‹ Mission de la Colombie [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 19 · TRES CHER ET BIEN-AIME’ CONFRERE · texte numérisé non relu

TRES CHER ET BIEN-AIME’ CONFRERE

Depuis que nous nous sommes quittés, j’ai passé par un grand nombre de situations, et j’oserais même dire qu’elles n’ont pas été moins variées que les lieux que jai visités. Dans plusieurs circonstances, j'ai ressenti beaucoup de joie ; quelquefois aussi, j'ai éprouvé de petites contrariétés et de ces petits moments d’épreuve dont personne n’est exempt. Dieu en soit loué. Pendant ce long voyage dont je vais te faire la narration, tu verras que plus d’une fois j’ai joui de bien douces sensations ; mais au milieu de tout cela une chose me manquait et causait en moi un vide indicible, c’était quelqu’un à qui je pusse les communiquer. Crois donc bien sincèrement qu’en remplissant ce devoir que me dicte l’attachement que j'ai pour toi, mon cher Cyprien, j’éprouve une véritable satisfaction. Malgré la distance qui me sépare de ma chère patrie, placé sur un des nombreux rochers de la mer Pacifique, il me semble encore n’être qu’à deux pas de toi, te voir tout étonné de ce que j'ai pu survivre à tant de périls et de dangers. Rien de plus vrai cependant, et tu vas voir que s’il en est ainsi, je le dois à la divine Providence.

Je ne te parlerai point de mon départ de Québec, ni de tout ce qui s’est passé depuis cette ville jusqu’aux limites du Cana-

(*) Quoique ce journal soit daté de Honolulu (capitale des îles Sandwich) le 13 juillet 1842, il va jysqu’au 23 février 1843, qu’il a été terminé sur le bord de la rivière Cawlitz, affluent dela Colombie, et contient la description de ces territoires. MM. Bolduc et Langlois mirent pied à terre à l’endroit où était autrefois le fort George ou Astoria, à l’embouchure de la Colombie, le 12 septembre 1842, un an, jour pour jour, après leur départ de Boston.

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da, puisque tu as eu la bienveillance et le courage de m’accompagner jusque-là.

De Saint-Jean, où nous nous séparâmes pour peut-être bien des années, je m’embarquai avec mon confrère M. Langlois sur le steamhoat le Burlington qui partait pour Whitehall. Le vaisseau était magnifique et surtout d’une propreté admirable. Mais d’un autre côté, quel cabotage sur ce lac Champlain! A chaque instant il nous fallait, sinon arrêter, du moins n’avancer que très-lentement au juste milieu d’un chenal marqué par des balises à la manière des chemins d’hiver en Canada. Cependant à mesure que l’on chemine, le lac devient de plus en plus large, au point qu’on lui donne une largeur de six lieues. Ses bords, en général très peu élevés, offrent quelques paysages que l’on pourrait comparer à ceux de la vallée du St.-Laurent. Les forêts occupent encore la plus grande partie des terres. Les maisons, si on en excepte celles des villages, sont assez mal bâties et on y remarque beaucoup de pauvreté. Après avoir touché successivement aux villages de Champlain, Platsbourg, etc., etc., nous arrêtâmes quelques moments à Rurlington, petite ville que l’on dit être la plus commerçante de l’état de Vermont. Sa population ne s’élève guères au-dessus de 4,000 âmes, Elle possède ce que l’on appelle aux Etats-Unis une UNIVERSITY. Quelques minutes me suffrent pour faire le tour de cette place, puis nous continuâmes notre route pendant la nuit, qui se passa assez gaiement au milieu des éclairs qui se succédant alternativement de chaque côté du lac, nous offrirent un spectacle dont nous pûmes jouir toute la nuit. Je dis toute la nuit, car dormir dans un s’eumboat américain, c’est à quoi il ne faut seulement pas songer. D’un côté vous avez une manœuvre fort bruyante; de l’autre, chaque passager se sentant en pays de liberté, en profite de son mieux. Les négociants s’occupent entre eux de leurs spéculations, et ceux qui voyagent par promenade se divertissent à qui mieux mieux, tandis que les domestiques, tous gens de couleur, font leur besogne sans trop se gêner, siflant, en turlupinant, une chansonnette dont les oreilles un tant soit peu pieuses ne sont pas tou- Jours édifiées. Quoi qu’il en soit, à 7 heures du matin nous n’en étions pas moins à Whitehall, où la canaille n’est pas rare. Ici, gare aux voleurs! au moment où vous y pensez le moins

du monde, on vous pille, on vous vole. Grâce à Dieu, je ne perdis rien.

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De Whitehall on peut aller tout droit à Albany par la diligence; mais on nese charge pas des gens qui traînent de grosses malles à leur suite: ainsi on aous mit de côté, ce qui nous obligea de prendre le canal-boat. Pour le coup, je me crus dans une situation presque semblable à celle où se trouvait Horace dans son voyage à Brindes. En effet, figure-toi, mon cher Cyprien, un fossé de 20 ou 25 pieds de large, rempli d’une eau stagnante où fourmillent des milliers de grenouilleset autres amphibies de même espèce. Le packet-boat ou vaisseau usité sur ce canal n’a pas plus d’une toise et demie de largs sur 70 ou 80 pieds de longueur, et est mis en mouvement par deux chevaux d’une assez chétive capacité. À, midi nous fûmes délivrés de ce triste cabotage pour prendre la diligence de Saratoga. Îl ne nous restait encore que 20 milles à faire, nous diton ; mais j’ai lieu de croire qu’on en avait soustrait au moins quinze. Il faut dire aussi qu’à 5 heures du soir nous étions encore à déjeûner. Arrivés à Saratoga, l'hôtel de Congress-Hall nous fournit de quoi réparer nos forces ; après quoi nous passâmes une agréable soirée à visiter la place.

Saratoga est une jolie petite ville située près du lac du même nom. Ses eaux minérales, scs rues fort larges et presque toutes bordées d’arbres, ses bocages en grand nombre, en font une place tout-à-fait champêtre et un lieu de délices où les étrangers

soint attirés en foule pendant la belle saison. On y trouve plu-

sieurs hôtels dignes de rivaliser avec ceux des plus grandes villes de l’Union anglo-américaine. Elle possède plusieurs églises dont une seule est destinée au culte catholique ; elle est visitée par un missionnaire qui y compte environ 300 catholiques canadiens et irlandais. Le jour que ..vus passâmes là étant un dimanche, M. Langlois fut prié de dire un mot d’édification à ceux de la langue française, et moi de leur dire la messe. Dan: le cours de la journée, nous recûmes plusieurs visites de la part des Canadiens établis dans cette ville, et quelqu'un nous conduisit aux différentes sources d’eau minérale dont je te dirai en passant un petit mot.

Le pétillement plus ou moins considérable que presque toutes font apercevoir en sortant de terre, annonce en elles la présence de l’acide carbonique. Outre cela, quelques-unes contiennent du sulfate de magnésie ou sel d’'Epsom. Plusieurs renferment du chiorhydrate de chaux, du fer en dissolution, d’autres du soufre. Ces dernières sont, à mon goût, fort mauvaises ; elles ont une odeur d’œufs gâtés assez prononcée.

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