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eux. Le bonheur qu’ils ont eu de n'être visités que par un très- d t petit nombre d’Européens, dont deux seulement sont fixés au ; milieu d’eux, les a préservés d’une infinité de maux dont les
habitants des autres îles sont aujourd’hui les malheureuses vic- \ times. Île ignorent jusqu’à ombre du mal, et vivent dans une pureté de conscience qu’on ne rencontre pas communément de nos jours. Comme ils ont peu de terre cultivable, les travaux de leur agricvlture leur laissent encore beaucoup de temps libre, qu’ils emploient en grande partie au service du Seigneur. Chaque malin un grand nombre assiste à la sainte messe, et deux ou trois fois la semaine ils s’assemblent pour recevoir les instructions de leurs missionnaires, qu’ils considèrent comme leurs pères et auxquels ils obéissent au premier signal. Dans chaque île, il y a une église en pierre bâtie par les naturels sous la conduite de trois frères convers attachés àla mission. Celle de Magaréva mérite une attention particulière. Longue de 150 pieds sur 50 de large, elle est soutenue intérieurement par deux rangs de colonnes toscanes en pierre. La voute est un beau crépi en chaux, et le pavé est en corail poli et taillé avec symmétrie. Cet ouvrage immense, eu égard aux faibles ressources
(a) Magaréva, par le révérent père Cyprien Liauzu ; Taravai, par le ri père Potsntien Guïlmar ; le Kéna, par le révérend père Honoré aval.
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qu'offre cette Île, surlout par rapport au bois, a coûté trois ans de travail de la part des insulaires qui n’ont jamais rien exigé pour leurs peines. Les roi et les chefs, pour leur part, ont eu
la générosité de nourrir les ouvriers pendant tout le temps qu'a duré cette construction.
(12 avril). Je mets fin à ces détails pour me remettre en mer
avec les bons souhaits des missionnaires et des chrétiens de Gambier.
Les premiers jours à partir du départ, le vent ne se fit sentir que faiblement. Le 15 nous passâmes très-près de l’île Mathilde, et nous éprouvâmes un petit coup de vent de nord accompagné de pluie et de tonnerre. Les jours suivants, même temps jusqu’au 19 où nous pûmes jouir de la clarté du jour et respirer un peu plus au large qu’on ne le peut faire dans une chambre de 7 pieds carrés, fermée presqu’hermétiquement.
Le 20, calme plat, suivi de deux jours orageux. Le 22 surtout, nous éprouvâmes plusieurs bourasques de vent de nord raisonnablement fortes. La mer était plus grosse que je ne l’ai vue au cap Horn et bien plus dangereuse. Plusieurs vagues passèrent sur le navire, et l’eau entra en telle abondance dans la chambre que les lits en furent pénétrés ainsi que plusieurs de mes livres. Dans un de ces coups de mer, je fus rué d’un côté de la chambre à l’autre où je brisai une porte et manquai tuer un passager (Signor don Bertrand Julian) qui se trouvait
sur mon passage. Pour moi, je n’eus que la peur de m’être disloqué la jointure du genou droit.
Le 23, temps charmant accompagné d’un petit vent très. favorable.
Le 24 et le 25, temps supportable, quoique non sans pluie. Le 26, nousrangeâmes les îles de la Chaîne à une si petite distance que nous distinguions les cabanes des naturels. Notre projet était d’y arrêter pour y prendreen passant des cochons et des cocos ; mais comme il n’y a point de mouillege et que le temps ne paraissait guères sûr, le capitaine jugea qu’il était prudent de s’en éloigner au plus vîte. En eflet, nous n’en étions pas à 10 lieues que la pluie et le tonnerre commencèrent à jouer à qui mieux mieux : ce qui dura ainsi l’espace de 6 jours qui ne laissèrent que quelques intervalles un peu passables, pen.
dant lesquels nous fîimes, à l’aide de quelques petites brises de nord, une cinquantaine de lieues seulement.
Le 30 avril, nous nous trouvâmes près de l’île Matthéa, et le ler.de mars nous aperçümes de bon matin les hauts pics de Tahiti, à la distance d’environ douze lieues, mais il ne nous fut pas permis d’aller plus loin ; au contraire, une tempête de vent de nord-ouest nous contraignit de rétrograder pendant toute la nuit suivante.
Le 3, nous nous rapprochâmes de terre par un vent assez favorable, et le 4, jour de l’Ascension, nous entrâmes enfin dans - | le port après 23 jours de mer passés assez péniblement, comme | tu dois le croire, car il n’y a point d’exagération dans mon récit. | La providence a voulu ainsi nous favoriser de ce petit moment d’épreuve pour nous préparer à la grande œuvre de la mission | dont nous sommes chargés, et peut-être aussi pour expier en : , quelque sorte les horribles blasphêmes de notre capitaine et de È | ses officiers (a).
Les missionnaires français de Tahiti, ayant reconnu à notre costume que nous étions prêtres, s’empressèrent de nous venir visiter à bord, et aous offrirent leur maison pour asile pendant le peu de jours que nous devions passer dans cette île. Le préfet apostolique, M. Caret, nous reçut admirablement bien et nous offrit les rafraîchissements d’usage dans le pays, des oranges, des citrons et autres fruits. Le reste du jour se passa agréablement à causer, comme on a coutume de le faire entre gens de pays si éloignés les uns des autres.
# Le lendemain, après avoir célébré la sainte messe, nous partimes pour visiter dans l’île ce qui pouvait nous intéresser davantage, et plusieurs jours se passèrent ainsi. Je vais, cher ami, te rendre compte aussi fidèlement que possible de tout ce que j’ai vu et appris touchant cette île, qui a été pendant plusieurs années l’objet des descriptions les plus magnifiques de la part des voyageurs.
Tahiti fut découverte en 1606, par un Espagnol nommé Quiros, qui lui donna d’abord le nom de Sagittaria. Plus tard,
(a) Les passages ordinaires des îles Gambier à Tahiti sont depuis six jusqu’à dix jours.
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