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Le 14, de bon matin, nous levâmes l'ancre, et dirigeâmes notre route vers la terre-ferme qui est à l’extrémité est du détroit de Juan de Fuca, afin de savoir des sauvages s'ils avaient vu passer un petit navire de la compagnie qui avait à son bord les provisions et les outils destinés aux ouvriers qui devaient bâtir le nouveau fort. Lorsque nous ne {âmes qu’à environ un mille de terre, le steamboat mouilla une ancre, et deux chaloupes furent mises à l’eau. Près de là se trouvait un petit fort en pieux, construit par un camp peu nombreux de la grande nation des Klalams. En nous apercevant, plusieurs hommes sortirent de leurs loges et vinrent nous donner la main; tous avaient la figure vermillonnée, et l’on eût dit qu'ils craignaient quelque chose. Cependant, après quelques mots échangés par interprète, ils sé rassurèrent, et nous dirent que le dit navire dont s’informait notre commandant était passé depuis une journée seulement. Ils nous indiquèrent même le lieu où il avait passé la nuit, ce qui nous fit connaître que nous n’avions été qu’à environ un mille et demi de lui sans le savoir: il y avait en effet une brume très épaisse. Ces sauvages nous montrèrent de trés belles patates, produit de leurs terres. Ils cultivent assez bien ; mais ils se bornent uniquement aux patates, encore n’en sèment-ils qu’une bien faible quantité.
Nous regagnâmes notre steamboat et reprîimes notre route. Vers 4 heures du soir nous étions à l’extrémité sud de la grande île Vancouver. Nous ne vîmes d’abord que deux canots occupés à pêcher. Mais bientôtle canon fit sortir les indigènes de leurs retraites. Cependant, comme il se fesait déjà tard, nous n’en vimes que peu ce jour-là. Mais le lendemaïn de bon matin, il fallait voir les canots arriver de tout côté et entourer le steamboat. Comme tous paraissaient montrer des dispositions pacifiques, nous descendimes à terre. Ces pauvres sauvages, dont quelques-uns seulement avaient vu M. Demers à la rivière Fraser, ne savaient quel geste faire pour témoigner leur joie à la vue du prêtre qui pour la première fois visitait ieur terre. Tous nous donnèrent la main, etle chef, jeune homme d'environ 20 ans, nous accompagna dans une longue marche que nous fimes dans l’intérieur de l’île, après quoi nous montâmes à bord. Sans le faire voir, nous examinions chaque mouvement que fessient les naturels: car toutes ces nations qui habitent du côté de l’Océan Pacifique sont troitres et dissimulées au
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dernier point ; justement au moment où on les croit bien disposées envers soi, elles ourdissent les plus noires trahisons (1). Ce ne fut donc qu’au bout de quelques jours, c’est-àdire, lorsque j’eus des preuves non équivoques que leurs dispositions, du moins pour le moment, étaient sincères, que je me rendis à leur village qui est situé au fond d’une charmante petite baie. Ils ont là un fort en pieux quia près de 150 pieds carrés. Presque toutes les nations des environs sont fortifiées de cette manière, pour être plus à l’aise quand il s’agit de se défendre contre leurs ennemis, qui sont au nord de la rivière Fraser et qui portent le nom de Yougletas. Cette nation est puissante et ne respire que le carnage ; elle porte partout ses ravages, tombe de nuit sur les peuplades qu’elle détruit ou fait esclaves.
Au haut des poteaux qui servent d'appui au fort, on remarque des têtes humaines grossièrement sculptées, et peinturées en rouge et en noir, et souvent des deux couleurs ensemble.
ï À mon arrivée, tous les sauvages, hommes, femmes et enfants, se disposèrent en deux longues files, pour me donner la main, cérémonie de stricte rigueur. Je comptai 525 individus, et plusieurs étaient absents. Je les assemblai dans la plus grande des cabanes, et leur parlai de l'existence d’un Dieu créateur de toutes choses, rémunérateur des bonnes actions et punissant le mal par des châtiments éternels. Mes instructio..s furent plusieurs fois interrompues par des discours ou harangues. En voici une qui est digne d’attention. Au milieu de la foule, je vis un homme d'environ 30 ans qui se leva subitement et me dit: “ chef (2), écoute-moi un “ peu; il y a bien dix ans que j'ai entendu dire qu’il y avai
un maître en haut qui n’aimait point le mal, et que parmi les français il y avait des hommes qui apprenaient à connaître ce maître. J’ai aussi entendu dire qu’il en viendrait de ces hommes-là sur nos terres; depuis ce temps-là, mon cœur, qui auparavant était très-mauvais,
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(2) El n’y a pas d’année que quelques serviteurs de la compagnie ne deviennent les tristes victimes de leurs ruses. Cette année, il n’y en a eu qu’un seul de tué, et trois ont été manqués. Pour nous missionnaires, il y a beaucoup moins de danger, car on nous regarde comme des hommes d’une espèce différente.
.() Ils donnent généralement le nom de chef à tout personnage de distinction ; en leur langue, siab, |
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“est devenu bon, et je ne fais plus le mal; maintenant que ‘“tues arrivé chez nous, nos cœurs sont contents, ” Un jour je leur parlais du baptême, je leur disais que bien des nations avaient fait baptiser leurs enfants ; un vieillard se lèveet dit: Tes paroles sont bonnes ; mais on nous ‘ a dit que tous les enfants qui ont été baptisés à la rivière * Fraser sont morts presque aussitôt: cependant, comme 1u “ dis que c’est une bonne chose, nous te croyons. Puisque “ cela les fera voir le maître d’en haut après leur mort, “ baptise tous ceux qui sont dans notre camp; fais-leur “ charité, car ils font pitié, ils meurent presque tous. ??
Je lenr dis que je v.endrais le dimanche pour les baptêmes, et que tous devaient s’y trouver, Cependant le bruit de mon arrivée s’étant répandu dans le voisinage, plusieurs nations arrivèrent en masse.
Le 18 étant un simedi, je le consacrai à l’édification d’un temple pour célébrer le jour du Seigneur. M. Douglas me fournit plusieurs de ses hommes pour m’aider dans cette œuvre. Au coucher du soleil, je possédais un édifice assez vaste dont les côtés s'élevaient majestueusement en branches de sapin ; le toit était couvert avec les tentes du steamboat. Quelques-uns des messieurs de expédition vinrent le visiter et le comparèrent aux tabernacles que les israélites élevaient dans le désert. Enfin le dimanche matin, environ une heure après le lever du soleil, je me préparai à la sainte messe. Déjà plus de 1200 sauvages de trois nations diffé rentes étaient rassemblés autour du modeste temple. Notre commandant, homme religieux, quoique protestant, se rendit sur les lieux, ainsi que les canadiens. (Ce fut au milieu de ce concours nombreux que pour la première fois nos saints mystères furent célébrés sur cette terre, depuis tant d'années en proie à toutes les abominations de l’enfer. Fasse le ciel que le sang de l’agneau sans tache rende cette terre fertile et lui fasse produire une abondante moisson !,.,,..
Ce jour étant cclui que j'avais fixé pour le baptême des
. nts auquel les parents avaient consenti d’une voix unanine, Je me rendis au village principal, accompagné d’un canadien du nom de Gobin, mon interprète, et de toute la foule des sauvages qui avaient assisté au service divin. En ariivant, il fallut encore renouveler la terrible cérémonie de donner la main à tout le village, Les enfants furent disposés sur deux lignes, sur le bord de l'Océan, les garçons à droite et les filles à gauche. J'avais la veille écrit un grand
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nombre de noms de saints et de saintes sur de petits papiers, et avant de commencer la cérémonie, je les leur distribuai au nombre de 102. Il était presque nuit lorsque j’eus terminé tous ces baptèmes ; j'étais bien fatigué, et, avec È cela, il me fallut encore faire une marche de six ou sept | milles, pour revenir au steamboat. Sans serupule aucun, À je plaçai ce jour au nombre de mes jours pleins. | Les jours suivants je ne pus faire aucune instruction suivie ; presque tous les hommes se mirent à couper des. pieux pour le nouveau fort. Cependant, dans un voyage que jy fis, je baptisai encore trois enfants qui s’étaient trouvés absents le jour du baptème solennel.
Suivant le plan de voyage tracé avant le départ, nous ne devions être ici que quatre jours seulement. Nous devions poursuivre ensuite le voyage, de fort en fort, jusqu’à l’établissement des Russes à Sitka ; mais le petit navire porteur des provisions retardait beaucoup, et d’après toute apparence était pas sur le point d'arriver. Ce retard était pour moi bien peu satisfesant. Je me voyais dans limpossibilité d’instruire les sauvages, et d’ailleurs je croyais que le voyage serait plus long qu’on ne l'avait d'abord prévu : moi qui n'avais pas de temps à perdre, puisque, suivant l’instrüction de M. le grand-vicaire, je devais faire partie d’une mission permanente, qui devait être établie sur l’île Vancouver, ou Whidbey. Ces raisons m’engagèrent à ne pas poursuivre plus loin. J’achetai donc un grand canot de guerre, de 42 pieds de long sur environ 3 pieds de large vers le milieu, tout d’un seul tronc de cèdre. La pince de devant a 6 pieds, de haut.
On est étonné de voir que ces sauvages, n’ayant aucun outil, si ce n’est quelques couteaux et quelques haches, fassent des ouvrages aussi parfaits ; car les meilleurs ouvriers parmi les blancs ne sauraient mieux travailler. Pour creuser ces canols, ils ont recours au feu, qu’ils allument avec soin tout Je long du canot, ayant l'œil à ce qu’il ne s’étende (| pas de manière à brûler les côtés, mais qu’il descende jusqu’au fond. Quand le feu la bien creuse, ils en polissent le dedans avec de petites herminettes qu’ils se manufacturent avec des ressorts de piéges à castor, les peinturent ensuite avec du vermillon, ou avec une espèce de terre rouge, qui, bien pulvérisée et mêlée avec de l'huile de poisson, imite assez bien l'ocre. Cette terre se trouve en plusieurs endroits de la baie de Puget, Un canot de la
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