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des formules chrétiennes. Du reste, l'inscription ne m'a offert aucun sens satisfaisant. Le nom À aauoÿr seul est remarquable par sa physionomie arabe. Une inscription syriaque se trouve dans l'église. Elle est en estranghelo cursif assez
TA ne irrégulier. La voici :
00 @AÎAZ Lis sQ ST
“Au nom du Dieu qui ressuscite les morts, en l’année 1. d'Alexandre... s'endormit
«et mourut Mourcos…. »
Le grand monastère de Mar-Antoun, taillé en partie dans le roc, est un curieux exemple de larchitecture troglodyie continuée jusqu'aux temps modernes'. Ce genre de construction se retrouve dans presque tous les couvents de la Vallée sainte, à Kanobin, à Mar-Sarkhis. On m'a parlé, mais trop tard pour que j'aie pu vérifier l'exactitude de ce renseignement, d'une inscription dans l'église de Mar-Semän, au-dessous de Hesron. Je pense qu'il s'agit d'une inscription syriaque. Je ne parlerai point des cèdres après tant d’autres, bien qu'il subsiste assurément peu de restes aussi authentiques de la vieille Phénicie.
En se approchant du Nahr el-Djouz, on trouve les villages de Niha, de Reschkida et de Derbaschtar ou Beaschtar. Ces villages m'avaient été signalés : Niha, comme renfermant des antiquités; Reschkida (lux), une inscription dans le mur de l'église, et une mseription syrlaque à la Médréset Boulos; Derbaschtar, deux constructions, dont l’une près d’une source. Ge que nous y avons vu a peu d’intérêt. Le nom de Derbaschtar est caractéristique, el semble renfermer le nom d'Astarté (Deïr Beth-Aschtar).
olise, » sert souvent à dési-
Le mot der, qui signifie proprement « couvent, €
gner les temples anciens. Le b peut aussi s'être introduit par abus, comme
dans Derbissin (village près de Saïda) pour Deïr es-Sin. A Amyoun, on L 2 Va 4 à V: ‘A Le
mn avait évalement parlé d’une grotte devenue église, el portant une ins-
! Voy. Cassas, T° vol. Voy. en Syrie, pl. LXIX; Laborde, Voy. de la Syrie, pl. XVIIT, 36.
cripüon. Celui de mes collaborateurs qui visita ce point vit un rocher taillé plein de niches, mais pas d'inscription; il est possible que cela ait tenu aux mauvaises dispositions de la population, toute grecque orthodoxe, et qui, à ce moment, était hostile à la France. Burckhardt et G. Robinson trouvèrent aussi les gens d'Amyoun fanatiques et inhospitaliers.
La route, le long de la mer, de Tripoli à Batroun, offre beaucoup de points intéressants. C'est d'abord, à deux kilomètres environ de la ville, une ruine formant deux chambres comme adossées et encore revêtues de bon stuc. À Calmoun et Hraïsché, pendant un espace de trois où quatre kilomètres, on trouve de nombreuses traces dans le roc (carrières, sépultures, pressoirs, cuves, meules très-nombreuses). En quelques endroils, j'ai cru reconnaître des trous ronds, analogues à ceux qu'on remarque dans les rochers de Gébeïl et dont il sera question plus tard. Mais ce qui frappe surtout, ce sont deux:monuments signalés par M. de Vogüé, qui en a donné un dessin. Is ressemblent à deux chapelles monolithes assises sur le même piédestal. Depuis que j'ai vu le pays de Sour, surtout à l'endroit appelé Oum el-Aamed, près de Cana”, je n'ai plus aucun doute sur la nature de ces monuments. Dans un rayon de quatre ou cinq lieues autour de Tyr, on en trouve de tout semblables en grand nombre et avec un caractère évidemment industriel : ce sont des pressoirs. Dans ceux de Calmoun, comme dans ceux du pays de Sour, les trous pour les solives se voient dans les parois intérieures de la cavité.
On trouve du reste à Calmoun plusieurs vestiges du mème genre. I y à eu là sans contredit une ville antique. Pococke et, après lui, tous les voyageurs savants y ont placé avec pleine raison le Calamus de Polybe et de Pline. M. le patriarche des Maronites cependant me faisait remarquer
combien ce nom de Calmoun est commun en Syrie, appliqué à des for-
! Fragments d'un journal de voyage en Orient (Paris, # Polybe, V, 68; Pline, V, 17 (20). Cf. Pococke, 1855), p. 19-13 et19. Description of the East, W, 1% partie, p. 99; Thom- ? Ne pas confondre avec Oum el-Awamid au son, dans la Bibliotheca sacra, N, p.10; Vogüé, ouvr.
sud de Tyr. cité, p. 18-19.
CAMPAGNE D’ARADUS. 141 teresses !, et il y voyait Calata del Monte. Pour moi, je me demande si ee nom ne viendrait pas dans certains cas de KXuaË — Calimas = Calmous — Calmoun, les terminaisons en ous et oun se mettant indifféremment à la fin des noms d’origine grecque?. Quoi qu'il en soit, Édrisi place au sud de Tripoli un fort de Calmoun”*.
Un peu après qu'on s’est détourné de la route de Tripoli à Batroun pour aller à Anelé, la route semble présenter des trous ronds analogues à ceux de Gébeïl. Le sol, à cet endroit, rend un son creux très-caractéristique. Le même son creux se remarque dans une aire près du village, et dans le village même à deux ou trois places. I faut d'ordinaire se défier de cette résonnance, qui lient à des accidents naturels du rocher. lei pourlant Je ne serais pas éloigné de croire à des grottes souterraines creusées ou utilisées par l’homme.
Anelé (xast, Néphin des croisés)‘ est un point fort important. C'est un village situé près d’un petit cap, au nord du Theou-Prosopon. Le cap, un peu au delà du village, est percé deux fois dans toute sa largeur par deux énormes fossés taillés dans le roc au niveau de la mer. Entre ces deux fossés et le village, le cap offre en outre sur ses deux faces une série de travaux creusés dans le roc, d'un caractère profondément original.
Aux deux fossés qui traversent listhme de part en part, se rattachent des restes de constructions en gros blocs, dont une partie est encore adhérente au rocher. Ces restes se voient surtout du côté qui est tourné vers Tripoli. Ces lambeaux de vieux murs offrent exactement le même caractère que la tour de Gébeil : c'est le même bossage; c’est la même manière de joimtoyer les blocs au moyen de petites pierres à crossette,
tullées elles-mêmes en bossage. IT est clair que des assises de gros blocs
! Voy. Ritter, XVII, index, aux mots Kalamén et * Ritter, XVIT, 591, 609-610; Mehren, Syrien op Kalamün. M yen a beaucoup d’autres exemples; ainsi Palestina (Copenhague, 1862), p. 67, 796; Michaud le Djebel-Kalamôn près de Damas. et Poujoulat, Corresp. d'Orient, 1. NI, p. 286-°87.
? Voir ci-dessus, p. 21-22, note. M. Ritter (XVIT, 609-610) et M. Ch. Müller (ad Strab.
L Éd. deJaubert, 356-57. I autremarquer qu'ilya p.926) croient à Lort que Néphin doit être situé sur encore un Galmoun au-dessus du château de Museiliha. le cap Theou-Prosopon.
élaient superposées aux parois du fossé pour exhausser la clôture aux endroits où le roc faisait défaut. Les gradins qui se voient au bord du fossé, surtout du côté du Theou-Prosopon, étaient les lits de ces blocs. Le Æalaa ou château était situé à la pointe, au delà du second fossé’. Le nom en est resté à cet endroit, quoique les pierres de constructions apparentes aient toutes disparu. Ge sont sans doute les bâtisses modernes de Tripoli qui auront absorbé ces masses de pierre. Déjà nous avons vu Césarée du Liban, Orthosie, Marathus, et toutes les ruines de Tripoli à Tortose dévorées de la même manière. Il faut savoir que les tailleurs de pierre de la Syrie moderne sont fort maladroïts. D'un beau bloc antique, ils ne font souvent que cinq ou six misérables petites pierres; la plus grande partie est perdue en retailles; l'emplacement de toutes les vieilles constructions est parsemé de ces débris.
Les travaux dans le roc qu'on voit entre les fossés et le village, bains, oroltes, sépultures, piscines, etc. sont les plus soignés peut-être de toute la Phénicie. Is offrent des lignes régulières, des lisérés profonds, taillés avec soin. Un grand nombre de meules et de pressoirs sont épars de tous les côtés. Les excavations dans le roc forment des étages réguliers, aboutissant à la mer par une sorte de rampe. Les portes présentent des trous pour les verrous et les sonds. Des coupes verticales du rocher ont servi de murs intérieurs à des maisons, et offrent comme les rochers d’Amrit des liles horizontales de trous pour les poutres. De nombreuses niches, quelquelois disposées avec symétrie, sont creusées dans ces murs et servaient d’armoires où de chapelles domestiques. Au bord de la mer se trouve une sorte de trou creusé dans le roc avec un escalier pour y descendre et où la mer pénètre par un conduit, également creusé dans le roc, avec un
bruit étrange. Nous trouverons des salles analogues, et plus grandes que
1 «Castrum Nephin in mari situm fere totum, im rum, Vol. 167 b, p. 27-28 de l'édition de M Lau- “quo vidi duodecim turres bonas et locum muni- rent.) Comparez Wilbrand d'Oldenborg, p. 168 de «tum valde.» (Brocard, dans le Rudimentum novitio- l'édition de M. Laurent.
CAMPAGNE D’ARADUS. 143 celles-ci, à Gébeil et à Sarba, près Djouni. Un puits de forme ovale, bien taillé, communique au canal souterrain. Une très-belle piscine, offrant au fond des trous ronds et équarrie avec un soin extrême, se rattache à ces travaux. Les grottes sépulcrales ont aussi un caractère à part, et qui semble ancien.
Quand je vis Anefé pour la première fois, je croyais à l'antiquité de la tour de Gébeil. Le rapprochement du lambeau de mur adhérent au fossé avec ladite tour me frappa. Peu familiarisé encore avec les grands travaux dans le roc qui à Athlith se trouvent rapprochés de constructions du moyen âge, je vis dans les ruines d’Anefé un ensemble de restes phéniciens. Aujourd’hui je pense que cette opinion doit être en grande partie abandonnée. Le pan de maçonnerie qui à subsisté rentre dans le Lype des travaux en grand appareil construits par les croisés. Je n’y vois plus qu'un débris du château de Néphin. M. Thobois y trouve des signes certains de construction hâtive et relativement moderne. Quant aux fossés dans le roc, je ne sais plus qu'en penser depuis que j'ai vu Athlith. Le château d'Athlith est tout entier du moyen âge, et pourtantles substructions d'Athlith présentent de grandes entailles dans le roc, et à deux pas de là se trouve l'endroit nommé par les croisés le Détroit ou Pierre-Encise, où lon voit les plus grands travaux dans le roc que possèdent la Phénicie et la Palestine. Les fossés de Tortose sont très-probablement un ouvrage du moyen âge. Ces ouvrages sans style n'ont pas de date ; les textes seuls pourraient lever nos perplexités à cet égard. Je voyais dernièrement à Jersey des travaux de ce genre exécutés il y a un demi-siècle, et rappelant trait pour trait Pierre-Encise et Anefé.
Nul doute du reste qu'avant le château de Néphin 1l n’y eùt à Anefé un village assez considérable. Si les deux grands fossés peuvent être l’ouvrage des croisés, les nombreux travaux dans le roc dont nous avons parlé ne peuvent l'être. Ces travaux ne sont pas appropriés aux mœurs de
l’époque chrétienne. Ils sont sûrement anciens. Le village, situé comme
je l'ai dit un peu en deçà des fossés, offre beaucoup d'antiquités : une série de rochers taillés en étage, formant comme une enceinte; une autre enceinte circulaire, près de là; de nombreux caveaux creusés dans le roc, près de la route, au premier groupe de maisons qu'on rencontre en venant de Tripoli; de grandes coupes dans le rocher, derrière l'église; quelques travaux de briques; une jolie église bien bâtie, du temps des croisades ; près de l'église, un très-beau caveau chrétien, à trois compartiments cintrés, au fond duquel se voit un chrisme entouré d'un cercle. On me parla d’une pierre avec inscription et d’une tête trouvées en cet endroit, mais on ne put me les montrer.
Tout ce que nous savons du château, et du port de Towipns, nommé par Seylax (S 104), Polybe (V, 68), Strabon (XVE, n, 15), convient parfaitement à la situation d’Anefé; aussi cette identification a-t-elle été faite tout d'abord par Pococke'. Le nom moderne d’Anefé est arabe ; il signifie simplement «nez» ou «cap» et est postérieur à l'invasion musulmane.
La construction qu'on voit sur la côte, un peu au nord, est le Deir en-Nathour, couvent orthodoxe peu ancien.
Je trouvai à Anefé, entre les mains du curé grec, une belle pierre persico-phénicienne, oblongue, ayant servi de sceau; je voulus lacheter; je n'y pus réussir. Les empreintes que j'en avais prises me permettent de
la publier 1e1.
Ces cinq lettres doivent être lues 352.
Presque tous les sceaux phéniciens commencent par 2, suivi du nom de la personne à qui le sceau à appartenu ?. M. Levy, de Breslau, a qui j'ai communiqué le dessin de cette inscription, me suggéra le rapprochement du nom connu par la Bible Dx;@
1 Description of the East, IX, 1° part. p. 99. (CF. pression , au lieu de Enfy. Michaud et Poujoulat por-
Thomson, dans la Bibliotheca Sacra, NV, p. 10.) Les tent Euphi. éditions de Pococke portent Enty, par une faute d’im- ? Levy, Phœnizische Studien, W, 24 et suiv.
équivalent de 537. Le sens serait donc «sceau de Æinnomi.» Les Hinnomites de la Bible paraissent en effet avoir été des Chananéens, voués au culte de Moloch.
Une autre pierre, analogue à la précédente pour Fobjet représenté, mais sans inscriplion, me parvint de Saïda. Je la donne ici à cause de sa ressemblance avec la
pierre qui précède.
On peut, du reste, voir un grand nombre de pierres du même genre, dans Lajard, Culte de Mithra, pl. X, 16; XVII, 1 a; XLIV, 6, 19; LV s, 16; LIV c, 4; LXIE, 3: Culte de Vénus, 1, 8. Notre pierre est la seule de ce genre qui ait une inscription. Pour la forme de la pierre et la façon dont elle est arrondie et percée, voir Lajard, Culte de
Mithra, XIL, 19.
Le massif du cap Theou-Prosopon, enfin, a conservé beaucoup de traces de son passé phénicien. Le nom primitif de ce cap était sans doute Phaniel ou Phanuel, nom que nous trouvons en Palestine appliqué aux endroits où l’on croyait que Dieu était apparu ‘. Peut-être aussi est-ce une traduction de by2735 « face de Baal, » épithète constante de Rabbath Tanith dans les inscriptions carthaginoises?. Le nom de cap « Madonne » serait-il un écho du nom de Rabbath? Un cap de Sicile portait de même le nom de Rosch-Melkart «tête de Melkart#.» Quoi qu'il en soit, le massif dont nous parlons, séparé par ses flancs abruptes du reste du Liban, forme un pet monde plein d'intérêt. Strabon y place un @poipsor, qui fut détruit par Pompée (XVI, n, 18), et Édrisi, une forteresset, On m'avait signalé à Hammät (&lg) une église à colonnes, avec inscriptions sur ces colonnes: je n'ai rien trouvé de semblable. Mais, au pied du cap, était certainement
une petite ville antique, à l'endroit nommé maintenant Hannousch, nom
: Gen. XXXIT, 30-31. Cf. Mignot, dans les Mém. de 1861, p. 45; Inscr. in the Phœn. character, publiées
lAsad. des Inscr. XXXIV, 250; Movers, Phœn. 1, 667 par le Musée britannique (1863), sæpissime. et suiv. Ritter, XVIT, 36-37; Hitzig, Die Psalmen, W, % G. Ugdulena, Sulle monete punico-sicule (Palerme, p. 81, note. Ocoÿ &pécwror devint chez les auteurs 1897), p. 24-95; G. Romano, Sopra alcune monete chrétiens Audompocwmo, aujourd'hui ,&! xæ9. scoverte in Sicilia (Paris, 1862), paie
? Cf. Ann. de la Soc. archéol. de Constantine, 1 860- L Édrisi, trad. Jaubert, 1, 356, 307.
qui décèle sûrement une origine grecque (la terminaison ousch — os
l'indique). Sur un rocher, se voit un signe assez commun en Phénicie
Au pied de ce rocher se trouvent des débris; plus loin, un chapiteau, grossière imitation du chapiteau corinthien. Au bas du chapiteau, sur une surface lisse, on lit AGP; sur un fût à côté : 1. De nombreuses cuves et meules sont éparses çà et là. Mais l'objet le plus intéressant de Hannousch est une grande cuve de un mètre quarante et un centimètres de diamètre sur un mètre deux centimètres de profondeur. Elle était à demi
enterrée dans le sol. Elle pèse environ trois mille trois cents kilogrammes ;
nous avons dû renoncer à l'emporter.
HI ___SONNAOYFUPN ATUMAYUWEN E
Une inscription très-fruste se lit sur le bandeau qui entoure la cuve.
Après des efforts répétés, je suis parvenu à lire avec certitude :
NAAPAZ : : :HITHIOZANNHAOYTOAI EKTONIAIWNETTOIH
H ne manque rien au commencement de la deuxième, ni à la suite de la première ligne. L'inscription doit donc être lue : Naapds ...nmi0s Âvrndou T@ Aù êx Tv id émoin| cer].
Le seul doute qui reste, en ce qui concerne la lecture, porte sur le second mot. Il se termine, ce semble, en nos, qui doit être précédé de trois lettres. La lecture vers laquelle je me suis toujours trouvé porté, en face du monument, est TA; mais il ne résulte de là rien de satisfaisant. Sur l'estampage, d’ailleurs, je reconnais la nécessité d'admettre trois lettres au lieu de deux, et la seconde lettre m’apparaît bien plutôt comme un ® que comme un T. Je lirais donc IPAHTTIOZ, si cela faisait un sens. La lettre entre ® et H est douteuse; il ne faut songer toutefois ni à un À ni à aucun
changement de ce genre; car, ce qu'il y a de plus clair dans la lettre, c'est la traverse brisée de l'A. Un moment, M. Egger a songé à IATATOZ ‘; mais je ne puis avec cette lecture satisfaire à toutes les exigences de l’estampage.
Nœapüs el AvvyXos sont deux noms sémitiques de très-bon aloi. Le diminutf du premier, Noœuspos, se trouve dans le Hauran (Corpus, n° 595). La forme Noepos se trouve également dans le Hauran (Corpus, n° 8652), et la forme Nôapos, à Gébeïl (ci-dessous, Hiv. If, chap. r) et dans Josèphe (B. J. IT, xvrn, 6°). Âwpmaos se trouve aussi dans le Hauran (Corpus, n° 4620; Wetssteim, fnschrifien, n° 119, 183)°. J'ai insisté ailleurs sur ce nom° : c'est l'équivalent de lhébreu bin, contracté par la même règle qui de Hanan et lohanan a tiré Âvvds et lwavvys ou iwasvas. Les noms de Hanan et de Honein eux-mêmes supposent après eux le nom de «Dieu» sous-entendu. Nous verrons encore les noms arabes du Hauran reparaitre autour de Gébeil. Le culte de Zeus, que nous rencontrons ici, va aussi régner presque exclusivement
désormais dans la région de Byblos.
En ailant de Hannousch à Batroun, on trouve dans le massif du cap une pelite anse où aboutit un wadi nommé Wadi-Ghanik. La route qui contourne le fond de cette petite anse est taillée dans le roc comme la
route du fleuve du Chien. D'un côté de cette route, sur la face horizontale
d'un rocher, 11 y a une inscription en très-grosses lettres, qui a été copiée par Seelzen et qui est publiée dans le Corpus (n° h527). Seulement, comme on n'avait pu retrouver ce petit Wadi-Ghamik, faute d'indication sullisante de la part de Seetzen, inscription flottait sur tout le parcours
de la route suivie par Seelzen, de Tripoli à Damas.
Je n'ai aucune correction à faire au texte du Corpus. Les lettres ont trente ou quarante centimètres de haut, et rappellent celles des inscriptions d'Adrien, dont nous parlerons bientôt. C'est une borne de propriété, comme nous en verrons plusieurs sur le versant oriental du Liban. Le mot OMONOIAZ, qui la termine, doit être traduit «d'un commun accord,» comme s'il y avait &Ë ôuovoixs ou ômovoias ydpw. de même
! A Gébeil nous trouverons de même PIATATH Hauran, dans le Bulletin archéologique français de
dans une inscription dédicatoire. MM. de Longpérier et de Witte, sept. 1856 , et dans ? On corrige Néapos en Oÿapos pour répondre à le Journ. asiat. févr. mars 1859, p. 241-249, Comun autre passage (Vita, 11). Mais, comme il s’agit parez Zeitschrift der deutschen more. Gesellschaft, 1861, d’un Hauranien, je pense qu'il faut lire partout Népos. p.440; Wetzstein, ouvr. cité, p. 343, 344, 329. 3 Voir mes Observations sur les noms arabes * Journal asiatique, cahier de février-mars, 1859,
qui figurent dans les inscriptions grecques du p. 24.
que nous trouverons plus tard (1. IV) EYXHC pour &£ edyñs. Le nom de Anudoîparos, qui y figure, peut être une forme grécisée d’un nom phénicien, où entrait le nom d'Astarté, comme Etpértwr, Tepéoparos, ÂGdolapros.
Vis-à-vis de cette grande inscription, sur le roc vertical, se voit un cartel en queue d’aronde, qui a dû porter une inscription. I n'a été impossible d'y distinguer une seule lettre. Peut-être les voyageurs qui la verront à une autre heure que moi seront-ils plus heureux.
On traverse ensuite de grandes carrières et lon arrive à une jolie plaine dominée par le talus méridional du Theou-Prosopon. Sur la pente sud, au village de Cobbé, on lit en grosses lettres, sur une pierre, près de église de Mar-[akoub :
EABAOAA6G
La dernière lettre est très-douteuse. C’est peut-être un H. Il me semble qu'il faut voir là un nom propre sémitique commençant par Abd. Serait-ce À} Sas ou NI De, noms arabes anté-islamiques? Mais je n'ose insister. Il n°y avait rien, ce semble, avant le Günitial. Peut-être les deux @ sont-ils pour Odyaros ou Odvwv, signifiant que Abdola occupe mort le tombeau : Morum præfisere theta (Perse, 1v, v. 13: voir les notes
de l'édition Lemaire, sur ce vers).
Le château si pittoresque de Museiliha (xskst}) ne renferme, dans son état actuel, aucune partie antérieure au moyen âge. Peut-être un château exista-t-1l en cet endroit dès l'antiquité et servit-1l dès lors, comme il a servi encore en notre siècle, de repaire aux brigands, qui ont toujours eu une sorte de domicile en ces parages!. Nous montrerons bientôt, cependant, que la route antique ne passait pas en cet endroit et que limportance de celle gorge n’a commencé qu'après l'éboulement du cap Madonne au vi° siècle.
Le village d'Ebrin (4,3,45), qui domine le Nabr el-Djouz, m'a fourni l'inscription suivante, que les habitants m'ont déclarée provenir du château de Museiliha.
1 Strabon, XVI, 1, 18.
MINE SEP. OISIMMIERNERE R CAAVELS ANRIEINIS NE SERAND LIBANVM:ET:GIGARME NOS: DE : VICO : SIDONIO IVSSV ZT RO PER: DOM
Telle est la lecture de M. Mommsen. M. Frœhner! a mal lu la dernière ligne. Le nom du Procurator (lecture que M. Mommsen préfére à Lepati August pro prætore) est
gratté à dessein. M. Mommsen restitue ainsi :
IVSSV# #PRO[C-AVG| PER-DOMFITIVM::-:-+-.-. ]
Cette inscription cause quelque étonnement. Gésarée du Liban ou Arka et Gigartus sont à quarante-cinq kilomètres l’une de l’autre, et dans l'intervalle se trouvent au moins quatre villes antiques, Orthosie, Tripoli, Calamus et Trière. Il est done impossible de supposer que les territoires de Césarée et de Gigartus furent limitrophes. M. Mommsen pense qu'il s'agit ici d’enclaves situées hors du territoire des Césaréens, lesquelles se trouvaient limitrophes de territoires appartenant à des Gigarténiens. «Il y a, «m'écrit-1l, une foule d'exemples de ces agri publici des communes hors de leur terristoire. Cicéron (Epist. ad fam. XTIT, 7) parle d'une possession de la ville campanienne «d'Atella dans la Gaule-Cisalpine. La ville de Capoue a possédé pendant des siècles «une partie du territoire de Cnossus en Crète (Velleius, I, 81; Dion, XLIX, 14; « Corpus dnscr. græc. n° 2597).» Les tables alimentaires de Veleia offrent de nombreux exemples de ces enclaves. (Cf. E. Desjardins, De tabulis alimentarüs, p. #5 et suiv. et la carte; Paris, 1854). Il est au moins très-probable que notre inscription n'était pas loin de Gigartus. Le Vicus Sidoniorum était vraisemblablement un quartier de Gigartus.
Bien que cette inscription ne fixe pas avec précision le siége de Gigartus, elle prouve cependant clairement que cette ville n’était pas loin du Theou-Prosopon. C'est ce que les textes des géographes anciens nous apprenaient aussi. On pourrait être tenté, d'après l'analogie du nom, de placer Gigartus à Gharzuz (5s5,$), dans le Liban maritime, entre Batroun et Gébeil. Mais les passages de Strabon et de Pline, qui seuls nomment cette ville, s’y opposent. Strabon? semble la placer entre Botrys et le cap Theou-Prosopon. Pline’, cette fois bien plus précis, la place
2 Phülologus, XIX, p. 137. — ? XVI, 1, 18. — © V, 17 (20).
entre Botrys et Trière. Notre inscription porte aussi à ne pas placer Gigartus au sud de Botrys; autrement il faudrait supposer que, pour les Gigarténiens comme pour les Gésaréens, il s'agissait d'une enclave située hors de leur territoire; ce qui est peu vraisemblable. TH vaut done mieux mettre Gigartus près du cap Theou-Prosopon, ou, pour mieux dire, dans le massif même du cap, puisque Botrys, au sud, et Trière, au nord, laissent entre elles et le cap très-peu d'intervalle. Hannouseh est le site qui répond le mieux à toutes ces exigences ; à vrai dire même on chercherait vainement un autre site de ville antique entre Botrys et Trière. M. Thomson! propose pour le site de Gigartus un emplacement sur le versant nord de la descente du col du Theou-Prosopon, où il y a quelques restes antiques. Pococke* cherche le même site sur le versant sud du massif. I y a là de très-jolis villages et les traces d'antiquités n°y manquent pas. Mais je n’y ai pas vu de site de ville antique; or ces sites en Syrie se décèlent très-clairement. L'opinion de Pococke est cependant plus soutenable que celle de M. Thomson. Notre inseription n’a pas dû beaucoup voyager. Les matériaux sont trop communs en ces parages pour qu'on ail dû aller la chercher bien loin. En tout cas la limite qu'elle fixe était sûrement au sud du massif du Theou-Prosopon. On conçoit, en effet, qu'on ait apporté notre pierre du versant sud à Museiliha, tandis qu'on ne concevrait pas qu'on l'eùt amenée par lhorrible route du col, une des plus détestables de la Syrie, et par laquelle on n'a certainement jamais établi un transport de matériaux. Le nom de l'éyapros ou Téyapra peut répondre à MM eles gorges,» syriaque { Po. nom qui convient parfaitement au col que traverse la route actuelle près de Museïliha. Peut-être cependant répond-il à IPORERE=
yéyapra «mare de raisin *.»
1 Bibliotheca sacra, V, p. 9. Conf. Ch. Müller, ad 5 Voir ci-dessus, p. 148. Strab. p. 813. # C£ Gesenius, Thes. p. 305-306, et les Addenda > Description of the East, W, 1° partie, p. 99. de Rœdiger, p. 81.
GAMPAGNE D'ARADUS. 154 Je pense, du reste, que la route que lon suit aujourd’hui pour passer le col n’est pas la voie antique. Cette route est un véritable casse-cou sur des roches inclinées; bien certainement, pour une route si fréquentée, on eüt entallé le rocher et fait des échelons, comme cela a eu lieu à Wadi- Ghamik, près de là, au nord de la baie de Djoumi, au fleuve du Chien, à Akoura, au cap Blanc, etc. La route, autrefois, suivait sans doute la côte’. Les travaux qu'on voit à Wadi-Ghamik en sont la preuve. Ce n’est pas pour les besoins d’un ou deux villages qu'on a fait de tels travaux. Sans doute le cartel en queue d’aronde qu'on y voit contenait une inscription commémorative des travaux de la route, analogue aux inscriptions du fleuve du Chien, de Souk-Wadi-Barada, de Wadi-Sunkieh (Kraflt, n° 31). Cette voie sera devenue impraticable lors de l'éboulement du cap Madonne ?: cet accident, arrivé sous Justinien?, a fait de toute la côte nord du massif une falaise presque à pie, où il n'y a plus trace de route. Alors les communications se seront établies par le col ; tout le talus du massif le long du col paraît aussi avoir subi de forts éboulements.
! Seelzen paraît pourtant l'avoir suivie. % Voy. Antonin Martyr, Jtin. édit. de T. Tobler ? Ritter, XVII, 600, 606. (Saint-Gall, 1863), p. 4 et 58.