M E D AIN-S A LE H
Tout autour il y a, au r*ez-de-chaussée, des magasins ou des écuries. Au-dessus on a construit, sur les côtés nord et sud, une rangée de chambres pour loger les gardiens et les employés. A la hauteur des terrasses de ces chambres, à l’est et à l’ouest où il n’y a point d’étage, existe un chemin de ronde formé avec des dalles engagées dans le mur et sortant de 0m,50 environ.
Les plans et la coupe ci-contre (fig. 67-G9), dressés d’après un croquis
Fig. CT. — Mkdâin-Sâleu. Le château plan par terre. — Echelle : 1 cent. = 2 mètres.
pris sur place, à la dérobée et seulement avec des mesures à vue d œil, suffiront à donner une idée de ce monument ainsi que de la disposition générale des qala'ah du derb el-IIagg1.
Un petit jardin, où poussent quelques grenadiers et une quinzaine de palmiers grands ou petits, entoure le château à l’est et au sud. Au jardin fait suite de ce dernier côté le birkeh, long de 24 pas sur 22 de large et profond de 4 mètres.
Contre le mur nord du jardin s’appuient deux ou trois maisons en briques crues, construites par les Arabes, et actuellement à moitié abandonnées.
IHi qaia'ah, nous continuons au sud-sud-est sur le groupe de collines le plus rapproché (%. 70), désigné dans le plan d’ensemble par la lettre A.
MEDAIN-SALEII.
Ml
Il précède le massif principal des montagnes de Médâin-Saleh avec lequel il parait se confondre tout d’abord (pl. Y). Chemin faisant, nous passons à quelques pas d’un puits presque entièrement comblé, aux abords duquel on remarque des débris de mur en torchis et des restes d’enclos qui achèvent de disparaître.
Une centaine de mètres avant d’arriver, nous nous arrêtons sur le bord d'un nouveau puits, de 4 à 5 mètres de diamètre. La nappe d’eau est à 9 mètres de profondeur, comme du reste à peu près partout dans la plaine. La majeure partie de la construction a été refaite à une époque
Fig. 70. — MÉDÂra-SÂLEi.i. Les premières collines au siul-est du rjala'ali (A).
difficile à déterminer, peut-être quand on bâtit le qala'ah. On employa naturellement pour ce travail les rares pierres d’anciennes constructions qu’on put ramasser de côté et d’autre. C’est ainsi que sont venus prendre place dans ce mur deux fragments d’inscriptions minéennes (nos 1 et 2), une inscription nabatéenne (n° 172) et un autre dessin au trait, fort curieux, sur lequel il y aura lieu de revènir plus loin (p. 435, fig. 227 s.).
Cent mètres au sud de ce puits, il y en a encore un autre, moins large, dont l’orifice est bouché par de gros morceaux de bois placés au-dessus, en travers; un tronc d’arbre fixé au centre sert de poulie. On est venu y puiser récemment, sans doute lors du passage du dernier hagg. Mais 1 eau n’est point potable, pas plus que celle du puits précédent, où il n y a qu un fond vaseux et putride, épais de 0m,60.
Nous touchons aux collines. Les deux premiers sommets au sud, sont
accolés l’un à l’autre et surmontés chacun d'une ruine insignifiante. La plus septentrionale est la mieux conservée. Il subsiste encore sur plusieurs mètres de haut les 4 murs d’une petite tour arabe, bâtie en pierres de petites dimensions mal appareillées. On donne à ce monument le nom de qasr el-Fahad. On peut monter jusqu’auprès en escaladant la colline du côté nord. Il y a sur ce sommet quelques tombes : simples fosses creusées dans le sol rocheux et recouvertes primitivement de dalles.
Nous redescendons et nous nous engageons dans le défilé qui passe au pied de qasr el-Fahad au nord-est. Sur notre droite, il y a une série de 5 ou 6 petits tombeaux insignifiants. Les façades n’ont aucune apparence et ne portent point d’inscription; la chambre est tout à fait ordinaire. Celui qui est situé à l’extrémité sud-est mérite cependant d’être signalé à cause de petits trous ronds, larges de 0m,20 à 0m, 30 et profonds de 0n,,15à 0m,20, creusés dans le sol à l’intérieur. Ces trous ressemblent à nombre de cupules qu’on trouve un peu partout en Palestine pratiquées à la surface des rochers. Les bords intérieurs sont polis par le frottement et il est manifeste qu’on a utilisé ces godets comme mortiers.
A gauche, nous avons un gros massif de grès, dont la plus grande hauteur peut atteindre GO mètres, précédé de deux rochers énormes qui font corps avec lui. Les belles tombes de lleger commencent sur celte paroi. Les deux premières façades (A 1, et A 2 (1), p. 353) sont anépigraphes ; sur la troisième il y a une belle inscription nabatéenne de 10 lignes, admirablement conservée (n° 1). Nous en découvrons une seconde à l’intérieur du tombeau (n° 2) qui est un de ceux qui ont été le plus utilisés (A 3, p. 359 ss., tîg. 172). Le monument suivant est petit et très abîmé.
Nous contournons la colline en remontant vers le nord et au bout d’une centaine de mètres nous passons devant une nouvelle façade (A 5, cf. p. 357) encore plus grande que les précédentes et portant une inscription de 11 lignes en assez mauvais état (n° 3). Quelques pas à l’ouest de ce monument se détache un gros rocher haut d’une quinzaine de mètres, sur lequel on remarque simplement un ou deux graffites insignifiants.
Nous avançons de 250 pas dans la direction du nord-est et nous arrivons à deux beaux tombeaux creusés à l’extrémité d’une colline, à peine élevée d’une vingtaine de mètres (A 6 et 7, fig. 168 ss., p. 354 ss.). Un défilé s ouvre à notre gauche; nous nous y engageons et au bout de deux à trois minutes nous débouchons devant le dernier tombeau de cette série (A 8, p. 344). Il y a, au-dessus de la porte, une inscription malheureuse-
(l) Pour l'explication de ces sigles A 1, A 2, B etc., voir p. 138 et s.
Flanche V
QoJiv et-BuiÀ
Qa.br Tahad-
k Nb.
MédÂîn Sàleh. Le massif du gebel Etlib avec les premières collines funéraires en avant. D’après une double photographie prise du nord-ouest. (Dessin du P. Dufresne.)
H. Demoulin,
E. Leroux, éd.
MÊDAÎN-SALEH.
ment un peu endommagée (n° 4). La grosse colline, haute de 50 mètres, située en face de ce dernier tombeau, au sud, ne possède aucun monument, mais sur un rocher isolé cjni se trouve à côté on voit les restes d’une chambre sépulcrale à moitié détruite.
Revenons sur nos pas pour aller contourner le sommet de qasr el-Bint B) qui se dresse au sud-est du qasr el-Fahad à la distance d’un demi-
Fig. 71. — Médâin-Sâlei.i. La colline de qasr el-Bint. Vue prise de l’ouest. Dans le fond, le gebel Etlib.
kilomètre. Les plus beaux tombeaux de Médâin-Sàleh, les mieux conservés, avec les plus belles inscriptions, sont taillés dans les parois de cette colline (fig. 71 et pl. IV). Elle est à peu près orientée du nord au sud et va dans cette dernière direction en s’inclinant et en s’élargissant. Sa plus grande hauteur, au nord, atteint près de 60 mètres. C’est du grès blanc, en général de très bonne qualité, ce qui a permis la conservation des sculptures et inscriptions, quoique très exposées au vent et à la pluie. Par endroits cependant, les premières couches, au ras du sol, se désagrègent avec une extrême facilité et la roche solide au-dessus surplombe de plusieurs mètres. On constate cela principalement sur la paroi nord-est, où l’on a renoncé, sans doute pour ce motif, à creuser des tombes qui eussent été par trop coûteuses.
Nous nous arrêtons devant le premier tombeau de la série (B 1, p. 376 ),
MISSION EN ARABIE. 8
placé à l’extrémité nord- ouest de la colline. La façade n’a pas moins de 20 mètres de haut; elle repose sur un soubassement de 4 à 5 mètres, ce qui lui donne encore plus d’ampleur (fig. 72). C’est un des plus beaux types des tombeaux de Hégrâ. A ce monument appartient la grande inscription qu’Euting n’avait pas pu estamper à cause de sa hauteur; nous serons plus heureux (fig. 73, inscript. n° 5).
A côté, au sommet de la colline, on aperçoit des créneaux en escaliers,
Fig. 12. — Mkdâin-Sàlei.i. l.o premier tombeau de qasr el-Bint, au nord (B 1).
identiques à ceux qui couronnent les tombes voisines. Ce doit être le sommet d’un monument gigantesque qu’on avait commencé à dégager de la montagne et qui aurait eu plus de 40 mètres d’élévation. Les travaux furent interrompus, peut-être par la mort de celui qui les faisait exécuter, et l’on se contenta d’ouvrir une porte entre les créneaux et de creuser une chambre. Nous n’avons pas pu la visiter, à cause de son accès par trop difficile, et nous ne pouvons pas dire s’il y a quelque chose d’écrit au-dessus de la porte ou à l’intérieur. Cet édicule a sa légende, d’où dérive vraisemblablement l’appellation actuelle de qasr el-Bint, ou qasr el- Beteinch (1).
(I) D'après Dougbly (1, p. 1 fi), l'appellation de Kesur-el- Betheijny (= Qesur el-Beteineh) appliquée plus spécialement au groupe de tombeaux situés dans les collines occidentales (E et F
MEDAIN-SALEFI.
(Jieikh Hadry avait une fille d’une extrême beauté, appelée Beteineh Afin de la soustraire au regard des hommes, il la renferma au sommet de la montagne, dans la chambre dont nous venons de parler; lui-même habitait au pied, dans un des plus beaux monuments actuels, qasr abou ’l-Bint (B 4). Malgré ces précautions, un artisan, es-Sâne ‘ («iUt),‘ réussit à voir la jeune fille et à s’entretenir avec elle. Il l’aima et chercha le moyen de parvenir jusqu’à sa demeure. Beteineh devina son dessein; la nuit venue,
elle lui fit passer une corde tressée avec sa longue chevelure et l’attira ainsi auprès d’elle. Désormais tous les soirs, à la faveur des ténèbres, l’artisan venait rejoindre son amie et s’échappait aux premières lueurs du matin. Cependant, la jeune fille ne tarda pas à concevoir. Pour tromper l’ennui des longues journées dans sa demeure solitaire, elle répétait sans cesse les deux vers suivants (1) : « Malheur à Hadry, s'il savait que Beteineh a conçu de lionne heure! 0 Hadry, si tu savais, tu te briserais la lete contre la muraille ! » Les voisins, en entendant ce chant, compri-
dans noire plan) conviendrai! aussi à Ions les monuments de Heger à l’exception de Beith-essany (qasr es-Sàne').
vjX-î. V.
JSa. I)
rent le mystère et avertirent Iladry. Le vieux cheikh, la rage au cœur, s’empara des deux coupables et les immola au-dessus du qasr es-S<\ne' où on montre encore la trace de leur sang! (p. 364, fig. ITT) (1).
En face de ces premiers monuments, à l’ouest, il y a une petite colline avec deux chambres éventrées et presque entièrement détruites.
Le troisième grand tombeau (B 4, fig. 74) est celui qui passe pour la demeure du père de Befeineh; nous aurons l’occasion d’en reparler
Fig. 74. — Médâin-Sâleh. Qasr Abou el-Bint.
(p. 3T8). Les trois suivants (fig. T5) sont très bien conservés (B 5, p. 308; B 6, p. 368 ; B 7, p. 349) et portent chacun une inscription en parfait état (nos T-9). Vient ensuite une série de petits tombeaux, très rapprochés les uns des autres et parfois même superposés. Un grand nombre sont en mauvais état; cependant ils ne manquent pas d’intérêt, ni au point de vue de l'architecture, ni au point de vue de l'épigraphie. Entre les numéros 9 et 10, il y a un escalier rudimentaire qui permet de grimper sur la colline où l’on trouve un nombre considérable de fosses creusées dans le rocher.
Eu tournant au sud, nous passons devant un joli petit tombeau B 17, p. 311), unique en son genre, dont la porte est surmontée de deux
(l) O h peut comparer ce récit avec celui du kilâb el-Af/dni, II, 142-144; VII, 80-131 et du Nizânat ul-Adab , I, 192; III, 94.
MÉDAIN-SALETI.
animaux affrontés devant une rosace sur laquelle ils appuient une patte de devant (fig. 76). Les tombes suivantes reprennent des proportions plus monumentales (B 19, p. 324 ss. ; B 20, p. 340) et les deux dernières, sur la paroi occidentale, peuvent figurer parmi les plus beaux spécimens de l’art nabatéen (B 22 et B 23, p. 372).
Nous avions hâte de visiter le massif qui se dresse à quelques centaines de mètres en arrière et qui, de loin, marque au voyageur le site de Mé-
Fig. To- — MédàIiN-Sâleh. Monuments de qasr el-Bint (B 5-7'.
dàin-Sâleh. « Quand on voit ces montagnes à distance, dit Yâqût (1), on croirait avoir devant soi une montagne continue; mais une fois qu on est au milieu, on s’aperçoit que chaque partie est séparée et qu on peut en faire le tour. Le sable est accumulé au pied et on a de la peine à 1 escalader. Chaque mamelon se dresse indépendant; on ne peut en faire 1 ascension qu’au prix de grandes fatigues. »
Cette description donne bien l’idée du lieu que nous allons parcourir, quoiqu’il ne faille pas la prendre absolument à la lettre. Si un très grand nombre de sommets sont complètement isolés, il y a en beaucoup d autres aussi qui forment une masse compacte, et tous ces pics sont non seulement d’accès difficile, mais il est même tout à fait impossible de les atteindre.
A travers, un premier groupe de collines basses, envahies par le sable (1) Mo'gam..., II, p. 208.
(fig. 77), nous gagnons le Divnân. C’est le nom donné par les Arabes à une grande salle creusée dans le roc à l’entrée d’une gorge étroite, au fond d’une sorte d’alcôve, formée par des rochers élevés et barrée sur le devant par une digue de sable, 'fout le monde a vu dans ce monument l’ancien sanctuaire nabatéen de Hégrâ. Le mystère du site, les nombreux symboles religieux, graffites et stèles votives relevés tout auprès, et
un simulacre d’idole (cf. p. 411) découvert par nous sur la paroi extérieure à l’entrée de la salle rendent cette opinion plus que vraisemblable.
Les sommets qui encadrent ce recoin au nord et à l’est, se dressent tout d’un coup à une hauteur de 100 mètres. Ceux des côtés ouest et sud sont moins élevés et atteignent tout au plus 75 ou 80 mètres. Quand on est auprès, ils ne manquent cependant pas de majesté. Tout cet ensemble est appelé gebel Etlib (fîg. 77 et 78). Vraisemblablement plusieurs de ces pics ont aussi des noms particuliers, mais les gens qui nous accompagnent ne les connaissent pas.
Nous faisons le tour complet de la montagne en continuant vers l est. Irois à quatre cents mètres en deçà du Diwân, le massif s’ouvre sur notre droite et laisse voir à l’intérieur une foule de sommets pointus et isolés. A gauche de cette entrée se dresse un des plus beaux pics de la région que nous avions surnommé le tarbouche, à cause de sa forme caractéristique rappelant ce genre de coiffure orientale.
Cent cinquante jias plus loin, nous laissons à gauche un gros mamelon avec quelques graffites etouâsems sur la paroi est. La montagne d’en face,
en avant, collines envahies par le sable.
Médàin-SAleh. Paroi septentrionale du gebel Etlib. (lia lettre 1) marque le site du Diwân.
MEDATN-SALEH.
■ il
Fig. 79. — Mkdâin-Sâleh. Édifices (?) gravés parmi des inscriptions
lihyanites.
au sud, présente aussi quelques lettres avec d’autres signes, mais le tout est insignifiant. Pendant que nous prenons un instant de repos, à l’ombre du sommet qui vient après, au sud-est, nous y relevons un beau grafiite lihyanite (Pl. XXX, n° 7). Nous avons beau chercher tout autour, impossible d y découvrir autre chose. C’est seulement 5 à 6 minutes au delà, en contournant la montagne pour nous diriger vers le sud, que nous remarquons de nouveau quelques signes tracés à la couleur ou gravés sur la paroi du rocher. Ce sont de grossiers dessins accompagnés d’ouà.senis dont un grand nombre sont récents.
A 250 pas, plus au sud, sur une colline isolée à notre gauche, nous retrouvons cinq ou six graffîtes lihyanites (n08 8-11)
dont quelques-uns en bien mauvais état. Ils sont accompagnés de figures d’animaux et de différents autres dessins; nous en copions deux (fig. 79), qui semblent présenter un certain intérêt.
Le premier de ces dessins, a, est un carré mesurant à peu près 0m,20 de côté, divisé par deux lignes en trois registres dont chacun paraît contenir trois images de portes ou de fenêtres (?) dessinées en creux. Les deux côtés montants du carré sont coupés de petits traits; dans le haut, la ligne d’encadrement est double. Il est difficile de déterminer ce qu’on a voulu représenter. Si l’intérieur fait songer à un édifice, les deux lignes verticales suggéreraient tout aussi bien l’idée d’une palissade ou d’une clôture.
Le second dessin, ô, est l’esquisse au trait d’un monument surmonté, au centre, d’une coupole. Sur la façade il y a une grande fenêtre représentée par un petit trou large de 0m,02 sur 0m,03 de long et profond cl’un millimètre.
Au nord-ouest de ce rocher à inscriptions, deux pics majestueux lancent leurs pointes vers le ciel et encadrent, à l’instar de deux obélisques, un passage étroit qui donne accès à l’intérieur de la montagne.
Nous allons une centaine de mètres vers le sud, et nous découvrons, sur une grande paroi, à droite, des figures d’un nouveau genre. A côté
de représentations de chameaux, de bouquetins et d’autres animaux, il y a de nombreuses mains tracées sur le rocher et des personnages debout ou accroupis, tendant leurs bras vers le ciel dans l’attitude d orantes (fig. 80 ï. Ces mains, dont nous avons trouvé ailleurs d’autres exemples (p. 279), quoique rares, sont identiques à celles qu’on voit à Jérusalem et dans toute la Palestine sur les portes ou les murs des maisons arabes et principalement des habitations juives. Il faut leur attribuer sans doute aussi la meme valeur. Ce seraient des signes prophylactiques contre le mauvais œil, la maladie ou tout autre malheur. L’idée d’une pareille vertu attachée
à des images de mains est aussi
ancienne que répandue.
Quant aux personnages signalés, ils ne sont probablement pas non plus le simple produit de l’amusement d’un désœuvré. Il
doit falloir leur accorder aussi
l-ig. 80. - Médâin-Sâleii. Représentations humaines URe si^niflca|ion religieuse OU une en style bédouin, gravées sur un rocher. ° u
valeur superstitieuse quelconque.
On pourrait croire que celui de droite est en train de présenter une offrande. L’objet indéterminé, un plateau (?), qu’on voit au-dessus de ses mains est surmonté d’un bouquetin qui ne figure pas dans notre dessin (1).
La plaine, dans la direction de l’est, s’étend au moins à une dizaine de kilomètres. A la haute muraille de rochers continue qui la fermait au nord et au nord-est, succèdent maintenant des sommets isolés, dans le genre de ceux que nous longeons. Deux d’entre eux attirent surtout le regard; on dirait les flèches d’une cathédrale gothique.
Nous achevons de contourner la montagne qui, à cette extrémité sud-est, présente une masse compacte impénétrable, sans aucun intérêt archéologique. Après avoir doublé le cap, nous marchons droit sur un mamelon isolé situé dans la plaine, à 500 mètres devant nous. Nous y trouvons, à notre grand étonnement, un nombre relativement considérable de graffites grecs, mais en très mauvais état, un ou deux graffites nabaléens (n° 162), une inscription lihyanite (n° 6, pl. NXX) et quelques autres graffites, en caractères plutôt sabéens. Il y a aussi plusieurs figures d’animaux, chameaux, antilopes ( baqar el-Md). Sur une de ces bêtes on lit le mot b ©sic.
(1) Il est possible qu’on ait voulu représenter dans ce troisième individu une femme plutôt qu'un homme.
MÉDAlN-SÂLEIi.
Du haut de ce mamelon on a une très belle vue sur l’emplacement de 1 ancienne el-Héger et sur la plaine, au sud. Celle-ci ne s’étend guère, dans cette dernière direction, au delà de 5 ou G kilomètres. Ensuite vient la montagne, merveilleusement belle à cause de ses découpures infinies. Partout ce sont des pointes aiguës, une véritable forêt de minarets, derrière laquelle se cache el- Ela que nous ne devions point voir. En avant, de nombreuses collines ou roches de grès sont éparpillées au milieu d’un
Fig. 81. — Mkdâin-Çâleii. « Trois ou quatre aiguilles... se détachent dans cet ensemble... »
vaste champ de sable où poussent çà et là quelques retems et d’autres petits arbustes. Un des rochers voisins, el-Ferîd, à 20 minutes de nous au sud-ouest, étale sur un de ses côtés une belle façade de tombeau. Une colline plus importan teC) remplie de tombes lui fait suite à l’ouest; nous irons bientôt les visiter.
Nous continuons quelques minutes à l’ouest et nous passons devant un nouveau mamelon, moins important que celui que nous venons de quitter, sur lequel on voit deux niches avec des pierres sacrées et un autre bétyle non encadré (p. 434, fîg. 224).
Nous avons, à notre droite, une large ouverture qui divise le massif en deux. La montagne, à l’est, rentre peu à peu, découpée en une foule de sommets alignés comine d’immenses pains de sucre rongés par les intempéries des saisons (pl. VI). Trois ou quatre aiguilles pointues se détachent dans cet ensemble (fig. 81) et sont une image réduite de celles qui
bordent la plaine au sud. On remarque, au pied des sommets les plus rentrés, plusieurs graffites nabatéens et autres, mais mal gravés et mal conservés. C’est en face, à l’ouest, qu’il faut aller pour trouver des ins¬
criptions.
Sur les parois sud de cette partie de la montagne, analogue comme configuration à celle que nous venons de quitter, il y a, en effet, de nombreuses stèles votives encadrées des noms de ceux qui les ont évidées du rocher, ou bien de ceux qui sont venus prier (nab. nos 131-157; tam. n"s 10-15). Cet endroit est sans contredit, après les environs du DiwAn, celui où l'on rencontre le plus de proscynèmes et de pierres sacrées. Elles sont tantôt isolées et sculptées à même le rocher, tantôt placées dans une niche par groupe de deux ou de trois, le plus souvent juxtaposées, quelquefois séparées par un léger intervalle. Nous en comptons au moins 17, dans le premier enfoncement, là où on lit sur le plan d ensemble : « Stèles, graf. nab. et autres ». Au-dessus de l’une d’elles il y a trois anneaux taillés dans le rocher, sans doute pour suspendre des ex-voto.
Dans l’enfoncement qui vient après, derrière le second sommet, on voit une petite chapelle, d’un style tout à fait particulier et fort curieuse, reproduite et étudiée plus loin (p. 428, fig. 218).
Cent cinquante mètres environ au sud de tous ces monuments, un rocher isolé dans la plaine présente sur sa face nord-est une large baie qui donne accès dans une chambre carrée, avec un petit retrait dans un angle et 5 niches de formes différentes sur la paroi du tond. Seraitce un sanctuaire? Les quelques graffites que nous y relevons (n0" 159-101 ) pourraient le faire supposer, mais ne permettent pas cependant de 1 affirmer d’une manière absolue.
Nous longeons encore pendant quelque temps le pied de la montagne et nous relevons, en passant, deux ou trois graffites sans importance. L’existence, sur ce point, de deux anciennes carrières mérite plus d attention, quoiqu’elles soient d’une importance restreinte. Elles ont été, en ellet, peu exploitées et les pierres qu’on a extraites étaient de petites dimensions. Tout au plus pouvaient-elles mesurer 0m,25 à 0m,30 de haut sur 0m,40 à 0m,50 de long. On les détachait au pic ou au ciseau après les avoir taillées préalablement sur place. Les Nabatéens ont peu construit à Hégrà et leurs principales carrières ont dû être les parois de collines dressées pour les façades des tombeaux, ainsi que nous aurons 1 occasion de le montrer (p. 348 et 383).
Essayons de pénétrer maintenant à l’intérieur de cette montagne d aspect mystérieux que nous venons de contourner. .
Planciik VI.
Médâîn Sâleh. Vue générale du principal massif.
D’après des photographies prises du sud, devant le monument d’el-Ferîd. (Dessin du P. Dufresne.)
E. Leroux, kd.
H. Demoulin. sc.
MËDAÎN-SALEH
l- ig. 8a. — Mkdàiin'-Çâlk». Couloir du Diwùn aboutissant à l’intérieur du gebel Etlib.
Nous entrons par la gorge du Diwân (fig. 82) ; c’est le chemin le plus beau et le plus impressionnant. On s’avance pendant une cinquantaine de pas entre deux murailles de rochers à pic, dans un couloir large en moyenne de :3 mètres. De chaque côté il y a des proscynèmes, des niches sacrées avec des stèles votives. La première, à gauche, est la fameuse stèle consacrée au dieu « A 'ara, dieu de Iiabel qui est à Bosra » (planche XLI). La dédicace est encore intacte (nab. n° 19).
Ce corridor débouche dans une sorte de petite cour irrégulière, au sol inégal, entourée de hauts sommets majestueux et élégants, auxquels il manque seulement la coloration pour rappeler les plus beaux sites de Pétra (fig. 83).
Cela donne l’impression d’un haram dont l’enceinte grandiose a été fixée par la nature elle-même. Il semble bien que l'anns- 83. — MÉDÂra-SiLEii. Issue méridionale du Diwân. cienne population de
Hégrà lavait ainsi
compris et qu’elle avait fait de tout cet ensemble le lieu saint de la localité.
A droite, en entrant, sur la haute paroi qui fait face au sud, on a sculpté encore des pierres sacrées, creusé des niches et gravé une foule de noms. Dans l’angle nord-ouest, il y a une de ces niches, sans bétyle, bien conservée et très élégante (p. V21, fig. 209 s.). Nous continuons à avancer vers le sud en longeant la montagne. Là encore, on voit quelques gral’fites, mais il faut escalader les premiers rochers qu’on a devant soi; alors on en découvrira de véritables nids. Il y en a un premier groupe à droite, sur