‹ Mission de la Colombie [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 19 · FAR DS AN ROC PR ATEN · texte numérisé non relu

FAR DS AN ROC PR ATEN

tandis que les poissons ont toujours la nageoire de la queue verticale. Ils sonten outre distingués par des évents ou narines, ouvertes en général au sommet de la tête et qui leur servent au rejet de l’eau avalée. Comme les poissons, les maminifèrescétacés se tiennent habituellement dans l'eau ; maisils sont forcés de venir fréquemment à la surface pour respirer. Ils ont de petits yeux, une grosse tête attachée sans cou à un tronc très allongé et conique, lequel se continue avec une queue épaisse que termine la nageoire horizontale, Leur peau est généralement lisse et sans poils apparents. Dans le dauphin, les évents se réunissent pour former une seule ouverture au sommet de la tête. Son museau, de forme conique, se prolonge en une sorte de bec que l’on dirait lui avoir été ajouté, lequel est garni d’un double rempart de dents coniques très dangereuses, dont il se sert pour arrêter sa proie qu’il avale sans la mâcher. Cet animal donne d’excellente huile, et sa chair, lorsqu'elle est fraîche, est assez bonne à manger. Ces cétacés sont en nombre considérable dans toutes les mers, depuis Boston jusqu'aux îles Sandwich ; il ne s’est presque pas passé de jour sans que nous en ayons vu de grandes troupes.

Depuis le tropique du Capricorne, nous avions vu peu de baleines ; mais un coup passés au-delà vu Rio-de-la-Plata, nous en vîmes très-fréquemment. Le 20 novembre surtout, Ja mer en parut remplie. Ces énormes cétacés, en rejetant leurs bouffées d’eau font quelquefois entendre un bruit semblable à celui que fait une machine à vapeur à haute pression.

Quelques-uns vinrent assez près du navire pour nous permettre de les examiner. Il n’est pas rare d’en voir qui ont 90 et même 100 pieds de long Leur queue, laquelle est horizontale, dépasse souvent 20 pieds en largeur. Leur tête est énormément grosse et la mâchoire supérieure est garnie, des deux côtés, de lames de corne à bords effrangés ; c’est une espèce de peigne auquel on donne le nom de fanons. A Jaide de ce peigne, la baleine retient comme dans une seine les petits animaux dont elle se nourrit. On dit qu’elle se contente de peu et que les mollusques généralement lui suffisent. Ses fanons ont à peu près dix pieds de log, et un seul individu n’en a pas moins de 80 ou 100 de chaque côté du palais. Autrefois, ces rois de la mer vivaient en paix sous les climats tempérés ; mais aujourd’hui l’avidité des hommes les force à

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chercher un asile surles points les plus écartés du globe, où l’homme n’a encore pu établir de demeure. Si on en rencontre encore quelques-uns dans les contrées où le froid n’exerce pas toutes ses rigueurs, ils y sont en petit nombre et dédaignés comme ne pouvant point compenser les frais nécessaires à leur capture. Les côtes de la Patagonie leur offrirent d’abord un refuge. Cependant les bâtiments envoyés en grand nombre par plusieurs nations, et surtout par les Anglais, les forcèrent bientôt de se retirer plus loin. Maintenant ils vivent en troupes considérables sur les côtes glaciales des terres les plus australes. ‘ Néanmoins ies progrès de la navigation dans ces dernières années, dit un auteur, n’ont pas peu contribué à porter parmi eux d’étranges ravages. ” Les ressources qu’ils offrent au commerce sont presqu’incalculables, si on considère qu’un seul de ces animaux peut quelquefois donner 100 et 120 barils d’huile, outre la baleine ordinaire que fournissent ses fanons.

Le 22 novembre, l’eau de la mer changea de couleur; de bleue qu’elle était, elle devint blanche, ce qui annonçait la proximité du continent. (Cependant nous ne le vîmes point. Le 26, nous atteignîmes fond à 80 brasses, et le suif attaché au bas de la sonde apporta de beau sable noir. En cas de tempête, le capitaine fit préparer une ancre. Le lendemain 27, étant par 45° 17 de latitude sud, nous aperçûmes, quoiqu’avec peine, le Cap des deux Baies (EL capo de dos bahias), situé du côté nord de l’entrée de la baie St.-George.

Après plusieurs jours de calme et de vent contraire, il survint un coup de vent de nord qui dura pendant 24 heures et nous jeta bien vite de l’autre côté de la baie. À 6 heures du matin, le 30 novembre, nous n’étions tout au plus qu’à 3 ou 4 lieues des côtes élevées de la Patagonie, que nous rangeâmes en peu de temps, grâce au bon vent dont nous fûmes favorisés. Tu ne saurais croire, cher ami, quelle joie nous éprouvâmes à la vue de cette terre que nous n’avions point aperçue depuis 78 jours. Nous aurions bien désiré mettre pied à terre, soit sur le continent, soit sur les îles Falkland, pour y prendre de l’eau douce, car notre provision commençait à diminuer. Depuis le 15 novembre, même nous étions à la ration. Il est vrai que la portion était forte ; nous en recevions chaque jour trois bouteilles, dont deux étaient employées à la cuisine. Cependant le capitaine, voyant le temps si propice à l’avancement du vo- 78, jugea qu’il fallait en profiter et il fallut bien en passer par à. E .

Lo mauvais temps que nous éprouvâmes le 1er décémbre, nous força de renoncer au projet de passer par le détroit de Le Maire qui sépare la Terre de Feu de la Terre ou île des Etats (States-land). Le 3 au matin, nous nous trouvâmes tout près de la côte. Au nord, nous avions les hautes montagnes de la Terre de Feu ; au sud, la Terre des Etats, composée aussi de hautes montagnes, condamnées, comme les premières, à d’éternels frimats. Comme le vent était fort, nous n’eûmes pes longtemps la Terre de Feu en vue ; mais il n’en fut pas ainsi dé l’île des Etats ; le vent mollit, et vers midi le courant nous en approcha à la distance d’une lieue seulement.

Toute cette terre, qui a plus de 12 lieues de long sur environ 4 de large, n’offe presqu’aucune plaine, le tout est occupé par une suite de montagnes gigantesques dont les têtes inégales heurtent et découpent les nuages. La position inégale de leur base fait qu’elles offrent de loin et en grand ce que présente de près et en petit un assemblage de cristaux de roche. Ce qui me frappa, c’est que quelques-uns de ces pics aigus, écartés les uns des autres par le pied, tendent à se réunir parle sommet, de sorte que l’œil les confond les uns dans les autres. Eu égord aux circonstances où je me trouvais et où je me trouve encore, ils me présentent l’image des événements d’ici-bas qui,;souvent, séparent et écartent les unes des autres des personnes faites pour être unies, mais elles se rapprochent en s’élevant vers le ciel,

Les parties basses de ces pics paraissaient couvertes d’une mousse longue et épaisse que les premières chaleurs de lété commençaient à faire reverdir. À l’endroit où finissent les neiges on apercevait plusieurs torrents prendre naissance, se précipiter, heurtént et surmontant tous les obstacles, et finir par briser sur des masses inébranlables de roc leurs eaux qui, jaillissant dans les airs, recevaient les couleurs de l’arc-en-ciel, Après avoir admiré ce travail de la nature qui a jeté ainsi les uns sur les autres rochers, glaces et torrents, l’âme se pénètre des plus vives émotions de reconnaissance et de tendresse envers celui qui en est l’auteur. C’est un moment de jouissance céleste pendant lequel

notre faible cœur oublie bien{ôt les peines et les privations qu’on éprouve sur mer,

Les eaux qui environnent ces froides contrées sont abundamment peuplées d’oiseaux. On y trouve tous ceux dont j’ai déjà parlé, et en outre une quantité de canards sauvages ua peu plus

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petits que ceux du Canada, dont ils diffèrent encore par ie juumage. Les pigeons du cap Horn y sont aussi en grand nombre ; ile suivent les navires des jours entiers afin d’attraper quelque chose à manger. C’est un oiseau assez joli et de la grosseur des pigeons ordinaires. Son plumage sur les ailes et le dos est noir et blanc, le reste du corps est couvert d’un beau duvet blanc, Ses pieds sont palmés, et lorsqu'il est fatigué du vent ou de la mer, il marche sur les vagues en se soutenant faiblement de ses ailes à la manière des sataniques. Quoique ce petit habitant des régions australes ne soit pas beaucoup exposé à être tourmenté par les hommes, il a néanmoins un moyen de défense. En ayant pris un à la ligne, je voulus le caresser, mais il n’entendit point badinage, et paya mes caresses d'une bouffée d’huile trèspuante qu’il laissa échapper de son gosier, ce qu’il renouvela autant de fois que quelqu’un voulut lui toucher... .Il me reste encore, mon cher Cyprien, à te parler de l’animal le plus singulier que j'aie eu occasion de voir dans mon voyage. Je ne sais si je dois lui donner le nom de poisson ou d'oiseau, mais supposons-le oiseau. Il porte le nom de pingoin. On le connaissait très-anciennement, et il n’y a presque point de relations qui n’en fassent mention, car on le trouve en piusieurs endroits, ici, au cap de Bonne-Espérance, au sud della terre de Van Diemen, aux îles Falkland où on le tue par milliers, dans les mers du nord, etc., etc. “ Les rivages en sont peuplés, dit un voyageur, leurs innombrables légions stupides, pressées, inactives, courent les grèves en formant de longues files qui ressemblent, comme dit quelqu'un, à une procession d'enfants de chœur en camail.” Le pingoin est de la grosseur du canard, il est noir, et son bec est sillonné en travers. Il ne vole jamais, car il n’a que des moignons d’ailes qui ressemblent à des nageoires. La plus grande partie de sa vie se passe dans l’eau, où il plonge et nage de même que les poissons, et avec une vîtesse surprenante, Sen cri est perçant et très-fort ; quand la mer est un peu tranquille, on l’entend à plus de 10 arpents.

Lorsque nous eûmes doublé le cap St. Jean qui forme la partie orientale de la terre des Etats, le vent tomba tout-à-fait pendant quelques heures. La mer, cependant, était dans une grande agitation. Le capitaine fit descendre les vergues de perroquet et attacher solidement tout ce qui se trouvait sur le pont. Tout cela était pour nous de tristes présages pour le doublement du terriole cap Horn, l’effroi des marins. Nos craintes ne diminuërent pas lorsque nous vîimes le vent s’élever avec violence,

sans cependant qu’il y eût de danger, mais il nous obligea de porter au sud-est, au lieu de sud-ouest, pendant trois jours ; aussi le? nous trouvâmes-nous par les 59° 45° de Icngitude et 56© 47 de latitude. Notre capitaine, jusque-là si gai, commença à devenir sombre ; enveloppé d’une longue redingote et la tête couverte d’un casque qui lui descendait jusque sur le milien de la figure, il se promenait taciturne sur le pont. S'il nous parlait quelquefois, c’était pour nous alarmer sur ce que nous devions éprouver.

Le 8 décembre, jour dela Conception, quelques heures se passèrent en calme et il tomba de la neige mêlée de pluie, après quoi le vent s’éleva favorable. La température, qui était considérablement diminuée depuis quelque temps, ne fut que de 2© 66 ce jour-là, au thermomètre de Réaumur, (de Fahrenheit 38 ©). C’est la plus basse température que nous ayons eue. Le vent joint à la pluie et souvent à la grêle ne laissait pas néanmoins de faire passer de bien tristes nuits à l’équipage obligé de veiller à notre sûreté. Plusieurs étaient presque nus, et avec cela toujours mouillés ; aussi promirent-ils bien que s’ils mettaient une fois pied à terre, le cap Horn ne les reverrait pas une seconde fois. Si tel est le climat de ces contrées dans le mois de décembre, où commence leur plus belle saison, que doivent faire les pauvres habitants des terres magellaniques et de la Patagonie dans les mois de juin et de juillet où le soleil paraît à peine sur leur horizon.

Quant à nous, nous n’eûmes guère à souffrir du froid. La plus grande incommodité était de ne pouvoir dormir ni jour ni nuit; car bien que le vent ne fût pas toujours très-fort, la mer était continuellement si grosse que nous étions à chaque instant exposés à être jetés hors de nos lits. Pour moi, j’ai été un peu plus maltraité que les autres. Dèsle 3 décembre, je ressentis une attaque du scorbut, raaladie incommode causée par le manque d’exercice, l’humidité du navire et les vivres salés. Les mains m’enflèrent au point que je ne pouvais plier les doigts sans beaucoup de peine et en éprouvant de vives douleurs dans les jointures. Je fus donc obligé pendant quelques jours de prendre un exercice continuel, à marcher sur le pont, à me battre les mains sur les.épaules et à faire quelquefois la manœuvre. Cela joint à la nourriture simple, du biscuit et de l’eau, que je pris pendant quelques temps, arrêta les progres du mal qui diminua insensiblement, de sorte que le jour de Noël je ne ressentais presqu’aucune douleur.

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La journée du 10 se passa en calme, mais pendant la nuit il s’éleva un vent passablement fort et de plus tout-à-fait contraire, ce qui nous obligea de porter au sud jusqu’au 13 où nous nous trouvâmes, moins quelques minutes, à 59 © de latitude. Depuis le 5 décembre le jour ne s’était point couché et il fesait aussi clair la nuit qu’il a coutume de faire en Canada lorsqu'il y a beaucoup d’aurores boréales ou que la lune est sur l'horizon après 4 jours de croissant. Dans la nuit du 12 au 13 décembre il fesait tellement clair qu’à minuit on pouvait lire sur le pont aussi facilement qu’on le fait à Québec à 4 heures du soir, jour pour jour. Le soleil se leva à 2 heures 48 minutes 4 du matin, et ne se coucha, le 13 au soir, qu’à 9 heures 11 minutes 3.

Le 14, nous doublâmes enfin le cap Horn par un très-beau temps et par un vent de 3 ou 4 mailles à l'heure. J’additionnai ce jour-là notre marche de chaque jour depuis Québec, et je trouvai un résultat de 4,265 lieues de 25 au degré, ne comptant que les p:incipaux détours sur mer. Il fallait voir comme nous étions contents, non seulement nous, mais encore tous ceux qui se trouvaient à bord. A nous considérer, on aurait dit que nous nous croyions à la fin de nos fatigues. Notre capitaine, à notre grande satisfaction, recouvra sa gaîté.

Le cap Horn, situé dans la petite île du même nom, est remarquable par sa hauteur et sa configuration extraordinaire : il est regardé comme la terre la plus méridionale fesant partie du continent de l’Amérique et comme l’extrémité des Andes, Tu sais, cher ami, combien ce cap est redouté des marins à cause des tempêtes et des froids qu’ils y éprouvent ordinairement et dont nous avons été exempts, grâce à Dieu. Il n’est pas rare de voir des navires y passer un mois, 6 semaines et même davantage. Pour nous, dix jours nous ont suffi. Quelques navigateurs, pour s’épargner la peine de le doubler, aiment mieux s’exposer au passage dangereux du détroit de Magellan, surtout à l'entrée de la mer Pacifique, qui n’est pas toujours aussi pacifique qu’on le croit généralement ; nousen eûmes une preuve évidente le 16 décembre : au lever du soleil nous passâmes à la vue des îles de Diego Ramirez. Quoique le vent ne fût pas bien fort, la mer était houleuse. Le capitaine nous prédit une forte brise et elle ne tarda pas à se faire sentir. À midi, nous filions 10 nœuds à l’heure, et la tempête se déclaa vers le soir. Deux voiles furent rompues, et avec celies qui restaient nous fimes quatre degrés de longitude en 18 heures, çar nous avions vent en poupe.

La mer, lorsqu'elle est calme, a un degré de charme qui n°6.

chappe pas au cœur qui reçoit facilement les impressions ; il y a paix et repos dans tout co qui environne. c’est une vaste solitude qui offre l’image d’une âme qui a remporté la victoire sur ses passions. Mais je ne sais pas si ce genre de beauté ne serait pas surpassé par la majesté de la tempête si l’on pouvait toujours la contempler sans quelque frayeur. De loin elle s’annonce par un bruit sourd semblable aux roulements du tonnerre ; les vagues se succèdent, se pressent, se poussent, bientôt l’immensité de l’océan ne suffit plus à leur nombre, elles se heurtent et se brisent. L'image du chaos se présente aux yeux du spectateur. Au milieu de tout cela, se jouent une multitude d’énormes cétacés auxquels le navire semble disputer la palme de la vîtesse. 6 Ceux qui descendent avec leurs barques à la mer, ceux-là «6 voient les merveilles que Dieu opère dans la profondeur des “ flots ; c’est pourseux que les élans de la mer sont admirables ; “ ils entendent la tempête sonors qui ébranle les montagnes sur « Jeurs fortes bases, et éprouvent combien la voix de Dieu qui “ ge fait entendre sur les eaux est pleine de force et de puissan- & ce. O homme ! au cœur muni d’un triple airain, pourquoi ‘ t’es-tu emparé de ce domaine qui n’est pas le tien ? Jusqu’où ‘ se porteronttes conquêtes ? quel est le lieu du globe assez ‘ reculé pour échapper à ta curiosité ?....Mais je m’arrête : # à ces entreprises excitées par des motifs d'intérêt dans leur ‘6 principe, vient de se joindre un motif plus noble que celui “ des richesses. La charité vient d'engager une lutte hardie ‘6 avec la cupidité : la connaissance de l’Evangile, voilà le ‘ premier trésor que la piété chrétienne exporte aujourd’hui < chez les infidèles qui jusque-là vivaient tranquillement assou- ‘ pis dans les ténèbres de l’idolâtrie. Jusqu’à quelques années près, le démon avait exercé sur ces malheureux un empire ‘6 absolu ; depuis des siècles, il les reconnaissait comme des “ victimes qui ne pouvaient lui échapper ; il les foulait aux ‘“ pieds avec audace et leur disait : je suis votre roi. Mais voici ‘6 que la foi lui répond avec fermeté et oppose une barriére “puissante au cours de ses victoires. Grâce à la navigation, < il n’y aura bientôt plus de nations assez recuiées pour ne “ pouvoir participer aux secours évangéliques que leur prépare “ la belle société de la Propagation de la Foi. Ouila charité ‘ est de tous les temps et s’étend à tous les lieux! Ciel! “ faites-en éclater votre joie, et vous aussi, saints apôtres, ‘ parce que le Seigneur a vengé votre sang. Louez votre Dieu, “vous tous qui êtes ses serviteurs, et qui le craignez, petits et

“ grands, parée que le Seigneur notre Dieu, le Tout-Puissant est entré dans son règne. Réjouissons-nous tous et rendons- ‘“ lui gloire, parce que sa miséricorde ne connaît point de “ bornes. Réjouissez-vous, Eglise d'Orient, vous qui étiez “ stérile ; Eglise d'Occident, qui étiez délaissée et sans enfants, ‘ poussez des cris de joie. Peuples infidèles, la longue chaîne ‘ de vos iniquités va se rompre ; l’empire de Satan va finir, sa condamnation est prononcée ; vos terres encore dégoûtantes des abominations de l’enfer vont être purifiées par la présence ‘ de votre Dieu. Sur vos montagnes va briller l’étendard du salut ; faites éclater votre jubilation, parce que le Seigneur vous appelle à une vie nouvelle ; accourez à lui avec empressément, accourez au festin qu’il vous prépare ; vous “ serez son peuple, et lui, il sera votre Dieu.

Faibles élèves du sanctuaire, créatures, sans autre appui que celui d’une frêle embarcation, sillonnez avec courage la surface des eaux sur lesquelles l’esprit de Dieu se reposa au moment de la création. Sans crainte, volez au secours de vos frères, ne le cédez pas en courage à ceux qui courent après les richesses. Franchissez, franchissez les portes, prèparez la voie aux seuç'es, applanissez la route, écartez les ‘ obstacles, élevez l’étendard à la vue des nations. Au milieu dés abîmes qu’offre la mer, il y a des voies de salut, et celui qui dans l’enfance de l’ünivers !a sépara de la terre et donna au vent sa pésanteur, sait aussi par sa puissance en mesurer la profon- ‘ deur et lui assigner ses bornes. 4 Tu viendras jusque-là, lui atil dit, et tu n’iras pas plus loin. C’est ici que tu briseras tes ‘ flots tumultueux.”?

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O toi! mon cher Cyprién, qui es encore en paix sur terre, invoque chaque jour le Dieu qui porte le trouble dans les rntraillés de la mer et dans l’harmonie de ses flots. Prie-le au nom de son Fils bien:aimé dont !s droite offrit un refuge à Pierre manquant de foi, et sauva plusieurs fois du naufrage l’apôtre des Gentils ; conjure-lé au nom de Xavier protecteur de la foi, d’avoir pitié du pauvrè missionnaire qui sans prendre conseil de la .: ir nidu sang a abandonné ce qu'il a de plus cher au monde, ses parents, ses chers amis, son pays. ÂAttire sur lui les bénédictions du ciel pendant les tristes et longs jours de sa navigation. Mais ce n’est pas tout, demande sicore à Dieu qu'il l’inspire au moment où il entrera en possession de la terre qu'il doit évangéliser ; que le champ rendu fertile par ses sueurs

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lui accorde le fruit de ses travaux et de ses peines ; que son sang, enfin, s’il doit être versé, ne retombe point sur ceux qui s’en rendront coupables, mais qu’su contraire il devienne une nouvelle semence de nouveaux chrétiens.

Je reprends mon itinéraire. Depuis le 17 jusqu’au 27 décembre, le vent fut presque toujours de plus en plus favorable. Chaque jour nous fesions environ 190 ou 200 milles. Rien de plus consolant, car je t’assure que nous soupirions de tout notre cœur après la terre. Le 28, vers 8 heures du matin, nous entendîmes crier : Terre, terre. C’étaient les côtes du Chili dont les montagnes se fesaient apercevoir au-dessus des nuages. Nous continuâmes à nous en approcher, et comme la brise était forte, à midi nous distinguions quelques maisons. Une chaloupe allant de San-Antonio à Valparaiso nous atteignit et nous dit que nous étions encore à 10 lieues de cette dernière place. Les capitaines firent quelques échanges, et nous eûmes du pain frais, du fromage nouveau et des poires.

Nous avions déjà oublié toutes nos privations, et nos fatigues se dissipaient promptement ; nous croyions arriver le même jour. Cependant la brise manqua tout-à-coup et nous luissa là jusqu’au lendemain 29 décembre, qui fut le jour de notre arrivée après 107 jours de navigation. Après la visite d’un officier galonné, nous eûmes la liberté de sortir du navire, grâce à de bons passe-ports, chose qu’il ne faut jamais oublier en venant dans ces parages où on est difficile pour laisser aborder les étrangers. Cependant, comme ecclésiastiques, nous n’eûmes à nous plaindre de rien. Nous mîmes donc pied à terre.

La place publique qui s’étend sur le bord de l'Océan et en face du port était couverte d’une foule immense de gens de tout état et de toute couleur, assez curieux de voir nos deux individus vêtus de noir depuis la tête jusqu’à la plante des pieds. Les douaniers nous arrêtèrent un instant afin de s’assurer si nous n’étions point des objets de contrebande ; après quoi ils nous donnèrent liberté de marcher de pied ferme, chose difficile à obtenir de quelqu’un qui sort de la mer : on lève les pieds comme des aveugles eton chancelle comme des gens ivres, donnant du coude sur chaque individu que l’on rencontre de près.

Quoi qu’il en soit, je ne laissais pas d’admirer le costume et la tournure des habitants de cette nouvelle républiqr2 (denuis

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1823). Depuis long-temps il me tardait de voir des descendants ‘les enfants de la vieille Espagne ; peuple aux mœurs antiques, ferme et profond dans ses croyances religieuses. Mon cœur tout ému de se voir encore une fois dans un pays où la religion catholique étend d’un bout à l’autre son influence bienfaisante, fesait des vœux pour la conservation de ce trésor, le plus précieux qu’un état puisse posséder. Sur notre demande, on nous indiqua la demeure des révérends pères du Sacré Cœur de Jésus et de Marie. Après une marche d’environ une demi-heure, nous arrivâmes enfin au couvent. On annonça aussitd! l’arrivée de nos deux étrangers à M. le supérieur qui s’empressa de venir les recevoir. A la suite d’un colloque de quelques moments et après nous avoir reconnus, il nous offrit une généreuse hospitalité sous l’humble toit de son couvent. Là demeurent 18 religieux sous sa conduite. Dix sont prêtres, les autres sont frèresconverts. Il se fesait déjà tard, et nous avions besoin de prendre du repos ; tout nous fut prodigué avec des égards et des soins que la religion seule peut inspirer et que l’on trouve bien consolants dans une terre étrangère. Le lendemain, on nous accorda le pouvoir de dire la sainte messe, qui fut offerte en action de grâces de notre heureuse navigativn.

Trois jours après notre arrivée, nous célébrâmes avec la communauté le premier jour de l’an, jour de réminiscence et de prière. Dès la pointe du jour, j'étais dans le modeste temple du couvent ; là, prosterré aux pieds de l’auntel solitaire, seu! avec mon Dieu, n’entendant que le bruit des vagues de l'Océan qui viennent mourir sur le sable à quelques pas de là, j'offraie à mon Créateur un tribut d’actions de grâces pour tous les bient‘its accordés à moi-même, à mes parents et à mes chers amis pendant l’année écoulée, Qui pourrait te dire, mon cher {'vprier, le contentement que j’éprouvai en montant à Pauiel nexr y offrir l’agneau sans tache? Mon cœur pénétré de crainte e: de respect palpitait d’amour, et d’abondantes larmes coulaient de mes yeux. Si Dieu 4 prêté l'oreille à la voix de ina prière, beaucoup de péchés m’auront été remis, car

j'aimais sincèrement. Les vœux que j’ai formés pour toi, cher

ami, et pour toutes les personnes qui me sont chères, s’il plaît # a Seigneur de les accepter, tu seras heureux...

‘nrès avoir fait en vain plusieurs tentatives pour parvenir aux Îles Sandwich, nous apprîmes que deux navires des Etats- Unis devaient être en route depuis la fin d’octobre, l’un allant à

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notre Colombie et devant toucher à Valparaiso, l’autre allant aux îles Sandwich, devant aussi toucher à Valparaiso pour y prendre des provisions. Malgré notre empressement pour arriver à notre destination, il fallait bien se résigner à ce retard qui ne devait être, nous disait-on, que de quelques semaines seulement. La suite de cette relation te fera voir que ces quelques semaines ont été raisonnablement multipliées et m’ont donné lieu de m’étendre un peu dans ma nouvelle sphère et d’en prendre quelques petites :nnaissances, dout je vais tâcher de te donner une exacte esquisse : mais auparavant je te dirai un mot de mes généreux hôtes,

Tu sais, cher ami, que la maison de Picpus, établie à Paris, compte à pei:.: + demi-siècle d'existence, et ses nombreuses branches qui :” ent dans les divers départements de la France font pius :1 éloge que tout ce que je pourrais dire. Le Levant s’est ressenti pendant plusieurs années des effets de leur zèle, et depuis 1827 l’établissement de leurs missions dans les îles de l'Océanie Orientale, qui sont encore aujourd’hui le théâtre de leurs travaux apostoliques, a donné lieu à la fondation d’une maison à Valparaiso. Dans cette ville, leur ministère n’est point oisif. Après avoir tenu avec un succès merveilleux une maison de retraite et d’exercices spirituels pendant plusieurs années, ils ont songé à l’établissement d’un petit-séminaire où lon compte déjà environ 60 pensionnaires ét autant d’externes. Ces beaux commencemnents et l’intérêt que semblent prendre les habitants de Valparaiso pour cette institution qui leur manquait encore en ce genre, font augurer les plus belles espérances pour l’avancement de l'instruction dela jeunesse si négligée jusqu’à ce jour. ‘ La confiance dont ils jouissent et qu’ils méritent si bien, attire vers eux tout ce qu’il y a de véritables chrétiens dans la ville. Malheureusement leur nombre est encore trop petit pour suffire à la direction de tant d’âmes. Figuretoi, cher ami, combien doitêtre imposante cette petite communauté d’apôtres brûlant de zèle pour agrandissement du royaume de J.-C. Plusieurs sont dans la force de l’âge et n’attendent que le signal de leur supérieur pour voler au secours de leurs frères ; d’autres ont fini leur.carrière apostolique et enseignent aux autres le chemin qu’il faut suivre. J’en ai vu qui ont travaillé avec succès dans le Levant, et arrosé de leurs sueurs les plaines qui furent le berceau du genre humain (humane cunabula gentis). Qu’il est beau d'entendre ces hommes évangéliques faire la peinture de cette terre, débris de tant d’empires

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UE la plus riche de l’univers en souvenirs historiques et religieux, puisqu elle se rattache à l'établissement des premières sociétés de espèce humaine !

J'ai eu la satisfaction de voir ici le premier apôtre des îles Sandwich, M. Shot, qui a survécu à toutes les persécutions suscitées par les, ministres protestants contre lui et son collaborateur M. Bachelot, mort à bord d’un navire par suite des mauvais traitements essuyés lors de leur expulsion des îles Sandwich. Tous s'accordent à donner à ce généreux missionnaire le titre glorieux de martyr de la foi. Ses dépouilles mortelles ont été déposées dans une des Î'es de l’Ascension par M Mai. gret, aujourd’hui préfet apostolique de Sandwich. |

je Tu ne saurais croire, mon cher Cyprien, avec quelle joie J'ai recueilli de la bouche même de ce vieillard qui semblait avoir pour moi une véritable prédilection, le récit de toutes les persécutions qu’il a sruffertes et des difficultés qu’il a eu à surmonter pour parvenir, après — ans d’exil à la Californie, à rentrer une seconde fois dans les îles d’où on Pavait ignominieusement chassé, et d’où on le chassa encore au bout de — ans. Il y a vraiment quelque chose d’admirable dans la patience et le Que de cet homme que j'ai été à portée de bien connaître. M ARE me ne le plaisir de m’entretenir avec lui ag illage des arbres dont le verger du couvent est décoré, Ft que je trouvais courts ces moments de véritable consolaion ! Dans un pays étranger, à près de 2.000 lieues de ma patrie, entouré d’un peuple inconnu, la religion me fit trouver un ami auprés duquel je goûtais combien il est doux et agréable pour des frères de vivre et d’habiter ensemble.” Je sentais le baume délicieux de la charité s’écouler de son cœur dans le mien, m’apprenant à aimer sur la terre comme on aime dans le ciel. Délicieux instants qui me rappelaient l’enchantement de ces belles soirées du Canada, où errants tous deux à la clarté des feux de la nuit sur les paisibles bords du St. Laurent, nos cœurs s’épanchaient mutuellement P’un dans lautre par la communication réciproque de leurs affections spirituelles. Fasse le ciel que l’étendue des mers n’oppose aucun obstacle à cette union ! |

. Entrons maintenant dans quelques détails relatifs au Chili. Cette république étend son territoire depuis les 12° et 71° de longitude, entre jes 25e et &te parallèles de latitude austra dé:

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faut encore y comprendre l’archipel de Chiloé et les îles de Juan Fernandez. L'aspect que présente toute cette région est des plus tristes pour quiconqie a habité les belles plaines de Amérique septentrionale. Tu le concevras facilement en te figurant pour rivage de l'Océan une chaîne de montagnes souvent de deux ou trois mille pieds de haut, ne laissant entre elles et la mer presqu’aucun espace habitable. Sur ces hauteurs on voit des plaines s’étendre jusqu’au pied des Cordillières, couvertes en partie de neiges perpétuelles et couronnées de plusieurs volcans. Ce pays est sillonné de l'Est à l'Ouest par des Québradas ou gorges très-profondes au milieu desquelles coulent autant de rivières qui descendent à la mer les eaux des montagnes. En hiver, ce ne sont que de faibles ruisseaux qui deviennent en été des torrents qui portent la destruction partout où ils passent, tandis que les lieux plus élevés sont entièrement dépourvus d’eau : car, au Chili, il ne pleut jamais en été, et souvert très-peu en hiver. Malgré ce manque d’eau, le climat est très-beau. Rarement on y éprouve de grandes chaleurs, et la gelée ne se fait sentir que dans les plaines du Sud et dans le voisinage des Cordillies. Les nuits sont généralement trèsfraîches, même en été, ce qui occasionne des rosées abondantes, auxquelles se joignent presque chaque jour des brumes qui ne se dissipent que vers les 9 ou 10 heures du matin, lorsque la brise de terre s’élève. C’est le climat d’un printemps continuel qui joint à l’agrément une grande salubrité. La seule chose à laquelle les étrangers et même les gens du pays ne s’apprivoisent que difficilement, ce sont les tremblements de terre. Il ne se passe pas de mois sans qu’on en éprouve souvent plusieurs. La veille de notre arrivée à Valparaiso, il y en eut un qui se fit sentir avec violence, et dans l’espace d’un mois et demi deux autres ont eu lieu. On ne peut se rappeler sans frayeur la secousse terrible qu’éprouva en 1835 la province de la Conception et qui engloutit une partie de la ville du même nom. Valparaiso éprouva aussi de grands ravagesen 1827. L'église paroissiale et presque tous les édifices un peu hauts furent renversés.

Rien ne peut égaler la terreur qu’inspire ici un tremblement de terre pendant la nuit. Tout le monde se précipite hors des maisons par la première ouverture qui se rencontre. De tout côté, on n’entend que cris et lamentations. On se recommande à haute voix à la miséricorde du Seigneur et à Marie conçue sans péché. S’il ny a pas toujours des édifices renversés,

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il est rare qu’il n’y ait pas quelques personnes qui se tuent er se jetant du haut des maisons sur les pierres qui pavent les rues. À cette incommodité, qui, tu en conviendras fac lement, n’est guère propre à rassurer ceux qui tiennent encore à la vieille habitude de ne point se laisser casser la tête, se joignent les grands vents du Sud en été, et du Nord en hi ver. Chaque semaine, il y a deux ou trois jours pendant lesquels la poussière et le sable des moñtagnes sont entraînés avec violence comme la neige en Canada. Quand ces furieux vents s'élèvent, gare à ceux qui sont surpris sur les montagnes, je puis en juger par l’expérience ; gare aussi aux navires qui ne tiennent pas bien dans le port de Valparaiso, on en a vu jusqu’à 13 se réduire en poussière en moins deux heures.

Toute la région qui avoisine la mer ne possède qu’un sol sablonneux ou une espèce de terre rouge que le manque d’eau joint à ’ardeur du soleil rend en‘it‘ement stérile en été. Sur ces hauteurs, où l’on rencontre à peine quelques traces d’un gazon rabougri et à demi brûlé, pas un seul arbre capable de figurer dans la plus chétive forêt de nos contrées, pas une source d’eau pour rafraîchir le voyageur, ce qui l’oblige de descendre au fond des Québradus. Là, au milieu de quelques pieds de verdure, il rencontre de chétives cabanes formées de bambous enduits de terre. C’est là que règnent au sein de l’indolence et de la malpropreté, l’indigence et l’ignorance la plus complète qu’on puisse voir. Ces malheureux n’ont pour se couvrir que des haillons, quelques troncs d’arbres leur servent de siéges, et des peaux de bœufs étendues sur la terre forment leurs grabats. Une marmite pour faire bouillir les pommes de terre et une urne pour puiser de leau, voilà tout l’ornement de la cuisine de ces tristes habitations où la lumière du jour ne pénètre que par la porte et les fentes du toît. Voilà, cher ami, le spectacle hideux que présente au voyageur une partie des campagnes de ce pays si vanté pour ses richesses. En hiver, il prend une apparence un peu plus gaie. La verdure prend un peu de vigueur et Von sème quelques grains sur le pendant des montagnes. A mesure que l’on s’avance dans l’intérieur du pays, le sol devient plus fertile et plus propre à l’agriculture ; le blé vient bien ainsi que les autres grains. C’est a la fin de l’hiver que se font les semailles, et les récoltes à la fin de l’été. Rien de plus joyeux que le moment de la moisson. pour les Chiliens. Ces travaux sont entremêlés de jeux et de fêtes. Pai

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eté témoin, moi-même, des réjouissances qui ont lieu aux battages. À mesure que l’on cueille les gerbes, on les amasse dans un lieu élevé, bien sec et dépourvu de verdures. Là, après avoir formé un enclos en rond de 2 ou 300 pieds de diamètre, et étendu les gerbes, on y lance une centaine de chevaux indomptés que plusieurs personnes mettent en fuite en les poursuivant à cheval et en poussant des cris de toutes les façons. Pendant tout ce temps-là la foule des nombreux spectateurs ne demeure pas muette, et surtout ne se laisse pas épuiser sans s’humecter le gosier d’eau-de-vie. Ces travaux, ou plutôt ces fêtes, servent d'exercice d’équitation ; aussi y voit-on paraître tous ceux qui désirent se rendre habiles dans Part, selon le goût du pays. Ces réunions, quelauefvis de plusieurs centaines de personne:, ne contribuent pas peu à plonger dans la misère le pauvre fermier qui dépense en un seul jour le fruit des sueurs qu’il a versées pendant plusieurs semaines.

Quoique toute cette région soit située sous une latitude que ne dépasse pas celle des plus beaux pays de l'hémisphère opposé, que le climat même soit, ce semble, très-favorable au développement de la végétation, il est néanmoins vrai que les espèces sont peu variées, Cependant, le voyageur des pays froids admire le palmier, ce prince du règne végétal, que l’on rencontre ici isolé sur le pendant des montagnes. J'en ai vu qui pouvaient avoir au moins 20 pieds de circonférence sur une hauteur variable depuis 4 jusqu’à 7 pieds. La vigne croît dans tout le territoire de la république, mais c’est dans la province de la Conception qu’on la cultive avec. le plus de succès. Beaucoup de fruits viendraient ici en abondance si on se donrait la peine de iles ‘cultiver. Malgré e peu de soin qu’on prend des vergers, on cueille cependant de bonnes oranges, des citrons et des limons. Les pommes sont presque partout à l’état sauvage, et il en est de même des prunes, des poires, des pêches et des abricots. Lolivier croîtrait même ici si on s’occupait de le cultiver. La culture des jardins est aussi trés-négligée. Généralement on ne s'occupe que des légumes les plus communs et qui demandent le moins de soins. Les melons et les pastèques dont les Chiliens sont grands mangeurs, sont estimés comme les meilleurs qu’on puisse trouver. La pomme de terre que les Européens, lors de leur arrivée dans cette contrée, ont

trouvée à l’état sauvage dans plusieurs provinces et surtout à Quillota, offre de grandes ressources aux pauvres gens.

Quant aux forêts, il ne faut pas même y penser ici, on peut parcourir tout le territoire de la république sans rencontrer un seul arbre qui puisse fournir une pièce de bois de construction un peu passable. L’archipel de Chiloé est le seul magasin de bois du Chili, encore est-il bien insuffisant. Un cent de planches d’une espèce de bois quine vaut pas mieux que le tremble du Canada coûte ordinairement 35 et 40 piastres ; heureux encore ceux qui en trouvent avec leur argent. Un mât de navire, quand on peut se le procurer, coûte jusqu’à 400 piastres. Pour faire cuire les aliments on a recours aux branches d’arbrisseaux que les habitants des campagnes vont chercher sur les montagnes.

Si le règne végétal offre si peu d’observations à faire, il n’en est pas de même du règne animal, surtout dans la partie qui concerne les animaux domestiques de toute espèce, qui sont pour le Chili une véritable richesse et un objet important de commerce. Les riches pâturages qui s’étendent aux pieds des Cordillières, fournisseut un nombre considérable de bœufs et de chevaux. Un seul individu en possède souvent plus de 3,000 de chaque espèce, sans compter une quantité presqu’auss: grande d’ânes, de mulets et de chèvres. Le cheval du Chili offre peu d’intérêt du côté de la taill: 5 il est court, bas et gros de corps, mais il est fort estimé pour sa force et encore plus pour son agilité. On ne peut sans frissonner voir un Chilien descendre des montagnes, bride abat. tue, au milieu des précipices dont l’aspect seul fait horreur. Dans plusieurs provinces on rencontre de grandes troupes de ces chevaux qui sont devenus sauvages et que l’on prend au lasso seulement pour en avoir les peaux.

Parmi les animaux sauvages, le renard est le plus commun : aussi le voit-on même auprès des villes. Le yaguarondi, le chat sauvage, le vison, le lapin, le lièvre et l’écureuil se trouvent dans les montagnes. On rencontre aussi plusieurs familles de sauriens ou lézards et la tarentule dont la piqûre est souvent dangereuse.

Il y a ici des oiseaux de tous les ordres, mais les passereaux sont, sans contredit, les plus nombreux. Le gobe-mouche, le

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