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saisons : l’une sèche, et qui est regardée comme leur été; l’autre, pluvieuse, est leur hiver. Ces deux saisons qui ne sont pas toujours et partout d’égale durée, sont directement opposées à l’été et à l’hiver célestes : ainsi, lorsque le soleil parcourt les signes septentrionäux, les peuples de la partie méridionale de la zône torride jouissent de la belle saison, tandis que ceux qui ont le soleil à leur zénith éprouvent des pluies presque continuelles, ce qui est facile à expliquer. Lorsque Vastre du jour lance ses rayons verticalement, l’atmosphère est continuellement échauffée et raréfiée, ME à est à chaque instant rompu ; l'air froid des régions Maires est sans cesse attiré vers l’équateur, qui se charge en un instant de nuages épais dont la dissolution occasionne des orages qui se renouvellent plusieurs fois par jour et qui ne sont interrompus que par des coups de soleil très forts. D’un autre côté, les nuits presqu’égales aux jours sont très fraîches, et l’évaporation qui s'opère continuellement pendant le jour, les rend très humides. Voilà ce qui a lieu pendant la saison des pluies à laquelle succède tout-à-coup la saison sèche, “ Rien, dit un géographe moderne, n’égale la beauté majestueuse “ de l’été dans la zône torride. Le soleil s'élève verticalement, il traverse en un instant les nuages brûlants de lOrient,et remplit lavoûte des cieux d’une lumière éblouis- “ sante dont aucune trace d'ombre n’interrompt la splen- & deur. ?
Si le jour est beau, la nuit n’est pas sans posséder aussi ses charmes. La lune brille ici d’un éclat moins pâle, les rayons de Vénus sont plus vifs et plus purs, la Voie lactée répand une clarté scintillante. À cette pompe des cieux, il faut ajouter la sérénité de l’air. Pour moi, je ne trouve rien de comparable à une de ces belles soirées passée à bord d’un vaisseau dans ces contrées délicieuses. C’est un temps de méditation, de souvenirs et de comparaison avec ce que l’on a vu et éprouvé sur terre. Tout concourt à rendre cette partie du jour intéressante : le souffle toujours frais et non interrompu des vents alisés, le léger balancement du navire et la monotonie du bruit qu’il fait entendre en sillonnant la plaine liquide, puis sa rapidité qui rappelle la brièveté de la vie. Mais surtout, mon tendre ami, lève les yeux vers le firmament dont la pureté n’est ternie d’aucune vapeur: quelle richesse, quelle multitude d’astres ne déploie-t-il pas aux yeux de celui qui sait le contempler avec un cœur religieux! On admire le spectacle toujours
nouveau, et l’on ne voudrait cesser de l’admirer. Si à cela tu
“ajoutes la clarté argentine de la lune qui s’étend sur tout le
cercle immense d’un horison qu'aucun objet n’intercepte et au milieu duquel tu te trouves, tu auras, selon moi, l’idée d’un beau spectacle, oui, d’un beau spectacle, et tel que je n’en ai pas contemplé sur terre, même pendant les belles nuits d’hiver en Canada. C’est alors que l’on jouit du peu de peine que l’on s’est donné pour apprendre non seulement les premiers éléments de la science astronomique, maïs encore la construction des constellations, leur enchaînement, leur disposition les unes par rapport aux autres, la connaissance des planètes, leur marche, leurs révolutions. Car, si la contemplation du firmament a quelque chose d’agréable pour celui qui en ignore la beauté, combien doit-elle être ravissante pour celui qui a quelque idée de sa perfection! Pour moi, tu sais que c’est un de mes plus doux passe-temps, }’oserais même dire une passion. La vue de ce spectacle ravit mon âme, mon cœur se pénètre d’amour et de reconnaissance envers le Créateur de tant de merveilles, et c’est alors que je sens s’élever en moi quelquesunes de ces douces émotions que l’on sent, mais qu’on ne saurait décrire. Ce sont de ces élans qui ont quelque rapprochement avec ceux qu’éprouvait le saint roi prophète à la vue de ce même spectacle, et qui lui inspiraient ces traits sublimes que nous trouvons épars çà et là dans ses cantiques admirables. Cali enarrant gloriam Lei.
Lorsque le temps était bien beau, mon confrère et moi nous chantions sur la poupe quelques psaumes ou cântiques les plus propres à rendre grâce à Dieu des bienfaits qu’il nous accordait. Nous n’oubliions pas non plus celle que nous regardions comme notre protectrice et que l’Eglise salue du nom d’Etoile de la mer, et plus d’une fois l.Ave, maris stella et quelques autres antiennes consacrées au culte de la Mère de Dieu turent les objets de nos chants. J’avoue que nos concerts étaient bien faibles, mais ils ne laissaient pas de produire sur nous des effets que ne produisent pas toujours les chants les plus étudiés et les plus recherchés. Les gens du bord écoutaient de loin eten silence. Si nous cessions, quelquefois l’un d’eux s’approchait de nous et nous priait de continuer. Oh! combien de fois ces circonstances m’ont rappelé Vincent de Paule en Afrique ; lui aussi chantait les louanges du Seigneur et les gloires de Marie dévant des personnes qui ignoraient les principes de la vraie religion. Ses chants produisaient sur les cœurs de ces infortu-
nés des effets merveilleux et opéraient des conversions, Mais c’était un saint, son cœur n’avait point connu le mal et brülait d’amourpour le bon maître qu’il servait. Que de retourssalutaires ces pensées m'ont fait faire sur moi-même! Je me prêtais volontiers à ces réflexions que je regardais comme autant de grâces que Dieu m’envoyait dans sa miséricorde, pour augmenter ma foi et mon courage. Cependant une pensée de douleur venait quelquefois frapper mon cœur, c’était d’entendre succéder à nos chants religieux les chants obscènes dont retentissait l’avant du navire. Plusieurs d’entre les matelots étaient doués de belles voix et ils en abusaient ainsi pour offenser le Dieu qui les protége chaque jour contre les dangers de la mer.
Vers 9 heures du soir. chacun songeait à réparer ses forces épuisées par le poids du jour.‘ Pour lors, laissé seul sur la poupe, une foule de souvenirs venaient assaillir mon imagination. Je me transportais à Québec, je parcourais de l’esprit le Séminaire ; car c’est dans cette sainte maison que j’ai commencé à aimer la vertu et ses nobles images, que j’ai joui de la confiance de mes supérieurs. Les aimer et leur donner des marques de ma reconnaissance était pour moi un devoir sacré. J’ai encore joui de l'intimité de plusieurs confrères. Oh! qu’il est bien vrai de dire que dans tous les lieux il y a des échos. J'out me rappelait le passé dans ces heureux moments. Mon entrée dans cette maison, les soins et les enseignements pieux de mes préccpteurs, les liaisons que j’y ai formées, les conversations joyeuses de mes amis, mes amusements avec eux, tous ces objets étaient pour moi des sujets d’indicibles ennuis. Et pourtant ces pensées, ces souvenirs, je me plaisais à les reproduire ; je prends un plaisir inoui à exhumer le passé, et à me plonger dans ces méditations, car elles excitent en moi de douces larmes et me donnent occasion d’offrir à Dieu l’hommage du sacrifice dont je lui dois l’inspiration.
Le jour de la Toussaint, nous eûmes un vent de 8 milles à l'heure: malgré cela la mer n’était que peu agitée, et de grand satin nous püûmes dire la sainte messe assez commodément. Ce fut pour nous une grande consolation de pouvoir ainsi nous unir par le plus auguste des sacrifices à l’Eglise militante, pour honorer la mémoire et le triomphe de cette multitude de bienheureux de toute nation et de toute langue que personne ne peut compter. Ce saint jour que l’on célèbre avec tant de dévotivn dans tout l'univers catholique, était attendu chaque
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année avec impatience de ma part ; je ne l’attendais pas avec moins de hâte cette année, mais, mon bien tendre ami, quel changement dans sa solennité, si je ne parle que de l’extérieur et de la pompe des cérémonies et des chants de joie dont ont coutume de retentir, à pareil jour, les voûtes de la cathédrale de Québec ! # Que j'aurais donné bien cher pour assister au chant joyeux du Gaudeamus omnes ! L’année dernière, j’étais du nombre de ceux qui le chantaient; aujourd’hui, je me trouve à plus de 2,500 lieues du Canada, je suis au tropique du Capricorne, et privé, pour ainsi dire, de tout culte extérieur de religion. Cependant un rayon bienfaisant d’espérance me met dans une grande joie; ces privations ne sont que passagères, et ceux dont nous célébrons aujourd’hui le triomphe n’ont ils pas aussi éprouvé des privations? Que n’ont pas souffert ces milliers de martyrs, ces généreux confesseurs de la foi, tant d’apôtres? Pourquoi ne ferais-je pas ce que tels et telles ont eu la générosité de faire? Je suis aujourd’hui sur la voie où quelques-uns d’eux se trouvaient il y a peut-être bien peu d’années ; ce n’est pas sans combats qu’ils sont parvenus à la gloire. Quelques petits oiseaux, qui malgré la force du vent et le bruit des vagues, suivaient la trace rapide du vaisseau m’apprenaient par leur exemple à mettre de la constance dans mes résolutions ; mais l’un d’eux, peut-être plus faible que les autres, après nous avoir suivis tout le jour, vint se réfugier sur notre embarcation, croyant y trouver le repos ; le pauvre petit animal! la mort l’y attendait. Symbole de ces âmes lâches et timides, qui, après avoir soutenu le plus fort du combat, sont entraînées par de funestes illusions à renoncer à la palme qui les attend.
Le 7 novembre finit par nous donner quelques heures de calme. Le grand nombre d’oiseaux qui environnaient le navire me rappela ce que j’avais entendu dire plusieurs fois, qu’on pouvait les prendre à la ligne comme des poissons. Je voulus en juger par l’expérience et jetai plusieurs lignes à la mer, et aussitôt j’eus en mon pouvoir plusieurs pièces de gibier de Océan Atlantique, et qui plus est, de différentes dimensions.
Le premier qui eut la complaisance de se laisser attraper était ce que les marins appellent satanique ou oiseau de tempête. Les naturalistes lui donnent rang dans la seconde famille de l’ordre des palmipèdes, c’est-à-dire oiseaux qui ont les pieds palmés entre les doigts, ce qui les rend propres à la natation,