‹ Mission de la Colombie [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 19 · RE DORA APTE · texte numérisé non relu

RE DORA APTE

dans l'Océan. Plusieurs étaient pour et d’autres contre. Pour décider la question, nous eûmes recours à l’expérience. Une bouteille bouchée avec beaucoup de soin fut d’abord plongée à la profondeur de 354 pieds. Le liége fut enfoncé et rompu, ainsi que les ficelles qui attachaient une petite plaque de cuivre placée sur le bouchon. Une seconde bouteille, fermée avec un morceau de verre passé à l’émeri, fut plongée àla même profondeur, et après y être demeurée un temps assez considérable, elle revint aussi sèche à l’intérieur que si jamais elle n’eût été plongée.

Le 11 mars nous amena une petite brise de vent de Sud, qui changea bientôt de direction, sans cependant nous être contraire. Jusqu'au 17, nous fûmes assez favorisés ; nous espérions même apercevoir la terre d’Avahi ce jour-là, suivant les calculs ; mais comme l’atmosphère était très-chargée de vapeurs, les espérances furent remises aa lendemain, qui se passa comme le jour précédent, ainsi que le 19. Notre capitaine se livra alors aux plus vives inquiétudes, craignant que les courants que nous avions rencontrés quelques heures auparavant ne nous eussent jetés à l'Ouest de l'archipel. Je n’ai guères vu d’hommes plus inquiets dans toute ma vie. Nous n’avions plus que deux demi-barriques d’eau douce, et äans un pareil cas il nous eût fallu sortir de la région des vents alisés, qui sont très-forts dans cette partie de l'Océan Pacifique, pour revenir plus à l’Est à l’aide des vents variables qu’on ne trouve souvent qu’au-delà du 30e parallèle. Déjà il était bien résolu de changer de route, si le lendemain aucune terre n’était aperçue. Telle était notre position vraiment inquiétante, lorsque nous distinguâmes au-dessus des nuages le sommet des montagnes de Maui, (prononce Maoui). Nous nous trouvions au milieu du détroit qui sépare cette île de celle d'Avahi. Le vent était horriblement fort ; heureusement nous l’avions en poupe ; à l’aide de la fortune et d’un hunier diminué de deux ris, nous filions huit nœuds à l’heure (2 lieues 4). La journée du 20 et la nuit qui le suivit se passèrent à ranger de très-près les iles Maui, Kaoolavé, Ranaï et Molokai. Enfin, le 21 au matin, nous aperçûmes lextrémité Est d’Oahu (Oahou), par un temps affreux. Le vent était accompagné d’une forte pluie qui empêchait de distinguer convenablement la terre pour en approcher. Il fallut mettre en travers et se faire battre par les flots d'une manière tout-à-fait propre à dégoûter de la mer le plus vigoureux des enfants

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de Neptune. Après plusieurs heures, l'orage se dissipa et nous permit d’avancer. Une petite goëlette sandwichoise fesant même route que nous, nous servit beaucoup pour reconnaître le port. Une chaloupe vint au-devant de nous ; elle portait un médecin anglais et un pilote américain. Après beaucoup d’informations sur l’état de la santé à notre bord, le pilote prit le commandement du navire. L’entrée du port de Honolulu (capitale d’Oahu) est assez difficile à cause des récifs et des bancs de sable qui se trouvent à fleur d’eau. Il faut beaucoup d’habileté dans le pilote, et que ses ordres soient exécutés promptement, ce qui n’eut pas lieu. Le susdit pilote n’entendait pas un mot français, et les matelots pas un mot anglais: aussi tout se passa fort mal ; le navire toucha à plusieurs reprises, et la mécanique du gouvernail fut rompue, ce qui obligea de mouiller lancre hors du port.

Cependant, plusieurs des principaux négociants de l’île ne tardèrent point à se présenter, ainsi que M. Chalton, consul britannique, qui, à l’inspection des lettres de recommandation que nous avaient procurées sa défunte Excellence le baron de Sydenham, nous accueillit tout-à-fait favorablement et nous assura une puissante protection auprès des autorités locales dans le cas de quelque vexation. Après maintes informations sur l’état politique du Canada lors de notre départ (a), M. Chalton nous offrit à profiter de son embarcation pour descendre à terre, et aussitôt il nous introduisit chez le révérend M. Maigret, préfet apostolique pour cette partie de la Polynésie qui se trouve au nord de l’équateur. Nous goûtâmes encore unc fois les effets de la charité et de la bienveillante hospitalité que nous avions éprouvées de la part de tous les missionnaires de la même congrégation que nous avions eu la consolation de visiter. Une jolie maison et un vaste jardin situés au milieu dela ville et près de léglise nous furent aussitôt assignés pour notre résidence, car on nous assura qu’avant deux ou trois mois il n’y aurait pas d’occasion pour notre destination. Encore deux mois de retard ! c’est

(a) J’ai eu occasion de rire de bon cœur, bien des fois, au sujet des questions qui m’ont été faites sur les troubles de 1837 et 38. Les choses ont été tellement exagérees qu’il est presqu'impossible d’y reconnaître quelque chose de véritable. L’histoire qu'on en fait est

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