II. - MA 'AN KT SES ENVIRONS
Ma an, 23 mars ; 12-16 mai. — La station de Ma'ân est une des plus importantes du chemin de fer du Hedjaz. Le directeur de la construction, M. Meissner Pacha, y a fixé sa résidence; on y a créé des dépôts de matériel et de charbon et jusqu a des ateliers pour réparer les machines. Cette importance s’accroîtra encore le jour où on aura pu réaliser le projet d’un embranchement sur 'Aqabah, qui mettra Damas en relation directe avec la mer Rouge et permettra de communiquer rapidement avec le Yémen, sans passer par le canal de Suez (1). Une douzaine de bâtiments en pierres de taille, couverts de tuiles rouges à l’estampille de Marseille, s’élèvent là dans la solitude la plus absolue, près de la petite source de Mn Kalhy. Cet endroit, naguère fréquenté seulement par quelques nomades qui y fixaient pour un instant leur tente, ou bien par les gazon qui venaient de nuit y abreuver leurs montures, est devenu le séjour d’un petit peuple d’employés, d’ouvriers et de militaires. Il y a même un hôtel pour la commodité de tout ce monde et celle des voyageurs qui vont à Pétra par le chemin de fer.
(1) Les expéditions de troupes dans le Yémen s’effectuent déjà par cette voie. Les soldats transportés par le chemin de 1er jusqu’à Ma'àn gagnent à pied ‘Aqabah en trois ou quatre
MISSION EN ARABIE. 3
Ces nouvelles constructions ont peu modifié l’aspect de la petite ville de Ma'àn située à une grosse demi-heure à l’ouest de la gare et cachee derrière une double rangée de collines. Elle reste toujours dans le désert flanquée de ses jardins verdoyants, dont le contraste avec 1 aridité des environs frappe singulièrement la vue. Ma'àn comprend deux localités distinctes placées à 1.500 mètres environ l’une de l’autre. Le village le plus septentrional, appelé jadis el-Magârah, d’après la tradition, porte aujourd'hui le nom de Ma'àn es-Sâmiyeh ou Ma'àn de Damas; l’autre, par opposition, est dit Ma'àn el-Masriyeh ou Ma'àn Hedjdziyeh (l).Le gouvernement, nous dit-on, tendrait à faire prévaloir cette dernière appellation, car
en ce moment la mode est au Hedjaz.
Ma'àn el-Masriyeh a le privilège d’être le chef-lieu de l’administration.
Il possède un sérail où siègent un qaïmaqam et un qâdv, assistes de tous les officiers ordinaires et d’un petit corps de troupes; il y a meme un bureau de télégraphe qui accepte les dépêches rédigées en langue française. C’est dans ce quartier que se trouvent les boutiques les plus nombreuses et les mieux fournies, et l’endroit semble appelé à grandir de jour en jour par suite du voisinage du chemin de fer. Déjà nous constatons un changement assez notable depuis notre passage en 1902. On a bâti de nouvelles maisons, multiplié les petits étalages et le prix de certaines denrées, surtout de la nourriture, a sensiblement augmenté. Tandis qu autrefois il était absolument impossible de se procurer une monture pour aller à 1 ouàdy Mousa, aujourd’hui rien n’est plus aisé; il n’est pas rare même de rencontrer à la gare des enfants avec des ânes, mal harnachés à la vérité, qui font le service entre la station et le village. C’est du reste une charmante promenade pour les employés désœuvrés.
Ma'àn el-Masriyeh compte quatre sources; 'aïnSoueilem ain
Qds 'aïn Qibliyeh (L-U et Vin Semâliyeh ^).
Elles fournissent une quantité d’eau suffisante pour qu’on ait pu créer à l’est et au nord de la localité de beaux jardins où poussent un grand nombre d’arbres fruitiers : pêchers, abricotiers, grenadiers, figuiers etc. (2). On y voit même quelques palmiers roussis par le froid, parfois assez vif, sur ce plateau d’une hauteur moyenne de 1.000 à 1.100 métrés. Pendant l’hiver et au printemps, quand l’arrosage des arbres est moins intense, on
jours de marche. Là ou les embarque à bord d’un paquebot turc pour leur destination definitive.
(1) Le premier est aussi appelé Ma'àn es-Segîr « le petit Ma'àn », et 1 autre Ma àn e -Qe u « e
grand Ma'àn », ou bien encore Ma’àn el-Qibliyeh « le Ma’àn du sud ». ... ...
(2) Les pêches, les abricots et surtout les grenades de Ma'àn sont renommes; les habitants enfouissent ces dernières dans le sable et en conservent durant toute l’annee.
ma/an et ses environs.
profite du surplus des eaux pour irriguer cjuclques champs d’orge sur les limites des jardins.
Ma'àn es-Sâmiyeh est bâti sur un ressaut de terrain au bord d’un ouàdy bien accentué, dans le fond duquel les sources abondent. Ce village, qui n’est guère que le tiers du précédent, paraît se développer aussi dans de moindres proportions. Ses jardins sont cependant plus étendus et plus beaux. Ils s’étagent en terrasses le long de l’ouady Sâmiyeh sur une longueui de près d un kilomètre, soigneusement fermés par des clôtures
Fig. 32. — Jardins fortifiés de Ma'àn es-Sâmiveh.
élevées et ininterrompues, percées seulement de petites baies carrées, de 0 ,/o de coté, qui servent de portes. A l’époque encore récente où la sécurité de la région était très précaire, on avait élevé par endroits de véritables remparts avec des tours d’observation (fîg. 32) pour surveiller les incui sions des bédouins. La presence d un gouvernement rég'ulier a rendu à peu près inutile cette précaution, de même qu’elle a mis fin aux combats terribles que se livraient fréquemment les gens des deux villages (1).
C est en vain qu on cherche à travers les rues de Ma'àn quelques traces d une haute antiquité. Le sérail est de construction toute récente et les pierres qui composent scs murs proviennent de ruines voisines. Un chapiteau byzantin, vu il y a quelques années dans la caserne, avait dû être apporté lui aussi en ces lieux. Le château du Hagg qui se trouve à l’entrée
(l) Noir pag. 459 ss. quelques détails sur les usages de Ma'àn.
de Ma An eé-Samiyeh et qui tombe en ruines doit remonter à peine à queloues siècles. Peut-être est-ce le vieillir que de le dater du régné de Sob- ;a: ainsi que le veut la tradition locale. La plupart des marsons des deux villages sont en briques sèches et Ton ne voit nulle part ces amas de décombres qui témoignent de ruines et de reconstrnetrons suecessrve. On pourrait croire, cependant, qu’un site aussr privilégié a du f«et de bonne heure l’attention des nomades. Ces belles sources a 1 entrer du desert su la grande route des caravanes de l’Arabie ne pouvaient être neghgees et de bonne heure sans doute Ma An fut choisi comme un point de lelac , . L’idée de l’identifier avec Ma an Mus, -an d’une inscription sabeenne aussi importante que discutée (1) sourirait beaucoup, mais on voudrait d preuves plus convaincantes à l’appui de cette hypothèse, si séduisante soit-elle. Les marchands nabatéens venant du côte de l.legra devaient n, cessairement passer par Ma An avant d’atteindre Pétra; c était la dernier station avant d’entrer dans la capitale. Néanmoins aucun souvenir ne nous a été conservé du passage de ces riches caravanes qui n ont point
plus de traces que sur le sable du désert. , .
Lors de l’occupation romaine, Malin se trouva sur la front, eie extrême
de la province d’Arabie, plusieurs heures à l’est de la grande voie de raian qui reliait Bosra à la mer Rouge. Elle était meme en dehors de la puissante ligne de fortifications marquées par les camps d’Odroh et de Leggou et d’autres installations secondaires destinées à protéger ladite voie et a tenir en respect les tribus arabes, toujours prêtes à. faire incursion su, , territoire de l’Empire. 11 semble cependant qu’il exista aux abords de Ma An, du moins à l’époque byzantine, une place forte dont nous par erons tout il l’heure. C’était un poste avancé dans le desert, confie e-
d’un cheikh arabe plus ou moins dévoué à la cause de Byzance. Quanc , e l’an 029 de notre ère, les Musulmans se heurtèrent pour la première ois au inonde romain, la petite troupe envoyée par Mahomet s’arrêta un instant à Ma An (2). Les historiens ne parlent à cette occasion d aucun coin ,a , ce qui pourrait faire croire que la localité était considérée comme en dehors du territoire romain ; mais il faut en conclure simplemen , eroyon nous, que les nouveaux venus s’y installèrent sans coup férir. On a 1 explication de cette conquête paisible dans la conversion à 1 islamisme
(1) /feinte Biblique, 1902, p. 256
(2) Yaijut, IV, p. 571 :