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et un peu moins élevées; on débouche clans une grande vallée sablonneuse, large de plusieurs centaines de mètres, au fond de laquelle poussent quelques seyals. Elle porte ici le nom d’ouâdy el-Bugàt. Elle passe au nord de Mustabgah, dont elle n’est séparée que par une ligne de hautes collines. \ers cet endroit, il y a, paraît-il, beaucoup d’herbe pour les chameaux et de nombreux seyals. mais point d'eau, meme à plus de 20 mètres de profondeur. La roule des pèlerins de la Mecque, ou derb
el-Hagg, que nous suivrons jusqu’à Médâin-Sàleb, remonte l’ouâdy et atteint, en 35 minutes, le qala at el-Ahdar.
Le château d’el-Ahdar (fig. 53-55), est situé dans la vallée de même nom, près de l’embouchure de celle-ci. Il sert actuellement de résidence à trois employés du télégraphe et à deux soldats. Il a été construit par Soleimèn en l’an 938 de l’hégire, d’après l’inscription arabe qu’on lit sur la porte d’entrée (p. 294). C’est un des plus petits du derb el-Hagg, mais néanmoins un des plus célèbres à cause de son puits qui renferme une eau excellente. Ce puits peut mesurer 2 mètres de diamètre sur 9 à 10 mètres de profondeur; il est creusé en partie dans le sable et en partie dans le roc. Au fond existe, parait-il, une grotte dans laquelle, au dire de certains Arabes, on verrait l’eau couler comme dans une rivière. Au dehors on a multiplié les réservoirs (fig. 55), car c’est ici la dernière source
avant Médâin-Sàleli, et clans les années de sécheresse les pèlerins en partant faisaient une grande provision d’eau. Le titulaire du qala ah était chargé de remplir les bassins et s’y prenait plusieurs mois à l’avance. La vieille noria à moitié pourrie ne sert plus aujourd’hui; elle est remplacée par une grande pompe à laquelle des soldats et des chameliers remplissent des tonneaux qu’on charrie parfois à des journées de distance. On
Fig. S». - Qala 'at f.l-Auçar. Vue prise du nord. A côté, campement des militaires.
travaille même en ce moment à placer une pompe à vapeur pour remplir le réservoir du chemin de fer (fîg. 55 b).
Au débouché de l’ouâdy el-Ahdar, l’entreprise Denti a fait creuser un puits pour son propre usage. On a trouvé une nappe cl eau inépuisable, en faisant, dans le sable, un trou de 7 à 8 mètres de profondeur.
Derrière la forteresse, quelques misérables tentes abritent la pauvre tribu des Sùeifleh Ces bédouins, peu nombreux et méprisés des
autres nomades, se font les domestiques du I.Iagg, puisent l’eau, la transportent et vont chercher dans les bas-fonds un peu d herbe pour les chameaux. Ils furent fortement éprouvés il y a une dizaine d’années. Les eaux se précipitèrent soudainement un jour clans l’ouâdy el-Ahdar avec une abondance et une violence inouïes, balayant tout sur leur passage. « C est le déluge de Noé ! » s’écrièrent les Arabes, en s ellorçant de gagner les hauteurs voisines. Plusieurs périrent dans les flots et leur campement fut
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anéanti. Le souvenir de ce seil formidable est encore présent à tous les esprits et on en a tenu compte quand il s’est agi de jeter un pont sur la vallée. Ce pont, construit par M. Denti, comprend 20 arches de 3 mètres de large, sur 2m,75 de haut, reposant sur des piliers de 1 ra, 1 0 (fi g. 56). Le niveau de la voie, à cet endroit, est à 887m,20 au-dessus de la mer.
Yâqût (1) rapporte que Mahomet, dans sa marche vers Tebouk, descendit à el-Ahdar et que, plus tard, on éleva une mosquée sur le lieu où
Fig. 55. — Qala'at el-Ahçar. Plan tlu château et des réservoirs adjacents.
«, chambre ancienne; b, chambre en construction pour une pompe à vapeur.
le prophète avait prié. Ce monument était situé sans doute au centre de l’ouâdy qui passe au nord du qala ah, sur un ressaut de terrain, à quatre ou cinq mètres au nord du château. Il y a là une petite ruine informe, avec quelques tombes. On ne voit pas ailleurs de traces d’anciennes constructions; mais, au dire d’un vieillard de la localité, on aurait jadis trouvé dans la vallée une statue très grande et très belle qu’on aurait enfouie de nouveau, ne pouvant pas la remuer (?)
A 8 heures 25 minutes, tout est définitivement organisé et nous partons. Nos deux bédouins du Belqâ avec trois gendarmes turcs forment l’escorte; les bagages sont sous la conduite de trois ' Aqeilât dont le principal, Daoud, ou mieux Dayoud, pour prononcer comme eux, servira en même temps de guide. Par suite des circonstances racontées plus haut il a été impossible,
(1) Mo\jam..., I, p. 164.
en effet, d’entrer en relations avec un Arabe quelconque connaissant mieux le pays.
Un individu de Teima, monté avec sa femme sur le même chameau, demande à faire partie de la caravane jusqu’à Mo'azzam (^kx») ; on s’empresse
d’accepter, car à l’occasion il pourra fournir quelques précieux renseignements. Ce brave Teimany tua, il y a douze ans, un de ses concitoyens et fut obligé de s’expatrier afin de se soustraire à la vengeance des parents
Fig. ,">G. — Pont du chemin de- 1er à l'embouchure de l’ouâdy el-Ahdar.
de sa victime. Maintenant, parait-il, les choses se sont arrangées et il regagne tranquillement son village.
Nous continuons à marcher dans l’ouàdy par où nous sommes arrivés ce matin; on l’appelle ici ouâdy qalciat el-' Abcd (--*•' ou bien encore
ouàdy el-Ahdar, quoique ce dernier nom appartienne en propre à la vallée dans laquelle est bâti le qala'ah. De chaque côté, des montagnes de- grès, hautes d’une cinquantaine de mètres au plus, ferment l’horizon. Le sol est couvert d’une forte couche de sable que le vent rassemble en petits monticules autour des touffes d’herbes. Le rimt Haloxylon articula! uni),
nourriture excellente pour les chameaux, pousse en quantité dans le lit de la vallée. On y trouve aussi l’herbcmW (^,, raphonus lyratus, ap. Freytag), que les Arabes cueillent et mangent avec non moins d’avidité que leurs montures. Une espèce particulière de seÿal, le talhah à petites
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feuilles et longues épines, est encore assez fréquent dans la région, du moins par endroits. Il produit de petites gousses dont les chameaux sont très friands. Dans un ouâdy voisin, affirme un des 'Aqeilàt, pousse un arbre aux larges feuilles vertes, dans le genre de celles du citronnier; son fruit est jaune et renferme du coton; ses tiges contiennent du lait que les Arabes emploient pour combattre la stérilité chez les femmes et chez les juments. On l’appelle aier [y y (1). A cette description, nous reconnaissons le pommier de Sodomc, si fréquent sur la rive gauche du Jourdain aux abords de la mer Morte.
Un quart d’heure au delà d’el-Ahdar, l’ouâdy décrit une courbe vers l’est et la ligne du chemin de fer qui le longe sur la rive gauche continue tout droit entre deux collines. Nous la retrouvons 32 minutes plus loin traversant la vallée sur un beau pont de quinze arches construit à un endroit appelé Maqsadet ed-Dumyd Lv^iù). Ce pont est précédé d’une grande tran¬
chée due au génie militaire. L’officier qui préside aux travaux nous retient quelques instants. Nous le félicitons de l’habileté et de l’entrain de ses hommes.
Plus nous avancerons et plus nous constaterons la grande part effective que la troupe prend à la construction de cette voie. Tous les terrassements, d'ici à peu près jusqu’ à Médine, sont l’œuvre des soldats, sans compter ce qu’ils ont fait de Damas — et surtout de Ma An — à el-Ahdar. On commence maintenant à leur faire exécuter des travaux de maçonnerie tels que la construction de petits ponts et. ils ne s’cn tirent pas mal du tout. Une compagnie spéciale chargée de la pose s’acquitte de sa tâche avec une rapidité et une dextérité peu communes. Quand le terrain est préparé, elle met en place, chaque jour, deux à trois kilomètres de rails. Huit mille soldats travaillent ainsi quotidiennement sur toute la ligne. On veut aller fêter en chemin de fer, cette année, à el-'Ela, et l’année prochaine à Médine, l’anniversaire du couronnement de Sa Majesté le sultan Abd-ul-llamîd. Du train où les choses marchent, on y arrivera certainement (2).
Le sort de ces soldats ouvriers n’est pas trop à plaindre, là où ils ont de bons officiers qui s’intéressent à eux. Ils sont, en effet, bien nourris et touchent une livre turque (23 fr.) par mois; de plus, on réduit de quelque temps la durée de leur service ; enfin on donne aux vétérans une médaille spéciale, sur laquelle est représentée une locomotive! L’officier a droit
(1) La môme plante, avec la même propriété, a été signalée à Mauss dans le pays de Moab ( Voyage de Jérusalem à Kérak..., p. 101, dans de Luynes, Voij. d’explor., I. II). Les Arabes du gôr Mezra', au-dessous de Kérak, ont la même pratique.
(2) Pendant que cet ouvrage était à l’impression, tous ces projets ont été réalisés. Maintenant, tous les lundis, un wagon de !’" classe part de Damas et va directement à Médine.
aussi à une prime qui n’est pas à dédaigner. Sans doute le travail est pénible, mais la plupart de ces militaires sont des fellalis robustes, originaires de la montagne de Naplouse, de la montagne de Jérusalem ou des environs d’Hébron, habitués dès leur enfance à une existence peu délicate et à un rude labeur. Le grand ennemi c’est le froid. Pendant l’hiver et au printemps, après des journées parfois très chaudes où l’on a beaucoup sué, les nuits sont froides et le pauvre soldat, généralement peu couvert, grelotte dans son gourbi. Aussi les pneumonies et autres maladies de ce genre font-elles d’assez nombreuses victimes. L’été, malgré ses fortes chaleurs, est encore la meilleure saison pour les santés.
Nous repartons à 9 heures 31 minutes. A 9 heures 40 minutes, une petite vallée venant de droite renferme à son embouchure de nombreux talhahs. Cent mètres plus loin, un chemin de traverse coupe la montagne du même côté. A 9 heures 48 minutes, un ouâdy, dont on ne peut nous donner le nom, débouche du nord-est; à deux minutes de là nous atteignons une colline jetée en travers de la vallée, qui semble vouloir fermer la route; elle ne réussit qu’à la diviser et à retenir le sable qui s’accumule à ses pieds. Les Arabes lui donnent le nom de Maqsadet el-Qusiyâ
A 10 heures, les deux branches de l’ouâdy se rejoignent et forment une petite plaine sur le bord de laquelle, à 600 mètres devant nous, s’élève actuellement une maisonnette marquant le 770e kilomètre depuis Damas et le point de départ d’une nouvelle section du chemin de fer. Arrêt de deux minutes.
A 10 heures 8 minutes, nous reprenons notre marche, et à 10 heures 15 minutes nous passons devant le seil Hawwâr (^La J.-—) qui arrive des montagnes du sud.
A 10 heures 20 minutes, nous laissons à droite sur la montagne un poste abandonné. La vallée se resserre et les sommets qui la dominent, hauts de 25 mètres environ, sont assez abrupts.
A 10 heures 53 minutes, nous atteignons l’ouâdy Medeisîs qui se jette à notre droite dans l’ouàdy el-Ahdar. Son embouchure, large au plus d’une quarantaine de mètres, est bordée de rochers escarpés. 11 parait que la vallée s’élargit bientôt en amont et prend même un développement considérable à l’intérieur des montagnes. Un chemin de traverse s’engage clans ce défilé. Nous continuons sur la grancl’route, à cause des bêtes de charge. Perdu deux minutes.
A 11 heures 9 minutes, un petit ouâdy débouche à notre droite, et à 11 heures 17 minutes, un autre plus important arrive à notre gauche. Beaucoup cl hirondelles grises volent autour de nous; on en voit aussi
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quelques-unes de noires, mais elles sont bien plus rares que les autres.
Ail heures 21 minutes, le clerb el-IIagg oblique vers le sud-est; la ligne du chemin de fer suit la même direction et traverse de nouveau la vallée sur un pont de 15 arches. L’ouâdy continue encore quelque temps vers l’est, s’ouvrant rapidement de manière à former une petite plaine d’un kilomètre de large, appelée seil er-Rûeihah ou bien encore ouâdv
el-Maw
Du qala at el-Ahdar jusqu’ici, l’ouâdy que nous avons suivi est constamment encaissé entre deux lignes de montagnes généralement très accidentées. dont la hauteur peut varier entre 25 et 60 mètres au-dessus du niveau de la vallée. De temps en temps quelques fissures se produisent à droite et à gauche, livrant passage à des ouâdys secondaires. L’espace entre les deux montagnes est relativement étroit. Si, parfois, la vallée atteint de 250 à 300 métrés de large, sur d’autres points elle n’en mesure pas plus d une soixantaine. Aussi, lorsqu un seil un peu considérable arrive, la circulation devient à peu près impossible. Nous en avons eu la preuve quand nous sommes repassés par ce chemin, le 3 mai. L’ouâdy était transformé en une véritable rivière et sans la chaussée du chemin de fer sur laquelle nous avons pu avancer, il eût fallu camper au bord de la plaine d er-Rûeihah , peut-être pendant plusieurs jours, en attendant que les eaux se fussent écoulées.
Les arches du nouveau qiont sont trop peu élevées pour qu'on puisse passer dessous à chameau ; nous grimpons sur le talus auquel travaille une équipe de soldats, et après 3 minutes d’arrêt nous continuons, à 11 heures
minutes, dans un petit col, laissant à gauche une haute colline appelée Sara f et- 7 a âm ( 1 G était autrefois, paraît-il, un poste d’observa¬
tion pour surveiller l’approche des razzias. L’endroit était bien choisi, car de ce sommet le regard s étend au loin sur la plaine qui se développe au sud-est et sert de grand chemin.
A 11 heures 32 minutes, nous atteignons le sommet du col et nous descendons aussitôt dans le grand seil er-Rûeihah , que nous remontons sur la rive gauche. De temps en temps surgissent quelques collines nous séparant de la vallée proprement dite. De nombreux talhahs poussent dans cette petite plaine.
A 12 lieures II minutes, quelques maisonnettes ruinées au bord du chemin, abritées derrière une rangée de petites collines, marquent le lieu d’un campement d’ouvriers récemment abandonné. A notre droite débouche 1 ouàdy el- Hamas On accumule à son embouchure des
matériaux pour la construction d’un pont.
MISSION EN ARABIE. (J
go MISSION ARCHÉOLOGIQUE EN ARABIE.
A 1*2 heures 34 minutes, les collines cessent à notre gauche et la vallée de ce côté s’étend à 1.200 mètres environ. A droite, voie ferrée, et, derrière, montagnes très découpées dont les pics peuvent s elev er a une cinquantaine de mètres. La caravane des pèlerins de la Mecque s’est arrêtée à cet endroit et y a laissé de nombreuses traces de son passage, entre autres deux ou trois chameaux sur lesquels s’acharne une volée de corbeaux.
A 12 heures 48 minutes, nous nous arrêtons pour déjeuner à l’ombre d'un talhah. Pendant ce temps, les chameliers font paître leurs montures et cherchent pour eux-mêmes quelques herbes dont ils font leurs délices.
Nous repartons à 1 heure 10 minutes. A 1 heure 22 minutes, nous sommes à la hauteur d’un ouàdy qui vient rejoindre à notre gauche le seil er- Rûeihah.
A 1 heure 32 minutes, la plaine se rétrécit et ne mesure guère plus deGOO mètres de large, mais bientôt elle reprendra son premier développement et le dépassera même de beaucoup. On lui donne maintenant le nom de Genâin el-Qâdy : ( 1) en souvenir d’un personnage illustre, un
qcnly ou juge célèbre, qui mourut dans ces parages au retour d un pèlerinage et y fut enseveli. Dans le fond, au sud-est, apparaît le gebel el-Lussân ( .,111'!). Au pied de la montagne, qui s’est relevée brusquement sur notre droite, un point nous est désigné sous l’appellation de ' Ayeret el-'Alù
fiJI
A 2 heures 18 minutes, nous atteignons le campement du nouveau chef de section : un ingénieur ottoman, dont la charmante femme est une Parisienne. Apprenant le passage de deux Français, il a envoyé un exprès pour nous inviter à passer la soirée chez lui. Il est de bien bonne heure pour s’arrêter; mais l’un de nous se trouvant fort indisposé, nous acceptons volontiers l’aimable invitation qui nous est faite.
Genâin el-Qâçly est à 913 mètres au-dessus du niveau de la mer. D’el- Ahdar jusqu’ici, la pente est donc à peu près d’un mètre par kilomètre. C’est dire qu’elle est peu sensible, aussi plus d'une fois, en cours de route, avions-nous à hésiter pour savoir si réellement nous montions.
Mardi 2 avril. — Hier au soir, à 6 heures, le thermomètre marquait 20° centigrade, mais la nuit a été froide et un vent violent a secoué la tente jusqu’au matin.
A 5 heures 37 minutes, nous sommes en selle. La petite plaine a repris à peu près sa largeur ordinaire d’un kilomètre.
(1) Ce nom répondrait-il à de Yaqut, I, p. 135?
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A 5 heures 55 minutes, on est à la hauteur d'un tombeau, situé à notre gauche, dans la plaine; ce serait le tombeau du fameux qâdy qui a donné son nom à la région.
A G heures 4 minutes, un grand ouàdy venant de l’est rejoint sur notre gauche le seil de benâin el-Qàdy. Nos guides l’appellent ouâdy ol-Mehrir (1). Devant nous, à quelques centaines de mètres à peine,
s élèvent dans la plaine quelques grosses collines. La partie principale de
Fig. 57. — Dolmen sur le derb el-Hagg, à el-Makwen.
la vallée se trouve à l’est de ces collines. Nous les laissons à notre gauche et continuons dans une trouée large de 300 mètres environ, ayant, à droite, des montagnes hautes d'une soixantaine de mètres.
A 6 heures 36 minutes, fin des collines à notre gauche. La plaine s’élargit considérablement et peut atteindre de trois à quatre kilomètres. L’endroit est appelé el-Makwen "). Il est resté célèbre à la suite d'une sanglante bataille qui s’y livra entre une Iribu campée sur ces lieux et une razzia qui sortit du flanc des montagnes voisines. Nous remarquons, au bord du chemin, un petit dolmen (fîg. 57) qui semble passer pour abriter les restes d’un pieux pèlerin. Il a été respecté, en effet, par les ouvriers du chemin de fer qui ont ramassé toutes les pierres d’alentour sans
(1) Huit Kit, Journal..., p. 3G1, parle d’un S’aïb El-Moher comme d’un aflluent de l’ouàdy
el-Aljdar. II semble bien qu’il s'agisse de la même vallée, quoiqu’elle ne puisse pas être considérée, à proprement parler, comme un affluent de l’ouildy el-Aljdar.
toucher A celles de celte tombe. Il parait avoir été entoure d un cercle de pierres, dont le diamètre pouvait avoir 2'", 75. Le dolmen proprement dit mesure 0"',85 de long' sur 0m,65 de large.
A 6 heures U minutes, nous atteignons le lit d’un ouàdy dans lequel poussent de nombreux talhahs et de petits arbustes. C’est l’ouàdy el-Lussàn. qui se déverse un peu plus haut dans la plaine d’el-Makwen et dont le cours est encore ici très bien marqué. A l’est, à peu près à la même hauteur, une autre vallée importante vient rejoindre la même plaine; on l’appelle l’ouàdy Dayiel el-Masa (^aJI Jo) (1). ITn de ses principaux affluents porte le nom d’ouàdy Abon Tôr
A 7 heures, le chemin est envahi par des cailloux noirs roulés par les eaux et la marche devient pénible pendant quelques minutes. On a multiplié à cet endroit les petits tas de pierres pour indiquer aux pèlerins les sentiers à suivre et aussi pour rendre ceux-ci plus praticables, chose digne de remarque, car il est rare qu’un Arabe se donne la peine d’enlever une pierre du chemin, dût-il faire un détour pour passer!
Nous sommes arrivés à l'extrémité de la plaine d’el-Makwen et nous remontons maintenant l’ouâdy el-Lussàn. A notre gauche s'élève le gebel el-Lussàn (2), dont l’aspect est lugubre. Il est formé presque en entier de roches noires qu'on prendrait, au premier abord, pour du basalte, mais qui sont cependant presque exclusivement des grès, dont la surface a pris une coloration volcanique. C est là un phénomène bien connu des géologues et désormais nous en aurons sous les yeux des exemples multiples. Le gebel el-Lussàn surplombe la vallée de 75 à 80 mètres. A droite, nous avons des collines de grès ordinaires beaucoup moins élevées, derrière lesquelles passe l'ouàdy Sinfeh
A 7 heures 12 minutes, nous remarquons sur notre droite au sommet de la colline quelques pierres levées. Elles indiquent la moitié du chemin entre el-Ahdar et Mo'azzam, et le point jusqu’où doivent aller les soldats des deux qala'ah chargés de surveiller la ligne télégraphique. L endroit est appelé Marne f eh
A 7 heures 22 minutes, nous avons l’ouàdy Lussân à quelques centaines de mètres à notre gauche. La montagne qui le domine doit atteindre près de 150 mètres de haut. Au sommet, on voit un petit arbre
(1) Dans Urinai, Journal..., p. 361, « ouàdy, Ouday El-Ms’a ( »
(2) Huber, Journal..., p. 3G1, etc., donne à celte montagne et à la vallée qui passe au pied le nom d ’El-Çany. Il est à noter que les Arabes font peu sentir la première radicale dans Lussân de sorte que, lorsque le mot est précédé de l'article, on entend simplement es-Sân. L appellation d’el-Lussân n’est cependant pas douteuse.
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suigii du milieu des rochers noirs 5 il n a pas encore de légende, mais on ne peut pas manquer de lui en créer une, car il est trop en évidence,
A 7 heures 32 minutes, entre le chemin et l’ouâdy, apparaît, sur notre gauche, une grosse colline noire, haute de 80 mètres environ. Le torrent est fortement resserré entre ce sommet et le gebel el-Lussân; il mérite bien son nom de Qafa el-Lussân « gorge des voleurs ». Il serait
très facile à un gazon de se cacher dans ce défilé pour fondre à l’improvisle sur les voyageurs. Nos hommes sont peu rassurés et éprouvent une véritable satisfaction au moment où nous rejoignons une grande caravane bien escortée, chargée de provisions pour les soldats de Médàin-Sâleh. « Nous voyagerons ensemble, disent-ils, et comme cela nous serons tranquilles. »
A 7 heures 45 minutes, l’ouâdy ÏJayiel el-Qaweh (iUJ! Jo) débouche à notre droite, et à 7 heures 50 minutes, l’ouâdy Lussân reparaît à gauche.
A 8 heures, nous passons devant une vallée arrivant du sud-ouest, dont le nom est inconnu a nos guides. De ce meme côté, derrière les premières collines, s’élève une montagne haute de 150 mètres environ; le sommet a l’air tout calciné.
X 8 heures 13 minutes, nous abandonnons notre direction sud-sud-est pour tourner peu à peu vers l’est et reprendre ensuite au sud-est. A 8 heures 15 minutes, nous passons devant l’ouâdy Salît (lyL>) venant du sud, et à 8 heures 21 minutes, nous contournons l’extrémité méridionale du gebel Lussân. Derrière cette montagne, à notre gauche, se trouve l’ouâclv Me s a formant, avec l’ouâdy dans lequel nous sommes, une plaine d’en virondeux kilomètres de large, à travers laquelle émergent de nombreuses collines. Nous allons maintenant à l’est-est-sud, longeant à droite une ligne de collines de grès dominées par des sommets noirâtres pouvant atteindre 150 mètres au-dessus du niveau du derb el-Hagg.
A 8 heures 45 minutes, nos guides nous font remarquer au bord du chemin un arbre appelé sagarat el-Masry sg s~>). L’appellation est
récente et 1 histoire qu’on nous raconte à ce sujet est intéressante pour montrer la genèse d’un grand nombre de noms au désert.
Un soldat, originaire d’Égypte, faisait le service postal entre Moazzam et el-Ahdar. Il perdit sa route, et, après avoir erré longtemps, finit par se retrouver grâce à la ligne du télégraphe. Mais il était exténué et dans l’impossibilité d’aller plus loin. Il eut alors l’idée ingénieuse de couper le til du télégraphe afin d’appeler au secours. Le lendemain, un cavalier
partit de Mo'azzam pour aller chercher l’endroit où la communication pouvait être interrompue et il trouva le pauvre soldat masry étendu sous cet arbre qui, depuis, a porlé son nom.
A 9 heures, les collines sont devenues plus compactes sur notre gauche et forment maintenant une ligne ininterrompue. A droite, ce sont des montagnes d’une centaine de mètres de haut. Nous marchons entre cette double muraille dans l’ouâdy el-Hanzîreh large tout au plus de
200 mètres.
A 9 heures 10 minutes, nous laissons au sommet de la colline, à gauche, une grosse pierre qui, vue de loin, sous un certain jour, affecte la forme d’un animal. Les Arabes lui donnent le nom de hagar el-Hanzîreh. Un jour, racontent-ils, le Prophète passant ici au moment où l’ouàdv coulait, voulut se délasser en prenant un bain. Une bédouine, poussée par une curiosité malsaine, désira le regarder et se hâta de gravir, par derrière, la hauteur voisine. Mais averti par une inspiration d’en haut de l’effronterie de cette femme, Mahomet se tourna vers elle en disant : « MaVûneh ya hanzîreh » (^r-A V. « maudite sois-tu, 6 truie! » Et à l’instant la
malheureuse fut métamorphosée en un bloc de pierre imitant la forme dudit animal. — Quelques-uns refusent de faire intervenir le Prophète dans cette histoire et remplacent son nom par celui d’un santon ou d’un pacha du Hagg...
A 9 heures 12 minutes, nous mettons pied à terre auprès d’un rocher couvert de graffites arabes et de quelques graffîtes grecs et tamoudéens tam., n° 176), sans parler des ouàsems anciens et modernes qui y figurent en grand nombre.
Pendant la halte, un soldat tue un pigeon ramier. Ces oiseaux sont rares dans la contrée et ou est même étonné d’y en trouver. Plus tard cependant, nous en rencontrerons beaucoup plus, du côté de Dàr el-Hamrâ et d’Abou Tâqah.
A 10 heures 16 minutes, nous repartons. La vallée mesure à cet endroit une centaine de mètres de large. A notre droite, c’est la montagne accidentée, dominant le chemin de 45 à 50 mètres; le sommet est toujours noir. A gauche, les collines de grès blanc se poursuivent sans changer beaucoup d aspect. Des monceaux de sable accumulés par le vent dans les anfractuosités des rochers apparaissent comme des taches jaunes, tandis que dans la vallée de larges surfaces sont couvertes de galets noirs qui luisent au soleil.
A 10 heures 29 minutes, noté un graffîte arabe sur la rive droite de 1 ouâdy et à 10 heures 35 minutes, un autre sur la rive gauche. En face de
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ce dernier point s ouvre un petit ouàdy dominé, au sud, par une haute colline. La vallée s’élargit peu à peu.
A 10 heures 50 minutes, à notre droite s’ouvre un ouàdy dont on ne peut pas nous dire le nom. Quatre minutes plus loin, trois pics noirâtres émergent du massif des collines situées à notre gauche. Les montagnes qui bordent la voie de chaque côté la dominent d’environ 75 mètres et leur cime est noire comme du charbon. A mesure qu’on avance, l’ouadv se transforme de nouveau en une petite plaine. Sur la rive droite, surgissent de tous côtés de petites élévations; la ligne de collines sur la rive gauche est beaucoup plus continue et les sommets un peu plus élevés.
Ali heures 45 minutes, la plaine s’enfonce à notre gauche à plusieurs kilomètres, mais reste toujours bordée de petites hauteurs qui arrêtent la vue. Cette région est dite ard Remâmiyeh
A 11 heures 57 minutes, l’horizon se referme; dans le véritable lit de l’ ouàdy poussent de nombreux taîhahs. Devant nous, une haute colline ferme la plaine au sud-est. A 12 heures 36 minutes, nous sommes au pied de cette colline. La vallée passe à gauche, nous continuons tout droit, dans un petit défilé où nous remarquons de nombreux graftites arabes. Ce sont des voyageurs qui ont gravé leur nom en passant, et les bédouins y ont ajouté leurs ouàsems.
A 12 heures 46 minutes, quelques tombes au bord du chemin abritent sans doute des pèlerins musulmans morts pendant le Ilagg.
A 12 heures 53 minutes, nous passons à côté d’une inscription coufique gravée sur une grosse pierre. Nous nous arrêtons quelques instants pour essayer de la déchiffrer, mais elle est en fort mauvais état et il nous est impossible d’en tirer un sens complet.
A 1 heure 26 minutes, nous repartons. Dans le fond de l’ouâdy, à notre gauche, les talhahs prospèrent en telle abondance que, pendant 20 minutes, on a presque l'impression d’une forêt en plein désert. Quelques arbres commencent déjà à bourgeonner.
A 2 heures, une petite vallée vient rejoindre l’ouâdy à notre droite. A 2 heures 21 minutes, apparaît le château d’el-Mo'azzam devant lequel nous descendons à 2 heures 26 minutes.
Le directeur du télégraphe à el-Mo'azzam est un hiérosolymitain avec qui nous avons fait connaissance à el-Ahdar, il y a quelques jours. Il nous attendait et nous accueille comme deux compatriotes. Un soldat apporte triomphalement deux limonades préparées avec des citrons d’el-'Ela et de l’eau du puits d’el-Ahdar! On n’aurait pas rêvé d’un rafraîchissement plus délicieux.
Lca forteresse de Mo'azzam (fig. 58) est un vaste quadrilatère, flanqué aux quatre angles de tours rondes très en saillie. C’est un des châteaux les plus spacieux du derb el-Hagg en même temps qu’un des plus soignés et des plus homogènes comme construction. D’après une inscription en turc (p. 297) placée au-dessus de la porte, il a été bâti en 1031 de l’hégire. L’intérieur, conçu sur le plan ordinaire, comprend une cour carrée avec une citerne au centre, des magasins sur les côtés et des chambres à l’étage
Fig. 58. — Qala'at el-Mo'azzam.
supérieur. Les habitants du qala'ah se sont amusés à orner la façade de têtes de bouquetins (^o---î) et d antilopes («UJî j&>), achetées aux bédouins des environs de Teima.
A une dizaine de mètres au sud du château se trouve le birkeh : un immense réservoir d’une soixantaine de mètres de côté, sur 4 à 5 mètres de profondeur. Il tient encore 1 eau, sauf dans la partie supérieure, mais on le remettra sans doute tout a fait en état dès qu’on aura fait le chemin de 1er, car il est infiniment précieux dans cette contrée entièrement dépourvue de sources. Une digue en pierres de taille — aujourd’hui à moitié écroulée — s’avancait dans la plaine, au sud, afin d’arrêter les eaux et de les refouler vers le réservoir (fig. 59).
Qala at el-Mo azzam est situé sur un ressaut de terrain au pied de la montagne, à la jonction du grand ouàdy cd-Dcva c- ,-J!) (venant du nordouest) avec 1 ouâdy que nous avons suivi depuis el-Ahdar. La réunion de
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ces deux vallées importantes forme une plaine sablonneuse, bien unie, large de plusd un kilomètre. Elle s’allonge vers le sud-est presque en ligne droite de sorte que le regard peut s’étendre fort loin de ce côté. On aperçoit dans le fond les sommets de IJesem Sana ' ( à 25 kilomètres
d ici. A 1 est, la vue est arrêtée à quelques centaines de mètres par une ligne de collines ininterrompues. A l’ouest, de petites collines blanches, au milieu desquelles émergent trois sommets pointus, marquent la fin de
la plaine. Au delà apparaissent des montagnes beaucoup plus importantes, parmi lesquelles on nous signale le gebel ed-Dera (^a3!), d’où descend l’ouâdy de même nom.
Quand on contemple, par une belle journée, ce paysage aride et qu’on voit se dérouler devant soi cette nappe de sable étincelant sous le soleil, on a peine à croire que ces larges vallées puissent quelquefois être envahies par les eaux. C’est cependant le spectacle auquel nous assistions, le 2 mai, en remontant de Médâin-Sàleh. A la suite d’un violent orage qui s’était déchaîné la veille sur la montagne de l’ouest, quelquesgrands ouàdys avaient coulé à pleins bords et, en un clin d’œil, la plaine au sud du qala ah avait été transformée en un lac immense (fig. 59). Nous eûmes beaucoup de peine à gagner la rive orientale et une fois en face du château il fallut
traverser encore, pour y arriver, une rivière large de 200 mètres (fig. 00). Deux ingénieurs partis de Hesem Sana' un peu avant l’orage avaient été surpris en route par le seil et obligés de passer la nuit à la belle étoile, n’osant pas se risquer, malgré leurs vigoureuses montures, à franchir ces fleuves aussi impétueux qu’inopinés.
Auprès du château de Moazzam comme aux environs de celui d’el-Ahdar campent quelques misérables Sûeitleh. Il n’y a en ce moment que des fem-
riff 60. - Mo'nzzam. A travers le seil, en face du château.
mes sous les quatre ou cinq pauvres tentes dressées au pied de la montagne et il est impossible de trouver un nouveau guide pour remplacer notre compagnon de route de Teima, qui nous quitte demain matin.
A la porte du qalaah deux grandes tentes blanches abritent les mar¬
chandises de deux trafiquants de Damas venus pour vendre des provisions, des habits ou des bibelots aux soldats qui travaillent au chemin de fer dans les environs, et aussi aux bédouins de passage. Moazzam est en effet un endroit fort connu des Arabes et les grandes vallées qui débouchent auprès sont autant de grandes voies du désert. Les Béni Atiyeh (Lias q), les />''/// les Leicla (Î--J), les Fuyard (|y29), les Sanirndr ( ,Ua>) et les Sardrdl prennent de l’eau à son birkeh dans leurs fréquentes razzias, et c est pour eux tous un grand point de rendez-vous.
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Mercredi S avril. Nous avons laissé en route la caravane rencontrée près du gebel Lussân et nous devons renforcer notre escorte d’un quatrième cavalier, car on va marcher maintenant à travers un pays sans cesse parcouru par des razzias et il faut être prêt à tout. L’affaire a été arrangée hier au soir, mais au moment de partir, la monture du nouveau gendarme est encore au pâturage.
A G heures 52 minutes, lassés d’attendre, nous partons. A mesure que nous avançons, les collines, à notre gauche, s’infléchissent graduellement vers l’est pour livrer passage au grand ouâdy Maswal (J^). A 7 heures 17 minutes, nous arrivons devant cette vallée dans laquelle les talhabs abondent. Notre direction est au sud-est, 135°.
A 7 heures 35 minutes, à la hauteur de deux sommets, Touaiyel Béni Sa td (j~j J-tj-k), situés sur le bord de la plaine à notre droite. A gauche, un léger exhaussement du terrain nous sépare de l’ouâdy Maswal, au delà duquel la contrée est appelée ard Medawwarah (s. Ia-»).
A 7 heures 45 minutes, nous voyons deux cavaliers surgir des fourrés de 1 ouâdy Hakeh (^) et se diriger vers nous au galop de leurs montures. Cette manière de s’aborder étant peu courtoise au désert, nous mettons pied à terre et on se concentre, croyant avoir affaire à quelque parti de bédouins en campagne. Mais les prétendus agresseurs s’avancent tout seuls et on ne tarde pas à reconnaître un Siieifleh amenant le chameau de notre quatrième gendarme.
A 8 heures 3 minutes, nous reprenons notre marche. A 8 heures 25 minutes, on nous montre sur la gauche un petit affluent de l’ouâdy Maswal, appelé ouâdy Meqeibel ( J.***). Un grand rocher situé auprès porte aussi le même nom. Au sud, dans le lointain se dresse une montagne noire nommée par nos guides gebel Gnh el-Heir w^).
A 8 heures 48 minutes, nous arrivons au bord de l’ouâdy Hakeh. Il descend des montagnes Hesmaniyeh à l’ouest, traverse devant nous toute la plaine et va rejoindre l’ouâdy Maswal, par lequel il gagne de nouveau le derb el-Hagg et arrive finalement à Moazzam. C’est l’ouàdy Hakeh qui coulait le plus fort au moment de notre second passage, le 2 mai. On serait porté à croire que c’est aussi celui qui coule le plus souvent, à en juger par la verdure qui tapisse son lit. Les arbres y sont très nombreux et en maints endroits les arbustes et les hautes herbes forment de véritables fourrés.
A 9 heures, nous sommes passés sur la rive droite, où l’on voit quelques tombes arabes. La plaine devient plus large; à 9 heures 15 minutes, elle s’étend sur notre gauche à 5 ou G kilomètres, et sur notre droite à six ou sept cents mètres. On appelle cette région el-Matneh Le territoire
des BeDÎ Atiyeh s’étend jusqu’ici et le cheik li Harb vient souvent fixer sa tente dans ces parages. Eu ce moment il campe à l’ouest de Tebouk.
A 9 heures 42 minutes, un renflement de terrain, sur notre gauche, constitue une série de petites collines appelées Ifabwd j^). C’est aussi le nom d’une vallée qui débouche à notre gauche. Nous y apercevons des Arabes en marche. C est un rahel J-^j) ou groupe de bédouins changeant de campement. Ils s’en vont du côté de Teinta chercher de nouveaux pâturages. Hélas! ils ne devaient y trouver que la désolation, car quinze jours plus tard ils étaient razziés parles Leida et perdaient tous leurs troupeaux.
A 10 heures 26 minutes, nous avons à notre droite, au sud-ouest, derrière une première ligne de collines, le gebel 'E'ü Deux pics s’en
détachent et dominent tous les environs; on les appelle Maqerein ’Eis. La plaine est sillonnée tout entière de petits sentiers tracés par les pèlerins de la Mecque qui, pouvant passer ici n’importe où, se disséminent en marchant.
A 10 heures 50 minutes, nous coupons 1 ou. el- Eis(^A*h), q^û descend du massif de même nom et se dirige d’abord vers l’est-est-nord, pour tourner ensuite au nord et descendre à Mo'azzam. La plaine, à notre gauche, s’étend très loin derrière quelques collines insignifiantes.
A 11 heures 4 minutes, nous traversons le seil Hada (o A=k). Il suit la même direction que l’ouàdy Eis, avec lequel il va se fondre plus bas. Le sol est couvert de petites pierres noires volcaniques.
A 11 heures 35 minutes, nous longeons à notre gauche une légère dépression dans laquelle poussent d’abondants talhahs. Un quart d’heure plus loin, nous laissons à droite, à la distance approximative de 3 kilomètres, une montagne en forme de cône tronqué. La plaine se rétrécit ; a 12 heures 3 minutes, elle n’a guère plus qu’un kilomètre de large. Les eaux se rassemblent au pied des collines sur le bord oriental, où une traînée d arbres et de verdure indique le chemin qu elles parcourent. A 12 heures 21 minutes, nous marchons au milieu de ces arbres. La pente de 1 ouâdy étant très peu prononcée, l’eau se répand assez en liberté et la végétation se développe sur un plus vaste champ. A 12 heures 30 minutes, nous nous arrêtons à 1 ombre d untalhah, au bord d une petite vallée descendant de l’ouest.
L endroit est délicieux et très fréquenté des Arabes qui y trouvent de 1 herbe pour leurs chameaux et une grande quantité de bois à brûler. Ils y viennent surtout au moment du passage des pèlerins de la Mecque, afin de tâcher de rançonner un peu les pieux haggys. C’est d’ailleurs un lieu de
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pâturage et de rendez-vous fort ancien; nous en avons la preuve écrite sur les rochers voisins. Quelques minutes à l’est, de l’endroit où nous sommes assis se trouve une colline isolée, sur les pentes de laquelle on voit d énormes blocs détachés. Dans la matinée du 2 mai, nous relèverons sur ces blocs plus de 130 graffites tamoudéens (nus 36-175) gravés au milieu de représentations de différents animaux et en particulier de chameaux. Les bergers et les marchands désœuvrés devaient s’amuser à écrire ainsi leur nom et à tracer ces figures grossières tout en surveillant les chameaux qui paissaient tranquillement à leurs pieds dans la plaine.
Nous repartons à 2 heures 5 minutes et à 2 heures 1 \ minutes nous mettons pied à terre devant l’installation de M. Milosowitz, chef de section. Cet ingénieur nous accueille chaleureusement. U s’intéresse beaucoup aux études orientales, spécialement à la linguistique. Il nous montre quelques graffites tamoudéens qu’il a copiés le long de la voie sur les rochers voisins de Ijesem Sana’ et nous invite à passer la soirée avec lui pour aller à la recherche des inscriptions. Aujourd'hui nous ne pouvons pas, mais au retour nous resterons une demi-journée. C’est ici que nous apprendrons, le 1er mai seulement, le lâche assassinat de l’infortuné docteur Mauchamp. Cette nouvelle jettera une note de tristesse sur la fin de notre voyage, car le docteur Mauchamp fut notre compagnon de route pendant quarantecinq jours à travers l’Arabie Pétrée. Nous avions projeté de faire ensemble une excursion dans l’Arabie centrale, et durant son long séjour à Jérusalem nous avions pu apprécier toutes les éminentes qualités du brillant et si regretté docteur.
A 2 heures 35 minutes, nous sommes de nouveau en selle; 26 kilomètres nous séparent encore de Dur el-Hamrâ .b) (1), où nous voudrions
passer la nuit. Nous avons tout près, à notre gauche, la montagne de Ijesem Sana' eu avant de laquelle passe un ouâdy ; la plaine, adroite, s’étend à peu près à 1 kilomètre.
A 2 heures 50 minutes, nous traversons une première branche de l’ouâdy Geneib arrivant des montagnes de l’ouest; elle vient se
butter contre le promontoire de Ilesem Sana et longe ensuite le derb el- Ijagg. La montagne, à notre gauche, s’enfuit vers l’est et, en avant, se forment une série de collines appelées Burqa Hereiz Sur ces
hauteurs campent en ce moment de nombreux soldats qui travaillent à la chaussée du chemin de fer.
(1) C'est ainsi que ce nom est écrit dans la carte du chemin de fer du Hedjàz et cela paraît bien être l’orthographe officielle; mais d'après plusieurs Arabes le vrai nom serait Zahar el-Hamrâ
A 3 heures, nous coupons une seconde branche de l’ouâdy Geneib. A R heures 10 minutes, la plaine mesure de 2 à R kilomètres de large; à gauche nous avons les hauteurs de Burqa llereiz, et à droite, derrière une première ligne de collines se dressent quelques sommets plus élevés, parmi lesquels on nous signale le ràs Abou Geneib y\ ^J,).
A 3 heures 37 minutes, encore une branche de l’ouâdy Geneib après avoir coupé la plaine, elle longe les collines de Hereiz et rejoint plus bas les deux premières branches.
A 3 heures 45 minutes, les collines disparaissent un instant cà notre gauche pour recommencer un quart d’heure plus loin. Le sol est couvert de petifs galets volcaniques; les montagnes environnantes sont toujours formées de grès. A leur pied le vent a accumulé des monticules de sable.
A 4 heures, la plaine se revêt de verdure et de fleurs sur l’espace de quelques centaines de mètres; de nombreuses troupes campent dans les environs. Nos Arabes voudraient profiter de ce double avantage pour passer ici la nuit, à l’exemple d’une grande caravane qui est en train de défaire les charges. Mais nous tenons bon et ils doivent se soumettre à l’injonction des gendarmes qui, intérieurement eux aussi, préféreraient rester. Après avoir perdu 5 minutes, nous continuons donc à marcher.
A 4 heures 34 minutes, les petits cailloux noirs qui jonchaient la route ont disparu ; le sol est couvert maintenant de gros sable. Les collines à notre gauche s affaissent, tandis qu’à droite elles deviennent de vraies montagnes, hautes d une centaine de mètres. Nous allons doucement afin de cheminer avec les bagages, car le pays n’est pas sûr. Il y a peu de temps, un de nos soldats a été attaqué tout près de Dàr el-Hamrâ et a eu un compagnon tué par les bédouins.
A 5 heures 10 minutes, nous avançons assez lentement dans une plaine sablonneuse bien unie, large de sept à huit cents mètres. Chemin faisant, on remarque des lambeaux d’habits derrière un petit arbuste. On va voir, c’est un pauvre pèlerin endormi ou mort de fatigue, qui a été dévoré par une bête fauve. La ligne du chemin de fer s’écarte du derb ell.lagg et passe a plusieurs kilomètres à l’est afin de conserver un niveau iuféi ieur et de ménager ainsi la pente qui suivra bientôt. Devant nous, à gauche du chemin, apparaissent de gros blocs dressés sur une colline
comme de grandes stèles. C’est le commencement des garâmil er-Rûcilah ('V' !/■ ’ cIl,i s’étendent à l’est. Nous les atteignons à 5 heures 55 mi¬
nutes. Dans toute la région à notre gauche, il y a un nombre considérable dénormes rochers debout; c’est comme un vaste champ de menhirs dressés par la nature. Nous attendons pendant 23 minutes que les bêtes
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de charge nous aient rejoints et nous gagnons ensuite, dans l’obscurité, le château de Dar el-Hamrâ, où nous arrivons à 7 heures 20 minutes.
Jnuh 4 avril. — Depuis le passage de Huber (1) le qala'ah de Dâr el- I.Iamrâ (fig. 61) a été remis un peu en état pour abriter un employé du télégraphe avec trois ou quatre soldats. Il n’a rien de remarquable. On a construit postérieurement, à 1 angle nord-est, une petite tour afin de
Fig. (il. — Qala’at Dâr el-llamrâ.
permettre à la garnison de puiser de l’eau au birkeh sans sortir du château. Mais actuellement ce birkeh est à sec depuis longtemps, car il y a trois ans, nous dit-on, qu’il n’a pas plu dans le pays. La petite garnison va chercher l’eau à un puits situé vers le sud-est, à sept ou huit heures de marche.
En avant du château, s’étend une petite plaine de sable, large de 400 à 500 mètres, que traverse une digue destinée à faire refluer vers le birkeh les eaux de l’ouâdv voisin. On nous signale an delà de cette plaine, sur les premiers sommets, au sud, des restes d’anciennes maisons. Nous allons les visiter. Nous trouvons tout d’abord quelques enceintes plus ou moins rondes, jointes ou séparées, formées de murs en pierres sèches mal appa-
(1) Journal..., p. 458.
MISSION ARCHEOLOGIQUE EN AUABIE.