‹ Mission archéologique en Arabie (volume 3)Chapitre 38 sur 136 · et quiconque V ouvrirait, à l’exception de · texte numérisé non relu

et quiconque V ouvrirait, à l’exception de

9. sa postérité, et qu’il maudisse quiconque changerait ce qui est au-dessus de lui.

L. 1. — rm, ce pronom adjectif démonstratif qui figure, en tête de la grande majorité des inscriptions nabatéennes, semble bien devoir être in encore au début de celle-ci. Il est bon de noter cependant que les deux premiers signes fusionnés ressembleraient beaucoup à un n, ce qui donnerait nn = £ (?). Cela rappellerait alors le début de l’inscription d’en- Némâra... in. — 772p, le mot réparait à la fin de la ligne 7. On remarquera la longue queue du p, sur laquelle vient se greffer le 2. Au premier abord on pourrait être tenté de prendre le second signe pour un n, mais dans ce texte les n ont une tout autre forme. Le 7 et le 7 sont indécis, de sorte qu’il serait facile de les intervertir ; nous nous étions même arrêtés en premier lieu à la lecture TQp, à rapprocher du syriaque jia^uo. M. Chabot et M. Clermont-Ganneau ont préféré *mp, qui serait une simple transcription phonétique de l’arabe ^§(1). L’estampage favorise assez cette lecture, rendue en outre fort vraisemblable par les nombreux arabismes de l’inscription. — HSOT, on a communément dans les autres inscriptions lay , ce qui porte à croire que le mot a été employé dans le sens de l’arabe bien que la racine existe en araméen. La construction de la phrase est aussi beaucoup plus arabe qu’araméenne. — 72313, nom propre nouveau en épigraphie nabatéenne ; l’équivalent arabe est

très fréquent.

L. 2. — nmn, d’après M. Ch. et M. Cl.-G. Il faut renoncer à la lecture nrvu, proposée dans la Revue Biblique (2) ; les n de cette inscription ont partout l'apparenee d’un a.— tt?7pl,nous revenons à cette lecture préférée par M. Ch. et que nous avions abandonnée pour u?p“i. Le 7 est loin d’être sûr; ce qu’on prend pour ce signe pourrait être simplement la queue du p, très développée comme à la 1. 1 et venant rejoindre l’extrémité de la barre inférieure transversale du XO. Cette dernière lettre est bien claire et

(1) Voir dans Clermont-Ganneau, Recueil d'arch. orient., II, p. 385, une élude sur les finales nabatéennes en 1.

(2) « Le fait que ce nom dynastique (nmn) est porté ici par un simple particulier est intéressant; il suffirait à lui seul à nous avertir que le texte est de date tardive. Si le personnage avait vécu à l’époque des rois nationaux, il est probable qu’il eût été appelé plus respectueusement, selon l’usage ; nmm33?, ’Abd-haritat « Servi teur-de-Haritat » (Clermont-Ganneau, RR., octobre 1908, p. 53 p.

il nous est impossible d’y voir un ï, comme on serait tenté de le faire en s’appuyant sur le texte tamoudéen placé à côté (1). est sans doute l’équivalent de l'arabe (2), nom propre de femme (Yaqut, II, p. 798; Hizânat al-Adab, III, p. 497). Ibn Doreid, p. 210, signale aussi des jC- L. 3. — imaain, y, dans le Corpus, II, 271 3, rumay.

L. 4. — nsSn, le verbe “bn peut signifier « aller » et « périr »; le sens à lui assigner dans ce passage est sans aucun doute le second, celui de l’arabe sjX-U, ainsi que l’a très judicieusement reconnu M. Cl. -G. (3). — is représente l’arabe jà, de même que Sn, ici et plus bas, 1. 7, est simplement l’article arabe Jl. — Vian, la forme insolite des deux premières lettres les rend quelque peu douteuses; néanmoins M. Ch., M. Cl. -G. et M. Lidz. se sont arrêtés aussi à cette lecture, de beaucoup la plus plausible. Nous traduisons avec ces deux derniers « elle est morte au Héger ». Nous avions signalé dans la Revue Biblique cette interprétation sans oser l’admettre; il n’y a plus de doute maintenant que ce ne soit la seule vraie; rurnSs égale comme ’n^p-Sx, 1. 7, égale La véritable

forme du nom de la localité est du reste, chez les géographes arabes, « el-lfi/pr » avec l’article (4); d’où M. Cl. -G. serait porté à déduire « que, dans la forme araméennc toan, le K est emphatique, par conséquent jouant le même rôle que l’article arabe Jl, et que cette forme a proprement la valeur de « Le Hegr (5) ».

L. 5-0. — La date 162 est certaine; l’ère employée est vraisemblablement l’ère de la province d’Arabie ou de Yéparchie (106 ap. J.-C.). — rien est le nom de l'un des deux mois dont l’attestation manquait encore au calendrier nabatéen (6). La lecture n’offre pas le moindre doute; on peut donc considérer désormais comme un fait acquis que le mois faisant suite à rôD, chez les Nabatéens, et équivalant à peu près à notre mois de juillet, portait le nom de Tammuz, comme chez les Syriens et chez les Juifs, et non

(1) Voir plus loin ce texte, p. 271.

(2) A propos de Raqus ou Raqas mère de Ka'abu, il est intéressant de citer une donnée géographique de Yaqut, H, p. 798, qui présente un rapprochement de noms tout au moins fort curieux :

(l ^.3 v — er-RaqàsAn, deux

montagnes sur le point le plus élevé du Sureif, à la jonction des campements des Ka'ab et des Kilâb. »

(3) Dans 1 inscription nabatéo-arabe d’en-Némâra, I. 5, on a ce même mot qbn avec le sens de « il est mort». Düssaoü et Mvcler, Mission..., p. 314.

(4) Yaqut, II, p. 208; Berry, MuY/am, p. 270; al-Hamdani, Gazîret el-'Arab , p. 121, etc... Le nom parait du reste avoir été appliqué à la région et non pas seulement à la localité. Il est encore en usage aujourd’hui parmi les bédouins.

(5) RB., octobre 1908, p, 534 s.

(6) Cf. Lagrange, Éludes sur les Relig. sémit., 2a édit., p. 279.

INSCRIPTIONS NA.BATÉENNES.

point celui de Qinian, comme à Palmyre (1). Selon toute vraisemblance, l'inscription date donc du mois de juillet 267 de notre ère.

b- 7. — Rcby ’HQ, « le seigneur du monde » ou « les seigneurs du monde ». Régulièrement ’nn serait un pluriel à l’état construit et M. Ch. veut qu on l’interprète de la sorte. Mais nous estimons avec M. Cl. -G. que « 1 orthographe == top, état construit du singulier, est suffisamment justifiée parles errements orthographiques du Targoum et du Talmud(2) » et qu’il n’v a pas lieu de s’étonner de sa présence dans un texte d’aussi basse époque (3). Les inscriptions palmyréniennes ont déjà fourni Rio ndSv comme attribut de Ba'alsamin (4), mais nous ne sachions pas que cette expression, toute nouvelle en nabatéen, ait été rencontrée quelque part dans l’épigraphie sémitique prise séparément et non point comme épithète. Cela peut avoir son importance; car ainsi envisagée, l’appellation «aby Rin ou ‘nn revêt une couleur monothéiste qui rappelle le du Coran. On se gardera néanmoins d’identifier les deux formules. L’auteur de l’inscription ne vise point aussi haut; ici, comme précédemment, n° 2, 1. 4, on sous-entendait le nom de la divinité principale du panthéon national : Dûsarâ l’équivalent du Ra'aléamin des textes palmyréniens.

L. 8. — Rf, au début nous avions HJ7. Ce changement de forme vaut d’être noté, car il trahit peut-être une influence arabe; R“ n’égalerait-il pas '■>? — itm, nous avions cherché dans ce mot, et M. Ch., après nous, un verbe dont le sens aurait été plus ou moins parallèle à celui de 1. 4. M. Cl. -G. y reconnaît « l’exact équivalent de la particule arabe UU.. qui s’écrit aussi avec le ya quiescent, et même absolument comme

ici. Le sens de cette particule est : « à l’exception de », « si ce n’est » ; il correspond à celui de l’expression araméenne *n ]Q, employée, dans des conditions analogues, dans l’inscription nabatéenne du CIS., II, n° 219, 1. 5 (5). » — Après le i final, on croit distinguer un 1. M. Cl. -G. propose

(1) Cf. Clermont-Gankeau, Études..., II, p. 94 et Recueil d'arch. orient., V, p. 184.

(2) RB., 1908, p. 535.

(3) Voir cette forme dans le dictionnaire de Lévy. M. Lidzbarski a admis aussi la même traduction que nous.

(4) De Vogué, Syrie centrale, Inscr. sémit., p. 5, n. 1 et p. 53, n” 73.

(5) RB., octobre 1908, p. 536. — Dans l’inscription du Corpus à laquelle on renvoie, il faul lire *0 ID au lieu de 13 voir plus haut, Inscrip. n° 4. Mais cela n’infirme en rien l’interprétation de M. Cl. -G. Dans certains cas un membre de la famille aurait donc pu ouvrir une tombe, et l'inviolabilité de la sépulture n’aurait pas été aussi absolue qu’on est généralement porté à le croire. M. Cl. -G. suggère l’idée que Raqus serait peut-être morte fortuitement à I.légrâ; de plus, la tombe elle-même produit l’impression de quelque chose d’un peu provisoire. Ka'abu, n’auraitil pas eu, par hasard, l’arrière-pensée de faire reposer plus tard sa mère dans un monument plus

de restituer mn. On obtiendrait ainsi « une très bonne leçon » ; malheureusement nous ne pouvons pas constater les éléments de ce mot, ni dans la copie, ni sur l’estampage. Après uue nouvelle vérification faite sur place, nous croyons pouvoir affirmer que le 1 n’est suivi d’aucun autre signe. Nous préférerions voir, avec M. Lidzbarski, dans ce 1 le commencement du mot nibl, renvoyé ensuite au début de la ligne suivante. On trouvera un rejet à peu près identique dans le n° 57, 1. 3.

L. 9. — Ttyt, les deux lettres du milieu sont douteuses, surtout le 'J- M. Ch. propose ■Dp’; la première lecture nous parait graphiquement aussi appuyée que la seconde et elle offre, à notre humble avis, un sens préférable. Nous en dirons autant des deux mots suivants, ’Sî/ NT, lus par M. Ch. ’byMI. — ruo « de lui », du tombeau; l'expression équivaut à « cidessus ».

Ce texte, d’un déchiffrement laborieux, nous fournit non seulement le nom d’un nouveau mois nabatéen, mais encore il jette une lumière nouvelle sur l’histoire de la langue et de l’écriture. Il marque une époque de transition, dans laquelle on voit le nabatéen en train de fusionner avec l’arabe, en adoptant des mots et des formes grammaticales très caractéristiques. Une date incontestable nous apprend que cette transformation s’opérait durant la seconde moitié du troisième siècle de notre ère. L’inscription d’en-Némâra, postérieure à celle-ci de soixante ans seulement, est déjà rédigée en arabe classique, quoique écrite encore en caractères nabatéens, ou mieux nabatéo-arabes (1). A ce moment l’évolution était donc à peu près complète; on voit qu’elle se produisit rapidement.

TEXTE INÉDIT

Nous donnons sous ce numéro deux graffites qui, d’après le classement adopté dans cette étude, devraient figurer ailleurs. Mais ils sont si intimement unis au texte précédent que nous n'avons pas cru devoir les en séparer. Ils forment, en effet, comme le complément de l’épitaphe de la mère de Ka'abu, puisque le premier (B) n’est autre chose que la signature de l’ouvrier qui avait gravé l’inscription et l’autre (A) celle des deux maçons qui avaient préparé et sans doute aussi scellé la tombe. Ils sont gravés à

(ligne d’elle, élevé à Uégrà ou ailleurs? M. Lidzbarski, à son lour, a fait aussi le rapprochement

enlre uyn et

(1) Dussaud et Maclek, Mission..., p. 314 ss.

INSCRIPTIONS NABAÎÉENNES. 177

côté de cette inscription, un peu au-dessous à droite, superposés l’un à l’autre dans l’ordre où ils figurent dans le fac-similé (pi. XXV), celui de dessus a 1 air cependant postérieur au second; voilà pourquoi nous les intem ertissons ici (1). Les lettres, fort négligées, ont une hauteur moyenne de 0m,05. Estampage (pl. VIII) et copie (pl. XXV).

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