A dit?... A dit le seigneur de la maison, oui
La lecture matérielle de ce texte parait maintenant assurée. Nos deux copies, faites indépendamment et collationnées sur place, se trouvent en parfait accord avec la photographie, qui, elle aussi, est suffisamment claire. Il faut donc corriger la copie de Doughty, reproduite dans le Corpus faute de meilleur document. Pour ce qui est du sens de ce petit morceau, il reste toujours un peu problématique.
L. 1. — kS doit être une sorte d’exclamation, dans le genre de ’Sa, (2). — •
(1) Dans le schéma topographique, ce texte est localisé sous l'appellation — écrite en abrégé — de « grand graflile nabatéen ».
(2) CIS., II, 235, dans les explications de la ligne 1.
IT” ; serait-ce le même que l’héparque Aydu rencontré plus haut (n" 20] et qui devait être un des principaux notables de la cité? — DQiTiNl, la première lettre est bien un 1, avec une boucle minuscule, dans le genre de celui qui accompagne labo, 1. 2. U est rejoint dans le bas par la queue d’un s avec laquelle il fait corps. C’est là ce qui a trompé Doughty, qui a piis ce signe pour un a, ne tenant pas compte du petit crochet supérieur. Le nom propre dénote par sa terminaison un mot d’origine étrangère, très probablement grec. Il est difficile cependant de lui trouver dans cette langue un répondant exact. Peut-être pourrait-on songer a h jzr^j.zq (Wad., 2071, gén., 2531, ac.), L’orthographe = Eùçpivioç, n" 32 2, autori¬
serait jusqu’à un certain point cette supposition. Il faudrait expliquer cependant la transcription de r, par \ Si on lit un 7 au beu de T, le nom grec qui se rapproche le plus est "Qp^cç (Pape), quoique la correspondance ne soit pas encore parfaite, puisque le D final indique plutôt d ordinaire une terminaison en a; ou :. — rPlNtl* avait déjà été supposé
par Lidzbarski, Handbuch..., et par Clermont-Ganneau, Recueil..., I\, p. 110, note 2. — DirnTi : la lecture nnm nous paraît totalement impossible. Celle que nous proposons est assez en rapport même avec la copie de Dougbtv, et toutes les lettres sont relativement claires. On peut î approcher ce mot du syriaque jVM* « liberi, optimates » et de 1 arabe ou qui présente à peu près le même sens.
L. 2. — nESm, dans le Corpus jayi. 11 est impossible de ne pas tenir compte du signe qui précède le V et qu il est difficile d interpréter autrement que comme un z. La dernière lettre est un n, ainsi que 1 avait soupçonné M. Clermont-Ganneau (loc. laud.). Celle qui précède, et dont on faisait la première partie d’un G, doit être un 2; la forme assez caractéiistique de la boucle supérieure et la liaison de ce signe avec le suivant ne permettent guère d’y voir un 1 quoique la lecture myi, à rapprochei de l’arabe (Ibn Dor., 147), puisse séduire tout d’abord. On lira donc la
seconde partie du mot 3 -j- n, au lieu de G -j- j; ce qui donne poui 1 ensemble nsjn, nom assurément difficile à analyser, mais qui paraît bien résulter cependant des signes qu’on distingue sur le rocher.
Les deux stratèges ont l’air d’occuper ensemble le pouvoir, ce qui serait un fait nouveau pour Hégrà. Il est un peu surprenant que 1 inscription soit datée du temps des stratèges et non point du règne du monarque , néanmoins le motif n’est peut être pas suffisant pour la croire postérieure
à l’anéantissement du royaume de Nabatène.
inin, le sens premier de ce verbe est « renouveler, restaurer ». Notons que dans ce recoin il n’y a trace d aucune construction, ni d aucun monu-
INSCRIPTIONS NABATÉENNES.
ment creusé dans le roc. On ne voit donc pas très bien ce qu’il aurait pu s’agir de remettre à neuf; à moins qu’on ne fasse allusion à la restauration d un culte déjà ancien, ce qui est fort peu vraisemblable. Nous préférons donner à rnn la signification de « consacrer » ou de « dédier », que ce mot possède fréquemment en syriaque (1).
nfpd. Niab, le Corpus a traduit aussi littéralement « domino domus », Il entend cela du dieu auquel ce sanctuaire — qu’on suppose être une sorte de chapelle, sacellum — était consacré. Nous avons dit que s’il y a là un sanctuaire, il n’y a cependant aucun vestige d’édifice religieux qui puisse justifier l’appellation de Nrra. Ce dernier mot, en effet, se dit très bien d’un temple ou d’une maison sacrée, mais il paraît difficile de l’appliquer à un simple lieu de culte où il n’y aurait aucun monument. Il faut donc renoncer, semble-t-il, à l’explication proposée par le Corpus de voir dans « le seigneur de la maison » le seigneur de ce sanctuaire. Cette expression a néanmoins l’air de viser une divinité, ainsi que cela résulte du n° 59. La difficulté est dans le sens à donner au mot Nrva. Si on le prend dans son acception la plus générale, l’expression « seigneur de la maison » apparaît comme une sorte d’épithète s’appliquant on ne sait trop à quelle divinité (2). Si au contraire — ce qu’on trouveraplus indicpié — arvu désigne un temple particulier, une maison sacrée connue de tous et qu’il était inutile de déterminer autrement, « le seigneur de la maison » est le dieu principal vénéré dans ce temple. Mais alors quelle maison ou quel temple? Est-ce le Diwân de Médâin-Sâleh? est-ce la Ka'aba de la Mecque? On peut multiplier les suppositions (3).
rtn Ninx vise probablement tout ce petit recoin, cette extrémité de la gorge où nous relevons deux autres graffites voisins de celui-ci, faisant encore mention du « seigneur de la maison ».
L. 3. — Il n’a y pas à faire état, pour l’interprétation du texte, des quelques signes qu’on voit dans le fac-similé et la photographie au début de la ligne. Ces lettres, et apparences de lettres — car il y a les deux — ne sont point effacées, mais elles n’ont jamais été gravées complètement, sauf la première, qui seule a quelque ressemblance avec le reste de l’inscription. Cet alef ferait supposer que le graveur avait commencé à écrire ici ce qu’on lit plus loin ; mais par suite d’un défaut de la pierre — très visible
(1) Pesilâ, I Reg., 8 6i ; Il Chr., 7 5, elc...
(2) Dans l’Évangile de S. Matth., 21 33, le syr. |rw> |po répond au grec oixoSsarcÔTï); et au latin pater familias.
(3) Le nom de NrÙ3, Nia doit être lu à la fin de la première ligne d’un grafïîte nabatéen provenant de Pélra, publié pour M. Torrey dans le Journal of American oriental Society, 1907, p. 349 ss.
dans la photographie — il aurait renoncé ensuite à son premier plan. Il peut se faire aussi que tout cela soit postérieur et ait été tracé par le premier désœuvré venu. Au centre de la ligne il n’v a jamais eu rien d’écrit. de sorte qu’il est impossible d’invoquer une mutilation quelconque pour trouver un sens aux derniers mots. Ceux-ci sont suffisamment clairs pour ce qui est de la lecture, mais l’explication en est moins aisée. Les éditeurs du Corpus y ont vu la réponse du dieu, donnant son assentiment à cette consécration et félicitant en quelque sorte les pieux personnages qui en sont les auteurs. C’est, en effet, ce qui vient le plus naturellement à l’esprit si l'on interprète ce texte au sens d'une dédicace religieuse, comme on a cru devoir le faire jusqu’ici.
Une trentaine de pas au sud-ouest du texte précédent, sur l’autre paroi de la gorge, à une faible hauteur. Copie (pl. XXVI).
aÿtjr ny h xnu nid
MNSF du seigneur de la maison qu'a fait Wahb’allahi, orfèvre.
la racine araméenne qs: « siffler » donne un séns peu satisfaisant. D’après le Thésaurus de Payne Smith, ce verbe peut signifier aussi « honorer », ce qui irait beaucoup mieux. Le substantif formé avec le préfixe c indiquerait alors un lieu de cidte, ou une chose destinée à honorer la divinité (1); il répondrait exactement à la forme de “;c.
La difficulté est que nous n’avons noté, à cet endroit, aucune stèle, ni aucune niche sculptées dans le roc, impliquant l’idée d’un objet de culte. Après le premier mot il y a un petit espace vide mais sans trace de lettres.
Le graveur a oublié Yalef dans le nom de ‘inbNini. Le nom existe aussi sous cette forme, sans alef [[CIS., II, nos 373, 376, etc. LIS., II,
n" 372, « de Si'â(?)]» ; cf. arabe « façonner, donner une forme à quelque chose » 5 d’où « orfèvre ». — Ce Wahb allahi n aurait-il rien de
(1) Ce mol fait penser tout de suite à l’hébreu 3.ÏJ et aux fameuses massebôth de la Bible. Si on entrait dans la voie des hypothèses le nom arabe el-Mansoub ou mieux encore les fameuses Ansâb suggéreraient une lecture 2.Ï3Q assez voisine de dans les errements gra¬
phiques nabatéens. pour qu’on ait la tentation de lire ici Mansoub « stèle » ou quelque chose d’équivalent. L’absence de tout monument de ce genre aux abords du gradite fera probablement abandonner définitivement cette voie. On songerait peut-être alors, dans un ordre d’idées tout différent, à mettre — rattaché à une rac. H2Ï au sens judéo-araméen bien connu, en re¬
lation avec le Kÿtï « orfèvre », à la (in du texte. Il relève de l’archéologie de chercher ce que pourrait être alors ce *]3Wn. Simples hypothèses d’ailleurs où nous n’avons garde de nous attacher plus que de raison. On pourrait en émettre d’autres encore suggérées par la racine arabe - —
commun avec ses homonymes des nos 16 11 et 20 7, qui appartenaient très probablement, pour ne pas dire sûrement, à une famille d'artistes?
Sur la paroi opposée, à l'est du g r affile précédent; il fait face au n° 57, la montagne formant de ce côté-là un petit enfoncement. Copie (pl. XXVI).
nnSx Nrûa mS iStr iriR
A donné en possession Sullûi au seigneur de la maison ’llahat.
inK peut s’interpréter aussi d’une première forme, mais il semble plus naturel de le traduire dans ce cas par un pa ' el et de voir là une sorte d'offrande ou de consécration; il faut sous-entendre sans doute nn N7I7N « ce lieu». — 7D, autre forme d’état construit, égale Rio. — nnStt parait mis en apposition avec Rnu 7D ; nous aurions donc là l’identification de ce fameux « maître ou seigneur de la maison ». On a trouvé, dans une inscription de Salliad, Dnnnbi* « leur déesse » en parlant d’ Allât, et dans une autre dédicace votive, provenant de Teima, annSa, épithète de Tarah ou Tadah ; mais le mot ne s’est pas encore rencontré séparément comme nom propre. Le graffîte que nous publions maintenant est complet; on ne peut donc pas considérer nnbx comme un état construit; il faut que ce soit un nom complet par lui-mème. Ne serait-il pas possible de regarder simplement ce mot comme l’équivalent de nSx, dont la forme primitive semble avoir été ; le mot nabatéen serait la transcription exacte de l’arabe, moins l’article (1).
CI S., II, n° 268.
Une dizaine de mètres à l’ouest du n° 57. Copie (pl. XXVI).
■aba 71 N7SR2D 171' 7137
Souvenir de Zaydu, porte-enseigne (?), fils de K al bu.
R7£^aD, dans le Corpus K777i7p, citharisla; la première lettre nous a fait l’impression d’un c et non d’un p; le reste correspond, non sans exactitude à la copie de Doughty, sauf peut-être la seconde lettre, qui se rapproche cependant autant d’un a que d’un 17. Il est difficile d’interpréter 7 et 7 les
(1) On pourrait objecter le masculin 7Q appliqué à la grande déesse, mais ce ne serait peutêtre pas un obstacle insurmontable.
deux signes que nous lisons E et *>. Ne pourrait-on rapprocher ce mot du grec (njiAsioÿôpoç ou <jï)j*aicyô poç?
C/S., II, n° 238.
Ce eraflite et les 68 suivants ont été relevés aux environs du Diwàn, surtout vers le sud de ce sanctuaire, à l'intérieur du gebel Eilib. Le n° 61 est gravé à l’entrée du Diwàn, à droite.
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