‹ Mission BingerChapitre 7 sur 11 · I. prend que M, le capitaine Ménard et cinq de ses tirail · texte numérisé non relu

I. prend que M, le capitaine Ménard et cinq de ses tirail

[ leurs sénégalais ont été massacrés par les gens de

l-Samory, non loin de Sakhala.

La nouvelle du désastre aurait été apportée aux pre- I miers postes français par deux hommes de l'escorte [échappés à grand'peine. Le malheur ne semble donc Lque trop certain. A coup sûr, les chefs de Kong ont eu I connaissance de ces faits. S'ils n'en ont soufflé mot, se * Contentant de répondre, lorsque nous nous informions de notre compatriote, qu'ils l'avaient vu partir en bonne santé, on ne saurait pour cela les accuser de fourberie. En semblable occurrence, la plupart des noirs Lagissent sous l'empire de ce sentiment, qui nous fait fhésiter longtemps avant d'affliger un ami par l'annonce I d'une mauvaise nouvelle. S'ils se décident à la révéler, I c'est à ta fin d'une longue conversation sur des sujets

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sans importance, après mille parenthèses et circonlocutions ; au moment de se retirer ils transmettront leur triste message. Quoi qui] en soit, la mission du docteur Crozat devra se borner maintenant à recueillir quelques renseignements plus précis sur les circonstances dans lesquelles a péri le capitaine Ménard et, s'il est possible, les papiers du voyageur.

Nos préparatifs sont terminés ; les trois convois peuvent partir de Kong, dans des directions différentes, Il au premier signal.

L'achat des provisions, le partage des marchandises, la disposition des charges nous ont aidés à tuer le temps. Maintenant, c'est le calme plat, le désœuvrement et l'ennui qu'exaspèrent encore les inconvénients de notre résidence, la contrainte dans laquelle nous vivons. J'ai dit qu'il ne fallait pas songer à ta promenade, un pas, un geste pouvant donner lieu à des commentaires désobligeants. Pour un rien, pour un caillou qu'on ramasse, une branche cassée, on vous accusera peut-être d'avoir combiné quelque maléfice. Un chiffon de papier laissé derrière une haie mettra les esprits à l'envers. Celui qui l'aura découvert sera tout fier de sa trouvaille qu'une délégation de notables vous rapportera en vous reprochant de recourir à des charmes suspects, singulière façon de reconnaître une hospitalité généreusement offerte. Les cent pas sur le marché, un petit tour ■ de ville, voilà nos seules distractions ; le restedu temps nous sommes réduits à tourner dans notre cour puante, comme des reclusionnaires dans un préau. ^^^ L'affiuence des visiteurs est moins considérable. La

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classe ^sée a épuisé ses économies. A présent , devant nos étalages stationnent des enfants, (Jes captifs qui, de retour des champs, se récréent à nous contempler pendant des heures, ployés sur les jarrets, psalmodiant d'un ton nasillard une complainte interminable en s'accompagnant d'un embryon de guitare à une corde; des fillettes, des femmes libres ou esclaves qui offrent du riz, du miel, des kolas.

Mais sont^e'làdes femmes? Comment ne pas garder rancune à ce continent maudit d'où la grâce féminine est absente comme le parfum des fleurs , la source limpide? Bête de somme ou bête à plaisir, la compagne de l'homme y déambule, un fardeau sur la tète, un poupard dans le dos, la poitrine houleuse, le ventre ballonné. Enfant, elle aura parfois la drôlerie d'attitudesdu jeune quadrumane, jamais le charme ingénu. Sa démarche a trop souvent je ne sais quoi de raide et de déséquilibré. Il semble qu'elle ait conscience de tout ce qui lui manque pour plaire.

Ajoutez que, chez les deux sexes, les soins de propreté ne sont guère en honneur, et pour cause : l'eau est si rare ! Les noirs de cette partie du Soudan n'ont pas, comme les populations de la forêt, la ressource de ^ la douche quotidienne. I Is ignorent les frictions à l'huile ^m de palme, Leurs ablutions se bornent au strict néces- ^^m saire prescrit par la loi de Mahomet. Riches ou pau- ^H vres, marchands ou esclaves, qu'ils marchent dans le ^H costume d'Adam ou vêtus du boubou brodé, tous lais- ^H sentaprès eux un sillage odorant à donner des nausées,

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