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étrangement dépeuplé, où l'on ne compte plus les cases abandonnées, menaçant ruine. Là réside , ou est censé résider le roi, Domba-Ouattara, celui qui reçut Binger en 1889 et conclut le traité plaçant le pays sous notre protectorat. Mais on nele voit plus. Il est malade, nous dit-on d'un ton un peu singulier. Ceci signifie tout bonnement qu'il est mort. C'était déjà, il y a trois ans, un homme usé, laissant le soin des affaires à son frère. Ce frère, Brahima, est à l'heure actuelle le vrai roi. Mais il n'en prend pas le titre, répétant, comme les autres, que son frère est encore souffrant et ne peut quitter sa case. Cela dure depuis un an et plus. Il y a beau temps que le valétudinaire est pass^ de vie à trépas. Seulement, par suite d'une coutume très répandue dans ces contrées, personne n'est assez osé pour parler de cette mort. En effet, le premier soin d'un nouveau roi est de faire couper la tête au messager qui lui annonce le décès de son prédécesseur. Ce don de joyeux avènement est de nature à faire réfléchir les plus bavards. Chacun sait fort bien à quoi s'en tenir, mais on ne dit mot. C'est donc Brahima qui nous a reçus, et de façon très amicale. Nous avons même dû, sur ses instances, rester ses hôtes pendant deux jours. C'était, au surplus, le minimum de temps nécessaire pour échanger quelques paroles sérieuses. Il est, en effet, impossible d'expédier un entretien en une seule séance; les noirs fixent difficilement leur attention sur un même sujet pendant plus de deux minutes, après quoi ils se déroberont et vous parleront de niaiseries. La meilleure part de leur vie est prise par des enfantil-
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lages. C'est ainsi que, le lendemain de notre arrivée, lii grand événement qui occupa la cour et la ville fut une bataille entre un chien et un canard. Le caneton était très mal en point; son propriétaire l'avait placé sous un panier avec le fol espoir de le voir revenir à la vie. Le roi, informé du fait divers, y prenait le plus vif intérêt. A chaque instant, il interrompait la conversation pour envoyer prendre des nouvelles du volatile. Le messager revenait annoncer gravement que le blessé reposait — mot à mot, a attendait la fraîcheur n. Il fallait enBn un délai raisonnable aBn de permettre au roi de préparer ses cadeaux. Il désirait, entre autres rlii;ses, nous faire présent d'un bceuf, mais pas d'un ba;iif quelconque. Il lui fallait un animal de choix, de nuance spéciale, et la bètc avait dû être amenée de fort loin. Quand cette viande sur pied fit son apparition, nos hommes poussèrent des cris de joie. Brahima nous fit remartjuer que le bœuf était rouge, — « en signe d'amîtié»!
Sataina (Diammala), 26 juin.
En quittant Kong et durant la traversée du Djimini, nous avions repris l'itinéraire du capitaine Binger. Un peu au delà, au village de Natéré, nous nous en écartions définitivement pour nous diriger vers le sudouest et pénétrer dans le Diammala. Cette fois, c'était l'inconnu.
Quatre étapes, de vingt à vingt-cinq kilomètres en moyenne, nous ont amenés à Satama. Sur tout le parcours, le pays est assez riant, plus boisé. La v^étation
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te ressent du voisinage de la forêt. Beaucoup de rÔnïers. de palmiers à vin. La campagne est riche, quoique médiocrement arrosée : quantité de mares, mais u ou point d'eaux courantes. Chaque Jour nous traversons de belles et vastes cultures, maïs, sorgho, ignames. L'époque de la récolte est proche. Les moissons mûres sont protégées contre les déprédations des oiseaux - et surtout des singes — par des gardiens postés Hans les champs de distance en distance, et dont la mission consiste à pousser de minute en minute des ris stridents pour effrayer la gent maraudeuse. Ces Rentinelles, des enfants pour la plu[)art, font conscienfcieusement leur faction , encore que leur salaire soit des ^lus modiques ; deux épis de maïs par tête et par jour. Tous les villages où nous avons campé, — Djidana, Ouélasso, Diéléadougou , LaBbokho, — sont très propres. Rarement nous avons vu des cases en meilleur Ktat, des places aussi vierges d'immondices, ombragées ne plus beaux arbres.
'La population, qui voit pour la première fois des blancs, nous a fait un accueil inespéré, — j'oserai dire trop empressé. Ce n'est plus de la bienveillance, c'est e l'enthousiasme. Et cela ne va pas sans quelques désarréments. De la journée la case ne désemplit pas. On bous harcèle, on nous palpe, les moindres articles de notre défroque passent de mains en mains. Notre cor e chasse surtout, un malheureux cor tout bosj tert à sonner le réveil, excite une admira*'" pies. Chacun tente, mais en vain, d'em un. Le pis est que dous sommes invU
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t^ents ; force nous est d'emboucher la trompe qui vient de passer par tant de lèvres peu engageantes. Mais quri précieux instrument <le conquête! Partout il a retrouvé le même succès; îl nous vaut cause gagnée.
C'est à peine si, aux heures des repas, il nous est possible d'obtenir quelques minutes de solitude. Encore la foule reste-t-elle massée devant la case dont l'entrée ^^^ a été masquée par une couverture. On continue à d6^^^H
tailler nos perfections qui, paratt-il, sont nombre uses ;^^^| Les derniers arrivés interrogent les autres, les privilégiés qui ont eu l'heur de nous approcher, et en reçoivent des renseignements fantastiques. Les femmes sont les plus terribles et d'une liberté d'allures inquiétante ! Dialogue surpris entre deux « honncstes dames » de Djidana qui, en compagnie de beaucoup d'autres, péroraient sur le seuil :
— Mokto Kagnit '
— Akagni Aki!
Le ton était celui de deux mondaines parlant d'un ténor, la traduction la plus fidèle : n Comment les trouves-tu? — Oh! si jolis!... » H n'y a pas à dire, c'est un succès !
Si seulement, la nuit venue, on nous laissait quelque répit. Mais non. Fatigués par la longue marche de la matinée, énervés par les palabres interminables de Taprès-niidi , c'est à peine s'il nous est possible de goûter une heure de sommeil ininterrompu. Mon com-
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pagnon, en particulier, que Ton sait parler couramment la plupart des dialectes mandés, est le plus importuné parles visiteuses en quête d'interviews anacréontiques. De son côté, mon pauvre boy, allongé devant la case, en travers de la porte, défend le domicile de son maître avec une constance digne d'un meilleur sort. Jamais on ne vit rien de pareil. C'est une procession. Éconduites. ces dames reviennent, une demi-heure plus tard, avec quelques amies, insistant d'une façon fâcheuse. A bout d'arguments, l'une d'elles va, pour être accueillie, jusqu'à exciper de sa qualité d'étrangère. Elle n'est pas du village, elle arrive de très loin! Nullement découragées, plusieurs, le lendemain, persistaient à accompagner le convoi pendant toute une étape, quelques-unes même avec un ballot sur la tète, à l'extrême satisfaction de nos porteurs. On ne saurait garder moins rancune d'un accueil maussade.
Deux jours après avoir pénétré dans le Diammala, nous passions du bassin du Comoé dans celui de 1*1 si. dont nous franchissions bientôt l'un des principaux affluents, le Bé, à mi-chemin des villages de Diéléadougou et de Lafibokhos, tous deux assez importants. Le Bé est profondément encaissé entre des berges à pic couvertes d'une végétation très touffue. La quantité d'arbres morts échoués dans son lit témoigne des ^ occasionnés par les grandes crues. Les eaux '*^sses, mais nous voici au début de la ? presque chaque jour, nous avoirs iiade. Pour peu que notre niar(h<.'
risque de trouver
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kBftmufcciDéeBan Eurimx torrent aux rives nojrèes, 4a»t k passage râl présenté des difficultés tièo
^'■■Ci-^«att« benres plus tard, nous faisions noire CBtifc ^ms Sataiia , où réskie le roi du Diaminala. Es 4lftt éts srafUlttes q«e noos témoignaient les popuhitfftf L M poavait cxaindre que la conclusion d'na Indtf fluMt le p>n sons te protLsrtorat de la France ■e ftl oitwe ^"ta pnx de beaucoup de temps et de ^. S bies dBpieè qw puisse être un chef, ïlcst kst de s'allendre aux lenteurs et aux terp«»MgiB»& 4oBt la 4î|AMDatie noire est volonliere oootnnnire. L'év^ecacat, par bonheur, allait donner torti nos cm^eelwa- Diea sait pimrtanl si nous [ cédions jar tatÎMdiâea. Veûr parler de traité qoanJ ociD'a<}aeJlcKxtînSe«RpOttr toute escorte, ce ne sont point là bçnas 6e ■■ri^wi i
A dire mi. te pc« <ir salonùté de notre arrivée nt laissait pas espérw nn Jt— e»eiit aussi prompt. Vi' tape a\-ait été tr^ dm; 3 Aal prés de midi lorsque nous atteignions Sataioa. A cette tteore, la plupart du Itenn font U sieste. Une li»qii»l lîiii de curicnx, «Invantaf^e et dans le ncfhre beaaccMp d'enfants. Ua rntUiiUMiaknie de seconde dxœie.
M<«i«, Lnns heures plus Uid. qmri trvvii; h- ' Il ii IWK d'itulre mot pour expriina l'efli- : |Hi|tiil(iire |iar li; aperiarle àc tKXre cv>r rtu|lI^N <tii ri>i. Ce dernier nrtas Att»-r,, I I .11» J III, .irbrc magnifique, — ^- ^" 'x .'■i.i. ML- jicau de birai. A -.s iAieSvj
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le Bé transformé en un furieux torrent aux rives noyées, dont le passage eût présenté des dîflîcultés tr*s sérieuses.
Vingt-quatre heures plus tard, nous faisions notre entrée dans Satama , où réside le roi du Diammala. En dépit des sympathies que nous témoignaient les populations, on pouvait craindre que la conclusion d'un traité plaçant le pays sous le protectorat de la France ne fût obtenue qu'au prix de beaucoup de temps et de patience. Si bien disposé que puisse être un chef, il est toujours prudent de s'attendre aux lenteurs et aux tergiversations dont la diplomatie noire est volontiers coutumière. L'événement, par bonheur, allait donner tort à nos conjectures. Dieu sait pourtant si nous procédions par intimidation. Venir parler de traité quand on n'aque(^f«.ï tirailleurs pour toute escorte, ce ne sont point ta façons de matamores.
A dire vrai, le peu de solennité de notre arrivée ne laissait pas espérer un dénouement aussi prorapt. L'étape avait été très dure; il était près de midi lorsque nous atteignions Satama. A cette heure, la plupart des gens font la sieste. Une cinquantaine de curieux, pas davantage et dans le nombre beaucoup d'enfants. Un enthousiasme de seconde classe.
Mais, trois heures plus tard, quel triomphe! Il n'y pas d'autre mot pour exprimer l'effet produit sur le populaire par le spectacle de notre cortège se rendant auprès du roi. Ce dernier nous attendait sous les ceaux d'un arbre magnifique, — sa salle d'audience assis sur une peau de bœuf. A ses côtés, rangés
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I demi-cercle, les notables, les anciens, plus trois mara-
I bouts dioulas, porteurs d'un manuscrit du Koran dont
liîls se sont partagé les feuilles volantes, toujours les
? mêmes , qui ont fini par prendre la teinte de leurs
Ldoigts. Point d'apparat , peu d'étiquette. Le chef,
|conime son enttJiirage, était vêtu de l'ample boubou en
issu de coton à rayures, d'une propreté très relative.
■bus mâchonnaient leur chique de kola, envoyant régu-
ptrement, de minute en minute, un long jet de salive,
puche mi-close, entre les dents, avec un sifflement de
tston qui a des fuîtes. Massés en arrière, les seigneurs
S importance, la jeunesse, les femmes, celles-ci tout
1 p>eau, avec leur haute perruque en cimier, donnant
■l'impression d'un peloton d'amazones en costume de
|bain.
Devant ce public, nous procédions sur une file, — ■ [ un monôme, — dans l'ordre suivant : en tête, l'inlernrète Ano, jouant de la trompe; ensuite, l'élite de nos lorteurs, une demi-douzaine, un peu moins effarés et téjetès que le reste de leurs camarades ; enfin nousiiêmes en grand tralala. De longs burnous corrigeaient la raideur de nos vêtements fripés. Une écharpe lamée, fleur de la pacotille, roulée en turban autour de la chéchia, donnait à notre coiffure un diamètre respectable. Un murmure flatteur avaitaccueilli notre entrée. L'effet était immense, La moitié de notre garde, en la personne du tirailleur Sambandao portant le pavillon français, fermait la marche; le reste de la force armée, le tirailleur Moussa Dîara, avait été laissé au campement : — la réserve.
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Après avoir défilé devant rassemblée, avec, de part et d'autre, des Anissé!... M'ba!... Baracalla!... soupires par des basses profondes , nous prenons place sur des tabourets, à l'aile droite, nos gens derrière nous, deux d'entre eux tenant nos ombrelles éployées, bien haut, pour le décorum; car nous jouissons d'un coin d'ombre.
Puis la parlotte commence, assez vivement menée. L'envoyé de Braliima, qui marche avec nous depuis Dakhara, dit quelques mots complimenteurs de la part du roi du Djîmini. Ensuite, Ano prend la parole en agni, langue que la plupart des auditeurs comprennent à l'égal du mandé, et débite sa leçon, très brève. Le capitaine, explique-t-it, était venu dans ces contrées il y a trois ans, envoyé par le chef des Français, qui commande aux blancs établis sur la cÛte. Celui-ci lui avait dit : o Va trouver de ma part les chefs de là-bas, les rois de Bondoukou et de Kong, ceux du Djtmini et du Diammala ; dis-leur que je suis leur ami et que je serai bien content s'ils deviennent aussi b camarades s avec moi. B Et le capitaine a visité les chefs. On a écrit sur un papier qu'on était « camarades ensemble », et il a donné aux chefs son pavillon, afin qu'ils le montrent aux autres blancs qui pourraient venir par la suite, comme un signe d'amitié. Mais le capitaine est tombé malade et n'a pu pousser jusqu'au Diammala. Cette année, le chef des Français l'a de nouveau envoyé, en le chargeant de cadeaux pour nos amis : Ardjima, roï de i'Abron, Karamokho-Oulé, Brahima. o Cette fois, a-t-il dit, ne manque pas d'aller voir le roï du Diara-
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mala. Dis-lui combien je serais content que nous devenions B camarades » ; que ce serait bon pour nous deux. Les gens du Diammala qui viendraient en France (j'aime cette supposition!) seraient traités en frères, et les Français qui visiteraient le Diammala, reçus comme enfants du pays. Signe avec lui un papier et offre-lui mon pavillon, n
Rien de plus. C'est simple et grand. Une argumentation plus serrée et des considérants plus touffus seraient de l'hébreu pour un noir.
Le message avait été écouté avec l'attention la plus sympathique. L'impression fut plus favorable encore, lorsque le roi eut pris connaissance du sauf-conduit délivré par les cliefs de Kong. Parmi les assistants, les trois marabouts dioulas étaient seuls en état de déchiffrer le document rédigé en arabe. On le leur (ait passer, et les voilà à l'œuvre. Pénible, cette traduction, très pénible. Ils épluchent le texte, syllabe par syllabe, sur un ton nasillard de marmot ânonnant un exemple de lecture, suivant du doigt les lignes. Enfin ils attaquent le mot à mot, un mot à mot qui ferait dresser les cheveux d'un arabisant. Cependant, le sens général y
« Nous sommes de braves gens, n'apportant que des paroles de paix, marchant avec la justice, etc.,
n Cela est attesté par Karamokho-Oulé-Ouattara, par lamory, Soukoulomory et autres constellations de même grandeur. Il n'y a qu'à s'incliner. Le papiernous est retourné avec des sourires qui en disent plus que de longs commentaires,
s'agit maintenant de frapper le grand coup : les
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cadeaux. Le roî sera certainement flatté de les recevtïïr en public ; leur splendeur rehaussera d'autant la majesté royale. Et les présents sont apportés : boubous brodés, pantalons de soie à ramages, échappes de gaze |x)ur les dames. Un éblouîssement! Le roî est ravi : il reste digne, mais on voit bien qu'il fait effort pour se contenir; ses yeux brillent, ses mains ont de petits frémissements d'impatience, ses pieds esquissent sous le boubou un entrechat discret. Une seule chose manque à -on bonheur, le pavillon; il demande le pavillon. Sambandao lui passe gravement l'étendard. Après quoi le monarque et sa suite remercient sur un mode solennel, défilant devant nous par trois fois, en s'inclinant. Compliments, congratulations, fanfares, La séance est levée. Commencée d'une façon un peu terne, la journée s'achevait dans une apothéose.
Le lendemain, le traité était rédigé en triple expédition. Le roi y apposait sa croix, les marabouts leur parafe, et le siècle comptait un document diplomatique de plus. Nous avions lieu de nous réjouir de ce succès si rapidement obtenu. L'importance en est considérable. Le Diammala, habité par des populations paisibles, adonnées à la culture, chez lesquelles l'influence de leurs voisins de Kong, plus civilisés, commence à se faire sentir, nous assure l'accès de la route la plus directe vers la mer par les vallées de l'Isi et du Bandama. 11 est la clef du Baoulé, Il comprend, qui plus est, sous sa dépendance le pays des Cannes, l'un des principaux centres de production pour la noix de kola, si recherchée non seulement des indigènes du littoral, mais que
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les caravanes importent sur tous les marchés du Nord, du haut Niger à la Volta. "
En revanche , les renseignements obtenus sur le Baoulé, qui est cependant tout proche, sont fort contradictoires. Plusieurs y sont allés; maïs, ici comme partout ailleurs, le noir n'observe guère; ses souvenirs ne sont jamais très précis. De plus, ces informations sï vagues ne s'obtiennent qu'au prix de beaucoup de patience, après des pourparlers interminables, étant donnés le nombre, le caractère des interlocuteurs et la facilité avec laquelle la conversation dévie. Dans notre case se sont empilées Jusqu'à dix-sept personnes, dans un espace de dix pieds carrés; bon nombre mâchent la kola et dessinent sur le mur avec leur salive de rouges arabesques du plus heureux effet. Une vieille, affligée d'un catarrhe, ne manquait jamais d'apporter son crachoir, une calebasse pleine de sable. On a de l'usage ou on n'en a pas.
Par bonheur, ces séances comportent des intermèdes. Au moment où l'on s'y attend le moins, l'un des assistants prie les autres de vouloir bien sortir un instant ; ïl désire parler aux blancs sans témoins. La compagnie s'exécute de bonne grâce. Resté seul, l'individu raconte à voix basse sa petite affaire, et ce sont parfois de singulières confessions suivies de la demande d'un fétiche ou d'un remède. Mais, le plus souvent, on fait moins appel au médecin qu'au sorcier, Ce qu'on veut obtenir du blanc, c'est une amulette extraordinaire, un charme pour être heureux à la chasse, à la guerre, en amour. Se dérober? Impossible, sous peine de se faire un en-
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nemî. Quelque scrupule que Ton éprouve à se jouer du pauvre diable, il faut se prêter à sa fantaisie. Il va sans dire qu'en matière médicale nous procédons avec une extrême prudence, par doses homéopathiques, en ayant soin d'ajouter que c'est là un remède " bon pour blancs ■ dont nous ne saunons garantir l'efficacité sur les noirs.
En ce qui concerne les griser is destinés à préserver le chasseur ou le guerrier de mort violente, ces restrictions sont inutiles. En effet, de deux choses l'une : ou le client sera tué, auquel cas il ne réclamera point; ou bien il en sera quitte pour une simple blessure et se dira, dans un élan de gratitude : a Sans le fétiche que m'ont donné les blancs, j'étais un homme mort! n
Mais, Je le constate avec plaisir, la clientèle batailleuse donne peu. D'ordinaire, le postulant est un amoureux tenu à distance par quelque beauté cruelle. Il en vient de tout âge et de toute condition. A celui-ci, — un homme de sang royal, s'il vous plaît! — Céladon sur le retour, nous remettons quatre grains de corail de grosseur différente , en lui conseillan t de les offrir à celle qu'il aime, un à un, de huit jours en huit jours, en commençant par le plus petit, bien entendu, A un autre, j'ai confié une de mes cartes de visite pliée en quatre, en lui recommandant de la coudre dans son bonnet et de la porter ainsi pendant une lune. Lorsque cette lune 0 sera morte «, il tâchera de se procurer un coq vierge, attachera la carte au cou de l'oiseau et fera présent du tout à l'adorée. Si elle accepte le cadeau, c'est bon signe ; si l'oiseau reste chez sa nouvelle maîtresse, c'est
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n'a guère que la part d'autorité attribuée au père ou  l'aïeul.
Les renseignements indispensables obtenus tant bien que mal, nous noua disposons à partir. Notre objectif est Ouassaradouguu, sur la rivière Isi ou Bandama, résidence d'un des chefs les plus importants du Baoulé. Sur l'homme et ses dispositions, les dires n'ont rien d'affirniatif. Toutefob, la présence de deux chefs du Diammala qui vont nous servir de guides nous vaudra peut-être un accueil favorable. L'un de ces chaperons répond au joli nom de a Tête de hyène » ; l'autre, Baba Ali, est fils du dernier roi. Ce Baba Ali, par parenthèse, est le même personnage auquel nous avons donné quatre grains de corail enchanté pour qu'il réussît dans ses entreprises amoureuses. Un bienfait n'est jamais perdu !