‹ Mission de la Colombie [microforme]Chapitre 4 sur 6 · HET · texte numérisé non relu

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Je t’annoncçais alors (voir le JouRNAL, page +) que j'étais sur mon départ pour une mission chez les sauvages de la côte du nord-ouest. Cette mission devait se faire en suivant la Compagnie (de.la Baïe d'Hudson) dans une expédition qui avait pour but de bâtir un fort sur l’extrémité sud de l’île Vancouver. |

Le Cawlitz, ma demeure ordinaire, fut le point du départ de la caravane dont je fesais partie. C’était le 7 mars, par un froid assez rigoureux, quoiqu'il n’y eût pas de neige.— Le fort Nesqually était le point où nous tendions, La route qui y conduit n’est qu’un petit sentièr {ortueux, souvent rendu impraticable par des mollières d’où les chevaux ne se retirent qu'avec peine. Il faut encore être à tout moment descendu de cheval pour sauter par-dessus les arbres que le vent renverse. Les rivières, au nombre de sept ou huit, sont souvent bien hautes, surtout pendant la saison des pluies (de novembre à mai). Celle de Nesqually est la plus grende, et il arrive souvent qu’on ne peut la traverser avec des chevaux. Elle a plus de 600 pieds de largeur. Tout ce trajet se fait tantôt au milieu de forêts, tantôt au milieu de petits déserts auxquels on donne ordinairement le nom de prairies ; il ÿ en a qui ont jusqu’à trois et même quatre lieues de long, sur des largeurs variables. Dans plusieurs il y a des camps de sauvages très peu nombreux. A environ une petite journée de marche du Cawlitz, on passe une petite montagne où nous perdîmes un cheval qui, ayant roulé du haut en bas avec sa charge, se brisa la tête sur un arbre. Ce fut le seul accident du voyage; le reste de la caravane, composée de 26 chevaux et d’à-peu-près 20 cavaliers, se rendit heureusement. Nous eûmes cependant un peu à souffrir du froid, et le 9, pendant la nuit, le temps se couvrit, et nous donna une bordée de neige considérable, laquelle, poussée par un fort vent de nord-est, nous fit éprouver un temps qui se voit bien rarement ici. Enfin, le 10 au soir, nous arrivâmes au fort Nesqually. Pour avoir une idée exacte de ce fort, figure-toi un enclos de pieux de sapin d'environ 18 pieds de haut, renfermant un espace de 150 pieds sur chaque face, et ayant aux quatre angles un petit bastion non armé. [Il y a intérieurement une maison pour le commis en charge, un magasin pour la traite des pelleteries, et quelques autres petits bâtiments pour le logement des serviteurs et des voyageurs. Le commis nous reçut avec beaucoup d’affabilité.

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Le fort Nesqually est situé près dela mer, au fond de la baie de Puget. Le port est magnifique, et peut contenir plusieurs centaines de vaisseaux à la fois. Jusqu’à présent, il n’a été fréquenté que par les navires de lhonorable compagnie qui y viennent de temps à autre, et par quelques navires de guerre américains.

Le steamboat le Beaver (1) nous attendait depuis longtemps ; mais comme il y avait quelques préparatifs à faire, le départ fut remis au 13. Le but de là compagnie dans ce voyage était de bâtir ua fort sur l’extrémité sud de la grande île Vancouver, et de visiter tous les établissements de la côte, jusqu’au fort des Russes à Sitka. Le gouverneur, M. Maclaughlin, et M. Douglass, commandant de l’expédition, m’avaient invité à poursuivre mon voyage jusqu’à Sitka même, et j'étais décidé à accepter cette offre généreuse ; mais quelques circonstances, que nous verrons plus tard, m’engagèrent à renoncer à ce projet.

Le 12, ilse présenta un mariage que je ne pus faire: car la femme était esclave et ne pouvait point obtenir sa liberté.

Enfin, le 14 de grand matin, nous montâmes à bord du Beaver. Ce steamboat aurait la façon un peu courte, vis-àvis de l’élégant Queen ; car il est un peu à l’ancienne mode, et ne va guëres plus que 5 milles à l'heure, Toute la journée se passa à faire route à peu près vers le nord. Puget Sound ressemble plutôt à un fleuve qu’à toute autre chose. Les îles y sont en grand nombre, la plupart inhabitées et couvertes de forêts. Le flux et le reflux de la mer s’y font sentir à la hauteur de 10 pieds dans les plus hautes marées. La masse des eaux se trouve souvent resserrée entre les îles, ce qui donne occasion à des courants presque insurmontables même pour le bateau-à-vapeur.

Le soir, nous ancrâmes près d’une pointe de l’île Whidbey, appelee Pointe-Perdrix.

Îlest rare que les vaisseaux marchent la nuit dans ces endroits, à cause des morceaux de boie qu'ils rencontrent fréquemment. Pendant la veillée nous eûmes le plaisir de prendre à la ligne plusieurs beaux poissons qui ressemblent,

(1) Ce steamboat est le seul que possède notre pays. La compagnie l’a fait venir d'Angleterre, il y a quelques années, afin de parcourir promptement la côte nord-ouest, au nord de la Colombie, pour traiter les pelleteries qu’en levaient des navires américains qui rôdaicnt contiuucilement sur cette côte : maintenant on n’en voit plus,

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tant pour la forme que pour le goût, à la morue du Canada. Cette baie est richement peuplée de poissons. (Celui qui y est le plus abondant, et qui fournit aux sauvages la plus grande ressource, est le saumon. Dans les mois de juillet et d'août, les naturels en prennent à ne savoir qu’en feire. Presque chaque nation diffère dans la manière de le prendre. Il yen a qui se servent d’hameçons, d’autres de filets, et quelques-unes de longues perches, dont une des extrémités estarmée d’un dard fourchu fait avec des os ou du bois très-dur. On y trouve aussi en grande abondance des plies et des flétans de dimensions supérieures à celles des mêmes espèces en Canada, et plusieurs espèces de poissons moirs gros et dont quelques-uns ressemblent beaucoup au hareng du fleuve Saint-Laurent. Les sauvages les prennent d’une curieuse manière. Deux hommes se mettent dans un petit canot ; l’un est uniquement occupé à le conduire, tandis que l’autre, placé vers le milieu, est armé dune espèce de râteau, où peigne, dont les dents très-pointues percent les petits poissons, qui se rencontrent sur son passage dans le mouveinent qu’il lui fait faire à côté du canot, comme s’il fesait mouvoir un aviron pour le conduire. (Ce râteau ou peigne a est représenté par la petite figure suivante Tnt. bbbb a est une perche ronde par un bout et applatie par l’autre ; bbbb sont les petites dents faites avec des épines d’un bois connu ici sous le nom de pawitch, ou avec de la corne de bec d'oiseau, Cet instrument peut avoir environ 8 pieds de long: avec son secours, deux sauvages chargent leur petit canot en moins d’une demi-journée. Parmi ces différentes espèce de poissons, il y en a qui l’emportent sur tous : ils renferment une telle abondance de graisse, que si on les allume par la queue, ils brûlent jusqu’à la tête comme des chandelles,

Les diflérentes espèces de coquillages offrent encore une grande ressource aux sauvages. Ilyen a qu’ils mangent après les avoir exposés un instant seulement sur le feu, d’autres qu’ils font sécher, après les avoir enfilés sur une petite corde d’écorce de cèdre. Je pense bien que tu aurais un peu mal ou cœur, si tu te voyais réduit à n’avoir pour nourriture que quelques-uns de ces chanelets d’huîtres sèches. Plus loin tu verras ce qui m'est arrivé à cet égard. Enfin,

on Y 1encontre des marsouins en grand nombre, surtout prés du détroit de Juan de Fuca,

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