I-’ig
Dais el-i.Umka. Petites enceintes au stul du qala'ali.
reillées, hauts en moyenne de 0m,50 à 0m,75 et qui. peut-être, n ont jamais été plus élevés. Une porte ouvre généralement à l’est. On a sous les yeux (fig. 02) un plan par terre de deux de ces monuments pris un peu au
hasard. Quelques-uns sont plus ^ petits que ces deux-là; rarement il y en a de plus grands.
En face de ce premier groupe, dans un pli de terrain, à l’est, se trouvent d’autres constructions du même genre, mais généralement de forme carrée. Un certain nombre ont k à 5 mètres de côté; il y en a même une qui mesure 8 pas sur une face; peut-être était-elle divisée à l’intérieur.
En continuant encore un peu vers l’est, à l’extrémité de la plaine et sur le dernier penchant d’une colline, nous rencontrons quantité de ces maisonnettes, parfois alignées les unes à côté des autres comme dans la fig. 63, d’autres fois séparées. Certains murs ont encore 1 mètre de haut. Il y a aussi des enceintes carrées plus considérables, ressemblant à des parcs pour les bestiaux.
A quelques pas de là, en allant vers le
nord, on remarque les arasements d’une construction carrée, mesurant 10 pas d’est en ouest et 11 du nord au sud. Sur le côté sud. au centre, se trouve une absidiole large de 1 mètre sur lm,50 de profondeur. On croirait assez facilement à un mibrab, et ces débris de murs larges de O"1, 70 seraient peut-être ceux d’une mosquée. Dès lors, il serait tout à fait naturel de voir dans les ruines précédentes les restes d’une sorte de village ou de campement arabe.
A 7 heures 16 minutes, nous quittons Dâr el-Hamrâ. Notre escorte s’est augmentée de 7 nouveaux soldats et d’un sous-officier qui nous courent après depuis Mo azzam. Us appartiennent au posle de Médàin-Sàleh et ont
Fig. 03.
Dar f.i.-Hamra. Maisonnettes ruinées aux environs du qala'ali.
DE MUSTABGAH A MÉDAIN-SALEH.
1 oi dre de regagner leur campement avec nous. La petite plaine de sable est vite traversée ; nous continuons ensuite pendant quelques instants entre deux faibles éminences.
A 7 heures 55 minutes, nous quittons enfin ce couloir monotone dans lequel nous marchions depuis trois jours, pour entrer dans une région accidentée. Après avoir franchi un petit col sablonneux, nous arrivons, à
8 heures 3 minutes, sur un plateau où émergent de nombreuses petites collines.
A 8 heures i minutes, nous traversons une manière d ouâdy qui se foime sur ce sommet et coule à notre gauche pour revenir ensuite sur Dûr el-IIamrâ. Le sol est d abord couvert de sable g’rossier, puis, pendant quelque temps, c’est la roche nue, d’où le nom de zallaqât (^lah), ou « glissades », donné à ce passage. A notre droite court vers le sud-ouest une chaîne de montagnes éloignée de deux à trois kilomètres, qui a. son point de départ tout près de Dàr el-Hamrâ. En avant de la montagne se projettent quelques collines à moitié envahies par le sable. Sur la gauche, c est le plateau à perte de vue, hérissé de sommets. Devant nous, se dressent de loin en loin quelques gros rochers comme ceux auprès desquels nous passons à 8 heures 28 et ù 8 heures 45 minutes.
A 8 heures 50 minutes, nous traversons une sorte d’esplanade appelée Ma far es er-Ruz « les tapis de riz », parce que le sol est
couvert d’une grande quantité de gros grains de sable semblables à du riz. On nous signale sur notre droite un endroit appelé et-Temed 0ù 1 eau de pluie se conserve dans un creux de rocher. A gauche nous avons un sommet désigné sous le nom de Rerdân
A 9 heures 5 minutes, nous coupons à angle droit un sentier très bien marqué qui conduit à Tcmed.
A 9 heures 22 minutes, tout près du chemin sur notre gauche, commence une série de petites collines. Nous passons devant un boulouk, ou compagnie de soldats, émig’rant vers le sud. Ils ont fini le travail qui leur avait été assigné et s’en vont maintenant, plus avant, entreprendre de nouveaux terrassements. Les simples soldats marchent à pied, le fusil sur 1 épaule, revêtus de toutes sortes de costumes. L’un d’eux pousse devant’ lui un petit troupeau de moutons. De nombreux chameaux s’avancent d’un pas nonchalant, chargés de tentes, de pelles et de pioches et d’une grande quantité de brouettes, sans parler des sacs de farine et des tonneaux d’eau.
I! y a même des cages à poules pour monter la basse-cour des officiers. Nous avons vu l’autre jour le campement que ces gens venaient d’abandonner. Trois ou quatre cahutes dont on avait arraché les toits de zinc
MISSION EN ARAIIIE.
pour les transporter ailleurs, des cercles de pierres qui entouraient les gourbis, et quelques tombes ; c est tout ce qui restait.
A 0 heures 55 minutes, la montagne présente, à notre droite, une grande échancrure de près de 500 mètres de large. Devant nous se dressent trois pics dont les pointes noires offrent tout a lait 1 aspect de volcans éteints. A 10 heures 20 minutes, nous sommes à la hauteur du plus rapproché, le gebel Mutla { (1), que nous laissons à 150 mètres à notre gauche. Il
marque le point le plus élevé du derb el-IIagg, 1.298 mètres, et forme la ligne départagé des eaux. Celles qui tombent sur le versant septentrional gagnent Mo'azzam et Tebouk, tandis que celles qui tombent au sud descendent vers el- Ela et l’ouâdy el-Qura
Malgré leur couleur noire, ces sommets ne sont probablement pas des cratères. Des ingénieurs qui ont visité l’un d eux affirment n y avoir trouvé que du grès coloré et point de basalte.
On a, du gcbel Mutla', un beau coup d’œil sur le pays.
Du côté de l’ouest, il est vrai, la vue est vite bornée par la montagne, mais au nord, et à l’est surtout, le regard s étend fort loin. C est partout le désert, un immense plateau très accidenté, avec de nombreux mamelons, parfois de véritables montagnes, où la roche nue succède au sable et le sable à la roche nue. C’est à peine si quelques retems ou quelques plantes comme le rimt viennent égayer un peu la monotonie de ce paysage, qui n’est beau que parce qu’il est inondé de lumière.
Vers le sud et le sud-ouest, le panorama est encore plus étrange et plus grandiose. Dans le fond, on a la masse noire et imposante du Harrah (jCla.), qui s’étend à l’infini. Devant, au premier plan, ce sont dénormes rochers fantastiques, des montagnes aux sommets découpés et déchiquetés, que certains ont comparées à une forêt de grands arbres émondes.
La descente vers le sud est mauvaise, le chemin est mal marqué sur les roches de grès, et du reste chacun passe où il peut. Nous croisons deux misérables pèlerins qui vont à pied, inquiets de leur route et exténués de fatigue. Après les avoir un peu restaurés, nous les dirigeons sur Dàr el-IIamrâ. Le derb el-IIagg est sans cesse parcouru par des faqirs de ce genre qui errent à l’aventure, sans argent et sans provisions. U n est pas rare que quelques-uns d’entre eux s’égarent en route et laissent leurs ossements au désert. Depuis qu’on a installé le télégraphe, les plus avisés suivent ce fil d’Ariane sans plus se préoccuper du chemin.
Ail heures 20 minutes, nous mettons pied à terre et cherchons un peu
(1) Le nom (le Mu lia' s’applique aussi aux autres sommets voisins, connus sous le vocable commun de lions el-Mutla '. Le gouvernement écrit sJlkJJ.
DE MUSTABGAII A MÉDAIN-SALEH.
d'ombro ai. milieu d’une touffe de retems. 11 fait aujourd'hui un siroco accablant.
Aous repartons à 12 heures 30 minutes. La descente s’accentue; les dalles de grès se succèdent, séparées par des intervalles remplis de sable ou germe parfois un peu de végétation. A 1 heure 22 minutes, nous cheminons dans une sorte de vallon sablonneux. Ce passage porte le
(JpL) (1), « le défilé ou le passage de la
nom de Saqq el-'Agûz ( ; vieille ».
A 1 heure 44 minutes, nous avons à notre gauche, au bord du chemin, deux énormes rochers avec quelques graffïtes tamoudéens et des inscriptions arabes. Nous en faisons le tour attentivement, pour voir s’il n’y aurait pas quelque texte intéressant. Les inscriptions arabes que nous lisons ont été faites par des pèlerins. Elles contiennent des exclamations comme celles-ci : « O Allah! pardonne à quiconque a péché! — Le hagg se fait avec facilité! — Allah fait des dons à quiconque se confie en lui! »
Les graffites tamoudéens sont en petit nombre et mal conservés fpl XXXI nos 19-23). ’
A 3 heures, nous remontons à chameau et continuons la marche à traicrs une sorte de plateau irrégulier s’inclinant vers le sud.
A 3 heures 18 minutes, nous laissons a droite, — par delà quelques collines, mais en deçà des montagnes, — un sommet arrondi semblable à un cratere. Huit minutes plus loin, nous avons, à 1 kilomètre, à notre gauche un autre sommet du même genre, haut d’une centaine de mètres.
A 3 heures 44 minutes, se forme sur notre gauche une série de collines presque ininterrompues. Nous retrouvons ici la ligne du chemin de fer que nous avions perdue de vue avant d’arriver à Dàr el-IIamrâ. Elle vient de l’est, mais on n’en distingue pas encore le tracé, car les terrassements ne sont pas faits. Plus loin une troupe de soldats y travaille activement, accumulant du sable et des herbes pour faire une chaussée.
A 4 heures, nous entrons dans la plaine d'Abou Taqah (ïSlis ^t), sorte de bas-fond rempli de sable qui s’étend devant nous au pied du Ilarrah, faisant au nord une pointe à F extrémité de laquelle nous nous trouvons en ce moment.
A 4 heures 25 minutes, nous débouchons dans la plaine proprement dite. A notre gauche s élève un rocher semblable à un mur, dans lequel est percé un grand trou ou une fenêtre, en arabe tâqah (üsUs), d’où le nom de « Abou Tâqah » donné au rocher et à la région.
(I) Dans la carie arabe du chemin de fer du HedjAz • • , j
Nous dressons ici notre tente, auprès d uu campement de soldats dont les chefs nous accueillent plus qu’avec civilité. Presque à 1 égal de leur courtoisie on apprécie leur eau fraîche qui est de l'eau de pluie provenant du creux d’un rocher dans le Ilarrah. En temps ordinaire ils vont chercher leur provision aux puils de Médàin-Sâlch, à G heures d ici.
Plus nous avançons, plus nous nous rendons compte des difficultés de toute sorte que présente la construction du chemin de fer de la Mecque à travers une solitude dépourvue absolument de tout. Une entreprise de ce genre doit absorber des sommes phénoménales. Néanmoins elle se poursuit avec une rapidité vraiment extraordinaire sous l’impulsion de la volonté énergique du Sultan. Un grand nombre de riches musulmans, poussés par le zèle religieux, secondent de leurs deniers cette entreprise dans laquelle la religion entre pour une aussi grande part que la politique. C’est ainsi, nous dit-on, que la gare de Médine sera due en grande partie, sinon tout entière, à la générosité d’un Crésus indien, disciple du prophète. Les dons en nature et en espèces sont, paraît-il, fort nombreux; sans parler d’un impôt spécial qualifié de « don volontaire » qu’on prélève déjà depuis longtemps pour la construction de ce chemin de fer. Mais ce n’est pas tout de construire; il faudra aussi entretenir, et cela demandera encore beaucoup de soins, avec de l’énergie et de 1 argent en proportion. L’exploitation de la partie de la voie apte à laisser passer un train est confiée à un français, M. Gaudin, qui fait preuve, pour l’organisation et l’entretien du service, d’une intelligence et d’une fermeté peu communes.
Vendredi 5 avril. — Nous partons à 6 heures 40 minutes, dans la direction sud-sud-est, à travers la plaine d’Abou Tàqah, bordée au nord-ouest, à l’ouest et au sud-ouest par des montagnes de grès très accidentées, rappelant beaucoup les approches de Pétra. Nous les laissons à 2 kilomètres à notre droite. Par derrière court une chaîne plus élevée, aux sommets aplatis et noirs. C’est le Ilarrah, qui se poursuit jusqu’à el-'Ela et encore plus au sud. Nous avons à gauche quelques collines de grès, qui s’ouvrent, 10 minutes plus loin, pour livrer passage à la plaine. Celle-ci s’étend alors très loin vers l’est, parsemée, dans le fond surtout, d’énormes mamelons dénudés, masses compactes de grès.
A G heures 55 minutes, sentier conduisant au Sik (w-O, grosse colline à notre gauche, distante de 8 kilomètres environ. Là se trouve la source qui alimente la garnison de Dâr el-IIamrâ; mais l’eau doit être bien peu abondante puisque les soldats d’Abou Tàqah sont obligés, en temps ordinaire, d’aller remplir leurs tonneaux aux puits de Médàin-Sâleh.
DE MUSTABGAH A MEDAIN-SALEH.
A 7 heures 25 minutes, nous laissons à notre droite, à la distance approximative de 3 kilomètres, un enfoncement dans le Harrah, el-Fegg L’eau que nous avons bue hier au soir chez les officiers provenait
de cet endroit. Un peu plus à l’ouest se trouve Tagbesem (1), autre
réservoir naturel où l’on ira puiser encore pendant quelque temps quand le gadîr d’ el-Fegg sera à sec, ce qui ne tardera pas à arriver.
A 7 heures 30 minutes, nous avons à notre gauche, à 1 kilomètre, un grand rocher qui contient aussi, parait-il, un peu d’eau de pluie dans une crevasse. Au delà, à 5 ou 6 kilomètres, se dresse le sommet poinlu de Cheikh Annab [. .J!).
A 8 heures 13 minutes, la route passe entre deux énormes blocs de grès auxquels font suite, au sud, quelques autres collines de même nature. La montagne, adroite, se rapproche du derb el-Hagg; nous ne l’avons plus qu’à 800 mètres.
Rencontré cinq pauvres troupiers déserteurs, qui viennent du Yémen à travers le désert, ils sont à peine couverts de quelques haillons, ayant sans doute vendu leurs effets militaires afin de s’échapper plus librement. Nos gendarmes les reconnaissent, mais ils se contentent d’échanger avec eux un salut, sans songer le moins du monde à les inquiéter. Ces malheureux ont l’air exténué. Ils ont gagné la Mecque et Médine déguisés en pèlerins, mendiant leur pain le long de la route. Des villes saintes, ils sont partis pour la Syrie. Depuis plusieurs mois ils sont ainsi sur les chemins en proie à la fatigue et aux privations de tout genre. Encore quelques semaines et si les forces n’achèvent pas de les abandonner ils reverront leuis familles, en attendant qu’on leur mette la main au collet pour les envoyer faire un supplément de service. D’ailleurs, on est d’ordinaire assez indulgent pour les réfractaires de ce genre. Nous en avons un dans notre caravane, qui nous raconte toute son histoire par le menu détail.
C’est un pauvre fellah du village de Béthanie près de Jérusalem. Nous l’avons rencontré quelques heures avant d’arriver à Dàr el-Hamrâ. Il nous a reconnus et a abandonné aussitôt le convoi dont il faisait partie pour marcher avec nous. Il a pris la fuite devant Sana'a avec 300 de scs compagnons, tous de langue arabe. Les insurgés les ont bien accueillis, voyant en somme en eux des frères, puisqu’ils étaient Arabes et musulmans comme eux. Ils leur ont donné des vivres dont ils avaient le plus grand besoin et un certain nombre de fuyards sont même restés dans le pays. Mais la ma-
(1) Ne serait-ce pas là une contraction de Tayibet el-Ism 1 LÜA? Voir sur ce dernier
mot Cleiumont-Ganneau, Rec. d'arch. or., lî, p. 21. '
jorité, mariés et pères de famille pour la plupart, ont voulu tenter de regagner leurs villages. Après des fatigues et des péripéties inénarrables, vins! d’entre eux sont arrivés à I.Iâil chez Eben Rasid qui a pris en pitié leur malheureux sort. Il les a fort bien traites, et a meme donne a chacun d’eux quelques pièces de monnaie. De Hâil, notre homme est reparti à pied pour la Mecque avec un pèlerinage. Ses dévotions terminées, il s’est fait délivrer des papiers en règle et a gagné Djedda, où il a pu se procurer un peu d'argent et prendre ainsi une place sur le pont d’un navire jusqu’à Suez. Une fois en Égypte, il a écrit à son père de lui envoyer deux ou trois louis pour achever son voyage. De tous ses nombreux compagnons, huit seulement ont revu leurs foyers, une bonne moitié sont morts dans le désert; quant aux autres, il ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Lui-mème n’a pas joui longtemps des délices du retour. Dénoncé aux autorités militaires de Jérusalem, il a été appréhendé et condamné à travailler pendant six mois au chemin de fer du Hedjaz. Il prend sa punition en philosophe, dans l’espoir de revenir bientôt pour tout de bon.
A 9 heures 13 minutes, nous passons à côté d’un puits creusé tout récemment par les soldats, mais en vain, car ils n’ont point trouvé d’eau. Ils seraient descendus cependant, à les en croire, jusqu’à une profondeur de 50 mètres! Deux minutes plus loin, inscriptions arabes sur la paroi de la montagne, à droite. Nous nous arrêtons pour les examiner et voir si, par hasard, il n’y aurait pas quelque texte plus ancien. Ce sont encore de pieuses réflexions de pèlerins : « Il est en sûreté quiconque est aidé d’Allah. »
Nous repartons à 9 heures 35 minutes. La plaine d’Abou Tàqali finit ici et nous entrons dans une sorte de défilé nommé Abou' /- Azam « le père de la grandeur », appellation descriptive qui répond bien à la nature du lieu. De chaque côté de la route, et au milieu même du passage, d’énormes rochers de grès, hauts de 50 à 100 mètres, s’élèvent à pic dressant vers le ciel leurs sommets détachés, tantôt effilés, tantôt massifs mais toujours majestueux et imposants. De grandes parois lisses sembleraient inviter le voyageur à écrire son nom. Néanmoins on n’en a pas beaucoup profité, parce que ce ne fut jamais, sans doute, un point d’arrêt.
A 9 heures 45 minutes, nous mettons pied à terre pour copier quelques graffites nabatéens (nos 199-201); ils sont peu nombreux et généralement en mauvais état, c’est en vain que nous en cherchons d’autres sur les rochers voisins.
A 10 heures 18 minutes nous reprenons notre marche et à 10 heures 30 minutes nous sortons du défilé par le col sablonneux de Mizelqdd
DE MUSTABGAII A MÉDAIN-SALEH.
pldg--). On a coupé cette colline pour livrer passage au chemin de fer, mais la tranchée est déjà à moitié comblée. Les ingénieurs auront beaucoup à faire pour préserver leur travail des envahissements du sable. À partir de cet endroit la voie disparait à notre droite et nous la retrouverons seulement aux abords de Médâin-Sâleh.
A 10 heures 43 minutes, sur un grand rocher, au bord du chemin à
Fig. G4. — Le défilé de Mabrak en-Nàqah.
droite, quelques graffites en caractères sabéens et nabatéens attirent nos regards.
A 10 heures 49 minutes, nous passons auprès d’une tombe marquée par quelques pierres accumulées. Nous cheminons à travers un plateau très accidenté, couvert de sable et de grandes roches de grès. De temps en temps quelques-unes de ces masses se dressent de chaque côté du sentier comme deux montants de porte. A notre droite court une vallée, large au moins d’un kilomètre, dans laquelle doit passer le chemin de fer et qui n’est, selon toute vraisemblance, qu’une prolongation au nord de la plaine de Médâin-Sâleh.
A 10 heures 53 minutes, encore quelques graffites peu importants (nab. n° 197). Nous errons quelques instants au milieu des sables et, à 11 heures 8 minutes, nous mettons pied à terre dans le grand défilé de Mabrak en-Nàqah qui marque l’entrée de la plaine de Médâin-Sâleh.
Le passage de Mabrak en-Nâqah, long de 200 mètres environ et large d’une quarantaine, est bordé de chaque côté par d’énormes rochers à
pie qui doivent atteindre 100 mètres de haut (fig. 6 V). La paroi orientale, jusqu’à une certaine hauteur, est littéralement couverte d’écriture (fig. 05).
Cradites sur la paroi du rocher à Mabrak en-Nâqah.
DE MUSTABGAH A MÉDAIN-SALEH.
Les inscriptions arabes sont les plus nombreuses, mais il y a aussi une foule de graffites nabatéens, sabéens, tamoudéens et même des graffites grecs. Chaque voyageur semble avoir tenu à inscrire son nom en passant. Aujourd hui encore, nombre de pèlerins musulmans continuent la tradition, poussés par un sentiment religieux, car une pieuse légende est attachée à cet endroit.
Mabrak en-Nâqah, « le lieu ou s agenouilla la chamelle », marque 1 emplacement ou succomba la chamelle miraculeuse donnée en signe aux infidèles de Tamoud par le prophète Sàleh. Certains de nos hommes racontent cette histoire avec émotion.
Médâin-Sâleh était habitée autrefois par les Tamoudéens, peuple pervers à qui Dieu envoya le prophète Sàleh pour les ramener à lui. Us demandèrent au néby un signe de sa mission divine et celui-ci, pour les satisfaire, fit sortir d’un rocher une chamelle comme jamais il n’en avait existé et telle qu’on n’en verra jamais. Tout le jour, elle allait paître à Sciqq el- Agouz, passant par le défilé dans lequel nous sommes assis. Le soir venu, elle rentrait boire au puits de Médâin qu’elle vidait chaque fois en plongeant au dedans son long cou. Ensuite, elle faisait le tour des sept villes (i), donnant du lait à tous les habitants qui s’étaient creusé de grands bassins pour le recueillir (2). Au lieu de se convertir à la vue de ce prodige et d écouter la voix du prophète, les Tamoudéens persévéraient toujours dans leur incrédulité. Quelques-uns, plus pervers (3), résolurent même de tuer la chamelle miraculeuse. Ils fixèrent de chaque côté de 1 étroit passage de Mabrak en-Nàqah de longues lames de poignards bien aiguisées. Lorsque la bêle rentrant du pâturage se précipita à travers le défilé, les pointes acérées lui déchirèrent les flancs et elle tomba morte, tandis que le petit qu’elle portait dans son sein s’échappa à travers la plaine et courut jusqu’à un endroit qu’on nous montrera tout à l’heure, où il fut changé en un rocher énorme connu maintenant sous le nom de Hiieireh (4). Lejeune chameau et sa mère laissèrent échapper en
(1) D’après la tradition, il y avait, dans la plaine, sept villes. De là le nom actuel de Médâïn « les villes » (plur. de incdineh).
(2) On montre encore, aujourd'hui, sur la route d’el-'Ela, au hirbet el-Hereibeh, un de ces birkeh. Douguty, Travels.,., 1, p. 139.
(3) Pour quelques-uns de nos interlocuteurs, ces hommes pervers qui ont tué la chamelle de
Sàleh étaient des chrétiens. Une tradition fort curieuse, conservée au pays de Moab, attribue ce crime aux ' Ebeïs petit clan bédouin fixé aux environs de Kérak. Et c’est à cause d’un
tel méfait que leur témoignage n’est pas reçu en justice chez les Arabes.
(4) Nous ignorons quelle était, à l’époque de Mahomet, la version relative à l’histoire de la chamelle du néby Sàleh. Le Qorân (sur. 7 el 2fi) y fait allusion comme à une chose connue du lecteur, sans entrer dans le détail. Les commentateurs ne pouvaient se contenter d’une pareille sobriété et
mourant des mugissements terribles qu’on entend encore de nos jours (!). C’est pour cela que lors du passage du ïlagg à Mabrak en-Nâqah, les pèlerins poussent de grands cris et tirent des coups de feu afin d’empêcher leurs montures de percevoir les gémissements de la chamelle de Sàleh. Si, par malheur, ils venaient à être entendus, tous les chameaux du Hagg s’accroupiraient et refuseraient d’avancer.
A 1 heure 25 minutes, nous remontons à chameau. Après avoir franchi le défilé, nous cheminons pendant une bonne demi-heure dans un passage sablonneux, large de 400 à 500 mètres. Devant nous s’étend une vaste plaine qu’on dirait hérissée de pics avec une forêt de sommets aux formes variées, se détachant sur le fond. A notre gauche, la montagne à pic, haute d’une centaine de mètres ; à droite, quelques collines au delà desquelles se prolonge la plaine.
A 1 heure 52 minutes, apparaît, sur noire droite, derrière l’extrémité des collines, un énorme rocher qui, vu d’ici, ressemble à un château fort. C’est le rocher de Ilûeireh mentionné ci-dessus. A 2 heures, commence à se dessiner, en arrière de Hùeireh, une masse encore plus imposante, Hiulrah (ü,|^a.). Nous passons en ce moment à côté d’un grand rocher debout au
ils ont rapporté le fait tout au long, mais chacun à sa manière. Il serait intéressant pour le folklore non moins que pour l'histoire, — traitée par les auteurs arabes avec la même liberté, — de comparer entre eux ces différents récits dans lesquels le merveilleux va toujours en se développant.
En voici, en substance, deux qui figurent dans Muuuccio, Refutalio Alcorani, II, p. 283. Le premier est attribué à Isma’ël eben 'Ahj. Sàleh, y est-il dit, vint prêcher aux Tamoudéens, les invitant au culte du Dieu unique; mais peu seulement et de la classe infime ajoutèrent foi à ses paroles. Finalement ils lui promirent de se convertir s’il accomplissait le miracle qu’ils lui demanderaient, à savoir, s’il faisait sortir une chamelle ü’un rocher. Sàleh pria Dieu et fit sortir du rocher désigné une chamelle avec son petit déjà sevré. Le jour, celte chamelle allait au pâturage et, le soir venu, elle rentrait et faisait le tour des maisons de la cité en criant : « Si quelqu’un a besoin de lait, qu'il sorte! » Et les gens de la ville buvaient de son lait tant qu’ils en voulaient. Il y avait parmi eux une femme très riche, du nom de 'Anîzeh, mère de quatre tilles. Elle leur fit faire toilette et les présenta à un homme appelé Qedàr pour qu’il en prit une à son choix, mais à condition qu’il tuerait la chamelle. Celui-ci consentit, choisit une des filles, et s’étant adjoint huit individus, il coupa les jarrets à la chamelle. Ensuite tous poursuivirent le petit qui s’enfuyait vers la montagne, le tuèrent pareillement et se distribuèrent sa chair. Mais au bout de trois jours Dieu les perdit...
Le récit de Zamahsary est encore plus circonstancié : Sàleh pria le Seigneur et la roche enfanta avec un mugissement pareil à celui des flots de la mer. Elle s’ouvrit et donna le jour à une chamelle velue, grosse de dix mois. Celle-ci mit bas un petit déjà sevré, qui lui ressemblait. La chamelle se nourrissait des feuilles des arbres et venait boire tous les deux jours. Elle plongeait sa tête dans le puits et sans la relever absorbait toute l’eau. Ensuite, d’une voix semblable à un gémissement, elle invitait les gens à venir prendre de son lait ; ils en buvaient à satiété et en faisaient même des provisions. Abou Mousa raconte : « Je suis venu dans le pays de Tamoud, j’ai mesuré la fente du rocher d’où est sortie la chamelle et j’ai trouvé qu’elle avait 60 coudées». — Quoiqu’il ne manque pas de larges fissures dans les montagnes de Médàin-Sàleh, on serait bien porté à retrouver à Mabrak en-Nàqah cette fente de 60 coudées. Avec le cours des siècles, la légende aurait varié et l’endroit montré primitivement comme le lieu d’où était sortie la chamelle de Sàleh serait devenu plus tard le lieu de son trépas.
MEDAIN-SALEIL
bord du chemin ; on dirait un mur colossal avec une brèche au centre. La ligne de collines cesse à notre droite et maintenant nous sommes dans la vraie plaine dont le caractère et la forme s’accusent de mieux en mieux à mesure que nous avançons.
Le sol est formé de sable durci au-dessus duquel apparaissent quelques pierres volcaniques. Les touffes de rimt abondent et la région serait un excellent lieu de pâturage pour les chameaux. De beaux talhahs, relativement nombreux, surtout du côté du gebel Hûeireh, commencent à reverdir. Pour la première fois, depuis Tebouk, nous avons sous les yeux un grand espace découvert et plat. Il est enfermé dans un cercle de montagnes qui, au nord et à l’est, se dressent à pic comme un mur gigantesque*, sur les autres côtés, la ligne de démarcation est moins régulière mais continue cependant.
A 2 heures 40 minutes, nous avons le gebel Huârah à 3 ou 4 kilomètres à notre droite; c’est le point où la route passe le plus près de cette montagne. Sur la gauche, la plaine peut se développer de 12 à 14 kilomètres. Il est très difficile d’apprécier les distances à vue d’œil et jamais nous n’avons été trompés comme aujourd’hui. En quittant Mabrak en-Nâqah, nous comptions pouvoir atteindre en une heure et demie ou deux heures tout au plus les montagnes de Médâin-Sâleh que nous apercevions dans le fond. Elles sont encore bien loin de nous. A leur pied, on distingue depuis longtemps le qala'ah, avec plusieurs groupes de tentes blanches.
A 3 heures 22 minutes, nous traversons un petit seil qui se dirige vers le sud-ouest. A 4 heures 8 minutes, nous mettons enfin pied à terre devant le qala'at el-Heger ou qala'at Médâin-Sâleh.
v. — médam-salei.i, 6-°2S avril.
Au moment de notre arrivée, un bataillon de haggâns ( .Ls®) ou de soldats montés sur des chameaux rapides, hatjîn campaient auprès du
château, lis étaient chargés de veiller à la sécurité du pays, de faire le service postal entre el-Ahdar et Médine, et de protéger les convois. Non loin de là, étaient installés des ingénieurs avec deux compagnies de fantassins occupés aux travaux de terrassement. A l’intérieur du qala'ah gâtaient deux télégraphistes avec quatre gendarmes, et, tout à côté, deux tentes noires abritaient quelques femmes bédouines, d’allure un peu suspecte, et deux enfants. Mais pas un Arabe dans la contrée. Ici plus que partout ailleurs on donne la chasse aux bédouins, à la suite d’événements récents durant lesquels il y a eu des coups de fusil échangés entre la troupe et la
tribu des Fuqarà. Nous aurons à souffrir de cet état do choses, car il nous sera toujours impossible de nous procurer des montures à discrétion et de trouver un guide connaissant tous les recoins de la contrée et leur désignation onomastique. Par contre, nous aurons 1 avantage d explorer les ruines en toute sécurité, ce qui n’est pas à dédaigner, surtout quand on songe à la peine qu’ont eue nos devanciers à parcourir cette légion. Après un jour entier de repos nécessité par une indisposition passagère,
Fig. GG. — Médâin-Sâleii. Le château vu du nord-ouest.
nous faisons une première reconnaissance des lieux. Nous invitons aussi le lecteur à nous suivre à travers les ruines de Médàin-Sàleh avant d aborder la description détaillée des monuments (1).
La première visite est pour le qala'ah auprès duquel nous avons dressé notre tente (fig. 60). C’est un carré de 20 mètres de côté à l’extérieur. Les murs sont en pierres remployées, pour la plupart, et de petites dimensions. La hauteur des assises varie entre O1", 25 à O"1, 30. Sur la paroi ouest se trouve encastrée, à peu près au ras du sol, au-dessus d un tas d ordures, une inscription minéenne. Il y en a deux autres un peu plus haut, a 1 angle sud-ouest (nos 3-5).
L’intérieur n’offre rien de remarquable. Au centre est le puits traditionnel, surmonté d’une noria fort délabrée que deux mulets actionnent à tour de rôle. On doit la remplacer prochainement par une pompe.
(l) Voir le schéma topographique à la fin du volume, planche III.