ET-TUBA
mur d’enceinte, possède dans le bas six assises de pierres de taille au lieu de trois. Les assises des murs latéraux et du mur du fond ne concordent pas, ce qui prouverait qu’ils n’ont pas été construits en même temps, et que sur ce point comme sur les autres, on avait commencé par élever l’enceinte. Quand on bâtit celle-ci, on devait se proposer de faire tous les murs de la chambre 0 en pierres de taille sur une hauteur de 6 assises comme pour le côté nord. On en a la preuve dans ce fait qu’on avait laissé aux angles nordouest et nord-est deux pierres d’attente commençant la cinquième assise sur les parois est et ouest de la chambre. Au-dessus de ce soubassement en pierres appareillées, tout le reste de la construction est en briques, larges de 0 m. 25 et épaisses de 7 centimètres, séparées par une couche de mortier épaisse de 2 centimètres en moyenne. Par endroits, on a tiré des joints entre les briques en passant le bout d’un doigt sur le mortier encore frais. Cette décoration aussi simple qu’originale n’est pas dépourvue de toute élégance.
Au point de vue architectural, la voûte de ces deux chambres mérite une attention spéciale. Sa naissance est marquée à 4 m. 15 du sol par deux assises de briques posées à plat et débordant de 4 centimètres le long des grandes parois (pl. XIII, 5). A partir de ces deux assises, les
Fig. 4. — Oasr et-Tùra. — Coupe longitudinale des salles O et O', face à la porte. Voir plan pl. VIII. — Échelle : 1 cent. = 1 m. 3314.
autres briques sont placées de champ et la voûte a été construite par tranches. Celle-ci est à arc brisé, mais d’un galbe obtus, se rapprochant beaucoup du plein cintre. Elle mesure à la base 4 m. 54 et le rayon est de 2 m. 42, soit de 0 m. 15 plus long que la moitié de la base.
L’épaisseur de la maçonnerie est de 0 m. 39 et comprend la hauteur d une brique et demie ; les joints sont régulièrement coupés dans tous les sens. La voûte était recouverte, à l’extérieur, d’une couche de mortier bien battu qui existe encore en quelques rares endroits.
C’est probablement le manque de bois, dans cette région déserte et inculte, qui a suggéré de bâtir ces voûtes par tranches, au lieu de les l'aire par assises. Grâce à ce procédé, on n’avait pas besoin en effet de cintre et la question des échafaudages se trouvait ainsi simplifiée (1). La première tranche, dans la salle O, a dû être accolée contre le mur sud. A mesure que le travail avançait, le maçon avait une tendance à incliner un peu en arrière ses tranches au lieu de les laisser verticales, cette disposition lui facilitant la besogne ; aussi quand il est arrivé au bout, il a dû ajouter dans le haut une tranche supplémentaire avec une épaisseur considérable de mortier (pi. XIII, 4).
Les deux chambres O et O' sont séparées par un mur épais de 1 m. 32, perce de deux fenêtres ogivales, larges de 0 m. 52 et hautes de 1 m. 10. Leur base est à la même hauteur que celle des briques de la voûte disposées par tranches. L’arcade de ces fenêtres tient le milieu entre celle des grandes voûtes et celle des portes dont il est question un peu plus loin. Immédiatement au-dessus de l’assise de briques qui court sur l’arceau des fenêtres repose le cadre d’un œil-de-bœuf dont le sommet était à la hauteur du centre de la voûte. Le diamètre extérieur de ce cadre était de 0 m. 775 et le diamètre intérieur, ou celui de l’ouverture de l’œil-de-bœuf, de 0 m. 49. Tandis que les fenêtres mettaient les deux chambres en communication,
1 ouverture ronde située au-dessus était indépendante dans chaque salle et donnait sur l’extérieur. Le centre du mur de séparation s’arrêtait en effet a la hauteur de l’œil-de-bœuf, qui était percé dans un mur large seulement de 0 m. 25, et formé d’une seule rangée de briques superposées fermant l’extrémité de la voûte. On peut facilement se rendre compte de cette disposition en jetant un coup d’œil sur la coupe (fig. 4) ou sur la
petite photographie reproduite (pl. XIII, 3).
Dans le fond de la salle O', du côté sud, étaient deux fenêtres ogivales
(1) Voir dans Choisy, l'Art de bâtir chez les Byzantins , p. 31 ss., le principe de la cons truction sans cintrage appliqué aux voûtes en berceau.
QASR ET-TÛBA
identiques aux deux dont nous venons de parler, percées dans toute l’épaisseur du mur, et surmontées d’un œil-de-bœuf ménagé dans un petit mur de 0 m. 25. Ce petit mur est à peu près entièrement ruiné ; néanmoins la base de l’œil-de-bœuf subsiste encore en partie (pl. XIV, 1). Comme on tenait à économiser les matériaux, le plus possible, dès avant la naissance de la voûte, on avait commencé à rétrécir, en manière de pignon, la façade méridionale des chambres, les assises de briques formant de chaque côté une sorte d’escalier (1). Au-dessus des fenêtres, on n’a même plus continué le pignon, on s’est contenté d’élever, en arrière, un mur aussi étroit que possible. Mais c’est surtout sur le front septentrional, où il n’y avait point de fenêtres, que le mur dans sa partie supérieure a été réduit à la plus simple expression (pl. XIII, 4); on n’a guère fait qu’empiler quelques briques pour fermer l’extrémité de la chambre (fig. 4).
Au sommet des murs latéraux, entre leur bord extérieur et la voûte, il existe un espace de 0 m. 95 en moyenne, distribué en trois degrés de la largeur et de l’épaisseur d’une brique, sur lesquels un homme peut facilement stationner et circuler (pl. XIII, 3 et 4).
Au fond de la salle O. du côté nord, sur l’assise supérieure de pierres, immédiatement au-dessous des briques, il y a plusieurs grafl'ites arabes tracés à l’encre noire avec un calame. Quelques-uns comprenaient jusqu’à 6 et 7 lignes ; mais ils sont en fort mauvais état et il est presque impossible de rien en tirer. Les lettres, hautes en moyenne de 10 à 15 millimètres, rappellent celles de certaines autres inscriptions arabes notées à qasr Harâneh et dont une est donnée plus loin (p. 100). Cette dernière est datée de l’an 92 de l’hégire, soit de l’an 711 de notre ère. Les graffites de Tuba doivent être contemporains. L’un d’entre eux, situé vers l’augle nord-ouest de la salle, était daté; on lit clairement le mot ô-, mais les lettres qui suivent sont très détériorées. Peut-être pourrait-on y retrouver les éléments des mots ou
Les portes de ces deux salles, et celles des chambres voisines, P et P', sont toutes les mêmes. On a une vue de deux d’entre elles dans la planche XV, 2 ; ce sont les deux situées en face de la porte de O, à l’ouest. Toutes ont leurs linteaux complètement arrachés. On se demande si ces linteaux étaient en pierre ou en bois. Le peu de hauteur des échancrures, parfois, au sommet des montants, et le fait qu’on ne trouve aucun débris de linteau en pierre par terre, pourraient faire croire que ceux-ci étaient
(1) A l’angle sud-est, il y a en plus une grande échancrure réservée lors de la construction du mur et qui, sans doute, devait entrer plus tard en relation avec le couloir voisin.
en bois. Par contre, il serait assez curieux qu’on se fût contenté d’une simple poutre de bois, étant donné la largeur du mur, 1 m. 32. L’hypothèse la plus vraisemblable paraît être celle de linteaux en pierre accompagnés par derrière, d’une poutre de bois servant au montage de la porte (1). Un fait certain, c’est que les linteaux de ces cinq portes ont été arrachés de vive force et ne se sont point effrités sur place.
On a dans la coupe YY' (fig. 4) un diagramme de la porte des chambres O et O'. Les baies étaient moins larges dans le bas qu’au-dessus du linteau ; ainsi, tandis qu’on a seulement 1 m. 21 entre les montants, à la naissance de l’arc il y a 1 m. 31 (2). De plus, il est à noter que l’arc ne commençait pas immédiatement au-dessus du linteau mais qu’il est surhaussé. Ces deux particularités se retrouveront dans les portes du château de Harâneh où le genre de construction et les matériaux ne sont plus cependant les mêmes. Quant à l’arcade de ces portes, elle est moins obtuse que celle des voûtes, mais tracée cependant avec un rayon de beaucoup inférieur à l’ouverture. Le procédé de construction est assez original. On a deux arcs superposés ; un premier, construit par tranches, et au-dessus, une sorte d’arc de décharge bâti par assises. La gaucherie avec laquelle ce dernier a été fait tendrait à prouver que les ouvriers avaient peu l’habitude de construire des arcs de cette façon. Autant ils semblent avoir été habiles pour élever des voûtes ou des arceaux par tranches, autant ils paraissent avoir été maladroits quand il s’agissait de construire une voûte ou un arceau par assises rayonnantes.
Les deux salles, P et P', faisaient pendant à O et O' ; elles ont à peu près toutes les quatre les mêmes dimensions. Les murs de P et P' ont été élevés jusqu’à la naissance de la voûte (3) ; mais il est fort douteux que celle-ci ait jamais été construite. Si d’un côté, l’amas des matériaux, à l’intérieur des chambres, peut faire croire à des débris d’une voûte écroulée, il est bien curieux, d’autre part, que cette voûte n’ait laissé aucune trace au sommet des murs. Dans le cas où elle aurait réellement existé,
(1) Nous avons signalé plus haut cette disposition pour les portes de B et B’ à l’entrée du château. Nous trouverons aussi la même chose à Qasr Harâneh (p. 55 et 77).
(2) Les mesures sont les mêmes pour toutes les portes, à un centimètre près; largeur de la baie dans le bas, 1 m. 21 ou 1 m. 22 ; dans le haut, à la naissance de l'arc, 1 m. 31 ou 1 m. 32; rayon de l’arc, 0 m. 78 ou 0 m. 79; hauteur totale 3 m. 30 en moyenne.
(3) Sauf le mur septentrional de P qui se confond avec le mur d’enceinte et est un peu moins élevé que les autres parois de ces chambres. — Au sommet des murs latéraux, il y a, sur plusieurs points, une rangée de briques débordant de 6 à 7 centimètres et correspondant aux deux assises qui, dans les chambres d’en lace, marquent le point de départ de la voûte.
QASR ET-TUBA
nous devrions trouver quelques restes des murs qui l’auraient fermée à ses extrémités. Or , rien de semblable. Le mur d’enceinte qui forme la paroi nord de P a ici la même hauteur qu’à côté dans la cour, et il ne paraît pas avoir été jamais plusjélevé. Il est moins haut que les parois latérales de cette môme chambre et celles-ci se terminent au nord tout droit, sans présenter de briques d’attente pour les lier à un mur hypothétique élevé sur le mur d’enceinte.
Les dernières chambres, à l’angle nord-ouest, attenantes à P et P', étaient conçues exactement dans le genre des précédentes ; mais leur construction est encore moins avancée. Les portes sont inachevées ; celle qui donne sur la cour M ressemble à celle qui lui fait face au nord ; les montants sont en briques, sauf naturellement les assises du bas.
Les appartements appuyés contre l’enceinte, entre la grande porte C et la tour ronde D, correspondent exactement à ceux qui sont situés à l’ouest de la grande entrée et que nous venons de passer en revue. Le nombre des chambres est le même, leur disposition et leurs mesures sont à peu près identiques. On a d’abord un couloir, puis deux chambres donnant sur une cour ; au delà de la cour, deux autres chambres semblables aux deux précédentes, et en arrière, encore deux salles communiquant entre elles comme à l’angle ouest-nord du château. Seulement ici, à l’est de la grande entrée, le travail fut moins avancé que de l’autre côté. On n’avait guère fait que tracer le plan par terre de tous ces appartements. Tout au plus, avait-on bâti les trois assises de pierres placées à la base et qui se sont presque entièrement effritées. Les murs des chambres n’ont jamais atteint les briques d’attente qui leur font face dans la paroi intérieure du mur d’enceinte (pl. XIII, 1).
Un mur partant du centre de la tour D allait rejoindre le côté méridional de l’enceinte sur la tour J et divisait tout le château en deux parties à peu près égales et symétriques (1). Il est possible que ces deux parties, ayant chacune sa porte d’entrée, fussent complètement distinctes et ne communicassent point entre elles. La porte de communication marquée en pointillé sur le plan, au centre du mur transversal allant de D à J, est très vraisemblable, mais elle n’est pas sûre à cause de l’état ruineux de ce mur.
(1) Les chambres attenantes à ce mur, à l’est et à l’ouest, devraient avoir, semble-t-il, la même largeur des deux côtés; etc’est bien ce que nous avions cru constater dans les chambres les plus ruinées, au sud; mais du côté nord où les soubassements subsistent en partie, nous avons noté d’un côté 4 m. 97, et de l’autre 3 m. 84. Ce mur a été tracé d’un bout à l’autre d’après ces dernières mesures; peut-être serait-il à reportera l’ouest de cinquante centimètres.
La symétrie parfaite réclamerait, à l’est de la grande cour L, deux cours semblables à M et M' ; mais ces deux cours n’ont certainement pas existé. Des traces de murs, très manifestes, attestent que de ce côté la disposition des lieux était tout autre qu’à l’ouest et justifient pleinement le plan par terre tel que nous le donnons. A’raisemblablement, trois de ces rectangles T, X et X' étaient destinés à être voûtés, tandis que les deux grands carrés, V et Y', auraient été des cours à ciel ouvert. Le grand corridor central 1 communiquait sans doute par une porte avec T/, ainsi que nous 1 avons dit ci-dessus, mais le mur de séparation entre T et T' ne peut être douteux et il est impossible de voir dans ces deux chambres allongées un seul couloir réunissant les deux grandes cours L et L'.
Passons aux appartements situés vers l’angle sud-ouest du château.
Il subsiste encore un angle de l’un des montants de la porte qui conduirait de la cour L dans la cour ML Ce montant était en pierres de taille et la façade de la porte devait être richement décorée ; il en eût été de même sans doute des portes extérieures de V et Y'. Dans l’angle nord-est de M' est accumulée une grande quantité de briques. On pénétrait de cette cour M' dans les appartements du sud par deux portes analogues à celles que nous avons trouvées dans M, sur le côté nord. La porte située à 1 angle sud-ouest était une porte ordinaire avec des montants en briques. Celle de 1 angle sud-est, au contraire, avait des montants en pierres de taille avec un encadremeut sculpté. Actuellement elle est ruinée, mais nous avons dégagé, à côté, un des blocs finement travaillés qui faisaient partie du cadre (pi. XVII, 2).
La disposition des chambres placées au sud-ouest du château est tout autre que sur le coté nord-ouest. Klles forment cependant un ensemble régulier et symétrique. Un coup d’œil jeté sur cette partie du plan permet d en saisir aussitôt la parfaite harmonie. Au fond de la grande cour L, on remarque quatre salles à peu près carrées, accostées à l’est et à l’ouest, par deux parallélogrammes allongés du nord au sud, et terminés par deux petites absides. Au delà des parallélogrammes, de chaque côté, à 1 est et à 1 ouest, sont encore deux chambres carrées suivies de deux autres chambres plus réduites. Malgré le bouleversement des constructions dans cet angle, les murs subsistent en beaucoup d’endroits, de sorte que le relevé de ce coin n offre pas de difficulté sérieuse ; aussi, nous sommes étonnés que le plan de M. Musil soit si défectueux sur ce point.
Comme pièce j ustificative du plan que nous publions, on voudra bien consulter la photographie donnée planche XVI, 1. Cette vue a été prise de sur les ruines de la tour V en regardant vers le nord-ouest. Au premier plan, on
QASR ET-TÛBA
a un fragment de mur renversé et qui n’est plus en place ; vers le centre de la photographie, un peu à droite, se trouve la croisée des deux murs qui en se coupant forment les quatre salles carrées situées au sud de la cour L et omises dans le plan de M. Musil. En arrière, un pan de mur en pierres de taille est un des montants de la porte conduisant de M' dans R, A droite, le beau tronçon de mur en briques, à l’extrémité duquel sont encastrées quelques pierres d’appareil, est le reste du gros mur qui séparait L de M et M', et les pierres appartiennent à la porte par laquelle on pénétrait de L dans M'.
La plupart des murs, dans cette partie du château, se sont effondrés par suite de la désagrégation des trois assises de pierres qui en formaient la base. Les plus élevés, à l’ouest, n’ont jamais dépassé 2 m. 50 à 3 mètres de haut ; les autres pouvaient avoir de 1 mètre à 1 m. 50. C’est dire que ces constructions n’ont jamais été achevées. Il semble cependant qu’on peut se faire une idée approximative de l’aspect qu’elles devaient présenter plus tard. Sauf les deux salles extrêmes placées de chaque côté à l’est et à l’ouest, toutes les autres paraissent trop larges pour avoir été destinées à recevoir des voûtes. R et R' se présentent comme deux cours dans le genre de N (1) ; les quatre chambres carrées donnant sur ces cours ont en moyenne 8 m. 30 X 8 m. 30, ce qui est beaucoup pour être recouvertes d’une voûte, vu les conditions dans lesquelles on travaillait à Tûba. Vraisemblablement toutes ces chambres devaient donc rester à ciel ouvert ; on se serait contenté d’élever les murs à 3 m. 50 ou 4 mètres environ, jusqu’au niveau du sommet des portes. Seules les deux dernières chambres, à chaque extrémité, auraient été voûtées.
Si nous pénétrons maintenant dans la seconde partie du château, la partie orientale, par la seconde grande porte, F, nous retrouvons de ce côté, à peu près exactement, tout ce que nous avons vu à l’ouest. La grande différence consiste en ce que, de ce côté-ci, les travaux ont été à peine commencés. A l’exception du mur d’enceinte, sur la face nord, quia atteint sa hauteur normale, ou peu s’en faut, tout le reste était simplement dessiné sur le sol, par une ou plusieurs assises de pierres formant comme un vaste échiquier. Depuis longtemps, toutes ces pierres ont été désagrégées et il ne subsiste plus que leur poussière pour nous donner le plan du monument.
(1) Les absidioles situées au fond de ces cours pourraient être parfaitement des mil.irabs pour la prière. Ce n’est pas seulement dans les mosquées avec un toit qu’onlrouve des mihrabs, mais.il y en a aussi généralement dans les parvis et sur les cours des mosquées, auprès des sources, etc. Cependant, avant d'admettre une pareille interprétation, il faudrait être sûr que le château n’est pas antérieur à 1 Islam.
L entrée F, à l’instar de C, débouche sur une vaste cour L' de 30 m. 40 X 30 m. 30. A l’ouest de cette cour, cinq divisions correspondent exactement aux cinq divisions situées à l’est de L : T, Y', V, X, X'. De l’autre côté, on s’attendrait à trouver deux cours semblables à M et M'. Les deux cours existent, mais elles ne se prolongent pas jusqu’au mur d’enceinte comme M et M' ; elles en sont séparées par deux chambres de près de 4 mètres de large (1). Cette divergence est la plus sensible, on peut même dire la seule, qu’il y ait entre les plans des deux parties du château. La disposition des salles appuyées contre l’enceinte, au nord, est absolument la même que celle des salles qui se trouvent au nord-ouest. La grande entrée est identique. De chaque côté, on a un corridor, puis deux chambres ouvrant sur une cour, au delà de la cour, deux nouvelles chambres dont une communique avec deux autres situées en arrière. Sur la face méridionale, au sud de L', c’est encore la même répartition du local qu’au sud de L : deux cours allongées sur lesquelles donnent quatre salles carrées, et à chaque extrémité deux chambres de moitié moins larges.
D’après la description qui précède, on voit que s’il est facile de restaurei en entier le plan de qasr et-Tuba, ce château n’a été cependant que commencé. Il restait encore à faire beaucoup plus de la moitié des travaux quand un événement quelconque vint les interrompre à tout jamais. Ce qui était déjà bâti et qui subsiste encore aujourd’hui, donne néanmoins une idée suffisante de l’aspect que devait présenter le monument, de son genre d architecture et aussi des procédés de construction.
A une cinquantaine de mètres au nord-est du château, un remblai de terre disposé en long, du nord au sud, formait une barrière contre les eaux dévalant du gebel el-Bêda et les dirigeait vers le nord afin de les empêcher de venir endommager les soubassements des constructions. A noter en avant de cette digue, à l’ouest, une tombe arabe non loin de
laquelle on remarque les débris d’une enceinte rectangulaire de 8 à 9 mètres de côté.
Au sud, près du confluent de l’ouâdy Qasseh et de l’ouâdy Gadaf, il y a, sur la rive droite de ce dernier, des restes d’une ancienne digue l’aro-e de 3 mètres environ, formée de gros blocs de silex. On la retrouve encore un peu plus bas, à une soixantaine de pas. Elle était destinée à contenir dans leur lit les eaux du torrent et à les empêcher de déborder du côté
(1) Abstraction faite du corridor T', la disposition des appartements et des donc ete ia même, à l’est et à l’ouest de L'.
cours eût
QASR ET-TÛBA.
du château. Cette précaution avait sa raison d’être, car, au dire des Arabes, l’ouâdy Gadaf qui draine toutes les eaux du versant oriental du plateau, depuis très loin au sud, est converti parfois en un torrent impétueux inondant toute la plaine jusqu’auprès des murs du qasr. En maints endroits, au centre de la vallée, le rocher a été mis à nu par la violence du courant.
Pour parer aux débordements de l’ouâdy Qasseh, dont les eaux auraient pu encore avec plus de facilité, atteindre et ruiner le côté sud de l’enceinte du château, on avait élevé, sur le bord septentrional de l’ouâdy, une chaussée en terre. Celleci existe encore en très grande partie, mais il s’y est produit- plusieurs brèches à travers lesquelles s’échappe l’eau quand il pleut très fort.
Ces torrents, si terribles à certaines heures, restent parfois des années à sec : aussi avait-on
dû creuser à grands Fig. 5. — Le 1" puits au nord de Qasr et-Tûba.
frais des puits très profonds afin d’alimenter d’eau qasr et-Tûba. Il y a trois de ces puits dans
l’ouâdy Gadaf, en aval du qasr.
Le puits le plus rapproché (f ig. 5) est à un quart d heure du château. 11 mesure 2 m. 83 de diamètre et doit avoir une trentaine de mètres de profondeur. Il est bâti sur 4 m. 60, dans le haut, et tout le reste paiaît creusé dans le rop. A côté se trouve un bassin de 4 m. 49 x 4 m. 93 et jadis profond d’un mètre environ. Contre le mur du bassin et du puits, au sud, viennent s’appuyer les deux extrémités d’un cercle formé par une assise de pierres, qu’on serait tenté de prendre, au premier abord, pour les soubassements d’un réservoir circulaire. Nous constaterons un cercle analogue à côté des deux autres puits de Tuba et des deux puits de qeseir
Amra. Partout on n’a qu’une assise de pierres, et l’intérieur du rond est
rempli de terre. Evidemment, c’est là une petite esplanade sur laquelle tournaitla bête de somme destinée à actionner la noria qui servait à faire monter l’eau. Ceci apparaîtra surtout dans les puits de qeseir 'Amra où le cercle est accompagné de deux piliers servant de supports à la noria.
Fig. 0. — Le puits n° 2, au N. de Qasr et-Tuba. Le puits n° 2 (fig. 6
et pl. XYI, 2), situé à
huit minutes au nord du précédent, avait comme ce dernier environ 30 mètres de profondeur.
Son diamètre est de 2 m. 20. La construction émerge de 1 mètre au-dessus du sol. Sur cette maçonnerie recouverte de larges dalles, on a bâti deux murs parallèles a et &, d’inégale largeur et surtout d’inégale longueur, qui supportaient un mécanisme quelconque pour tirer l’eau. Deux gros blocs de plus d’un mètre de haut, avec une échancrure au sommet, constituaient le véritable point d’appui. Le mur le plus long était
Fig. 7. — Le puits n» 3 au N. de Qasr et-Tùba.
percé, vers le milieu, d une petite fenêtre. Tout autour de l’orifice du puits on a entaillé les dalles sur une largeur de 8 à 10 centimètres comme pour