‹ Mission de PhénicieChapitre 22 sur 127 · LI · texte numérisé non relu

LI

SEA NEZETITEITIZ

Gette déesse Neceneris paraît iei pour la première fois. La physionomie épyptienne de son nom frappe tout d'abord. Mon savant confrère M. de Rougé déclare ne pas le connaitre. Serait-ce Ne-Suph? Supti élait la divinité de l'Orient adorée dans les élablissements égyptiens du Sinaï, et mise souvent en rapport avec la Syrie !. Observons aussi que, bien que la pierre porte Necemlerris, on est autorisé à supposer que la forme

originelle pouvait être Necermerrls, une telle transposition s’expliquant phonétique-

ment et paléographiquement. Alors on songe à Tpé—Uranie, rapprochement d'autant plus séduisant que nous avons déjà trouvé à Byblos la Oex Otpayia. Saté, d'un autre côté, est fille de Tpé. Enfin Nebthi, Nephihys, est en intime connexion avec le même ordre d'idées ?. C'est aux égyplologues qu'il appartiendra de discuter ce point. Quant à l'ornement à gradins qui se voit au haut de l'autel, nous l'avons déjà plusieurs fois rencontré : c’est le motif ordinaire des autels oiblites. On le retrouve sur le petit autel mentionné p.169, sur un autre fragment dont il sera question à la fin de ce chapitre, sur un autel provenant de Sarba et appartenant au cyele des cultes giblites; nous l'avons montré sur de grandes proportions à la «Tour des Lions» et sur le principal monument d'Amrit. I est probable qu'à l'époque des Antonins on reprit à Byblos ce vieux motif indigène. On ne peut douter, en effet, 9: : ° 2 PREND) x 7 ED qu'il ne se soit passé à Byblos, à cette époque, quelque chose d’analogue à ce qui se passe de nos jours pour l'architecture gothique. H y eut une sorte de renaissance religieuse, dont le monument le plus curieux est, dans la Httérature, le « Sanchoniathon» de Philon de Bvyblos; on repril également le vieux style dans la décoration des édifices religieux *.

L'inscription de la déesse Neseptähs se trouvait à Amschit dans la mai-

! De Rougé, Rev. archéol. mars 1863, 196, 197. ment a été introduit, par l'influence persane, dans ? Guigniaut, Relio. de PAnt. Explic. des planches, l'architecture musulmane. On le retrouve sur plup. 64 et suiv. 86, 89 et suiv. 97; Kennedy Bailie, sieurs mosquées du Caire. Fascic. inscript. græc. WI, p. 203. # Voir les écrits de Lucien, surtout l’Assemblée des

3 Voir ci-dessus, p. 169, 175. Le même orne- dieux et l’Icaroménippe.

son de Féris Lahoud. Là aussi j'observai un chapiteau ionien semblable aux chapiteaux qui sont restés à Kassouba : tous les matériaux de cette maison viennent de Kassouba. Sur le chambranle de l’une des fenêtres se lisent les restes d'une inscription. La pierre a été layée à nouveau, et

il ne reste des lettres de l’inscription qu'une trace fort effacée :

Amschit possède encore trois mseriptions; mais je ne crois pas qu'elles viennent de Kassouba. De Kassouba, au contraire, viennent les devants de sarcophages sculptés, bizarrement altérés par les tailleurs de pierre arabes, et qui sont encastrés dans la façade de la maison de Lakhia et dans celle de la maison de Féris-Lahoud, à l'est du village.

De Kassouba sortit aussi un petit sarcophage sur lequel se trouvait l'inscription publiée dans le Corpus inser. gr. n° h52a8 e, où, à tort, on la rapporte à Botrys. Je tiens de S. Ém. le patriarche, qui me remit un estampage de cette inscription conforme au texte du Corpus, qu'elle fut trouvée à Kassouba. M. Thomson vit ce monument peu après qu'il eut été découvert, et il donne à ce sujet quelques curieux détails !. L’estampage prouve qu'il était parfaitement conservé. Les lettres sont longues et

serrées ; le P se distingue par la petitesse de sa boucle.

1 Bibliotheca sacra, V, p. 588, 592. La copie de l'inseription que, donne M. Thomson doit être écartée

comme fautive.

CAMPAGNE DE BYBLOS. 203 Le ravin au pied de Kassouba, du côté du nord, est riche en antiquités. Les travaux dans le roc abondent et offrent les formes les plus variées. Dans la maison située près de là, et où habite lakoub al-Khouri, se voit, au-dessus de la fenêtre, un petit cippe à fronton triangulaire avec rosace au centre, portant inscription suivante : KTHCIACZHCAC AAYTIWC

ENGAAEKEI TAI

À)ümuws, dans cette formule, dont nous allons bientôt trouver un autre exemple, veut dire «sans avoir causé de dommage à personne, innocemment,» comme dans la formule ypnoîé nai &kvme, «bon el innocent, » si fréquente à Sidon. On trouve aussi ÂXuros, nom propre (Franz, Élem. epigr. gr. p. 258 et 262), et le dérivé Aly-

pius. nom d’un personnage bien connu par les Confessions de saint Augustin.

Près de la même maison se voil une pierre plate de cette forme.

ni

Les pierres ainsi taillées sont assez nombreuses à Gébeil.

Tout le pied de la colline au-dessus de la maison de lakoub al-Khouri est un vaste cimetière. lakoub y travaille depuis des années, tamisant la terre et en tirant de petits objets. Le roc est ici remph de caveaux dont la voûte s’est effondrée : quelques-uns sont grands et décorés de rinceaux imprimés sur le stuc. L'un de ces caveaux offre cette particularité, que l'entrée est complétée par de la maçonnerie. De nombreuses pierres travallées sont éparses çà et là. Plus haut, dans la vallée, deux cuves sépulcrales, laillées avec soin dans le roc, l'une au-dessus de l'autre, offrent une excellente moulure grecque et un profil très-élégant. Plus haut encore, au pied de la colline, se voit un lrès-beau caveau orné de riches

stucs peints; la voûte est effondrée. Toutes ces sépultures paraissent de l'époque grecque ou romaine.

En remontant le ravin, on trouve un des restes les plus curieux de la vieille Byblos. Cest une grotte architecturée, très-belle, formant une salle entourée d’une sorte de banquette ménagée dans le roc (PI. XX VII). Le fond se prolonge au loin en caverne. Cette grotte a dù servir à des réunions, probablement religieuses. On l'appelle aujourd'hui æbe 8,bre. Des restes de stalles se voient près de l'entrée. L'ouverture extérieure était autrefois surmontée d’un couronnement mouluré, lequel est maintenant renversé à terre, au fond du ravin. Au milieu de la paroi orientale, a été pratiquée une niche en forme de conque, analogue aux niches qui se voient à Baalbek, à Banias, ete. mais d’un style moins classique. Au-dessous et des deux côtés, sont quatre grandes excavations dans Île FOCi

Tout le coupeau de la colline est rempli de grottes sépulcrales dun aspeet bien plus grandiose que celles qui sont au pied. Cest ici, je crois, que sont les plus anciennes sépultures giblites, vrais tombeaux héroïques comme on en rêve pour les héros d'Homère ou pour les géants de la haute antiquité biblique. Ge sont, dans un ou deux cas, des cavernes naturelles ?, sur l'aire desquelles on a taillé des auges énormes, qui sont fermées par une dalle épaisse. Ces dalles ont d'ordinaire la forme d'un prisme quadrangulaire, quelquelois celle d’un prisme triangulaire ; elles sont toujours brutes, sans inscriptions ni ornements. L'eau suinte à tra vers la voûte et à rempli les auges sépulcrales. Je ne connais rien de plus frappant que ces grottes désolées, où le bruit de la goutte d’eau qui tombe interrompt seul le silence, et où l'œuvre lente des stalactites a recouvert les dévastations des siècles. Je recommande vivement ces orottes à ceux qui cherchent en Orient des inspirations pour les peintures,

1 Par une légère inexactitude, le dessin de M. Lockroy a réuni la niche et l’excavation qui est au-dessous.

ti 00 Enro

CAMPAGNE DE BYBLOS. 205 bibliques. Peu d’endroits sont plus pittoresques. On est ici sûrement dans la haute antiquité.

Aux environs de ces antiques caveaux, on trouve plusieurs pierres tumulaires arrondies par le haut, semblables aux cippes portant des inscriplions grecques, mais cette fois sans inscription et beaucoup plus épaisses. C'était à probablement une forme archaïque, qu'on garda à l'époque romaine. À cette époque, du reste, on enterra encore parfois sur notre colline. Le journal des fouilles exécutées après mon départ, tenu par M. Sacreste, porte ce qui suit : « Au-dessus de la grande caverne, sur la hauteur, j'ai fait ouvrir deux caveaux dont les entrées étaient entièrement bouchées. Ces caveaux sont très-0 rands, très-anciéns, mais totalement détériorés. L'un de ces caveaux est tout à fait dans le style du caveau à fronton triangulaire !; 1 contient dix chambres renfermant chacune deux lombeaux superposés. La voûte offrait un revêtement; à certains endroits on ÿ voit encore des peintures. »

En inclinant vers le nord, on trouve un très-beau caveau précédé d’une sorte de vestibule taillé dans le roc, dont la voûte s’est effondrée, ef qui contenait lui-même quelques niches sépulerales?. La porte du caveau principal, qui donne dans ce vestibule, est surmontée d’un fronton triangulaire taillé sur le rocher et fort semblable aux frontons qu'on trouve sur certains caveaux des environs de Jérusalem, dans la vallée de Hinnom*, Le plan du rocher dans lequel cette porte est taillée n’est pas vertical, mais surplombant. Je crois ce caveau très-ancien. L'intérieur présente l'aspect grandiose et primiif que je décrivais tout à l'heure. I à

dû servir d'église; on l'appelle aujourd'hui 4 5, Mar-Scherbel. On voit quelles formes variées présentent les sépultures giblites. Depuis la caverne patriarcale analogue à la Makpélah d'Abraham, Jusqu'au sar-

cophage romain et à la fosse chrétienne, il n’est pas une forme qui ne se

! Celui dont il va être question tout à l'heure. pl. XLUT; Pierotti, Jerusalem explored , pl. LX; Tobler, 24) AS CI ORE Golwatha, 223. Les tombeaux de Hinnom sont, selon

# Voir de Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, moi, les plus anciens des environs de Jérusalem.

rencontre ici. En général, les sépultures giblites ont leur ouverture dans des bancs de rochers verticaux ou inclinés, el non, comme à Sidon et Amrit, dans des rochers horizontaux. La chambre sépulcrale est à une moindre profondeur sous terre qu'aux deux points précités. Chaque centre phénicien avait ainsi pour les sépultures ses habitudes à part. À Gébeil, par exemple, on ne trouverait pas un seul puits rectangulaire, un seul pelit eippe à la façon sidonienne, comme à Sidon on ne trouve pas un seul gros cippe arrondi par le haut à la façon de Byblos. Les sépultures giblites avaient en somme plus de rapports avec les sépultures de Tyr qu'avec celles d’Aradus et de Sidon. L'état de dégradation où elles ont été réduites par la cupidité et l'instinct destructeur des habitants n’a pas fait disparaître toute trace de leur primitive beauté.

Au pied de la colline, en contre-bas du chemin, est la chapelle de Kadis-Mar-Nouhra, 85 je wwe, ancien caveau très-vaste, changé fort anciennement en chapelle. On y descend par un escalier taillé dans le roc, d'un grand aspect. La porte est formée par deux jambages énormes rapportés ; à l'intérieur on voit le roc vif; le fond forme une sorte d'abside taillée dans le roc. Cest un très-beau reste de la vieille Phénicie. Une pierre près de l'autel porte une inscription karschounie tout à fait moderne. Un peu plus loin, vers le nord, on voit sous une maison un caveau dont l'entrée, largement ouverte, est analogue à celle de Kadis-Mar- Nouhra. Le fond est rempli par un seul four, dans l'aire duquel une auge a élé creusée pour recevoir le cadavre! Cest une disposition dont je n'ai pas d'autre exemple.

En voyant (ous ces ouvrages oroupés entireneux tel séparés par un espace d'un kilomètre de la Byblos actuelle, on se demande plus que jamais si la vieille Byblos ne fut pas à Kassouba. Nous avons fait observer que le passage de Strabon s'explique mieux dans cette hypothèse. Mais Ézéchiel, d’un autre côté, nous apprend expressément que Gébal

INPIX XX, n°13.

CAMPAGNE DE BYBLOS. 207 était un port de mer. Ÿ avait-il la ville et la Marine, comme de nos jours à Tripoli? H serait, au premier coup d'œil, fort naturel de placer Palæ- Byblos à Kassouba, comme Palæ-Tyr était vis-à-vis de Tyr. Mais les oéographes anciens placent presque unanimement Palæ-Bvblos au sud du fleuve Adonis.

La plaine inclinée qui s'étend du pied des collines à Gébeil ne renferme guère, en fait d'antiquités, que des tombeaux. Nous y trouvämes l'inscription suivante :

ACTIACIOCAPICTW

NOCZHEACAAY HAGIPENNERZZ

Acmoics Apiclwvos ous dAümews êrn Ë€.

On connaît un rhéteur et historien, Aspasius, de Byblos (Frapm. hist. grec. WI. 976). Nous trouverons un Aspasius, fils de Dionysius, comme fondateur du temple de Bélat, au-dessus de Byblos. Le fondateur du temple vivait sous Auguste, et, par conséquent, ne peut être identique à l'écrivain, lequel était contemporain d’Adrien. L'homme dont nous avons ici l'épitaphe ne saurait non plus être identique à l'écrivain. I est peu probable, en effet, qu'un personnage de celle importance eût un monument si modeste. Quand on voit dans le Corpus (n° 33411) l'inscription du médecin érudit Hermogène, et (n° 380) l'inscription de Dexippe, orateur et historien, qui est

loué en prose et en vers, on doute fort que, dans un siècle de rhétorique comme fut le second siècle de notre ère, à Bvblos, un écrivain de profession ait eu une épitaphe si simple, et, ajoutons-le, de si bon goût.

Non loin de là, nous trouvâmes une inscription coufique, de médiocre intérêt, el une peule statue (au Louvre, n° 10249), où les veux et les ornements des cheveux étaient rapportés. Dans un endroit plein de sépultures, nous découvrimes l'énorme acrotère (pl. XXIT, n° 12) qui rappelle un peu les acrotères du tombeau dit «des Juges, » près de Jérusalem', el une sorte de plat ou ciste en métal avec ses anses (pl. XXE, n° »; l’anse, pl. XXII).

La chapelle de Mar-lakoub occupe un endroit qui eut de Pimportance

1 Voir de Sauley, Voyage autour de la mer Morte, pl. XXXIV; Pierolti, Jerusalem explored, pl. LVAT.

dans l'antiquité. Les grandes entailles qu'on y voit dans le roc proviennent d'une carrière, dont les pans ont été appliqués à diverses fins usuelles. Sur une pierre renversée dans le mur de la chapelle, on lit les lettres CT, longues d’une palme et mal gravées. Près de là se voit un beau morceau de frise corinthienne de l'époque romaine. En se rapprochant de Gébeil, on trouve une inscription, en partie grattée, sur un, cippe arrondi par le haut. I ne reste que AAKI, qui peut ètre le commencement de Audduas où Âuuédon.

Nous voici ramenés près des murs de la ville. En examinant les tas de

débris qu'on voit en cet endroit, nous trouvämes le fragment ci-dessous!,

offrant les motifs ordinaires des autels de Byblos (gradins et feuilles d'angle épannelées). Comparez l'autel ei-devant, p. 162. Nous avons déjà parlé plusieurs fois de ces gradins; pour les feuilles d'angle, comparez le bas-relief de Gharfin (pl. XXXIT, n° 5).

En suivant la route de Tripoli, on passe sur le haut d’un tertre coupé à pic du côté de la mer. En tournant le tertre par sa base, on s'aperçoit que loute la face à pic est percée de tombeaux. Nous enlevâmes les terres qui s'étaient accumulées et formaient un talus contre le rocher; nous découvrimes ainsi une petite nécropole perpendiculaire, si Jose le dire, et faisant face à la mer, comme celle du sud, laquelle est maintenant couverte de sable. L'aspect de ces tombes superposées, formant une sorte de

grande façade monumentale, avait quelque chose de frappant. Une ins-

1 Cest par erreur que ce bois a été déjà placé p. 163 commencant par ces mots : «le fragment dont

p. 162.80est à lui que se rapporte le renvoi de la nous donnerons..……. ”

eriplion très-effacée, et, ce semble, grattée à dessein en quelques parties, +

se révéla à nous, vers le centre de la nécropole, sous l'ouverture de l'un

de ces Caveaux.

MAZIMIAA

NPON

L'inseription est de sept lignes. Le nom de Maximalla se lit avec certitude à la premiére ligne. Au commencement de la seconde on croit lire GapÜévou, ce qui est peu naturel. Peut-être le mot qui se termine par NOY est-il le nom du père de la défunte.

A la troisième ligne, on peut lire éTpidumv TO, «J'ai acheté le. .... » Le dernier mot

x DAT IN . oe M à 4 RL parait avoir été CHDIAUR L'inscription élat peut-être métrique.

L'intérieur de quelques-uns de ces caveaux avait été peint; un surtoul

était décoré de fleurs sur fond blanc d’un très-Joli effet, rappelant les plus

belles groltes de Sidon. On y trouva des ossements et quelques monnaies.

Un peu de maçonnerie était parfois mêlée aux travaux dans le roc, pour sceller les tombes. Au pied du rocher, vers le sud, on découvrit un dallage en marbre, très-soipné, ayant servi de sol à des caveaux adossés au rocher.

Là aussi nous recueillimes un grand nombre de lampes et d'objets funèbres, entre autres le support de lampe, pl. XXI, n°11, et un fragment d'inscription :

HMHCZ

nuns ave Sad

Linseription n'avait que trois lignes. Elle était écrite avec beaucoup de soin. Le

champ du marbre est rayé. La lettre qui précède le premier H de la première ligne

était un A ou un A. Peut-être y avait-il :

[Klmunslo x-| [œi|[dvel pos] |é|0dô|e xeiTou|.

Après mon départ, M. Sacreste dirigea encore des fouilles étendues sur ce point. Une tranchée de trois mètres de profondeur ayant été creusée, on arriva à des espèces de dalles sous lesquelles on trouva quatre tombeaux. C'étaient de grandes auges très-bien taillées, à parois trèsépaisses. Les couvercles étaient, les uns, d’une seule dalle énorme, d’autres de plusieurs pierres parfaitement équarries et s'emboîtant les unes dans les autres. « Toutefois, ajoute M. Sacreste, on doit avouer que ces tombeaux, bien que parfaitement enfouis sous le sol, n'ont pas l'aspect de monuments bien anciens. Is ont la physionomie de ceux que lon trouve à la nécropole du sud, plutôt que le cachet de ceux que lon à ouverts près de la maison de Jakoub al-Khourt. »

Le terrain qui va en plan incliné du rocher à la mer, et surtout le bord de la terrasse qui longe le rivage, sont formés de débris antiques. Nous y trouvâmes plusieurs fragments moulurés.

En avançant un peu sur la route de Tripoli, on rencontre un ouadi peu profond, que nous allons maintenant remonter. X gauche, ce sont d'abord d'assez beaux caveaux ouverts dans le talus de la colline du nord. La porte est régulière; les niches, à l'intérieur, sont carrées et bien taillées. En remontant, on trouve un hameau nommé +le petit Gébeil, » bâti, pour la plus grande parte, avec les lambeaux d’un édifice dont les bases et quelques bons débris sculptés se voient encore. Ces sculptures m'ont semblé rappeler les parties byzantines du haram esch-schérif, à

Jérusalem ‘.

1 M. de Vogüé, Le Temple de Jérusalem, pl. V, X, XII, XXXIT.

CAMPAGNE DE BYBLOS. 211 Près de là, au-dessus de la porte d’une maison, se voit un cippe de

calcaire, de la forme déjà décrite, présentant l'inscription suivante :

ZOIAAOEZUWIA

AOYTOYZWIA

AOYEZH ETUNIA

Zu} os répond peut-être à un nom sémitique ”. Le nom de Zwfos est porté par un Phénicien, au n° siècle avant Jésus-Christ (Jos. Ant. MIT, x, » et suiv.). La forme du x0mma, dans notre inscription, est tout à fait celle d'un P retourné. On remarquera le solécisme que forme été» rapproché de &êy. IL fallait l’un ou l’autre, non tous les deux à la fois. La variante ZwfAlos s’est conservée dans Hesychius, où l'on a proposé, peut-être à tort, de corriger ZwfAos (Voy. Pape, à ce mot).

En remontant toujours, on remarque à droite du ouadi les restes d'un mur antique, bien bâti, suivant toutes les sinuosités de ce ouadi. Au pied de la montagne, à l'endroit où le torrent sort du ravin, le mur s'ouvre et forme une sorte de place ronde; quand on ne voit que ce point, on croit avoir devant soi un rond-point de porte de ville et un mur de fortilication. Mais on abandonne vite une telle idée. D'abord, ce mur ne protégerait rien, puisque l’espace est ouvert du côté de la montagne. Nous avons lei cerlainement une digue destinée à protéger les champs d’alluvion qui s'étendent au sud contre le torrent, qui, sans doute, avait autrefois plus d'eau qu'aujourd'hui. Le lit du torrent s'est abaissé, et le mur, déchaussé, est maintenant suspendu à un ou deux mètres de haut. La même dépression du fond du torrent se remarque au pont romain. Nous aurons bientôt deux autres exemples de digues analogues, sur le côté gauche du torrent qu'on suit pour monter à Bélat, et sur le bord d'un autre torrent entre le ouadi Fédar et le fleuve Adonis.

Suivons le pied de la montagne en allant vers le nord. Près de la maison Jabour fut trouvée la petite urne ornée de génies soutenant des

guirlandes. Ici reparaissent encore les soupiraux que nous avons vus en

! Voir mes deux Mémoires sur l'onomastique sémitique, cités ci-dessus, p. 147 et 199.

si grand nombre dans la nécropole du sud. Un soubassement de rochers, sur lequel est bâtie une maison, est sillonné de ces sortes de tuyaux vert: aux. Nous erûmes que la maison recouvrait un caveau, comme cela a lieu pour la maison analogue de la nécropole du sud. Nos recherches furent inutiles. Nous fimes des excavations horizontales dans la paroi sans rien trouver. Près de là se voit une cuve évidée dans le roc, dont le fond et les parois sont percés où entamés par ces tuyaux. On est porté à supposer que les tuyaux sont postérieurs à la confection de la cuve. Peut-être cependant se réservait-on de les boucher avec du ciment, comme on a fait à l'aqueduc de la nécropole du sud. Près de RÀà, les trous dans le sol sont très-nombreux ; en y enfonçant le bras, on y sentait un creux horizontal. Nous perçämes le roc, et nous trouvämes, en effet, une petite cavité souterraine, en partie naturelle, en partie artificielle, et qui n'avait rien de remarquable. À côté, les orifices des soupiraux se présentent sous l’aspect le plus étrange; le sol en est eriblé, et la terre végétale, très-mince en cet endroit, ne les recouvrant pas, on croit avoir sous les yeux l’ouverture de puits étroits. Nous fîimes une profonde excavation en brisant les minces parois qui séparaient les tuyaux. Îei, comme partout ailleurs, les tuyaux diminuèrent peu à peu de diamètre et s'arrêtèrent en cul-de-sac.

Sur tout le pied de la colline, les tuyaux se continuent. Près de la maison dont nous parlions tout à l'heure, ils correspondent à une caverne sépulcrale assez étendue, à fours carrés, sans ornement, comme la plupart de ceux de Gébeïil. Lei se présente un des exemples les plus sensibles de soupiraux qui, après avoir traversé le caveau, entament le sol et sy enfoncent en doigt de gant. L'entrée de ces soupiraux, au nombre de trois, élait recouverte par de grands cailloux roulés. Nous trouvämes, dans les terres qui comblaient l'intérieur, une assez jolie bague, dont le chaton représente un cheval marin. Alentour, nous découvrimes diverses grottes ou excavations souterraines, dont quelques-unes paraissent n'avoir

pas été achevées.

Un peu au-dessous, vers l'ouest, on trouve, parmi les moellons d’un mur de clôture, un gros fragment, sous les contours indécis duquel il est difficile de deviner quelque chose. Les habitants racontent qu'on le brisa il y à quelques années, qu'il était très-long quand on le cassa, qu'il provient d’un ancien kalaa, situé près de à, lequel a été détruit il n’y à pas longtemps. Selon leur habitude, ils appellent un «chameau.» Leur deseriplion fait reconnaître, tant bien que mal, un sphinx; en effet, quand on est averti, la croupe dorsale et les pattes de derrière se voient assez clairement. Les autres morceaux se retrouveraient dans le mur; mais ils sont informes.

Plus au nord, dans une partie que notre plan n’atteint plus, les ouvertures de tuyaux s'offrent encore très-nombreuses sur de petites crêtes de rochers émergeant au milieu des cultures qu'on a pratiquées au pied de la colline. Plus loin, à l'endroit nommé Haret-Djadja, à extrémité du plateau, et au-dessus d’un profond ravin, se voient les restes d’un édifice ancien, dont les débris ont servi à bâtir une pauvre chapelle, maintenant démolie, nommée Keniset-Kartez. En rapprochant les fragments de marbre épars, nous formämes une porte de caveau ornée de grenades, et un frag-

ment d'inscription :

NIAZTIO A’

En contournant le ravin et en se rapprochant de la mer, on trouve un confluent de deux ouadis, formant par leur réunion le Ouadi-Fartousch, qui aboutit peu après à la mer. Deux ponts, dont l’un est détruit, établissaient autrefois la communication de la plaine de Gébeil aux collines d'Amschit. À l'embouchure du ouadi, qui à beaucoup d’eau en hiver, se voit une petite cuve en marbre blanc, à l'extrémité arrondie, qui sert d'abreuvoir. Cest la caisse d’un sarcophage phénicien, tout à fait analogue aux sarcophages qui ont des couvereles à têtes. Dans la colline, au nord,

que traverse la route d’Amschit, on a trouvé encore des sépultures et de

riches objets d'or. Mais ici sont les limites extrêmes de ce qu'on peut

appeler les environs immédiats de Gébeïl.

En somme, à part quelques tombeaux et le monument que nous avons découvert près du château, la Gébal chananéenne a disparu. Les matériaux antiques dont la tour est composée sont plutôt ceux de la Byblos romaine que de la vieille ville phénicienne. Adrien, en reconstruisant la ville, en changea probablement toute la physionomie. Aucune inscription oiblite n’est venue récompenser nos efforts On pourrait presque se demander de quel alphabet se servaient les Giblites, si nous n'avions cette belle monnaie d’Aniel ou Enylus, roi de Byblos, la plus belle monnaie autonome de la Phénicie?. Les anciens Giblites, on n’en peut douter, écrivaient très-peu sur la pierre; parmi les tombeaux de Gébeil, ceux qui remontent le plus certainement à l'époque chananéenne ne portent aucune inscription.

Un fait qui sort avec évidence de l'étude des antiquités giblites, c'est la forte influence égyptienne qu'avait subie la ville de Byblos. Ge fait pouvait déjà être conclu de la lecture du traité De la Déesse de Syrie et de l'ouvrage de Philon. H est mis hors de doute par nos recherches. La masse de petits objets qu'on nous présenta, ainsi que cela a lieu dans tous les pays riches en antiquités (scarabées, agathodémons, statuettes, elc.), était égyptienne. Je citerai en particulier une petite pierre blanche, re-

présentant un agathodémon avec la lévende ANOYBIE.

| NS \ GA àù Na)

D'un autre côté, une série nombreuse de faits considérables tend à établir l'étroite fraternité des Hébreux avec les Giblites, ou, en d’autres

1 Cest par erreur que je supposai d'abord (pre- 2 Cf. De Luynes, Essai sur la numismatique des mier rapport) que l'inscription sémitique dont j'ai satrapies et de la Phénicie sous les rois Achéménides , parlé, p. 193, pouvait êlre giblite. . 91-92.

GAMPAGNE DE BYBLOS. 215 termes, à prouver que c’est avec les Giblites bien plus qu'avec les Chananéens de Tyr et de Sidon que les Hébreux avaient des ressemblances. Byblos, dans son ensemble, m'apparait de plus en plus comme une sorte de Jérusalem du Liban, et les vues de M. Movers sur le caractère des Giblites ou Libaniotes, envisagé comme distinct à quelques égards de celui des Phéniciens de Tyr, de Sidon, d’Aradus, me semblent se vérifier. Les noms de Dieu, à Byblos, étaient £f, Adonaï, et peut-être Schaddaï', comme chez les Juifs. Les Giblites avaient un temple portatif, traîné par deux bœufs, et qui ressemblait fort à l'arche des Hébreux?. Byblos était une ville sainte et de pèlerinage*, plutôt qu'une ville mercantile. Le gouvernement état un gouvernement d'anciens (D°3r, mper&ürepor !).

On sait l'importance religieuse à laquelle Byblos arriva dans les premiers siècles de notre ère. Nous avons trouvé dans les monuments plus d'un souvenir des mystères qui eurent alors tant de vogue et de célébrité. D'abord naturaliste et sensuel, le culte d’Adonis, ou plutôt de Tammuz, devint, à l'époque philosophique des Antonins, spiritualiste et symbolique. Ce fut la sanctification et l'idéalisation de la mort, tout un cycle d'idées fondées sur les mystères d’une autre vie, en rapport avec les eroyances égypliennes sur Osiris et Agathodémon. Le mouvement de la philosophie néo-platonicienne, s'y compliquant d'un retour sympathique aux vieux culles indigènes, produisit une renaissance religieuse et myslique, parallèle au mouvement chrétien, et qui devait être fort hostile à ce dernier. L'ouvrage bizarre de Philon de Byblos est, sous ce rapport, le miroir exact de ce qu’on a sous les yeux à Byblos. C’est dans les environs de Gébeil que nous trouverons le plus de lumière sur la nature du culte

! Àypôs de Sanchoniathon, par confusion avec dans sa traduction). Comparez, outre les passages

n1%. (Voir mon Mémoire sur Sanchoniathon, dans rapprochés par Orelli, le plaustrum portant une idole les Mém. de l'Acad. des inscript. t. XXII, 2° partie.) sur les monnaies de Sidon, et le passage 1 Reg. vu,

? pds... où nai Ébavor eivas uéha os6éoyov, xai 30 et suiv. En général, ces pulvinaria à roues sont Dadv CvyoPopoiyisvor év Dowixy: mapà dà BuÉlors SÉar- une particularité des religions sémitiques. pérus Seür 6 péyiolos dvouéêerer (p. 20 de l’édit. % Cf. Movers, Die Phœn. 1, p. 191.

d'Orelli, où l’on observera l'erreur que commet Orelli * Ezéch. xxvir, 9. Comparez ci-dessus, p. 199.

d'Adonis, culte qui paraît renfermer, à l’état de combinaison syncrétique, deux éléments fort divers : 1° le culte du Dieu suprème de Byblos (Adonai); 9° le culte orgiastique de Tammuz, culte bizarre fort antique, et, ce me semble, d'une provenance non sémitique, mais correspondant à un ordre d'idées et de sensations fort en harmonie avec le Liban. Le charme infini de la nature y conduit sans cesse à la pensée de la mort, conçue non comme cruelle, mais comme une sorte d’attrait dangereux où l'on se laisse aller et où l'on s'endort. Les émotions religieuses y flottent amsi entre la volupté, le sommeil et les larmes. Encore aujourd’hui, les hymnes syrlaques que j'ai entendu chanter en l'honneur de la Vierge sont une sorte de soupir larmoyant, un sanglot étrange. Ce dernier culte est trèsprofond chez les races du Liban, et forme le grand obstacle aux efforts des missionnaires protestants chez ces peuples. Ils cèdent sur tous les points; mais quand il s’agit de renoncer au culte de la Vierge, un lien plus fort qu'eux les retient.

Le gnosticisme dut trouver un accueil très-favorable chez un peuple ainsi disposé. On me montra plusieurs pierres gnostiques et des amulettes chrétiens. Lun de ces amulettes portait d'un côté une figure grossière avec À eL9; de l'autre, MIXAHA. Une croix présentait la disposition

suivante, où les mots @& el &oy se combinent !.

Aucun pays ne fut plus frappé à mort que celui de Byblos par le triomphe du christianisme. Tous les vieux cultes y sont tellement éteints, qu'une des croyances du clergé maronite est que la montagne a loujours été chrétienne ou juive. Pour le besoin de leur cause, ils étendent démesurément la Terre-Sainte vers le nord. Is prétendent aussi avoir été

1 Comparez [rénée, Contra hæreses , L, 1x, 3.

CAMPAGNE DE BYBLOS. 217 chrétiens dès la première publication du christianisme, ce qui est assez vrai au point de vue de la race (les Maronites étant les descendants d’une très-vieille famille chrétienne d'Antioche, laquelle se réfugia au Liban pour échapper aux persécutions de léglise orthodoxe), mais non certes au point de vue géographique, la montagne ayant été un des derniers pays convertis. Je les choquais toujours quand je leur disais qu'il y avait eu des païens dans le pays avant Jésus-Christ et dans les premiers siècles après notre ère. Telle a été la réaction opérée par le christianisme vainqueur, que le pays qui fut le plus profondément païen est celui qui nie aujourd’hui le plus obstinément lavoir été.

En général, la race actuelle du pays de Byblos est vive, éveillée, bonne, sensuelle. Bien que très-mêlée par suite des accidents historiques, cette race présente encore parfois des types, surtout de femmes, qu'on dirait des revenants d’un autre monde. Jai vu une de ces femmes appartenant à une ancienne famille de la montagne; on eût dit Jézabel ressuscitée. Quoique jeune, elle était arrivée à une taille colossale. La beauté de ces lemmes, incomparable durant un an ou deux, tourne très-vite à l'obésité et à un développement de la gorge presque monstrueux.

Le Liban (sb ba bon NS") est vraiment le tombeau d'un vieux monde à part, qui a disparu corps et biens. Une totale substitution de race, de langues et de religion à eu lieu. Maronites, Grecs, Métualis, Druzes, Musulmans, Arabes et Turcomans, y sont de fraîche date; mais l'ancienne race libaniote ou giblite y vit encore sous terre, à Pétat virluel, si jose le dire, et fait sa réapparition, comme la vieille race en Éovpte, par ces «types revenants,» qui sont un des phénomènes les plus frappants de l'anthropologie.

Je groupe ici, pour ne rien omettre, deux fragments d'inscriptions qui me furent donnés sans qu'on ait pu m'indiquer lendroit précis où ils furent trouvés.

1 Josué, x, 5.

L'une porte :

L'autre :

Le fragment de sarcophage en plomb (pl. XXI, n° 1) me fut donné

également sans qu'on ait pu me renseigner sur son origine.

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