‹ Mission archéologique en ArabieChapitre 10 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

QESEIR 'AMRA

En dehors du château que nous venons de décrire, il n’y a rien de particulier à signaler à Haràneh. Il n’existe aucune ruine dans les environs immédiats du qasr. Nous passons donc tout de suite au troisième monument dont nous avons à parler, Qeseir 7\mra.

De tous les monuments découverts et publiés par M. le docteur Musil, Qeseir Amra est sans contredit celui auquel il a consacré le plus de travail et de soin. Il 1 a étudié à fond, avec le concours de plusieurs savants distingués, et il en a donné un plan détaillé sur lequel il n’y aurait g’uère lieu de revenir, si on pouvait parler des autres châteaux de la région sans lien dire de Qeseir Amra, et sans en avoir une reproduction sous les yeux. Gomme nombre de lecteurs pourraient ne pas posséder dans leur bibliothèque la superbe mais coûteuse publication de l’Académie de \ ienne, nous croyons faire œuvre utile en publiant ici encore nos relevés accompagnés de nombreuses vues et d’une brève description du

monument. Gela permettra aussi d apporter quelques légères améliorations aux plans déjà parus (1) et facilitera en outre la localisation des photographies des peintures, que nous avons prises pour compléter les dessins de 1 artiste autrichien, M. Mielich, qui accompagnait le docteur Musil. Noub ne nous proposons pas en effet de reprendre autrement et d’une manière complète l’étude de Qeseir 'Amra.

(1) Signalons de suite quelques-unes de ces améliorations à introduire dans les planches en couleur de la luxueuse publication de l'Académie de Vienne: Les deux grands arcs de la salle principale sont brisés et non point en plein cintre; les fenêtres ne sont pas ebrasees dans le bas et ne possèdent pas non plus de feuillures sur les côtés. Les murs de la pièce sans toiture, située à l’est, ne sont nullement liés, si ce n’est dans le haut, avec ceux du grand couloir conduisant jadis de cette pièce dans la chambre à coupole. L’orientation du puits diffère sensiblement (11°) de celle du château, etc.

QESEIR 'AMRA

On avait fait tant de bruit autour de ce nom, que, malgré l’appellation de qeseir, « petit château », malgré ses dimensions bien connues, notre imagination l’avait grandi, et la première réflexion en nous trouvant devant le monument fut : « C’est tout cela ! » Quand on vient de visiter Mesatta et même Harâneh, le château de 'Amra, vu de 1 extérieur, ne présente qu’une médiocre apparence. M. van Berchem la très heureusement défini : « un simple pavillon de chasse doublé d’un bain (1) ». Ce n’est pas autre chose en effet. Un coup d’œil sur le plan (pl. XXX\ ) montrera de suite la justesse de ces paroles.

Le corps principal de bâtiment comprend une grande salle rectangu¬

laire, A, avec une alcôve au sud, B, sur laquelle ouvrent de chaque côté deux petites chambres obscures, C et C', terminées en forme d hémicycle. Contre la grande salle vient s’appuyer, à l’est, le bain proprement dit: trois petites chambres, D, E, F, dont la troisième est surmontée d’une élégante coupole. Un large corridor actuellement bouché, G, conduisait du bain dans une pièce voisine, H, qui semble postérieure .et n a probablement jamais été achevée. A quelques mètres, au nord, se détache le puits avec un bassin.

L’extérieur du monument reproduit la disposition intérieure, sans qu’on ait cherché le moins du monde à régulariser les lignes. Ceci lui donne une physionomie caractéristique et nettement orientale (2).

On pénètre dans le château par une grande porte ouvrant au nord, au centre de la façade de la salle principale. Le linteau de cette porte et les montants de chaque côté, sauf la première assise au ras du sol, sont en basalte. Il en est de même du petit arc de décharge placé au-dessus, à l’exception des deux premières pierres de chaque côté. La façade, dans le bas, est bâtie avec des pierres d’inégale grandeur (pl. XXXVI, 1).. Il y a a gauche et à droite de la porte quelques gros blocs bien taillés mais démesurément hauts, qui ont occasionné un certain nombre de faux joints.

Mais c’est surtout quand le maçon a voulu raccorder la façade avec le mur ouest qu’il a été gêné. De ce côté, les assises sont assez régulièrement formées par des blocs équarris, hauts en moyenne de 0 m. 32 à 0 m. 35. Cette hauteur différant de celle de l’appareil de la façade, dès la troisième assise, les lignes horizontales des joints n’ont plus de correspondance sur les deux faces, et il a fallu ajouter à l’ouest une assise supplémentaire qui n’a fait du reste qu’accentuer le désaccord. Ceci donne a

(1) Journal des Sauanls, 1909, p. 406.

(2) Voir en particulier la planche XXXVII.

l’angle nord-ouest, surtout dans le bas, une physionomie de retouche postérieure à laquelle il ne faut pas se laisser prendre. C’est seulement dans la partie supérieure, plus haut que la porte, que l’appareil devient plus régulier sur la façade et qu’on est arrivé à un alignement général à peu près acceptable, quoique encore imparfait (pl. XXXVI, 1).

Les murs n’ont été élevés qu'autant que c’était nécessaire pour la construction des voûtes et celles-ci se profilent partout au-dessus de l’édifice. Nous avons noté plus haut (p. 77) qu’il en était vraisemblablement de môme à Haràneh où les voûtes sont cependant beaucoup plus surbaissées et formaient presque une terrasse plate.

La salle principale, A (pl. XXXVIII, 1), est comme divisée en trois nefs, à peu près d’égale largeur, par deux grands arcs qui vont d’une extrémité à l’autre et servent de support à trois voûtes en berceau, alignées du nord au sud. Ces arcs reposent sur quatre pilastres, hauts de 1 mètre environ au-dessus du sol actuel. Ce ne sont point des arcs en plein cintre, ainsi qu’on l’a souvent écrit et ainsi qu’ils sont représentés dans les planches du docteur Musil, mais des arcs brisés, mesurant à la base, audessus des pilastres, 6 m. 18 d’ouverture et dont le sommet est à 3 m. 39 au-dessus de la ligne de base. Ils forment un petit retrait de 0 m. 05 sur le haut des pilastres dont la dernière assise va en s’évasant légèrement, sauf sur le côté intérieur dans les deux pilastres du fond. L’alcôve qui fait suite à la nef centrale est beaucoup moins élevée que celle-ci. Elle est voûtée en berceau. L’arc, sur le devant, a été fait avec des pierres plates imitant la brique et séparées entre elles par une épaisse couche de mortier. Les grands arceaux et les pilastres du sud sont à l’alignement parfait des murs latéraux de cette alcôve, fermée au fond par un mur à angle droit.

La salle était éclairée par trois fenêtres percées dans la façade à la naissance des voûtes (1), une dans chaque nef, et auxquelles correspondent, au sud, trois ouvertures identiques (pl. XXXVII). Il y en a encore deux autres dans le mur oriental, un peu au-dessous de la retombée de la voûte. Toutes ces fenêtres se ressemblent; elles mesurent en moyenne 1 mètre de haut sur 0 m. 65 de large. L’encadrement n’a été l’objet d’aucun soin spécial; elles ne sont point ébrasées et ne possèdent pas de feuillures sur les côtés pour recevoir un cadre de bois. Le sommet est formé par une dalle ou par un bloc de calcaire blanc et dur, tiré des collines voisines, et

(1) A el- Ela et à Teima, nous avons noté que les fenêtres des maisons sont ainsi placées dans le haut des murs, sous le toit. Généralement, elles restent béantes et sont même dénuées de fermeture.

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de même nature que les autres pierres qui composent les murs du monument. Ces ouvertures ne paraissent pas avoir été bouchées ; c’est sans doute pour cela qu’on avait évité d’en faire à l’ouest, la pluie venant généralement de ce côté. Les trois voûtes sont percées sur chaque épaule par une ligne de quatre petits trous, placés à des distances inégales, et ménagés lors de la construction en insérant dans la maçonneri des tuyaux en terre cuite de 0 m. 10 à 0 m. 12 de diamètre à l’intérieur.

Toute la salle était peinte, sauf, semble-t-il, le bas des murs de l’alcôve et les pilastres qu’on avait recouverts peut-être, ou qu’on se proposait de recouvrir d’un revêtement en marbre. D’après M. Musil, le sol aurait été dallé de marbre ; nous n’avons point pratiqué de fouille pour nous rendre compte de ce daliage.

Les deux petites chambres C et G' sont voûtées en berceau, mais l’extrémité méridionale de leur voûte se termine en cul-de-four, afin de mieux s’adapter à l abside. Elles sont un peu moins élevées que 1 alcôve qui les sépare et ne reçoivent de lumière que par la porte et par de petits trous de 0 m. 13 de diamètre, alignés au centre de la voûte et analogues à ceux des voûtes de la grande salle. Il y en a trois dans la voûte de G et quatre dans celle de CL Les deux pièces étaient pavées en mosaïques de pâte de verre, représentant des feuillages stylisés. Ce pavé, que nous avons pris comme niveau dans toutes nos coupes, disparaît sous un amas de décombres de 30 à 40 centimètres. Celui de la chambre occidentale a été défoncé par quelque amateur avide d’emporter un spécimen de cette mosaïque. Ges deux réduits, favorisant admirablement le sommeil par Lui obscurité et leur fraîcheur, devaient servir de lieu de repos, tandis que la grande salle, en avant, était la salle des réceptions et des réunions, le diwan oriental.

Une porte, haute actuellement de 1 m. 40, mais qui devait avoir jadis 1 m. 70, conduit de la salle A dans la chambre D. Celle-ci est voûtée en berceau dans le sens de l’entree. Au fond, à plus de deux mèties du sol, s’ouvre une fenêtre dont le sommet atteint presque la voûte. Des fouilles,, pratiquées sans doute par M. le docteur Musil, permettent de constater au pied du mur est et sud une petite banquette crépie sur le devant, haute de 0 m. 30 et large de 0 m. 22. Vers l’angle sud-est, est percée dans le mur méridional, une ouverture large de 0 m. 32 et haute de 0 m. 43. Ici les murs, un peu en dessous de la naissance de la voûte, présentent des trous de scellement prouvant que ces parois disparaissaient jadis sous un revêtement quelconque, sous des dalles en marbre ou des stucs moulurés et peints C’est dans cette chambre que se trouvent les peintures les mieux conservées

D communique avec E par une porte, large de 1 m. 06 et haute de

1 m. 70, dont le seuil primitif a été mis à découvert. Cette nouvelle cham bre est carrée, mais possède au nord une petite alcôve de 1 m. 25x 1 ni. 22, avec une fenêtre dans le fond. La partie principale de la pièce est couverte par une voûte d’arêtes et l’alcove par une voûte en berceau, plus basse que la précédente de 0 m. 41. A la hauteur de la retombée de la voûte d’arêtes, la partie supérieure du mur, sur les quatre parois, déborde de 0 m. 12, et dans cette saillie, aux quatre angles de la chambre, sont placés des tuyaux en terre cuite aboutissant sur la terrasse. Chaque section de la voûte est percée en outre d’un petit trou garni d un tuyau analogue aux précédents, et semblable aux petits trous que nous avons notés dans les voûtes de A, de C et de C/. Comme dans la pièce précédente, le bas des murs était orné d’un revêtement. Le sol est complètement bouleversé ; il semble que le dallage fut établi sur des conduits pour l’eau ou la chaleur, tels que nous en constaterons encore dans la chambre voisine.

On passe de E dans F par une porte analogue à celle qui est entre D et E. Cette nouvelle pièce offre un caractère architectural tout à fait particulier. Le plan est un carré à peu près identique à E, avec un enfoncement au nord et au sud, aussi large que profond, terminé en demi-cercle. Le carré est surmonté d’une élégante coupole sur pendentifs, et les alcôves sont couvertes par une voûte en cul-de-four dont le sommet est à 0 m. 85 au-dessous de la base de la coupole. Cette dernière repose immédiatement sur une corniche en pierre de taille, haute de 0 m. 30, dont la face est décorée de larges dents de scie surmontant une moulure en zigzags, audessous de laquelle il y a encore une petite plate-bande en retrait. C’est là un motif d’ornementation fréquent dans le style arabe et qu’on retrouve notamment à la base des coupoles (pl. LIV). Cette corniche achève de régulariser le cercle déjà à peu près obtenu au-dessus du carré, grâce à des pendentifs placés dans les angles. La calotte est légèrement surhaussée et représente un peu plus d une demi-sphère. Son diamètre est de

2 m. 60 et sa hauteur intérieure de 1 m. 40 (autant du moins qu’il nous a été possible de la déterminer). Elle est percée de quatre fenêtres ouvrant immédiatement au-dessus de la corniche, larges en moyenne de 0 m. 53, hautes à l’intérieur de 0 m. 65, et à l’extérieur de 0 m. 85. Les arcs des fenêtres, comme la voûte, sont bâtis avec de petites pierres de calcaire plates, noyées dans un excellent mortier. La voûte a 0 m. 47 d’épaisseur. A l’extérieur elle avait été plaquée de toutes petites pierres plates, à l’instar des parois d’une citerne à crépir, et l’on avait ensuite recouvert le tout d’une bonne couche de mortier. Une petite cavité quadrangulaire, ménagée

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au sommet, était destinée à recevoir une ornementation qui a disparu.

Les pendentifs, en-dessous de la corniche de pierre, sont on ne peut plus simples et ne présentent actuellement aucune décoration ; néanmoins il semble bien qu’il y en ait eu une, à en juger d’après les stries dans le mortier. On songerait assez volontiers à une mosaïque dont on est étonné cependant de ne pas trouver plus de débris au milieu des décombres qui jonchent le sol (1).

A peu près à la même hauteur que dans E, les murs de la chambre débordent de 10 à 12 centimètres, et nous retrouvons aux quatre angles, dans cette saillie, des tuyaux cachés dans la maçonnerie et formant un conduit jusque sur la terrasse. Les parois inférieures, tout autour de la chambre et dans les absidioles, présentent de nombreux trous de scellement. Il y a en outre, dans les deux enfoncements, au ras du sol, une petite banquette en maçonnerie analogue à celle que nous avons signalée dans D. On notera l’à-peu-près avec lequel ces alcôves ont été réparties, sans souci de les placer exactement au milieu des murs nord et sud. Dans le sol bouleversé par des fouilles récentes, on voit plusieurs restes de conduits en maçonnerie, larges de 0 m. 30, qui paraissent s’être poursuivis sous le passage ruiné, à l’est. Ces conduits disparaissaient jadis sous le pavé.

A une époque, la chambre F était ouverte du côté de l’orient et on y pénétrait par une sorte de corridor, G, voûté en berceau, large de 1 m. 80. L’extrémité ouest du corridor est actuellement fermée par un mauvais mur de 0 m. 29 d’épaisseur au sommet duquel on a laissé une fenêtre de 1 mètre de haut. Dans le bas, on remarque trois autres petites ouvertures, voulues ou accidentelles. Au pied du mur, à l’intérieur de F, il y a une banquette, haute de 0 m. 41 et large de 0 m. 38. De l’autre côté, dans le corridor G, subsistent encore quelques traces de hamra portant à croire qu’à un moment on a construit dans ce recoin un petit bassin dans le genre d’une baignoire. Le peu d’épaisseur du mur ne permettait pas en effet l’établissement d’un réservoir important. L’eau serait passée du bassin dans la chambre voisine par l’un des trois trous pratiqués dans le bas du mur. Elle était amenée par un conduit inséré dans la paroi septentrionale du corridor (pl. XXXVIII, 2).

Les niveaux de F et de G devaient être primitivement les mêmes. C’est sans doute quand on bâtit le mur de séparation qu’on exhaussa en partie le niveau de G afin que le réservoir placé sur ce point fût un peu surélevé

(1) Nous n’y avons ramassé, en effet, que quelques rares petits cubes analogues à ceux du pavé de mosaïque des chambres C et C'.

(voir la coupe K L). On aperçoit dans une photographie (pl. XXXVIII, 2} l’extrémité du blocage disposé à cet effet.

Cette même photographie est encore intéressante à d autres points de vue. Elle montre que la voûte du corridor, du moins l’arceau qui la termine à l’est, était en pierres plates imitant la brique, tout comme l’arceau de l’alcôve qui est au fond de la grande salle A. De plus, elle permet au lecteur de constater que les murs de G et de H ne se compénètrent pas du tout, dans le bas, et que les deux chambres ont été bâties séparément. Il n’y a aucune liaison entre les deux si ce n’est au sommet, là où s’arrêtaient primitivement les murs de G. La salle H est donc postérieure. Postérieure est aussi, du moins en partie, la rainure creusée dans la paroi de G pour y insérer des tuyaux, et qui se bifurque au moment de devenir horizontale. Une branche s’enfonce verticalement dans la voûte (1), tandis que l’autre continue à l’est. Gomme on ne pouvait pas la poursuivre sur le devant du mur, sans trop compromettre la solidité de l’arceau, on a placé, à l’angle, une pierre en saillie, sur laquelle était appuyée l’extrémité d’un tuyau dont l’autre bout reposait également sur une pierre en saillie dans le mur de H. Le conduit se dirigeait ensuite vers le grand réservoir attenant au puits.

La construction de H est un peu moins soignée que celle du reste de l’édifice. La porte d’entrée est ruinée ; il ne subsiste plus qu’un des montants. Peut-être faut-il voir le linteau dans la grosse pierre qui gît auprès de ce montant et sur le devant de laquelle on a gravé une inscription arabe (pl. XXXVIII, 3). Les trois fenêtres, quoique ayant à peu près leur hauteur normale, sont incomplètes, et nous croyons que toute la chambre ellemême est restée inachevée. L’absence de débris au pied des murs donne à penser que ceux-ci n’ont jamais été plus élevés qu’on les voit actuellement. Seule l’assise supérieure a pu subir quelques dégradations. La pièce n’a jamais été voûtée, mais on avait pu la couvrir telle quelle avec des poutres et des branchages.

Quant à la petite construction isolée qui se détache à quelques mètres, au nord, et dans une orientation un peu différente de celle de l’ensemble du monument, nous l’avons déjà baptisée du nom de puits. Il v a un puits proprement dit, au centre, avec un réservoir élevé, à l’est (pl. XXXIX, 1). A 1 ouest, on croirait reconnaître le tracé d’un second réservoir rond et creusé dans la terre, mais rempli de décombres, et dont on ne verrait plus

(1) Ce trou dans la voûte, dont le point de départ est visible dans la photographie (pl. XXXVIII, 2), paraîtrait avoir été ménagé lors de la construction de la voûte.

QESEIR 'AMRA.

■que le sommet des murs émergeant un peu au-dessus du sol. Deux piliers -engagés dans ces murs, l’un au sud, actuellement renversé, et l’autre au nord, encore debout (pl. XXXVIII, 4), étaient destinés à supporter une ou plusieurs poutres sur lesquelles on avait établi un mécanisme quelconque, une sorte de noria pour élever l’eau. Mais est-ce vraiment un bassin qu’il y a entre ces deux piliers ; n’est-ce pas plutôt un espace déterminé dans lequel tournait la bête de somme destinée à actionner la noria ? C’est ce qui nous paraît le plus vraisemblable. Nous avons vu plus haut une disposition analogue autour des puits de Tûba (p. 47) et nous la retrouvons encore ailleurs à qeseir 'Amra.

A quelques minutes au sud-est du château, il y a un pilier en tout semblable à celui que nous avons ici (pl. XXXVIII, 5), faisant corps avec les débris d’un cercle bâti, juxtaposé aune assise de pierres qui doit appartenir à unbassin ouà l’encadrement d’un puits (fig. 16). Quoique ces ruines soient en fort mauvais état, on ne peut nullement douter de leur nature.

Restes d’un bassin ou d’un mur de soutènement, les substructions disposées en rond àl’ouest du puits sont simplement accolées au beau mur en pierres 4e taille qui encadre l’orifice de ce dernier (pl. XXXIX, 1). Cet encadrement mesure sur le devant 4 m. 48 et sur les côtés 4 m. 80 ; il forme à l’ouest une banquette large de 0 m. 70. Le puits, circulaire,, a 2 mètres de diamètre; sa pro' fondeur totale est de 12 m. 40. Sur une hauteur moyenne de 4 mètres, il est bâti avec soin, en un joli appareil dans le genre de celui du soubassement extérieur ; le reste a été entièrement creusé dans le roc et laissé sans aucun revêtement. La construction placée au-dessus a été certainement remaniée, probablement quand on a ajouté, à l’est, le bassin que nous .ne croyons pas primitif.

Fig. 16. — Qeseir 'Amra.

Restes d’un ancien puits au S.-E. du château.

Tout d’abord, semble-t-il, on s’était contenté de faire deux murs transversaux, parallèles, allant du nord au sud, percés de deux arcades en plein cintre appareillées et laissant, à l’est et à l’ouest, une banquette d’égale largeur. Dans la suite, on a réuni les deux murs, au nord, en fermant l’espace qui les séparait, et au sud, par un arceau construit avec des pierres plates. Au lieu d’engager complètement cet arceau dans les murs déjà existants, on a arraché l’extrémité de ces derniers sur une largeur moyenne de 0 m. 25 et une hauteur de 0 m. 75 et l’on a empilé dans cette échancrure des pierres plates servant de base à l’arceau et lui donnant ainsi partout le même aspect sur le devant. C’est alors sans doute qu’a été bouchée l’arcade de l’est et construit le réservoir attenant.

Ce bassin qui pouvait contenir 14 mètres cubes d’eau est établi sur un massif de maçonnerie, à 1 m. 80 au-dessus du sol environnant. Deux ouvertures pratiquées à la base, du côté sud, marquent le point de départ de deux conduits encastrés dans le mur et disparaissant ensuite sous terre pour aller rejoindre le bain. Il y avait à l’est une troisième prise d’eau analogue. Les murs extérieurs ont une grande ressemblance avec ceux de H. Nous pensons que cette pièce et le bassin auront été construits en même temps, et que par la même occasion on aura remanié le dessus du puits et le corridor G.

A l’angle sud-ouest du château, on distingue les arasements d’un mur se dirigeant d’abord vers l’ouest, obliquant ensuite au nord-ouest, et après 21 m. 50, tournant à l’est-est-nord, pour aller rejoindre le cercle attenant au puits, à 2 m. 20 en avant du pilier encore debout. Peut-être avons-nous là les restes d’une enceinte délimitant une petite cour à côté du château ; on croirait reconnaître les traces d’une porte sur la face nord à 6 mètres de 1 angle. Mais il est possible aussi que ces soubassements n’aient jamais été plus élevés et comprissent seulement une ou deux assises de pierre constituant une sorte d éperon avancé, destiné à détourner les eaux qui, aux jours de grandes pluies, sortant du lit de l’ouâdy auraient pu envahir les constructions.

Le plan de M. Musil marque un second mur à l’angle sud-est du principal corps de bâtiment; il n y a pas de mur sur ce point, mais simplement linq ou six pierres dressées à la surface du sol les unes à côté des autres (voir la pl. XXXVII). Il est aussi inexact de faire aboutir le mur précédent au pilier engagé dans le tracé du cercle, à l’ouest du puits, et de le continuer vers l’est.

Les photographies, et ce que nous avons dit plus haut de la façade principale et du mur ouest, ont déjà donné au lecteur une idée de l’appareil

QESEIR ' AMRA

extérieur. On a un peu exagéré quand on a écrit que la hauteur des assises était en moyenne de 0 m. 40. Pour s’en convaincre, il n y a qu à compter le nombre des assises sur les photographies et à comparer ce nombre avec les différentes hauteurs inscrites dans les coupes. Sans doute, et notamment sur la façade, il y a nombre de blocs qui ont 0 m. 40 de haut, même davantage ; mais dans l’ensemble et dans les parties où l’appareil est le plus régulier, leur hauteur moyenne est seulement de 0 m. 32 à 0 m. 33. Les pierres ont été simplement dégrossies et non taillées avec* soin, d’où la nécessité de multiplier les cales et le mortier pour régulariser les assises, ce qui a occasionné des joints assez considérables. Les blocs sont presque carrés ; souvent aussi plus longs que hauts (1). Rarement on les a posés de champ, sauf dans les surfaces rondes, comme dans les absides, où cette dernière disposition a été uniformément adoptée, car elle permettait de mieux suivre les courbes sans avoir besoin de pierres spécialement taillées à cet effet.

Les voûtes sont construites avec des pierres plates noyées dans le mortier ; l’extérieur a été égalisé avec des éclats de pierres et recouvert d’une couche d’excellent mortier qui, presque partout, a résisté à l’action corrosive des siècles. Il n’y a point de voûte appareillée. Seuls les deux grands arcs delà salle principale, A, paraissent avoir été faits avec de belles pieri es d’appareil disparaissant actuellement sous le crépi qui porte les peintures. Ce crépi étant fendillé et étant même tombé sur un petit point dans l’arc oriental, vers la base, au sud-ouest, a laissé voir, derrière, des blocs bien travaillés, épais de 0 m. 20 et hauts de 0 m. 39. Détail plus intéressant et plus important, les joints entre ces blocs sont faits avec grand soin .et marqués par une ligne en rouge qui subsiste encore. Ils ont donc été faits pour être vus et l’on est en droit de conclure qu’il y a eu un moment où ces arceaux n’étaient pas crépis ni peints. Mais alors ce sont aussi toutes les peintures de la salle qui doivent être postérieures à ce premier état de choses, car toutes ont été certainement exécutées en même temps. Par conséquent, il a pu s’écouler des années entre la construction du monument et sa décoration actuelle. Cette remarque peut être grave de conséquences, puisque jusqu’ici on s était appuyé principalement sur les peintures pour dater Qeseir 'Amra.

(1) Voir la vue générale prise du nord-ouest, pl. XXXVI, 1. La photographie prise du sud-est, pl. XXXVII, montre bien la manière dont les absides ont été construites. Dans les murs de la dernière pièce à l’est, et dans ceux du bassin, l’appareil est moins régulier et un peu différent. Le nombre des blocs plus longs que hauts y abonde davantage ainsi que les cales, pl. XXXVI, 2.

L’épaisseur des murs n’est pas exactement la même partout, preuve de la négligence et de l'à-peu-près avec lequel on travaillait. Dans la grande salle, c’est le chiffre 0 m. 81 qui revient le plus souvent; on a 0 m. 84 entre D et E, ainsi qu’entre E et F. Les murs de H mesurent 0 m. 80 et ceux du bassin 0 m. 87.

Nous avons terminé la description succincte que nous nous proposions * de faire de Qeseir 'Amra au point de vue architectural. Le lecteur voudra bien la compléter à l’aide des plans et des photographies qui figurent dans les planches.

Reste à dire un mot des peintures qui ont fait principalement la célébrité de Qesèir 'Amra et qu’on ne peut pas entièrement passer sous silence, quoique notre but ne soit pas de reprendre leur étude, mais uniquement de contribuer, ne fût-ce que pour une faible part, à les mieux faire connaître. Nous avons photographié à cet effet toutes celles qui paraissaient devoir donner quelque chose et nous reproduisons en phototypie les vues susceptibles d’être utilisées avec quelque fruit. Les notes qui suivent ne seront guère qu’une légende un peu développée des planches mises à la fin du volume.

La décoration de la grande salle était de beaucoup la plus soignée et la plus intéressante ; malheureusement c’est aussi celle qui a le plus souffert, et la photographie est incapable d’en saisir autre chose que quelques rares fragments.

Au fond de la salle, sur le mur qui ferme l’alcôve B, trônait un monarque assis, représenté, autant qu’on peut en juger, dans l’attitude d’un basileus byzantin. C’était le maître de céans présidant à toutes les réunions intimes ou solennelles tenues en ce lieu. Au-dessus de sa tête un bandeau peint, décrivant un demi-cercle et replié en ligne droite aux deux extrémités, formait comme une sorte d’encadrement. Sur ce bandeau était peinte en blanc sur fond bleu, une élégante inscription arabe en caractères coufiques (p. 96).

A droite du souverain, un personnage debout a tout l’air d’agiter audessus de la tête royale un llabellum dont on ne distingue plus que le long manche. De l’autre côté, se tient également debout un second personnage, encore plus détérioré que le précédent, vêtu, semble-t-il, d’une longue tunique et d’un manteau.

Tout ce tableau est dans un état lamentable. A cause de l’importance du sujet nous en donnons cependant une reproduction qui en trahira le délabrement (pl. XL, 1).

QESEIR ' Ata RA

La voûte de l’alcôve était décorée de pampres comme les deux chambres voisines G et G' (pl. XLIII). Sur les parois latérales, distribuées en différents tabeaux, étaient peints, en pied, plusieurs personnages aujourd’hui absolument méconnaissables.

C’est sur la paroi ouest de A, près de l’angle sud, que se trouvent les débris de la peinture la plus intéressante. Il y avait, sur deux plans, six personnages debout, représentant, à ce qu’on croit, les principaux ennemis de l’Islam vaincus par les Omayyades. C’est en effet ce qui semble résulter des noms écrits en grec et en arabe au-dessus de plusieurs de ces per. sonnages. Il y a certainement César, ou l'empereur de Byzance, Rodrigue, le dernier roi des Wisigoths d’Espagne, Chosroès ou l’empereur de Perse et le Négus ou roi d’Abyssinie (voir p. 97 et pl. LV, 4). Malheureusement ce tableau n’est pas mieux conservé que les précédents et la photographie est incapable d’en rendre les quelques restes. Pour s’en convaincre on n’a qu’à se rapporter à la planche XXXIX, 2 (1).

A côté de cette représentation historique, une femme nue se dressait au bord d’un bassin rempli d’eau, et plus loin, en allant vers le nord, différents autres personnages, nus eux aussi, paraissent se livrer à des exercices d’athlètes. Ici encore la photographie n’a rien donné.

Le mur nord de la nef occidentale ne présente plus que quelques vestiges insignifiants. En face, sur la paroi méridionale, à droite de la fenêtre dans le bas, on lit très nettement le mot NIKH qui devait accompagner une personnification de la victoire placée à côté du tableau des ennemis vaincus. Cette figure a à peu près complètement disparu ainsi que celles qui l’accompagnaient. Au-dessus de la fenêtre se trouve l’inscription arabe n° 4.

La voûte de cette nef, comme celle de la nef centrale, était divisée, dans le sens de la longueur, en quatre séries de six cadres renfermant des bustes ou des personnages assis. On peut voir dans Musil (pl. XX et XXII) ce qui subsiste encore de cette décoration. Peut-être qu’à l’aide d’un échafaudage on réussirait à en photographier encore quelques fragments après les avoir soigneusement nettoyés. Mais les vues prises d’en bas sont trop peu claires pour être reproduites avec fruit. Le sommet des cadres est pointu et l’espace laissé libre de chaque côté se trouve occupé par un oiseau rappelant le qatâ , sorte de perdrix grise assez commune dans ces déserts/'

(1) On voit, d’après la photographie, dans quel piteux état a été mis ce tableau si intéressant, par ceux qui ont essayé d'en emporter quelques lambeaux.

Il ne reste pour ainsi dire pas de traces de peintures sur le mur audessus de la porte d’entrée, ni dans la paroi vis-à-vis au sud, en avant et au-dessus de l’alcôve B.

La face des grands arcs était ornée de différents sujets dont plusieurs sont encore reconnaissables. Sur l’arc de gauche, en entrant, on aperçoit un personnage assis, jouant d’un instrument à corde appuyé sur le genou droit (pi. XL, 2). Vient ensuite une femme vêtue seulement d’une longup jupe serrée à la taille. Le haut du corps est nu ; elle a les bras levés au-dessus de la tête encadrée de deux boucles de cheveux abondants (pl . XXXVIII, 1). Une figure identique lui fait pendant au nord. Sous les pieds de cette dernière se tient un homme debout, légèrement vêtu, que nous avons pris au premier abord pour un danseur. Autour de sa tête paraît flotter un bandeau d’étoffe dont les deux extrémités sont réunies sur sa poitrine (pl. XL, 3).

Sur l’arceau de droite, au sud, une danseuse entièrement nue exécute certaines contorsions avec une souplesse non dénuée de toute grâce (pl. XL, 4, et XXXVIII, 1). Elle était surmontée d’une femme, identique sans doute à celle que l’on voit à gauche, mais dont il ne reste guère plus qu’une partie de la jupe; les autres figures sont aussi très effacées.

Dans la troisième nef, une grande scène de chasse occupait toute la paroi orientale jusqu’à la hauteur des fenêtres. On parvient encore, quoique avec peine, à discerner une meute de chiens lancés à la poursuite de plusieurs antilopes (baqar el-ma). Nous avons essayé de photographier quelques détails de ce tableau, mais sans résultat satisfaisant ; les couleurs sont par trop ternes.

Peut-être la même scène de chasse se poursuivait-elle sur le mur sud où l’on voit une antilope tuée, étendue à terre, pendant qu’un homme est en train d’arracher les entrailles à une seconde couchée sur le dos. Au-dessus, à droite de la fenêtre, une femme nonchalamment accoudée symbolisait la poésie, ainsi que nous l’apprend le mot IIOIHC(IC) écrit à côté de sa tête. Elle avait devant elle, entre la fenêtre et l’angle sud-est, l’histoire et la philosophie ; on y lit encore ICTOP(IA). Toutes ces figures symboliques sont dans un piteux état.

Celles qui décoraient la voûte de cette troisième nef sont un peu mieux conservées, du moins un certain nombre d’entre elles. Il y avait trentedeux petits cadres, alignés huit par huit sur quatre rangées, et renfermant chacun un métier personnifié. On peut en voir quelques-uns dans les planches XLI et XLII.

Des rinceaux de vignes ornent les parois et les voûtes des deux réduits

QESEIR 'AMRA

G et G'. La planche XLIII offre un spécimen de cette ■ décoration. Au centre, se trouve une sorte de vase élégant dont le pied est lobé et la partie inférieure de la panse cannelée. Le goulot, au sommet étroit, est surmonté d’une large lèvre semblable à un plateau, avec des cannelures dans le fond et une ligne d émaux sur le bord. Sous ce plateau, autour du goulot, paraissent suspendus quatre gros fruits dans le genre de pommes. Les pampres de la vigne ne sortent point de l’intérieur de l’amphore comme on s’y attendrait, mais de sur le pied.

Nous avons vainement cherché le même dessin dans les mosaïques de la mosquée d Omar dont quelques-unes sont à peu près contemporaines des peintures de 'Àmra. Les rinceaux de vigne abondent dans ces mosaïques et ils présentent une ressemblance assez marquée avec ceux de 'Amra (pl. XLIV), mais généralement ils se dégagent du pied de grandes feuilles ou de l’intérieur d’une coupe dont le galbe dilTère sensiblement de celui du vase que nous venons de décrire. Peut-être les vieilles mosaïques de la mosquée de Damas offriraient-elles un rapprochement plus étroit.

Le lecteur trouvera enfin dans la chambre D quelques échantillons un peu meilleurs des peintures de 'Amra. Au-dessus du linteau de la porte d entrée en arrivant de A, toute la paroi jusqu’à la voûte est remplie par un tableau en grande partie bien conservé (pl. XLV). Vers le centre, un petit amour debout, aux ailes éployées, étend ses bras d’un geste protecteur sur quelque chose gisant à ses pieds et semble écarter dans le même mouvement un autre personnage dont le buste apparaît à sa droite dans le haut. Cette dernière figure est celle d’une femme qu’on dirait assise dans un lit. Elle est accoudée sur le bras droit dont la main soutient le menton et elle jette un regard mélancolique vers l’objet l couché devant elle. A côté, dans l’angle, se trouve un petit meuble avec un vase au-dessus. Musil a cru reconnaître dans l’objet informe étendu sur le sol un cadavre enveloppé d’un linceul. La plupart de ceux à qui nous avons montré nos photographies y ont vu tout autre chose. Une scène funèbre en pareil lieu et présidée par un amour aurait en effet de quoi surprendre. Malgré le mauvais état de la partie inférieure du tableau, et bien qu’on ne distingue aucune tête, les lignes générales semblent indiquer deux corps couchés l’un à côté de l’autre. Quant au bouquet de feuilles placé à gauche de l’amour, c’est sans doute le sommet d’un palmier stylisé se penchant vers la terre et dont on croit reconnaître le tronc à une quinzaine de centimètres de l’angle.

Vis-à-vis du tableau précédent, dans le fond de la chambre, ouvre une fenêtre encadrée de deux personnages. Au nord se tient une femme presque

MISSION ARCHÉOLOGIQUE EPî ARABIE

entièrement nue, un simple voile flottant jeté en travers sur le bas du corps (pl. XLYI). Elle est à moitié assise ou plutôt accroupie sur une sorte de meuble avec un dossier qui sert d’accoudoir. Le menton dans la main gauche, elle regarde de l’autre côté de la fenêtre où un homme, également assis et accoudé, la contemple à son tour. Celui-ci est partiellement vêtu d’une grande tunique ou enveloppé dans un drap (pl. XL\ II, 1).

Immédiatement en-dessous de la baie de la fenêtre était couché un bébé nu qui n’apparaît point dans les photographies.

La voûte en berceau, de cette pièce, a été divisée en une série de losanges, au centre, et de triangles sur les bords, encadrés de feuillages et remplis de figures d’hommes ou d’animaux, accompagnées parfois de branches de verdure. L’ensemble n’a pas été trop détérioré et c’est ici surtout que le lecteur pourra comparer les photographies avec les dessins de M. Mielich dont quelques-uns laissent un peu à désirer (1).

La planche XLVIII représente toute la partie sud, depuis la naissance de la voûte jusqu’au sommet. Les deux vues assemblées dans cette planche ont été prises du milieu de la porte mettant en communication D et E.

Dans le bas, en allant de gauche à droite, on remarque :

Ligne 1. — a) Un petit animal la queue retroussée sur le dos, écureuil, renard? b) un serpent enroulé sur lui-même, la tête et le cou relevés et tordus en arc de cercle ; c) un petit mammifère dans l’attitude du chat guettant sa proie, peut-être un chat sauvage.

Ligne 2. — a) Échassier aux jambes et au cou démesurément longs ; b) onagre, peut-être mulet; c) biche (?), Musil, cheval (?) ; d) oiseau huppé, distinct de la huppe ordinaire de Palestine et représentant peut-être l’outarde parée, connue dans ces déserts sous le nom de hebara.

Ligne 3. — a) Singe ou ours accroupi sur un tabouret et jouant d’un instrument à trois cordes analogue au rebabeh actuel des Arabes. En face, b) un singe dressé sur les pattes de derrière frappe l’une contre l’autre celles de devant auxquelles l’artiste a donné la forme de deux mains, et rappelle l’attitude des Arabes faisant la fantasia ; c ) un homme debout, vêtu d’une sorte de blouse atteignant jusqu’aux genoux, empoigne ses cheveux de la main droite et relève la gauche ouverte en avant, dans un geste de surprise ou de douleur.

Ligne 4. — a) Encore un échassier ; cigogne ? b) peut-être une petite gazelle ou une chèvre, malgré la queue de beaucoup trop longue; c) cha-

(1) Voir Kusejr ' Amra , pl. XXXIV.

QESEIR 'AMRA.

meau galopant ; c’est sans doute pour cela que la bosse est si peu apparente; d) cigogne ou grue.

Les trois compartiments suivants placés au centre de la voûte et dont une moitié seulement apparaît dans le haut de la planche XLVIII étaient occupés par trois bustes. Les couleurs de celui de gauche, le plus voisin de la fenêtre sont passées (pi. XLVII, 3). Celui du centre est en meilleur état quoique très obscur (pl. XLVII, 2). On a dans la planche XLIX, 1, une photographie du troisième. La tête est bien conservée, mais le haut du corps est détérioré. On dirait un vieillard. Il portait dans sa main un sceptre ou une lance (?) dont l’extrémité est visible à droite de la tete (1). Ces trois figures attestent une grande influence de l’art byzantin sur le peintre qui les a tracées. On ne serait nullement étonne de les rencontrer dans une église du vne ou du vme siècle.

Les peintures de la paroi septentrionale de la voûte (pl. L) correspondent à celles du sud passées en revue. En dessous de la rangée des bustes, en commençant à gauche dans le haut :

Ligne 1 . — a) Cigogne ; b) sorte de gazelle ; e) la gazelle commune en Palestine et dans le desert du Moab ; d ) détruit , sans doute un échassier quelconque.

Ligne 2. — a) Joueur de flûte portant une petite tunique analogue à celle du personnage situé en face, à la meme hauteur ; b ) danseuse vêtue d’une sorte de jaquette sans manches serrée à la taille par une ceinture blanche, et d’un jupon blanc orné dans le bas d’une large bordure rouge. La différence de couleur du corsage et de la jupe ainsi que la vue de la ceinture indiquent deux habits distincts et ne permettent pas de songei a la longue robe traînante des bédouines relevée à la ceinture et retombant en larges plis bouffants; c) un homme debout, la jambe gauche en avant, danseur (?), mauvais état.

Ligne 3. — a) Un héron (?) b) hémione ; c) animal semblable au précédent mais dans une pose différente. C’est la troisième fois qu’on voit figurer cet animal. Il est peu probable cependant que 1 artiste ait voulu représenter exactement le même jusqu’à trois fois; il a eu en vue sans doute des espèces très voisines mais différentes. On pourrait songer à l’onagre et à l’hémione ; quant à celui qui se trouve dans la planche XLVIII, ligne 2, c, il a l’air d’un caractère plus tranquille et pourrait être simplement un âne ; d) cygne.

(1) A en juger d’après la photographie de Musil, Moab, p. 283, fig. 122, lors du premier voyage de cet explorateur, ce buste était beaucoup mieux conservé comme sans doute aussi un certain nombre d’autres peintures.

Ligne 4. — a) Hérisson ou porc-épic ; b et c) trop détériorés pour être identifiés.

Entrons dans la salle E. Le haut des murs sud, est et ouest, entre les retombées de la voûte, était occupé par trois tableaux. Celui du sud (pl. LI), pourrait représenter une scène de vie de famille, peut être même une naissance. A gauche, une femme à moitié couchée serait la mère. Au centre, le père tiendrait dans ses bras le petit enfant dont on distingue la tête et le bras droit par-dessus son épaule. Derrière, à la porte, arrive une servante ayant dans la main gauche un objet qui rappelle les berceaux dans lesquels les bédouines et les femmes de la campagne transportent leurs bébés, une sorte de sac qu’elles placent sur leur dos et retiennent au front au moyen d’une courroie. L’état de nudité complète des personnages suggérerait aussi l’idée d’une scène de bain. Dans ce cas la servante à droite pourrait porter un seau en cuir et la femme de droite serait peut-être dans une baignoire (1).

Dans le tableau qui est à l’est (pl. LII), on remarque, à gauche, une femme nue, un peu penchée en avant, les bras tendus, portant dans ses mains un petit enfant qu’elle passe à une autre personne dont on ne distingue guère plus que la tête à la hauteur du bébé et qui était vraisemblablement accroupie auprès d’une bassine pour y plonger le bébé. Le reste du tableau à droite est en fort mauvais état. M. Mielich a copié une femme portant un bassin.

Le troisième tableau à l’ouest, en face du dernier, est encore plus détérioré que les deux précédents et nous n’avons point de reproduction à en offrir.

Des rinceaux de vigne rappelant ceux des chambres G et G' encadrent sur le devant, danslehaut, le petit enfoncement placé au nord (pl.XLIX,2). Les parois de cette alcôve sont décorées par des rinceaux semblables, avec différents sujets peints à l’intérieur.

On tiouvera dans la planche LIII un spécimen de ces médaillons. Quant à la voûte de la salle, elle porte encore des restes des plantes et des feuillages qui l’ornaient (pl. LI).

La coupole symbolisant la voûte céleste, on avait trouvé tout naturel de peindre à 1 intérieur une carte du ciel. Cette carte comprenait les principales constellations de l’hémisphère boréal et le plus grand nombre des signes du zodiaque sinon tous. Quelques-unes de ces constellations apparaissent

(1) M. Musil croit à une scène de bain. « Une femme peigne sa chevelure, une autre

porte un petit enfant et une troisième un seau. A l’arrière-plan une maison. » Moab p. 276. r '

QESEIR ‘A.MRA

encore assez nettement (pl. LIV). Vers le centre, on distingue très bien la grande Ourse et la petite Ourse séparées par la queue du Dragon. A droite, un personnage qui a les bras étendus en forme de croix doit représenter Andromède. Elle a à ses pieds Cassiopée dont il reste le buste avec la main droite levée.

Dans le bas, au bord d’un cercle délimitant probablement les deux hémisphères, se dresse Qphiucus ou le Serpentaire portant dans ses mains un long serpent. Derrière Ophiucus, une figure renversée armée d une massue ne peut être qu’Hercule. En dessous, tout a fait au bord de la corniche entre les deux fenêtres, galope un centaure armé d’un arc ; c est sans doute le Sagittaire. Il est surmonté, à droite, du Dauphin, au-dessus duquel vole un oiseau, le Cygne. Ces deux dernières constellations sont trop bien marquées pour qu’on puisse hésiter à les identifier malgré la place qu’elles occupent.

A gauche, dans le haut, entre les deux fenêtres, on reconnaît Orion. Les autres signes sont en fort mauvais état.

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