‹ Mission archéologique en ArabieChapitre 9 sur 25 · QA.SR HA R AN EH · texte numérisé non relu

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en inscrivant les chiffres. Peut-être la différence de largeur, 16 centimètres, ne serait-elle pas aussi considérable si les mesures avaient été prises dans les deux cas, au fond ou à l’entrée des chambres. La longueur prise du même côté ne diffère que de 2 centimètres.

Deux escaliers, l’un à l’est, l’autre à l’ouest, attenants aux salles dont nous venons de parler, conduisaient de la cour à l’étage. Ils sont tous les deux à double volée, reposant sur une voûte rampante. Il y a donc de chaque côté deux réduits, un sous chaque volée d’escalier, communiquant entre eux par une large baie ménagée contre le mur d’enceinte, par-dessous le palier. Le premier de ces réduits, au-dessous de 3 et de 25, est assez insignifiant par suite du peu de hauteur de l’escalier. Le second, 4 et 24, éclairé par une petite fenêtre donnant sur la cour (pi. XXII) pouvait être utilisé dans toute sa longueur. On pénétrait dans 24 par la chambre voisine qui donne sur la cour, tandis que la porte de 4 ouvrait sur la chambre attenante au mur d’enceinte, ce qui nécessitait un grand détour pour y arriver de l’extérieur.

Le reste des appartements du rez-de-chaussée constitue un plan d’ensemble très régulier. On a trois grandes salles accostées chacune de quatre chambres, deux sur chaque côté, et de plus, pour achever de former le carré, deux chambres à l’angle nord-est avec deux autres à l’angle nordouest. En principe, la symétrie est parfaite, et c’est la même chose de tout côté; néanmoins dans la réalité, il n’y a pas deux chambres exactement les mêmes. Un simple coup d’œil sur le plan général (pl. XXIII) permettra de saisir de suite toute la disposition de cette partie du château, sans qu’il soit nécessaire de nous attarder à la décrire. Nous avons multiplié les chiffres afin de faire mieux ressortir les irrégularités.

Les grandes chambres 7, 14, 21 comprennent en longueur toute la largeur du corps de bâtiment dans lequel elles sont situées. On aura déjà remarqué que cette largeur n’est identique sur aucun des côtés. L’écart est même très considérable : plus d’un mètre entre l’aile du nord et celle de l’ouest. Les autres dimensions de ces salles sont sensiblement les mêmes ; celle du nord est un peu plus étroite. Les trois sont couvertes par quatre voûtes disposées dans le sens de la largeur et reposant sur trois arceaux en plein cintre qui vont d’un mur latéral à l’autre. La naissance des arcs est à 1 m. 25 du sol ; ils présentent à leur point de départ une petite saillie de quelques centimètres, comme dans les salles 1 et 2. Les voûtes aussi sont surbaissées, et dans le genre de celles qui ont été décrites précédemment.

Les petites chambres latérales sont toutes conçues sur un même type

et généralement disposées de la même façon. Les plafonds sont formés par des voûtes surbaissées, appuyées contre le mur et sur un ou deux arceaux. Quelquefois le second arceau est contigu au mur comme dans les chambres 5, 8, 16 ; une fois môme, les deux sont collés au mur (chambre 12). Le plus souvent, ces arceaux sont dans le môme sens et se correspondent d’une chambre à l’autre, de telle sorte qu’ils se contrebutent mutuellement. Il y a cependant plusieurs exceptions dans les chambres du fond en communication avec la salle 14 ; ici c’est même le grand nombre qui contredit la remarque que nous venons de faire. Afin de permettre au lecteur de se rendre compte rapidement et sans difficulté de l’agencement des plafonds de toutes les salles, grandes et petites, dans les plans par terre, tous les arceaux sont marqués par un trait fin continu ; une ligne courbe en pointillé indique la forme approximative des voûtes.

Les chambres attenantes au mur d’enceinte ont toutes une petite ouverture donnant sur l’extérieur (1) ; il y en a deux au fond des salles 7, 14, 21. La chambre de l’angle nord-est, 10, en possède trois, une sur le côté est et deux sur le côté nord ; il y avait en outre, au milieu de la voûte centrale, un petit soupirail donnant dans l’appartement supérieur. A l’angle opposé, au nord-ouest, 18 a aussi deux ouvertures, l’une au nord et l’autre à l’ouest. Actuellement, dans cette chambre, le mur d’enceinte présente dans le bas, sur le côté nord, une brèche par laquelle un homme pourrait facilement se glisser. La brèche est le résultat d’une sape ancienne ou moderne, mais il n’existait pas d’issue sur ce point. Dans la chambre voisine 17, il y a à noter encore un trou au plafond (2) ; la suivante 15 avait deux fenêtres. Quant aux autres pièces, elles n’étaient éclairées et aérées que par les portes.

On remarquera dans les photographies qui donnent des vues d’ensemble du mur extérieur, dans la cour (pl. XXI et XXII) des séries de trous à peu près carrés det0 ni. 10 à 0 m. 15 de côté. Il y en a d'abord une première rangée à 1 m. 35 environ du sol, creusés presque toujours de chaque côté des montants des portes ; puis une seconde à la hauteur de la terrasse de la galerie, et enfin une troisième qui devait se trouver à 1 m. 50 au-dessus de cette terrasse. Tous ces trous sont généralement superposés sur une même ligne verticale. D’après leur situation et leur nature, ils produisent l’impression d'avoir servi à recevoir des poutres

(1) Voir plus haut, p. 52, à propos de la description de l'enceinte quelques remarques sur ces petites fenêtres.

(2) Ce trou ainsi que celui de 10 figurent dans le plan de l’étage. Voir les chambres 40 et 47, pl. XXIV.

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pour les échafaudages. On est cependant étonné qu’on n’ait pas songé à les boucher quand on crépissait les murs ; de plus, quelques-uns paraissent postérieurs à la construction, comme par exemple, ceux de la seconde ligne qui devaient disparaître fatalement quand on construisit la galerie (1). Il est possible que plusieurs de ces trous aient été pratiqués après coup dans un but utilitaire quelconque qui nous échappe ; mais dans 1 ensemble, ce sont bien des trous pour les échafaudages.

Faut-il attribuer la même destination à des trous analogues qui existent dans les parois de toutes les chambres du bas, passées en revue, et le long du couloir de l’entrée ? On pourrait hésiter, car ici il serait plus facile de leur trouver un autre emploi ; néanmoins tout considéré, c est encore çette solution, la plus simpliste, qui parait être la bonne, sans nier cependant qu’une fois ou l’autre ces trous aient pu servir à un tout autre usage. Dans les chambres, ils sont généralement à 1 m. 75 du sol, leur profondeur est de 0 m. 50. Souvent ils se font face sur deux paiois opposées ; et sur une même paroi il y en a au moins deux qui se trouvent à la même hauteur. Les chambres 15 et 16 en ont quatre dans la même paroi creusés deux par deux, à 1 mètre 1 un au-dessus de 1 autre. Dans le plan par terre, on trouvera, marqués par une ligne blanche sui le noir des murs, les trous existants dans un grand nombre de chambres ; nous nous sommes contentés de les situer à l’œil, mais sur place.

Il est temps de passer à l’étage supérieur pour explorer cette partie du monument encore beaucoup plus intéressante que le bas, tant au point de vue de la construction que de la décoration (pl. XXIY). On y aboutissait, avons-nous dit, par un double escalier à deux volées. Celui de 1 ouest mesure 1 m. 13 de large et est précédé d’une porte de 0 m. 95 ; celui de l’est avait 1 m. 21, et la porte en avant 0 m. 91. De chaque côté, les premières marches ont disparu sous les décombres. A l’ouest, dans la première volée, onze marches sont encore visibles ; il doit y en avoir sept ou huit d’enfouies en avant. Ces marches ont de 0 m. 38 à 0 m. 40 de laige , leur hauteur moyenne est de 0 m. 13; c’est dire que 1 escalier était tiès doux. Après avoir monté les onze marches encore existantes, on arrive sur un petit palier de la largeur de l’escalier, long de 2 m. 70. La seconde volée comprend seize marches. Elle aboutit, elle aussi, à un palier, sur lequel ouvrent trois portes : l’une, en face, donnait de plain-pied sur la terrasse de la galerie; la seconde, à gauche, conduit dans les appartements

(1) Si cette rangée intermédiaire était aussi complète que celle du haut et du bas, nombre de ses trous auraient, en effet, disparu.

situés de ce côté ; la troisième, à droite, communique avec un corridor, 56, large de 1 m. 50, d’où l’on avait accès encore sur la terrasse du cloître par une porte. En suivant ce corridor, on passe devant une belle salle, 59, puis, par un plan incliné qui doit cacher plusieurs marches d’escalier, on aboutit à une porte bien conservée donnant accès dans une petite pièce, 55, sur la nature de laquelle on ne peut pas se tromper; ce sont les latrines. Il y a, vers l’angle nord-ouest, pratiquée dans le mur d’enceinte, une niche haute de 1 m. 45, large de 1 m. 02 et profonde de 0 m. 72 avec un trou oblique de dégagement dans le fond (voir la coupe CD, pl. XXY). Nous avons noté une différence de niveau d’un mètre entre la porte de la grande salle 59 et celle de 55. En avant de cette dernière, il y avait un petit espace plan, qui se continue au nord, et d’où part l’escalier /proprement dit de la terrasse. Il a 1 m. 02 de large et comprend actuellement 17 marches, hautes de 0 m. 16 et larges de 0 m. 25. Le sommet est détruit ; néanmoins on peut encore arriver par là assez facilement sur la terrasse. Ce dernier escalier ne repose plus comme celui du bas sur une voûte inclinée, mais sur une série de petits arceaux juxtaposés et assez irréguliers sous lesquels on passe avant d’arriver à l’étage (pl. XXVI, 1). Le corridor voisin, 56, était surmonté d’une voûte droite en berceau, de même que la première volée d’escalier en dessous.

Le second escalier, à l’est, était la reproduction à peu près exacte du précédent. Il y a aussi un cabinet au bas de l’escalier de la terrasse, et les marches de ce dernier reposaient encore sur des arceaux d’inégale largeur, accolés les uns aux autres (pl. XXVI, 1).

Au sud, à lest et à 1 ouest jusqu’aux escaliers, les appartements de l’étage correspondent à ceux du bas, et les mêmes murs de séparation sont censés se poursuivre jusqu en haut. Cependant, à y regarder d’un peu près, il est rare que les mesures soient identiques dans la chambre du haut et dans celle du dessous, ce qui prouve que les murs ne coïncident pas non plus tout à fait. Nous avons inscrit sur les plans quelques-uns des chiffres qui diffèrent le plus.

Sur la façade, la disposition est tout autre qu’au rez-de-chaussée. Nous avons une salle centrale, 26, au-dessus de l’entrée, puis deux autres grandes salles accostées chacune de quatre chambres, deux sur chacun des grands côtés, comme dans les autres ailes. La longueur de ces trois salles, 26, 29 et 59, correspond à la largeur du corps de batiment, cependant elle n’est exactement la même dans aucune des trois. Toutes pré- ' sentent aussi des différences architecturales notables qui méritent une étude spéciale. Nous les passerons donc successivement en revue et nous

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en donnerons [des plans détaillés avec quelques vues photographiques.

Conçues à peu près sur le même plan que les salles du bas, 1, 14 et 21, les grandes chambres de l’étage, 26, 29, 31, 44, 51 et 59 ont cela de particulier qu’elles présentent le long de leurs grandes parois, des groupes de trois colonnettes sur lesquelles viennent s’appuyer les arceaux destinés à supporter les voûtes du plafond (1) (pl. XXVI, 3). Ces colonnettes sont prises dans l’épaisseur des murs, rétrécis de 0 m. 25 en moyenne dans les entrecolonnements . Les entrecolonnements forment ainsi comme une série de niches recouvertes d’un arc en plein cintre surhaussé. Dans les angles, un pilastre carré ou rectangulaire remplace les colonnettes. Celles-ci mesurent en moyenne 0 m. 25 de diamètre ; elles sont engagées par derrière un peu moins qu’à moitié, mais séparées les unes des autres par un espace de quelques centimètres. Les deux extrêmes, dans chaque groupe, sont accompagnées, sur toute leur hauteur, dune moulure de 0 m. 05 à 0 m. 06, placée en arrière dans l’angle de la niche. Toutes ces colonnettes ont été bâties avec de petites pierres noyées dans du mortier et recouvertes ensuite d’un stuc très épais, à tel point qu’elles sont autant en mortier qu’en pierres. Il est facile de s’en rendre compte là où le stuc s’est détaché (2). Leur hauteur moyenne est de 1 m. 60 à 1 m. 65, suivant les chambres ; 1 m. 65 dans la chambre 29. Elles n’ont point de base proprement dite, mais chaque groupe repose sur une petite plinthe de 0,035, placée elle-même sur une marche de 0 m. 11, qui se poursuit tout du long sur les deux grands côtés de la chambre. A peu près partout, cette marche a été envahie par les décombres et il faut fouiller un peu pour la retrouver.

Nulle part on ne voit de chapiteaux. Les trois colonnes sont réunies au sommet par une sorte de tailloir en mortier, épais de 0 m. 03, correspondant à peu près à la plinthe du bas. Il est surmonté d’une ligne de dents de scie en relief, haute de 0 m. 03, au-dessus de laquelle prennent naissance les arceaux, en débordant de quelques centimètres sui tous les côtés. La dent de scie paraît avoir été le motif d’ornementation préféré des plâtriers de Harâneh. On la retrouve presque partout à la base des arceaux et au sommet des pilastres, et c’est elle qui décore communément le pourtour des niches et des arcades.

La salle 29 (pl. XXVII) possède sur chacun de ses grands côtés trois

(1) C’est à tort que M. Musil parle seulement de trois chambres darch archileklonische Gliederung ausgezeichnet et qu’il n’en fait figurer que trois sur son plan. Moab, p. 292 et 296. Il y en a six grandes, sans parler de quelques petites.

(2) Voir, par exemple, pl. XXVI, 3, le premier groupe à gauche,

groupes de trois colonnes, répartis sur des espaces pas tout à fait égaux, et divisant l’appartement en quatre travées, avec quatre niches à l’est et à l’ouest. La hauteur de ces niches, du côté est, varie entre 2 m. 68 et 2 m. 83. La partie droite de l’arc surhaussé qui les surmonte est de 0 m. 35, la naissance de l’arc proprement dit est marquée de chaque côté par une petite saillie à l’intérieur de la niche. Là aussi commencent les dents de scie qui en ornent tout le pourtour sur le devant. Les pilastres du fond de la salle ont 0 m. 40 de face et supportent un grand arceau accolé au mur d’enceinte ; ceux des deux autres angles ne ressortent au contraire que de 0 m. 06 et sont destinés uniquement à recevoir la retombée de l’arc des niches. Les uns et les autres sont couronnés à leur sommet par des moulures identiques à celles qui surmontent les colonnes. Le plafond est formé par quatre voûtes en berceau placées en travers de la chambre et correspondant aux quatre travées. La première voûte, en entrant, reposait d’un côté sur le mur et de l’autre contre le premier arceau ; les trois autres voûtes s’appuyent de chaque côté contre les arceaux. Elles sont à peu près en plein cintre ; leur naissance est marquée par un petit rebord de 3 à 5 centimètres, visible sur la photographie (pl. XXYI, 3). La même vue photographique permet de constater aussi que l’arceau, au centre, ne débordait guère en dessous de la voûte et que celle-ci par conséquent était appuyée contre lui plutôt qu’elle ne reposait au-dessus.

Voûtes et arceaux sont construits avec cette mauvaise pierre blanche dont nous avons parlé plus haut. Il semble que pour bâtir les arceaux on ait procédé un peu comme dans la construction du dessus des portes. On a fait d abord avancer insensiblement les pierres, les relevant en même temps en arrière, puis, quand la manœuvre est devenue impossible, on a achevé l’arc avec des moellons noyés dans du mortier et disposés plus ou moins bien en forme de voussoirs (1). Comme le mortier était excellent et, que d autre part, la pierre utilisée lui donnait beaucoup de prise, le tout a formé bloc et a fini par présenter assez de consistance.

Le mur de façade de cette chambre 29 est en grande partie détruit : c est dommage, car il offrait une particularité intéressante. Heureusement il en reste encore assez pour pouvoir le reconstituer en entier et à coup sûr. Les angles sont intacts jusqu’au sommet, sur une largeur de plus d’un mètre. Dans chacun de ces deux pans, à 2 m. 50 du sol environ, il y a une jolie fenêtre surmontée d un arc en pointe, outrep assé dans le bas, et ren-

(1) Voir plus loin, p. 72 et pl. XXXI, 2, à propos de la salle 51, une encore plus caractéristique pour la construction de ces grands arceaux.

autre méthode

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trant en fer à cheval. Les deux baies sont accompagnées, du côté de la porte, de deux colonnettes au delà desquelles on retrouve le montant d’une nouvelle fenêtre semblable à la précédente, avec le commencement de l’arceau (pi. XXVIII, 1). Évidemment il existait jadis sur toute la façade une série d’ouvertures identiques aux deux que nous voyons encore. Il devait y en avoir cinq en tout, ainsi que cela résulte clairement des mesures. Les fenêtres existantes ont en effet 0 m. 53 de large et les trumeaux 0 m. 445 ; or en répétant trois fois 0 m. 53 et deux fois 0 m. 445 on arrive à un total de 2 m. 48 et il manque 2 m. 49 de mur. Le croquis mesuré qui accompagne le texte (fig. 10) et la vue photographique (1) (pi. XXVIII,

1) donneront mieux qu’une longue description une idée complète de cette décoration. On la comparera à celle qui se trouve au-dessus de la porte de 59, vers l’angle sud-ouest de lafaçade(pl. XXVIII,

2) . Il y a à noter spécialement la forme des arceaux des fenêtres. Ces arcs pointés et outrepassés ne reparaissent pas ailleurs dans les constructions de Harâneh (2).

Signalons encore dans le fond de la salle, en haut, deux petites fenêtres, avec une meurtrière beaucoup plus bas. Ces fenêtres qui reparaissent dans beaucoup d’autres chambres ont en moyenne 0 m. 23 de large sur 0 m. 50 de haut ; les meurtrières sont encore plus petites. On peut voir une de ces fenêtres avec une meurtrière dans la photographie de cette salle (pl. XXVI, 3).

Les quatre petites chambres communiquant avec 29 ne présentent rien de bien particulier. Elles avaient toutes deux travées, formées par un arceau qui venait contrebuter les arcs de la grande salle. Chaque travée était recouverte d’une voûte en berceau. 30 et 31 sont encore entièrement voûtées. La première possède deux lucarnes et deux meurtrières ; la seconde

Fig. 10. — Qasr Harâneh.

Fenêtres et colonnettes dans la façade de la salle 29.

(1) Afin d'éviter le contre-jour, cette photographie a été prise la nuit, au magnésium. On ne s’étonnera donc pas du noir qu’il y a dans le fond, derrière les fenêtres, le dehors de l’appartement n’étant pas éclairé.

(2) A propos des arceaux de ce genre qui figurent dans la coupe CD de Musil ( Moab , p. 295), et qui sont une pure invention, voir plus loin, p. 76.

deux lucarnes et une meurtrière. Il y a en plus dans cette dernière, vers la naissance des voûtes, quatre trous à peu près carrés, de 0 m. 20 à 0 m. 15

. de côté, qui se correspondent de chaque côté de l’arceau et paraissent avoir été destinés à recevoir des poutres ;

28 en possède de semblables.

La grande largeur de 26, prise dans le fond des niches, dépasse de 0 m. 70 la largeur du corridor d’en bas sur lequel elle est située. Cette salle, quoique dans le style des autres, a une physionomie àpart (fig. 1 1 , et pl. XXIX). Au lieu de trois groupes decolonnettes comme dans

29 et partout ailleurs, nous n’en avons que deux ; le groupe du milieu a été supprimé.

Il en résulte que les niches entre les colonnes sont plus de deux fois plus grandes que les autres. Elles mesurent 3 m. 65, à peu près la largeur de la salle sous les arceaux (3 m. 70). La hauteur

Fig. 11. — Qasr Harâneh. — Plan de la salle 26.

de ces derniers comme leur ouverture correspondait approximativement à la hauteur des arcs placés contre le mur, au-dessus des grandes niches. On avait donc ainsi quatre arceaux de dimensions égales formant un carré destiné à supporter le toit. Ce dispositif aurait-il été adopté pour re-

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cevoir une coupole ? celle-ci est entièrement ruinée et il n’en reste plus rien. En tout cas elle aurait dû être sur trompes plutôt que sur pendentifs ; on pourrait du moins le supposer d’après les conques qui se trouvent au fond des salles 51 et 59. Les deux grands arceaux formerets ne sont naturellement pas décorés à l’instar de ceux qui surmontent les niches voisines, mais répondent par leurs formes aux arcs transversaux avec lesquels ils étaient appareillés.

Les quatre pilastres des angles supportaient des demi-arceaux adhérents aux murs du fond et de la façade. Les deux petites travées étaient couvertes, comme dans la chambre voisine, par des voûtes en berceau ; il en reste encore quelques débris à l’angle sud-est. On notera sur la paroi orientale représentée dans la coupe G'H' (pi. XXIX) les quatre trous analogues à celui dont il a été question à la page précédente ; il y en a deux semblables de chaque côté de la fenêtre du fond, à la hauteur du linteau et à 0 m. 60 des montants.

La grande porte, au nord, donnait sur la terrasse de la galerie de la cour, ainsi que les portes des deux chambres voisines, 27 et 60. Elle a 1 m. 01 de large à l’extérieur et 2 m. 30 de haut, sans le linteau, épais lui-même de 0 m. 60. Au-dessus du linteau, il y avait une baie de plus d’un mètre dont le sommet devait correspondre, à peu près, à la hauteur de l’arc intérieur. Dans le mur du fond ouvre, à 1 mètre du sol environ, la fenêtre située au-dessus de la porte d’entrée du château. Cette fenêtre mesure dans sa plus grande hauteur 1 m. 28 et dans sa plus grande largeur 0 m. 80.

La petite chambre 61 qui met en communication 26 et 59, attire spécialement l’attention du visiteur par la forme de sa couverture qui, quoique fort ruinée, peut cependant être restaurée, du moins en partie. Au lieu d un arceau, il y en a cette fois deux, se coupant en angle droit, au centre de la salle. Les deux sont encore debout et produisent l’impression d’une vague croisée d’ogives. Mais ils ne se compénètrent pas, n’ont point par conséquent une même clef de voûte, et ont dû être bâtis indépendamment 1 un de l’autre. On a commencé par en faire un et quand celui-ci a été achevé on a construit le second qui est venu battre de chaque côté contre le premier. Il semble qu’il y eut au centre de celui-ci une ornementation en stuc, une sorte de rosace dont la partie modelée s’est effritée.

Le plafond de la chambre était divisé par la croisée des arceaux en quatre compartiments quadrangulaires mesurant en moyenne 1 m. 30 sur 1 m. 45. Pour couvrir ces espaces, on n’a pas eu recours au procédé ordinaire de la voûte, mais à des caissons. On a posé d’abord au sommet

des murs et des arceaux, tout autour des trous à boucher, une première assise de dalles en mortier soigneusement modelées (1), hautes de 0 m. 15 à 0 m. 20 et débordant à peu près d’autant sur l’intérieur de la chambre, décorées en dessous d’une ligne de gouttes placées entre deux moulures plates. Là-dessus sont venues s’appuyer d’autres dalles de même nature, ornées sur les bords de trois moulures rondes. Il reste dans un angle quelques débris de cette décoration que nous avons essayé de photographier (pl. XXVI, 2). En dessus de la seconde ligne de dalles, il y en avait sans doute encore une troisième qui recouvrait les angles et convertissait le trou carré en un octogone beaucoup plus réduit surmonté ensuite d’une calotte, ou peut-être, fermé par une simple dalle.

Le plan par terre de 59 (pl. XXX) rappelle celui de 29 et les deux salles ont beaucoup de points communs : même distribution de la pièce, même nombre d’arceaux et de colonnettes construits de la même manière, fenêtres sur la façade, etc... Toutes ces ressemblances frappent au premier abord. Mais à côté de cela, il y a aussi des différences non moins saisissantes. La première qui saute aux yeux en entrant, c’est la façon dont est terminé le fond de la salle. Les trois premières travées, en avant, sont comme à l’ordinaire surmontées de voûtes en berceau placées entre deux arcs ; mais la dernière, au fond, est couverte par une voûte en cul-de-four ou en forme de demi-calotte raccordée au carré du bas par une trompe à ressauts placée dans chaque angle (pl. XXXI, 1).

Les deux portes qui mettent en communication 59, avec 58 et 61, ne sont point surmontées d’un arceau comme les autres. En avant du véritable linteau en pierre, et quelques centimètres plus haut, de manière à laisser un cadre pour la porte, il y a comme un second linteau, formé de petites pierres et de platras, venant s’appuyer d’un côté sur le pilastre de l’angle, à 0 m. 22 au-dessus de la moulure, et de l’autre sur le groupe des colonnes. La hauteur de ce linteau est de 0 m. 30 ; immédiatement au-dessus passe une corniche blanche, en stuc, haute de 0 m. 11 qui fait le tour du fond de la salle. C’est sur cette corniche que reposent les deux trompes dans les angles. A partir de ce point, le mur, déjà en saillie sur la chambre de toute la largeur de la corniche, s’incline peu à peu vers l’intérieur, autour des trompes, pour aboutir à constituer presque un arc de cercle.

Les trompes sont formées par trois arceaux juxtaposés, d’inégale grandeur, qui vont en s’élargissant. Le plus petit, mesurant 0 m. 30 d’ou

(1) Au-dessus des murs, il semble, en effet, qu’il y ait de véritables dalles en mortier préalablement moulées et bâties ensuite; mais contre les arceaux, sur certains points du moins, on croirait à une simple couche plaquée.

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verture sur une hauteur approximative de 0 m. 25, précède une petite conque ornée dans le fond, au centre, d’un trou entouré de deux cercles en retrait l’un sur l’autre. Ces arceaux ne sont pas en plein cintre, mais d’un galbe brisé dont le sommet aurait été un peu arrondi.

La demi-calotte de la voûte commence exactement à 0 m. 92 au-dessus de la corniche blanche et à 0 m. 25 environ du sommet des trompes. La naissance en est marquée par une saillie de 6 à 7 centimètres, décorée d une ligne de dents de scie posées à plat, et rappelant les gouttes triangulaires du plafond de 61. Cette voûte n’est pas mieux appareillée que les autres, c’est toujours le même procédé, des pierres mal taillées et du mortier à profusion. Elle ne correspond pas exactement à un quart de sphère, ce qui eût été trop demander et ce à quoi du reste les dimensions de la travée se prêtaient difficilement ; mais elle n’en est pas moins élégante, et les maçons qui l’ont construite ont parfaitement résolu le problème de faire reposer une demi-coupole sur un rectangle.

Les trois grands arcs qui constituent les travées sont un peu pointés, mais il semble qu’on les avait arrondis au moyen d’une forte couche de

mortier ; le crépi s’étant détaché, la forme primitive a reparu (1). Le troisième, contre lequel venait s’appuyer la voûte du fond devait être de quelques centimètres plus bas que cette voûte.

Les parois latérales de cette salle présentent elles aussi certaines particularités. Les colonnes ont 1 m. 60 ; les niches dans l’entrecolonnement sont un peu moins hautes que dans 26 et 29. L’arc qui les surmonte, quoique surhaussé, n’a point de petite saillie, de chaque côté, à sa naissance. Le

pourtour sur le devant est décoré d’une étroite moulure plate ou en biseau et d’un petit tore entre deux cavets. Mais c’est surtout la décoration du haut qui est nouvelle. A 1 m. 35 en moyenne au-dessus des niches, il y a

Fig. 12. — Qasr Hafâneh.

Une rosace de la salle 59.

(1) Les colonnes extrêmes ont une plinthe mais pas de tailloir proprement dit.

en retrait sur le mur de 0 m. 03 un cadre, haut de 0 m. 00 et comprenant toute la largeur de la travée, à l’intérieur duquel sont placées deux rosaces qui l’occupent à peu près tout entier. Ces rosaces sont moulées en creux dans le mortier et font corps avec le crépissage, à l’encontre de ce que nous constaterons ailleurs. Elles sont formées de six palmettes séparées par six fleurs de lis, avec un fleuron central entouré d’une sorte de chapelet qui réparait dans la bordure extérieure (fig. 12). La ligne supérieure du cadre est à 0 m. 38 du centre de la voûte et dépasse de 7 à 8 centimètres la naissance de celle-ci.

Nous retrouvons sur la façade, àO m. 46 au-dessus de la porte d’entrée, lajigne^de^fenêtres^signalées^dans 29 (p. 64) ; nombreuses sont cependant

Fig. 13. — Qasr Harâneh.

Décoration du mur de façade de la salle 59 (intérieur).

les différences entre les deux. Ici (pl. XXVIII, 2 et fig. 13) nous n’avons que quatre baies au lieu de cinq ; on a reproduit dans chaque angle les deux colonnettes qui séparent les fenêtres entre elles. Ces colonnettes ne dillerent guère que par quelques mesures de détail de celles de 29. Elles reposent sur une plinthe de 0 m. 03, en retrait de 0 m. 03 sur l’aplomb du mur, et sont terminées par un abaque semblable, épais de 0 m. 035. La hauteur du fut est de 0 m. 63 et la largeur du trumeau de 0 m. 43. Les ou\ertures sont moins hautes et moins régulières que dans 29. 11 n’y a pas deux arcs absolument semblables. L’un se rapproche un peu de l’arc en fer

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à cheval; un autre serait pointé, avec le sommet arrondi, et rappelle l’arc elliptique ; un troisième est complètement déhanché.

A 0 m.60 au-dessus des colonnes, apparaît une ornementation nouvelle, difficile à caractériser (pl. XXVIII, 2 et fig. 13). C’est une série de petites niches avec trois retraits successifs dans le haut et sur les côtés, profondes au centre de 0 m. 105. Elles sont alignées au nombre de huit, séparées par un espace de 0 m. 12, et placées dans un cadre haut de 0 m. 49.

Les chambres 57 et 58 qui font suite à 59, à l’ouest, étaient comme à l’ordinaire couvertes par deux voûtes en berceau que sépare un arc. Ici, l’arc, au centre, s’est trouvé plus élevé que la retombée des voûtes appuyées contre ; d’où la nécessité, pour passer au-dessus de l’arc, de faire décrire une ligne brisée au petit rebord de 0 m. 05 qui marque partout la retombée ou la naissance des voûtes (fig. 14). Le même fait s’est reproduit ailleurs, mais nulle part il n’est aussi frappant que dans 57.

La salle principale de l’aile ouest, à l’étage, 51, est une des mieux conservées comme aussi une des plus curieuses pour la structure et l’ornementation (pl. XXXII). Nous y retrouvons les trois groupes de colonnettes supportant chacun la retombée d’un grand arceau et divisant l’appartement en quatre travées plus ou moins égales. Les deux travées du milieu sont couvertes chacune par une voûte continue très surbaissée ; les deux autres par une voûte en forme de demi-calotte, analogue à celle que nous venons de voir au fond de 59 ; mais tandis que dans 59 il n’y avait qu’une seule voûte de ce genre, dans 51 nous en avons deux ; l’une à l’entrée de la salle et l’autre au fond; les deux à peu près identiques.

Cette fois encore on a eu recours aux trompes pour passer du carré au rond, mais ces nouvelles trompes ont une autre forme que dans 59 (pl. XXXI, 2, et, XXXIII, 1). A 2 m. 25 au-dessus du sol actuel, on a jeté en travers, en avant de chaque angle, un arceau raccordant les deux murs et c’est sur le sommet égalisé de cet arc que vient reposer la demi-calotte. On n’a point tenu compte des angles très obtus qui se trouvent à la jonction du mur du fond et de l’arc et l’on n’a pas cherché à les faire disparaître, comme dans 59, en inclinant un peu les murs vers l’intérieur. Il en résulte qu’à ces endroits le bas de la coupole déborde un peu plus (pl. XXXI 11,1). Comme celle-ci eût par trop débordé entre la trompe et le grand arceau,

Fig. 14. — Hafâneh.

Sommet d’arceau plus élevé que la base des voûtins.

on a établi à chacun de ces coins une petite conque dont le sommet d’un côté, est encastré dans la voûte (pl. XXXIII, 1). Cette disposition est la même aux quatre angles de la salle ; les deux demi-calottes sont conçues et construites de la même façon. Elles venaient s’appuyer contre le grand arc à quelques centimètres au-dessus de son niveau inférieur. Presque à la jonction, il y avait, vers le centre de la voûte, une rosace actuellement en très mauvais état.

Le dessous des arcs des trompes va en s’évasant considérablement. Ils étaient décorés, sur le devant, d’une triple moulure obtenue au moyen d’un petit retrait et de trois raies profondes tracées dans le mortier. L’espace entre le sommet de l’arc et l’angle en arrière était couvert par un plafond plat.

Les trois grands arcs de cette chambre sont construits d’après une méthode qui ne laisse pas de surprendre un peu. Dans la première partie, on a procédé de chaque côté comme à l’ordinaire, disposant les pierres à plat les unes sur les autres, en ayant soin de les relever en arrière et de les faire avancer peu à peu à mesure qu’on montait. Quand on est parvenu à peu près au point de rupture et qu’il était impossible de continuer à bâtir sans cintrage, on a changé de système. On a dressé les pierres plates et on les a plaquées les unes contre les autres, absolument comme dans les voûtes en briques par tranches (pl. XXXI, 2, et pl. XXXIII, 1). Dans la photographie d’ensemble (pl. XXXIV, 1) où figure un arc entier, la partie centrale de cet arc, d’où le mortier s’est détaché, représente la section construite par tranches.

Le dernier groupe de colonnettes, aux deux extrémités de la salle, était llanqué, a l’intérieur de la dernière travée, d’un pilastre carré faisant face au pilastre de l’angle, et destiné à supporter avec celui-ci. les arceaux qui surmontent les niches. Ces arcs venaient s’appuyer sur une petite console en mortier ; ils étaient ornés sur le devant de deux moulures rondes. On a une vue de face de l’un d’eux, celui de l’angle sud-ouest, dans la pl. XXXIII, 1 ; on remarquera que la porte ouvrant au-dessous n’est guère située au milieu.

Dans les deux travées du milieu, les arcs placés au-dessus des deux niches latérales rappellent ceux de 59. Il sont en plein cintre comme tous les arcs de cette salle 51. Le bord était décoré d’un petit tore en stuc. Quoique surhaussés, ils ne possèdent point sur les côtés les petits reliefs que présentent les arcs de 29 et de 31 qui, à la vérité, sont beaucoup plus surhaussés. Nous retrouvons dans le haut des murs de ces deux travées des rosaces rappelant celles de 59, mais très différentes (pl. XXXIV, 2 et fig. 15). Le dessin est tout autre ; il y en a trois ensemble au lieu de deux,

QASR HARÂINEH

•et tandis que dans 59 ces rosaces faisaient corps avec le crépissage, ici ce sont des masses de mortier moulées à part et enchâssées ensuite dans le mur. Elles sont encadrées, dans le haut et sur les côtés, par d’épaisses briques de mortier; leur diamètre est de Om. 46 et leur épaisseur d’une dizaine de centimètres.

Les trois fenêtres du fond, dont l’ouverture, à l’intérieur, va en s’évasant et est ornée d’une triple moulure, sont les seules de cette forme dans tout l’établissement (l). Par contre, la meurtrière placée à 1 mètre sous la fenêtre de gauche, un peu à côté (pl. XXXIV, 1), est identique à toutes celles qu’on a vues .

Cette salle était certainement une des mieux soignées de tout le château ; ce devait être l’appartement de luxe ; c’est la seule sur les parois de laquelle nous ayons constaté quelques inscriptions anciennes. Dans l’angle nord-ouest, entre l’arceau qui surmonte la porte et le mur du fond, se trouve un ancien graffite arabe daté, étudié ailleurs (2).. Au-dessus de cette même porte, à droite, il y en a un second de trois lignes. Sur les colonnes d’à côté, dans le haut, on constate des traces d’autres inscriptions analogues. Il y en avait encore deux autres, l’une dans l’angle sud-ouest sur la trompe et la seconde dans l’angle sud-est, sous la trompe ; elles sont presque complètement dété riorées. Quant aux signes grossiers , tracés sur les murs un peu partout dans le qasr, ce sont des marques de tribus, des wâsems. Quelques visiteurs un peu plus cultivés ont gravé aussi çà et là leur nom.

Les Arabes qui enterrent un peu partout leurs morts, à travers les vieux monuments, ont enseveli un des leurs dans cette chambre. Ils ont gratté un peu les décombres et déposé sur le pavé le cadavre, recouvert ensuite d’un petit tas de terre qu’entourent quelques pierres (3). La pièce

(1) Elles sont béantes, mais nous les avons bouchées pour prendre la photographie afin d’éviter un faux jour.

(2) Voir p. 100, n" 8.

(3) La tombe est visible dans la photographie d’ensemble (pl. XXXIV, 1), entre les colonnes, à droite.

Fig. 15. — Qasr Harâneh. — Rosace de la salle 51.

voisine, 52, renferme deux tombes semblables. Il s’en exhalait une odeur nauséabonde.

Les quatre petites chambres ouvrant sur 51 avaient été décorées elles aussi avec un soin spécial. Dans le bas, elles n’ont rien de particulier, mais partout, le haut des murs est orné de rosaces identiques à celles de la salle voisine. Tandis que dans 51 et 59 ces rosaces existaient seulement sur les murs latéraux, entre le sommet des arcs, ici elles régnent tout autour de la chambre. Dans 50, nous avons à chaque extrémité des deux voûtes, entre l’arc et le mur, deux rosaces séparées entre elles par deux colonnettes et accompagnées sur l’autre côté, d'une colonnette et d’une grosse brique de mortier. Une ligne de briques semblables à ces dernières surmonte le tout (pl. XXXIV, 4). La même décoration se poursuit sur les deux autres parois de la chambre, à l’est et à l’ouest, avec cette différence cependant, que les rosaces, au nombre de cinq, ne sont plus séparées entre elles que par une colonnette. Les voûtes de cette pièce sont très surbaissées ; leur retombée coïncide exactement avec le sommet du cadre renfermant les rosaces. Vers l’angle nord-ouest, dans le haut, est située une petite fenêtre donnant dans la chambre 48 qui déborde à l’extérieur sur ce coin ; c’est en plaçant l’appareil dans cette ouverture que nous avons obtenu la photographie reproduite pl. XXXIV, 4.

La porte qui conduit de l’escalier dans la chambre 53, et par elle dans tout le corps de bâtiment, est étroite (0 m. 71), sans feuillures et omcerte de biais ; sa hauteur actuelle est seulement de 1 m. 60. L’autre porte donnant sur la galerie, à l’est, était beaucoup mieux conçue. Elle figure dans la grande coupe AB et on en a une vue extérieure dans une photographie (pl. XXII).

Les voûtes de 49 sont effondrées et les rosaces un peu endommagées. Celles-ci étaient séparées les unes des autres par une brique dressée, semblable aux briques qui forment le sommet du cadre comme dans 51.

L’appartement situé à l’angle nord-ouest, 48, ne paraît pas avoir été jamais voûté. Quoique les murs aient plus de 4 mètres de haut, on ne distingue sur les parois aucune trace d’arceau, ni à leur sommet aucun vestige d’un système de toiture quelconque. Vraisemblablement ce coin était donc a ciel ouvert. Dès lors, on s’explique plus facilement pourquoi la petite fenêtre de 50 donnant sur cette pièce, et pourquoi le trou communiquant à travers la voûte avec la chambre située en dessous, au rez-de-chaussée.

Une autre particularité de 48, c’est la grande baie pratiquée au niveau du pavé, dans le mur d’enceinte, du côté nord. Cette ouverture haute de plus de 2 mètres et large de 1 m. 12 a l’aspect d’une porte et nullement

QA.SR HARANEH

celui d’uue fenêtre, quand on la regarde de l’intérieur. Cependant elle donne dans le vide et il n’y a jamais eu d’escalier au dehors ; ce n’est donc pas une véritable porte, mais plutôt une fenêtre (1) destinée à aérer très abondamment ce coin où l’on serait venu prendre l’air comme dans une sorte de véranda. Dès lors il est à présumer qu’on y était abrité contre les rayons du soleil par une toile de tente tendue au-dessus ou par des branchages quelconques.

La chambre attenante, 47, dans laquelle on pénètre par une petite porte sans feuillure collée au mur, possède elle aussi un petit trou dans le sol qui la fait communiquer avec la pièce inférieure; elle ne présente rien autre chose de spécial.

Les murs de 44, la salle centrale sur le côté nord, n’ont guère plus de 2 m. 50 de haut ; le reste est ruiné, et ce qui subsiste est encore en fort mauvais état. Le plan par terre est analogue à celui de la plupart de ces grandes salles, ce qui fait supposer que le haut ne devait pas en différer beaucoup non plus. Toujours les trois groupes de colonnes sur les deux grands côtés, réclamant des niches et des arceaux qui ont été détruits. Get état de ruine ne fait que mieux ressortir la négligence avec laquelle on construisait. Les pierres dépouillées du mortier qui les recouvraient apparaissent disposées à l’avenant. On voit que toutes les moulures et les corniches qui accompagnent d’ordinaire les colonnes et les arceaux ne sont qu’un mauvais stuc. Dans les colonnes elles-mêmes le mortier entre pour une plus grande partie que la pierre. La porte sur le devant était sans doute identique à celle de 26 qui fait lace au sud. Les murs ne sont plus assez élevés pour permettre de se rendre compte s’ils étaient décorés de rosaces dans le haut. On peut le supposer cependant avec assez de vraisemblance, car il paraît bien qu’il y en avait dans la petite chambre 45 qui ouvre à l’angle nord-ouest. Celle-ci encore est fort ruinée, mais au sommet du mur ouest, en grande partie debout, on remarque un petit retrait qui ne peut être que le bas du cadre destiné à recevoir des rosaces.

Les deux pièces contiguës à 44, à l’est, 42 et 43, n’ont probablement jamais été voûtées. Sur les murs, hauts de 2 m. 50 à 3 mètres on ne distingue en effet aucune retombée d’arceau. Dans le mur est de 43, à 3 mètres du sol environ, trois petits trous régulièrement disposés auraient pu servir à la rigueur à recevoir des poutres pour la toiture. La porte qui donnait sur la terrasse de la galerie a été murée.

(1) Le bas parait du reste avoir été jadis bouché, du moins en partie.

La chambre 41, qui fait suite à 42, ressemble à cette dernière. Encore ici, aucun débris d’arceau. S’il y en a eu un appuyé contre la paroi nord, il a totalement disparu, et de chaque côté de ce qu’on pourrait éprendre pour des traces qu’il aurait laissées sur le mur, il y a deux trous analogues à ceux que nous avons signalés dans 43. Ces trois chambres ont plutôt l’air inachevées que ruinées. Peut-être est-ce même tout cet angle du château qui n’aura jamais été terminé complètement. On en a encore plus l’impression quand on regarde la photographie de l’extérieur (pl. XIX, 1). Nous avons noté plus haut (p. 53) la différence d’appareil et de matériaux qui existe dans le mur d’enceinte, à partir de 0 m. 50 environ, au-dessus du cordon de briques, et qui pourrait suggérer que la construction a été faite en deux fois. C’est précisément toute cette partie supérieure qui fait ici défaut. Le travail n’aurait-il pas été interrompu pendant quelque temps, puis repris avec d’autres matériaux et finalement laissé incomplet sur le point qui nous occupe ?

La chambre du coin, 40, rappelle celle de l’angle opposé, 48. Elle a une grande porte ouvrant au niveau du sol de l’étage, à l’est (1), et vers le centre se trouve encore un trou de communication avec l’appartement du dessous ; l’épaisseur de la voûte à cet endroit est de 0 m. 42. Mais tandis qu’ici, nous venons de le dire, les murs sont inachevés, ceux de 48 atteignent la hauteur normale de l’enceinte qui, sur ce point, à l’extérieur, ne présente pas de différence d’appareil dans la partie supérieure (pl. XIX, 2).

Nous ne donnons point de plan détaillé de 37, la salle principale de l’aile orientale, car elle ne présente aucun intérêt spécial, après ce que nous avons dit des autres pièces de ce genre. C’est la plus simple de toutes et rien de particulier ne la caractérise. Le plan par terre, sauf des détails inappréciables (2), est un double de celui de 29. La structure générale et l’ornementation des grandes parois sont les mêmes dans les deux ; les arcs au-dessus des niches sont peut-être un peu plus surhaussés dans 37, mais c’est là toute la différence. Nous ne comprenons point par quelle méprise cette salle a été si complètement défigurée dans le plan, et surtout dans la coupe, qu’en donne M. Musil (3). Ces arcs lancéolés, reposant sur d’élégantes colonnettes avec une base et un chapiteau, sont une pure composition du dessinateur. Il n’y a rien de semblable dans ■cette salle ni dans aucune autre. On trouvera (planche XXXIII, 2), une

(1) La grande ouverture marquée au nord dans le plan du docteur Musil n'existe pas.

(2) Les pilastres des angles, par exemple, sont un peu différents dans les deux; une des portes latérales de 37 n’ouvre pas dans la même travée, etc.

(3) Moab, p. 295, s.

QASR HARANEH

photographie de la paroi nord de cette salle, reproduite dans la coupe CD du docteur Musil. Cette vue montrera clairement tout ce qu’il y a de divergence entre la réalité et le dessin. La photographie a été prise du seuil de la porte située en face, dans la seconde travée et conduisant dans 35. Le fond de la salle ne se termine pas non plus en arc de cercle mais à angle droit; la dernière travée est couverte comme toutes les autres, par une voûte en berceau. La grande porte qui donnait sur la galerie de la cour était analogue sans doute à celle d’en face. Toute la partie supérieure a disparu, mais il reste encore un linteau en pierre, et en avant de ce linteau, du côté de la cour, un bout de la poutre en bois qui lui était accolée (pl. XXXIV, 3).

Les quatre chambres qui donnent sur 3 / n'oftrent rien ae particulier ; les deux premières en avant sont très ruinées. Dans 39 l’arceau qui divise le plafond et supporte les deux petites voûtes est orienté d’est en ouest et ne vient point contrebuter l’arc de la grande salle.

N’y avait-il pas à l’étage, en avant des chambres, une galerie analogue à celle du rez-de-chaussée ? On pourrait le conjecturer en voyant une sorte de rainure qui court vers le sommet du mur ouest, au-dessus des fenêtres (pl. XXII), et qui était certainement destinée à servir de point d’appui à quelque chose. Mais en y regardant de près, cette rainure ne semble pas avoir été utilisée, et il n’existe point sur les murs sud et nord de traces d’arceaux comme dans le bas. S’il paraît donc assez vraisemblable qu’on se proposait de faire une galerie supérieure, il y a néanmoins des raisons de croire que celle-ci n’aura jamais été construite.

La terrasse du monument est en fort mauvais état. Elle n’était point unie mais vallonnée, au hasard des voûtes dont les sommets arrondis émergeaient a l’extérieur. Nous avons dit plus haut un petit mot de 1 escalier qui y conduisait. Dans l’hypothèse d une galerie supérieure, dont la toiture eût été de niveau avec la terrasse, l’escalier serait venu aboutir tout naturellement en une seule volée au-dessus de la galerie. Si au contraire celle-ci n’a jamais existé, ainsi que nous le pensons, il faut supposer qu’on avait ménagé vers le sommet de l’escalier un petit palier d où partaient trois ou quatre marches permettant d’arriver sur la terrasse même des chambres (voir coupe AB, pl. XXV).

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