encore vraisemblablement de ces êtres fantastiques cju’on
sculptait, à l’instar des lions, sur un grand nombre de monuments, poulies décorer, mais aussi avec une arrière-pensée allégorique. Les deux qui décorent l’entrée de F 4 ont une figure humaine imberbe et un corps d’animal difficile à déterminer. On songera, en les voyant, beaucoup moins à une copie assez ingénue de quelque modèle d’origine égyptienne directe, que, derechef, à l’influence d’un thème phénicien déjà archaïque au temps où il frappait les trafiquants nabatéens (2).
D- Date des monuments. — Les inscriptions relevées sur les tombes de Médâin-Sâleh vont de l’an 1 av. J.-C. à 1 an 75 ap. J.-C. Si 1 on peut croire quelques monuments antérieurs ou postérieurs à ces dates, il est difficile
(1) Voir dans Perrot et Chipiez, Histoire de l art , V, p. 111, 132, 139, etc.; III, Phénicie, p. 151 ss., fig. 95, etc., des exemples de lions ainsi sculptés sur des façades de tombeaux. — Voir aussi plus haut, lig. 195, les deux lions qui accostent une porte de tombeau à Pétra et semblent en garder l’entrée. Ailleurs, c’est un griffon ; la patte appuyée sur une roue, qui décorera les parois d’un sarcophage. RB., 1904, pl. XI, p. 397.
(2) Voir, par exemple, les sphinx adossés ou affrontés de diverses stèles funéraires chypriotes, Pekrot-Chipiez, op. L, III, p. 215, fig. 151, 152, cf. lig. 54 des lions.
quelques remarques générales sur les TOMBES DE MÉDAIN-SALEH. 403
cependant de s en écarter beaucoup. Aussi pensons-nous qu’on ne serait pas bien loin de la vérité en estimant à un siècle, à peu près, la période durant laquelle furent exécutées toutes ces façades de tombeaux (1). Les plus nombreuses et les plus belles datent du règne d’Arétas IV (9 av. J.-C. à 40 ap.), appelé dans tous les textes « finy am nmn, Harétat aimant son peuple », titre qu’il avait pris sans doute pour protester contre ceux de et de fiXéXkYjv dont les roitelets de l’époque aimaient tant à se parer. Ce monarque si patriote n’aurait-il pas songé, par hasard, à créer a 1 intérieur de 1 Arabie, dans un centre purement nabatéen et en dehors de toute influence étrangère, une nécropole, sinon une capitale, rivale de Pétra? En tout cas, le début de la splendeur de Hégrâ coïnciderait assez bien avec son avènement au trône.
L’éclat de la nouvelle nécropole fut de courte durée; les dernières années d Arétas IV et le règne de Malikou II marquèrent son apogée. On a encore quelques tombes datées de Rabel il, mais les inscriptions né vont pas au delà de l’an 5 de ce monarque, et ces monuments ne peuvent pas être comparés à ceux des règnes précédents. De plus, deux sur trois sont inachevés. C’est du reste le cas d’un nombre relativement considérable de tombes antérieures. Ceci ne manque pas de frapper le voyageur, non moins que le peu de soin avec lequel l’intérieur a été généralement aménagé. Cette négligence s’explique sans doute par la précipitation avec laquelle surgirent ces monuments et par le manque d’ouvriers. On avait hâte de dégager des façades et on confiait aux artistes l’exécution des parties visibles tandis que le reste était abandonné à des mains moins expérimentées. Peut-être aussi les travaux furent-ils subitement interrompus par quelque événement inattendu, — par exemple une invasion, — qui mit fin à cette grandeur éphémère avant même l’anéantissement complet du royaume de Nabatène (106 ap. J.-C.).
De l’examen attentif des tombes de Médâin-Sâleh se dégage encore une autre impression. On a parfois beaucoup insisté, et avec raison sans doute, sur les égards des Nabatéens pour leurs défunts. Cependant leur concept de la vie d’au-delà, ou l’idée religieuse, n’est pas le seul motif qui les a poussés à créer les splendides monuments que l’on admire à
(1) Une de nos inscriptions funéraires (n° 17) est datée de l'an 162 = 267 de J.-C.; mais on se rappellera qu’elle est d'un style tout à fait à part et qu’elle n’appartient pas à une façade de tombeau. Elle est gravée sur une paroi de rocher toute fruste et vise une sépulture quelconque, une simple niche dans le roc, entièrement distincte des monuments dont il est ici question. Cette date tardive est bien de nature à prouver ce que nous avançons plus bas que les sépultures en forme de niches seraient postérieures et représenteraient un des derniers modes d’ensevelissement pratiqué à Hégrâ.
Pétra et au Heger. Il y a trop de devanture pour que l’orgueil ne s’en soit pas mêlé. A Hégrâ surtout, l’intérieur est négligé en comparaison de la façade, et il est manifeste qu’on a voulu faire grand et beau pour étaler sa richesse et sa magnificence.
Le contraste est frappant, quand, après avoir vu les belles parois de qasr el-Bint, on visite les nécropoles de Tlièbes. Ici tout le décor est pour l’intérieur. Les Égyptiens, uniquement préoccupés des idées de la vie future, se creusaient dans les entrailles de la terre des palais dont l’accès devait être dissimulé avec le plus grand soin. Ils sculptaient et peignaient avec la dernière finesse des reliefs qu’aucun œil mortel ne devait jamais considérer. Là, au contraire, le riche marchand nabatéen, un parvenu souvent, cherchait à éblouir par les dehors de son tombeau et à faire étalage de grandeur. Il réservait pour la façade tout ce que les artistes de la cité étaient capables de produire de mieux, tandis que la chambre sépulcrale était plus ou moins négligée.
U ne faut rien exagérer cependant, ni surtout se hâter de trop généraliser, car à Pétra, les tombes nabatéennes, dans leur ensemble, sont d’un travail aussi fini au dedans qu’au dehors et les sépultures ont été creusées et souvent même dissimulées avec grand soin. Cela ne fait du reste qu’accuser davantage le laisser-aller constaté dans la plupart de celles de Médâin-Sâleli. Il y aurait peut-être lieu de se demander si les niches pratiquées ici dans les parois des chambres, hâtivement et dans le plus grand désordre, ne seraient point l’œuvre, en grande partie, d’un peuple postérieur, des Tamoudéens par exemple (1). Quelques-unes ont été creusées si maladroitement dans les façades qu’on les a éventrées et il est difficile de croire que ce soit là l’œuvre du premier propriétaire qui s’était donné la peine de faire sculpter ce beau monument. Ce mode de sépulture se retrouve, il est vrai, à Pétra, mais il y est excessivement rare, surtout à l’intérieur des belles tombes, tandis qu’au Heger il foisonne partout.
D’autres problèmes se poseront encore sans doute au sujet des monuments nabatéens. Il n’entre pas dans le cadre de ce travail de les rechercher. Notre but était de livrer au public un ensemble de documents qui permettront de mieux connaître et d’étudier plus correctement les tombes de Hégrâ.
(1) Rappelons que la sépulture de la mère de Ka'abu est une simple niche de ce genre. Or l’inscription qui l'accompagne est datée de l’an 162 (267 de J.-C.) et l’on a joint au texte nabatéen une ligne en lamoudéen. (Inscr. nab. n. 17.)