QA.SR ET-TÛBA
recevoir un couvercle. On distingue encore sur ce rebord deux trous de scellement. Un petit bassin de 1 m. 85 X 3 m. 50, en grande partie ruiné, était attenant au puits. Sur la face opposée devait exister un abreuvoir bâti, reconnaissable aux traces de ciment, visibles sur le sol et contre la paroi du mur.
Le troisième puits (fig. 7) se trouve à dix minutes au nord du précédent, un peu plus haut, sur la rive droite de l’ouâdy. Il a 2 m. 25 de diamètre et nous avons estimé sa profondeur à près de 40 mètres. Son plan rappelle beaucoup celui du puits n° 1.
Ces trois puits sont actuellement à sec, mais il suffirait sans doute de les curer pour retrouver l’eau. Ce travail, un peu difficile, et pénible ne sourit guère aux bédouins qui trouvent plus simple d aller boire tranquillement avec leurs chameaux l’eau sale d’un gadir, quitte à émigrer ensuite quand il n’y en aura plus.
La présence de ces puits, alors même qu’on supposerait leur débit peu considérable, témoigne de l’importance de Tuba à un certain moment. Ce moment ne fut vraisemblablement pas de longue durée, à en juger par 1 état d’abandon dans lequel ont été laissées les constructions. « Quel est le magenoun (fou) qui est venu bâtir dans ce pays où il n’y a ni blé, ni orge, ni un arbre, ni une récolte quelconque! », dit en arrivant à Tuba le gendarme circassien qui nous accompagnait. On ne se rend pas compte en effet du motif qui a pu présider à une installation, même passagèie, en pareil lieu et l’on est porté à attribuer cela à un caprice de souverain oriental. Le caprice fut peut-être vite satisfait, ou en tout cas n agréa pas au successeur, et le plan des constructions ne fut jamais réalisé.
Mais qu’était-ce au juste que qasr et-Tùba ? Les deux grandes cours centrales, entourées de cours plus petites et d’appartements régulièi ement distribués le long des murs, donnent à ces ruines l’aspect d’un vaste caravansérail. Il est difficile de songer à un palais proprement dit dans le genre de Mesatta ; car un palais présenterait des appartements spéciaux, tranchant sur le reste des chambres par la forme, les dimensions et 1 ornementation. Or, rien de semblable n’existe à Tùba ; les chambres sont toutes conçues de la même façon.
L’idée d’un château fort ne satisfait guère davantage. On eût choisi pour une forteresse un site plus propice, par exemple, les sommets voisins du gebel el-Bêda. L’enceinte flanquée de tours pouvait sans doute offrir un abri contre une surprise des bédouins ; mais ce n’est point là ce qu’on peut appeler un ouvrage de défense. On aura remarqué qu il ny a pas une seule meurtrière ni rien qui relève véritablement de l’architecture
militaire. Les tours paraissent avoir été bâties pour renforcer les murs et surtout pour la ilécoration. Les deux tours carrées, flanquant au nord les portes d'entrée, sont deux chambres ordinaires et ne ressemblent nullement à des bastions.
Le plan de n’importe quel lchân comprend, d’une façon générale, un mur d’enceinte contre lequel viennent s’appuyer à l’intérieur, des habitations et des écuries, laissant une vaste cour au centre. Dans l’ensemble, nous retrouvons à qasr et-Tùba une disposition analogue et c’est ce qui nous fait dire que ces ruines offrent l’aspect d’un caravansérail. Néanmoins on ne se hâtera pas de conclure que Tuba n’est qu’un simple khân, car le plan dont on vient de parler correspond aussi à celui des châteaux actuels du derb el-Hagg non moins qu’à celui d’un certain nombre de postes du limes romain et il peut s’adapter à plusieurs fins.
La finesse avec laquelle avaient été sculptées les principales parties, révèle un luxe vraiment princier. On ne distingue, il est vrai, les restes d’aucune salle particulièrement digne d’avoir abrité un monarque. Mais l’ensemble correspond bien à l’idée qu’on pourrait se faire d’un monument conçu pour servir de résidence pendant quelques semaines de printemps à un prince arabe avec sa cour de semi-nomades (1).
(1) Voir plus loin, p. 110, ce qui est dit du séjour Walid II à Gadaf, ou Agdaf, qui pa rait bien devoir être identifié avec Qasr et-Tùba placé sur le bord de l’ouàdy Gadaf.